‹ Fastes épiscopaux de l'ancienne Gaule (volume 2)Chapitre 22 sur 140 · LES FAUX PRIVILÈGES DE VIENNE · texte numérisé non relu

LES FAUX PRIVILÈGES DE VIENNE

l'archevêque Guy de Bourgogne (1088-1119), le futur Calixte IL

Il est sur que Calixte II a authentiqué toute cette collection de faux. Les bulles où elle est visée ne sont pas, il est vrai, considérées par M. Gundlach comme tout à fait sincères, de sorte que, pour lui, la conclusion que je viens d'énoncer n'est pas hors de doute. Maintenant la chose est claire : M. Ulysse Robert a retrouvé les originaux des bulles en question, et c'est d'après eux qu'il en a publié le texte dans son Bullaire de Caliœte ■//(!).

Ces bulles originales, dont le témoignage, du reste, est renforcé par d'autres documents contemporains, nous fournissent une limite inférieure : les privilèges de Vienne datent au moins du commencement du XIIe siècle. Le terme de leur série, une lettre du pape Pascal II (2), coïncide sensiblement avec la date de leurs plus anciennes références, telle que l'établit M. Gundlach.

Mais cette date fut aussitôt contestée par M. l'abbé Ulysse Chevalier (3), lequel montra une trace indéniable des faux privilèges dans un manuscrit qui lui paraissait être du Xe siècle. Ce manuscrit avait déjà été signalé par M. L. Delisle (4). C'est une page d'une grande bible, de la bibliothèque de Berne; d'abord inoccupée, cette page fut remplie ensuite par un fragment historique sur les archevêques de Vienne, transcrit « en caractères du Xe siècle. » M. de Rossi, à qui M. Delisle communiqua une photographie du texte en question, pensait (5) qu'il avait été transcrit au XIe siècle. C'était aussi mon impression (6).

(1) Nos 25, du '28 juin 11 10, et 145, du 25 février 1120. — La première de ces bulles manque à l'édition de M. Gundlach, lequel, du reste, ne paraît pas avoir eu connaissance de la publication de M. Ulysse Robert.

(2) Jaffô, 6596.

(3) L'Université catholique. Lyon, Vitte, 1890, p. 500, n. 1. ^4) Histoire littéraire de la France, t. XXIX, p. 452.

(5) Inscripl. christ, nrbis Romae, t. II, p. 264.

(6) Je n'ai pas vu le manuscrit; c'est grâce à l'obligeance de M. Delisle, qui a bien voulu m'en communiquer aussi une photographie, que je puis exprimer ici une appréciation personnelle.

Ces dernières années, M. de Manteyer (1), serrant de plus près ce problème chronologique, est parvenu à établir que le fragment de chronique viennoise qui figure dans le manuscrit de Berne y a été transcrit vers Tannée 1038.

Il est sur, en tous cas, et M. Ulysse Chevalier l'a dit avec beaucoup de raison, qu'il y a un lien entre l'histoire des archevêques de Vienne et celle des fausses pièces dont l'origine est en cause. Je vais étudier le fragment historique du manuscrit de Berne et la compilation d'où il a été détaché ; j'espère pouvoir montrer, en dehors de toute considération paléographique, que cette compilation est antérieure à Tannée 1068, et que, par suite, les faux privilèges, ceux, bien entendu, qui sont attribués à des papes antérieurs à cette date, remontent sensiblement plus haut que ne l'a cru M. Gundlach. En attendant, je vais détacher de cette série de pièces les renseignements qui s'en déduisent pour la chronologie des évêques de Vienne. On ne doit pas y chercher un catalogue épiscopal au complet. Mais, comme le faussaire met un certain nombre d'évêques de Vienne en rapport avec des papes de date connue, ses indications sont bonnes à relever. Voici la succession qui ressort de son recueil.

Crescens, apostolorum collega.

Verus, sous Pie (140-150 environ).

lustus, id.

Desiderius. sous Victor (189-198 environ).

Dionysius, id.

Paracodas, id.

Lupicinus, sous Corneille (-25l-?53).

Paschasius, sous Silvestre (314-335) Simplicius, sous Zosime (417-418).

(1) G. de Manteyer, La paix en Viennois et les additions à la Bible de Vienne, Bulletin de la Société de statistique de Vlsère, 4e série, t. VII, 1903, pp. 156-173 et 186-189.

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