CHAPITRE VI
LA PROVINCE d' ARLES (RÉDUITE).
Les vicissitudes de la province d'Arles ont été étudiées dans le chapitre IL Les évéchés dont il va être question dans celui-ci et dans les deux suivants sont ceux qui restèrent, à partir de 523, en fait comme en droit, dans l'obédience métropolitaine d'Arles. Depuis la fin du VIIIe siècle, cette obédience fut subdivisée en trois ressorts, ceux d'Arles, d'Aix et d'Embrun. C'est du premier seulement que traite le présent chapitre. Les changements qui s'y produisirent depuis le milieu du VIe siècle se réduisent à un seul : Orange et Trois-Châteaux furent réunis quelque temps en un même diocèse épiscopal (1).
Un ancien sacramentaire (2) de l'église d'Arles, actuellement conservé à la Bibliothèque nationale (n° 2812), contient, au f° 2 v°, une liste de noms d'évêques dont le dernier est Rotlandus, mort en 869. Cette liste a donc été transcrite sous le successeur de Rotlandus, c'est-à-dire sous Rostagnus, qui siégea depuis 869 jusque vers l'an-
(l)' Voir cependant, pour ce qui regarde Die et Viviers, p. 17*2, 215; cf. p. 138, n. 3.
(2) Sur ce manuscrit, v. Delisle, Mémoire sur d'anciens sacramentaires, p. 151 (Extrait des Mémoires de l'Académie des inscriptions el belles-lettres, t. XXXII, lre partie).
née 913. D'autre part le sacramentaire contient des oraisons qui mentionnent le règne de Louis l'Aveugle (890-928). Le manuscrit est donc des environs de l'an 900 (1).
lllllllllllll
epi
Cesari
45 Kautsari
epi
Mari ni
epi
Presai
epi
Uuilimaris
epi
Martini
epi
25 Osani
epi
Uuiliaris
epi
Nicasi
epi
Aureliani
epi
Arladis
epi
Crescenti
Sapaudi
epi
Alaefanti
epi
Concordi
epi
Liceri
epi
50 Luponi
epi
Grati
epi
Paschasii
epi
Iohannis
epi
Ambrosi
epi
30 Virgilii
epi
Notoni
Martini
epi
Floriani
epi
Rotlandi
epi
Ingenui
epi
Teudosi
epi
Agustini
epi
Iohannis
epi
iiiiiiiiiiiiii
epi
Item Iohannis epi
Savini
epi
35 Anastasi
epi
E rôtis
Austroberti
epi
Patruli
epi
Uulberti
epi
Euladi
epi
Aureli
epi
Honorati
epi
Policarpi
epi
Helarii
epi
40 Martini
epi
Ravenni
epi
Protasi
Leonti
epi
Imnodi
epi
Eonii
epi
Georgi
epi
Iohannis
epi
Ratberti
epi
Jusqu'ici et sauf les retouches signalées en note, tout est de première main. Viennent ensuite, en écritures diverses :
Rostagni epi 55 Manassei epi Hytherii epi Annoni epi
(1) Notes. — L. I : la première ligne a été grattée; sur le grattage, on lit, en écriture du XIe siècle : f Trofîmi : entre les lignes 1 et 2, même main : f Reguli epi. — Au-dessus des deux premières colonnes, écriture bien postérieure à celle que je viens d'indiquer : t Dyonisii ; un peu audessous, entre les deux colonnes : + Felicianus. — 12. Sur le grattage, de la main du XIe siècle : Geronimi. — 18. L'e a été changé en i, correction de seconde main. — 23. Entre les lignes 23 et 24, main du XIe siècle : Saturnini epi. — Des crois marginales ont été ajoutées à gauche des noms n°» 2, 5, G, 15, 17, 18, 19, 20, 21, 23, 26, 27, 30, 38, 39, 53.
Poncii epi
Raimbaldi epi 60 Aicardi archiepi
Gibilini archiepi
Attoni archiepi
Bernardi archiepi
Villelmi archiepi 65 R. bone memorie archiepi
Les numéros 56 et 57, 58 et 59, 60-64 ont été ajoutés par groupes. Après R. (Raimundi), on trouve encore une autre série très négligemment écrite en cursive du XIVe siècle, et en partie effacée : item R., Hugo, Hugo, lohannes, Bertrandus, Florencius, Bertrandus, Bemardus, Bertrandus,
Rostagnus, Petrus, Arnaldus, Galhardus, Galhardus, tus,
lohannes. Il manque quelques noms au début de ce supplément. Le lohannes final est Jean des Baux, qui siégea de 1341 à 1347.
