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CONSÉQUENCES DES FAITS CONSTATÉS CI-DESSUS

Résumons maintenant les résultats acquis dans ce long dépouillement des textes et des traditions locales.

La Notice des Gaules mentionne 113 cités, sur lesquelles trois disparurent avant d'avoir fait assez parler d'elles pour que nous soyons à même de savoir si elles ont eu ou non des évêchés : ce sont les civitates Diablinturn, Bononiensium , Atrabatum. Quatorze localités, autres que les chefs-lieux des cités marquées dans la Notice, sont devenus sièges épiscopaux avant la fin du VIe siècle. Sur ce nombre, quatre, Nevers, Laon, Maurienne, Arisitum, ne remontent pas au delà du VIe siècle. Les dix autres évêchés, ceux de Mâcon, Chalon-sur-Saône, Carpentras, Toulon, Nice, Uzès, Agde, Maguelonne, Elue, Carcassonne, sont attestés à des dates diverses sans que l'on puisse dire quand ils ont été fondés. En joignant ces dix évêchés aux 110 qui correspondent aux cités de la Notice, on atteint le chiffre de 120. C'est sur ces 120 évêchés qu'il convient de porter nos investigations.

Je les diviserai en deux groupes : 1° les évéchés dont la date de fondation ne peut être déterminée; 2° les évêchés dont la fondation peut être rapportée à une date approximative.

Les premiers sont au nombre de 87, dont 26 seulement ont des attestations du IVe siècle. Je nommerai ceux-ci, en les rangeant dans Tordre des dates connues :

Arles, IIIe siècle, première moitié ;

Autun, 313 ;

Apt, 314;

Eauze, 314;

Marseille, 314;

Mende, 314;

Nice, 314;

Orange, 314;

Vaison, 314 ;

Die, 325 ;

Amiens, 346;

Bâle, 346;

Besançon, 346;

Cambrai, 346 ;

Chalon-sur-Saône, 346;

Mayence, 346 ;

Spire, 346 ;

Strasbourg, 346;

Worms, 346;

Poitiers, 355;

Agen, 357;

Périgueux, 361 ;

Fréjus, 374;

Valence, 374;

Sion, 381 ;

Nimes, 396.

On peut assigner des dates approximatives à la fondation d'environ 33 églises. Sur ce nombre, une seule, celle

de Lyon, apparaît au IIe siècle. Pour les quatre cités de Toulouse, Vienne, Trêves, Reims, on remonte jusqu'au milieu du IIIe siècle, sans pouvoir dépasser de beaucoup cette limite. Un peu plus tard, aux abords de l'an 300, se présentent les églises de Rouen, Bordeaux, Cologne, Metz, Bourges, Paris, Sens. Sur les 21 autres (1), bien peu ont des chances de remonter au commencement du IVe siècle. Presque toutes paraissent être du temps de Constantin, au plus tôt. Quelques-unes, celles d'Embrun, Digne, Grenoble, sont de la seconde moitié du siècle.

Et ici il faut bien remarquer que ce sont les cités les plus importantes qui apparaissent les premières : Reims et Trêves, les métropoles des deux Belgiques ; Cologne, cheflieu de la Germanie inférieure ; Rouen, métropole de la deuxième Lyonnaise ; Bourges et Bordeaux, les métropoles aquitaniques ; Toulouse et Vienne, deux des principales villes de l'ancienne Gaule Narbonnaise ; Paris, Metz, Sens, Tours, localités considérables au IVe siècle. Si, pour des cités de cette importance, l'organisation ecclésiastique autonome a été retardée jusqu'au milieu, au déclin, à la fin du IIIe siècle, il y a tout lieu de croire qu'elle s'est fait attendre plus longtemps encore pour les cités ordinaires. Et c'est, en effet, ce dont nous avons la preuve directe pour une vingtaine de cas.

Dans le nombre des églises sur lesquelles nous avons des documents antérieurs au Ve siècle, sans cependant pouvoir assigner une date à leur fondation, il faut distinguer les neuf qui furent représentées au concile d'Arles. Plusieurs, Apt, Nice, Orange, Vaison, sont des localités provençales, voisines d'Arles et de Marseille. Arles avait une église dès la première moitié du IIIe siècle, et tout porte à croire que Marseille a été de fort bonne heure un centre chrétien. Aussi n'est-il pas étonnant que,

(1) Tours, Auxerre, Orléans, Soissons, Tongres, Clermont, Troyes, Chàlons, Langres, Nantes, Angers, Chartres, Toul, Verdun, Noyon, Senlis, Beauvais, Viviers, Grenoble, Embrun, Digne.

dès le commencement du IVe siècle, on voie des églises filiales se grouper autour de ces métropoles. C'est sans doute au même voisinage que se rattache l'apparition relativement ancienne de l'église des Gabales. Des deux autres sièges, Eauze est le chef-lieu de la Novempopulanie, Autun l'une des villes les plus importantes de la Gaule. L'impression qui résulte de l'étude des signatures d'Arles concorde donc parfaitement avec les données précédentes et nous avons le droit de conclure des renseignements étudiés jusqu'à présent : 1° que l'organisation épiscopale s'est produite d'abord dans les centres les plus importants ; 2° que, dans les pays situés à quelque distance delà Méditerranée et de la basse vallée du Rhône, il ne s'est fondé aucune église épiscopale (Lyon excepté) avant le milieu du Ille siècle environ ; 3° que, dans ces mêmes régions, la plupart des cités n'ont pas eu d'évêque spécial avant le IVe siècle plus ou moins avancé.

Ce développement ecclésiastique n'est guère conforme aux idées reçues. L'étonnement que peut causer un résultat auquel on est conduit par diverses voies, il est vrai, mais surtout par l'étude des listes, peut exciter quelques soupçons sur la valeur de ces documents. Il y a longtemps qu'on les a déclarés incomplets. A en croire certaines personnes, les meilleures listes présenteraient de nombreuses lacunes. Beaucoup d'évêques, pour la période la plus ancienne, auraient été omis. Avant d'aller plus loin, je crois devoir répondre à cette objection, qui n'est, encore une fois, qu'un soupçon, mais un soupçon qu'il est bon de dissiper.

D'abord il faut noter la concordance des témoignages. Les listes n'ont pas toutes la même longueur; mais aucune d'elles n'est assez longue pour rejoindre le Ier siècle et les prétendues origines apostoliques. Une seule, celle de Lyon, permet d'atteindre le IIe siècle, conformément à ce que nous savons d'ailleurs sur l'histoire de cette église. Il serait vraiment fort étrange que sur vingt-cinq catalogues

épiscopaux bien conservés, bien en règle avec la chronologie depuis le Ve siècle, aucun n'eût échappé, pour la période antérieure, à des lacunes considérables.

D'autre part, nous avons, pour trois églises, celles de Tours, d'Auvergne et de Bordeaux, des témoignages du VIe siècle, d'où il résulte qu'en ce temps-là les listes épiscopales n'étaient pas plus longues qu'à présent, sans qu'il soit le moins du monde question de lacunes, d'accidents, de papiers perdus pendant les persécutions. Grégoire de Tours établit la succession de ses prédécesseurs d'après l'idée que saint Martin a été le troisième évêque de son siège. Un contemporain de saint Martin est présenté par lui comme le quatrième évêque d'Auvergne. Fortunat sait que Léonce II est le treizième évêque de Bordeaux. Il n'aurait pas dit cela, s'il n'avait eu sous les yeux une liste des évêques de ce siège, et une liste tout aussi succincte que celles qui, pour d'autres églises, se sont conservées jusqu'à nous.

Ces observations sont déjà propres à rassurer sur la valeur des listes; elles sont du reste confirmées par ce fait que certaines églises n'ont été fondées qu'au IVe siècle, et au IVe siècle avancé; j'entends surtout parler de celles d'Orléans, Verdun, Angers (1), Grenoble, Embrun et Digne.

Nous pourrions donc nous abandonner sans crainte au témoignage de nos listes et accepter les conséquences qui en dérivent. Mais je veux montrer que la principale de ces conséquences, c'est-à-dire la fondation tardive de la plupart de nos églises, trouve un appui remarquable dans

(1) Pour Orléans, Verdun et Angers, cette observation repose en partie sur les listes, qui commencent par des personnages que l'on sait avoir été vivants en 346 et 372. Il n'y a pourtant pas ici de cercle vicieux, car ces listes peuvent être considérées comme relevant de deux traditions : l'une a conservé la suite des évéques, l'autre le nom du fondateur. Cette dernière est, en bien des cas, indépendante de l'autre. On a souvent conservé le nom du fondateur tout en laissant perdre la liste. Dans le raisonnement que je fais ici, je ne m'appuie sur la liste qu'en tant qu'elle représente la tradition relative au fondateur.

l'analogie, dans le développement ecclésiastique bien constaté d'un pays voisin du nôtre.

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