Le manuscrit 5295 de la Bibliothèque nationale est un beau lectionnaire du XIe siècle, exécuté pour l'église d'Arles. Il est entièrement consacré aux saints évêques du lieu. On y trouve, de première main, les vies des saints Trophime, Rieul, Honorât, Hilaire et Césaire (1); celle de saint Virgile a été ajoutée au XIIe siècle. Sur un feuillet de garde, à la fin (f° 101 v°), se lit le catalogue suivant :
Ista sunt nomina Arelatensium archiepiscoporum. Trophimus (2), Regulus, Mai'inus, Martinus, Nicasius, Crescentius, Concordius, Gratius, Ambrosius, Martinus, Ingenuus, Augustinus, Iheronimus, Savinus, Erotius, Patrulus, Euladius, Honoratus, Hylarius, Ravennus, Leontius, lohannes, Eonius, Cesarius (3ï, Presaius, Osanius, Aurelianus, Sapaudus, Licerius, Paschasius, Virgilius, Florianus, Theudosius, lohannes, item lohannes, Anastasius, Austrobertus, Vulbertus, Aurelius, Policarpus, Martinus, Prothasius, Imnodius, Georgius, Katbertus, Kauisarius, Wilimaris, Wiliaris, Arladis, Alefanttis, Lupo, lohannes,
(1) Les dernières lignes de celle-ci manquent dans le manuscrit primitif, qui avait sans doute perdu son dernier feuillet avant l'adjonction du cahier contenant la vie de saint Virgile.
(2) Main postérieure, au-dessus de Trophimus, Dyonisius; au-dessus do Marinus, Felicicius (sir).
(3) Ausanus, ajouté ici de deuxième main dans l'entreligne.
Noto, Rotlandus, Rostagnus, Manasses, Iterius, Annonus, Pontius, Raimbaldus, Aicardus, Gibilinus, Atto, Bernardus, W., Raimundus, item Raimundus. Petrus (1), Ymberlus, Michael, Hugo, item Hugo, Iohannes, Berirandus , Florentius, Bertrandus qui postea fuit episcopus Sabinensis cardinalis, Bernardus qui postea fuit episcopus Portuensis cardinalis , Bertrandus, Rostangnus , Petrus, Arnoidus qui postea fuit episcopus Savinensis, Gualhardus frater eius, Gualhardus Saumate, Gasbertus post Narbonensis, Iohannes , Stephanus , Guillermus , Petrus, Franciscus, lohannes , Artaudus, Iohannes, Ludovicus , lohannes, Petrus, Philippus , Eustachius , Nicolaus, lohannes, Iohannes alter, Jacobus de Bruilat, Robertus de Lenoncuurt , Prosperus de 5fc Croix , Sylvius de Ste Croix, Horatius Montaneo, Gaspar Laurentius.
Ce dernier, Gaspar du Laurent, siégea de 1603 à 1630. Raymond de Bollène, le dernier qui ait été marqué de première main, siégea entre 1163 et 1182.
Le catalogue du manuscrit 5295, exécuté sous Raymond II de Bollène, a été évidemment copié sur celui du sacramentaire. Les croix ajoutées dans celui-ci y sont reproduites, de seconde main, il est vrai, dans les entrelignes.
Une liste d'évêques insérée dans un sacramentaire doit être présumée avoir été constituée en vue de la récitation liturgique. C'est une simple reproduction des diptyques. Ici, les noms sont tous au génitif, au cas voulu pour entrer dans la formule de prière : Mémento, Domine, famulorum tuorum...
Nous ne pouvons savoir par qui et d'après quels documents cette liste arlésienne a été constituée. Il est sûr qu'on ne saurait la considérer comme exacte et complète. Avant Marinus (n° 2), le texte primitif ne contenait qu'un seul nom, tandis que nous connaissons pour ce temps-là deux évêques d'Arles, Trophimus et Marcianus. Celui-ci siégeait en 254 ; il est peu probable qu'il ait occupé son siège jusqu'à l'avènement de Marinus. La liste est donc fort incomplète au commencement. Le nom effacé (2) était
(l) A partir d'ici, le catalogue a été continué par diverses mains; l'écriture est effacée et très difficile à lire. (2j Le grattage a été exécuté pour faire de la place à saint Rieul.
sans doute celui de saint Trophime, dont l'absence serait incompréhensible. Dans ces conditions, on conçoit l'élimination de Marcianus, mal noté dans la correspondance de saint Cyprien. L'élimination de Satuminus, un peu plus bas, s'explique de la même façon. Les diptyques ne pouvaient admettre les noms de ces deux prélats hérétiques.
Plus loin, les noms Ambrosi, Martini, A[u]gustini, Geronimi (celui-ci, il est vrai, de seconde main), se présentent dans la série à une hauteur qui correspond sensiblement à la date où moururent les célèbres évêques saint Ambroise, saint Martin, saint Augustin. On est porté à soupçonner que c'est d'eux qu'il s'agit et non point d'évêques d'Arles homonymes (1).
Après Patrocle (Patruli, n° 15), on trouve un Euladius, qui n'a nul droit de figurer ici, car Patrocle eut sûrement saint Honorât pour successeur immédiat. Plus loin, un Iohannes (n° 22) figure entre Eonius et Caesarius, qui se succédèrent sans intermédiaire; plus loin encore, un Paschasius (n° 29) est intercalé à tort entre Licerius et Virgilius. L'évêque Félix, qui assista au concile romain de 679, n'est pas marqué.
Ces fautes sont assez nombreuses pour nous permettre de conclure que notre liste présente des omissions et des interpolations, et que, par suite, il n'y a aucun fond à faire sur son témoignage quand il n'est pas confirmé par quelque document. Tout ce qu'on peut dire, c'est que l'on n'y constate pas d'inversions; les noms connus s'y retrouvent dans l'ordre indiqué par leurs dates.
Voici maintenant la série qui se déduit des documents autres que le sacramentaire.