‹ Fastes épiscopaux de l'ancienne Gaule (volume 3)Chapitre 141 sur 144 · Le saint Maximin honoré dans l'église qui porte son · texte numérisé non relu

Le saint Maximin honoré dans l'église qui porte son

LA LÉr.ENDE UE SAINTE MAIUE-MADELEINE. 351)

nom, n'a été considéré comme évêque d'Aix que d'après les indications do la légende de Vézelay. On ne [leuL savoir quel il est, si c'est un saint du pays ou d'ailleurs, un martyr, un confesseur, un évêque.

8. Les sarcophages du V® et du VI" siècle que l'on voit dans la cry[tte de Saint-Maximin et la crypte elle-même ne présentent aucun indice qui favorise leur attribution aux personnages de la légende. Ce sont vraisemblablement des tombes appartenant à quelque riche famille gallo-romaine.

9. Au commencement du XII* siècle, on se figura, à Autun, que le tombeau de saint Lazare devait se trouver dans la cathédrale, dédiée jusque-là à saint Nazaire. On releva, en 1147, et on transféra solennellement des restes qui furent considérés comme ceux du Ressuscité, mais sans s'inquiéter de savoir comment ils se trouvaient en France.

10. Au déclin du XIP siècle, la croyance se répandit en Provence que Lazare était venu dans le pays avec ses deux sœurs et qu'il avait été évêque de Marseille. Cependant lés Marseillais n'inquiétèrent pas les gens d'Autun dans la possession de ses reliques. On finit par admettre qu'elles avaient été transférées, elles aussi, en Bourgogne, au temps des Sarrasins.

J'espère donner, à la suite du volume qui terminera ces Fastes épiscopaux, une chronologie complète des conciles et autres documents qui nous servent maintenant à établir les séries épiscopales ou à vérifier les listes traditionnelles. Pour le moment, je crois pouvoir me borner à quelques notes sur les pièces qui intéressent plus particulièrement la région du sud-est.

1°. — Le document de 3k6.

Dans son Apologie contre les ariens, publiée en 350 ou peu après, s. Athanase inséra, à la suite de la lettre encyclique du concile de Sardique, la liste des évêqnes qui l'avaient signée, soit au moment du concile, soit après. Cette liste comprend plusieurs sections : 1° les évèques présents au concile; 2" ceux de Gaule ; 3° ceux d'Afrique ; 4'' ceux d'Egypte ; 5° ceux d'Italie ; 6° ceux de Chypre; 7° ceux de Palestine. Quelques noms seulement, en tête du premier groupe, sont accompagnés d'une indication géographique ; par ailleurs il n'y a que les noms des évêques, sans indication de siège. Les signatures données à Sardique étaient sûrement pourvues de ces indications ; on le voit par les textes qui se sont conservés dans le Fragment II de s. Hilaire et dans les collections canoniques. Athanase les a supprimées, sauf pour Osius, les légats romains et Protogéne de Sardique. Il y a lieu de croire que le libellé des adhésions comprenait aussi le nom du siège avec celui de l'évêque et qu'Athanase, là encore, aura supprimé. En ce qui regarde le second groupe, celui de Gaule, Athanase, en y transportant le nom de Verissimus, présent à Sardique. a écarté la mention de

Lyon, qui figure dans les signatures latines. Il est bien regrettable qu"il ait procédé ainsi, car, sur les trente-quatre noms que comprend sa liste, bien peu sont susceptibles d'être rapportés à des sièges déterminés. Outre Vérissime de Lyon, on reconnaît Maximin de Trêves, Servais de Tongres, Declopetus d'Orléans. Quelques autres se rencontrent dans certaines listes épiscopales à une telle place que Tidentification paraît possible; mais, sans autre document, comment se fier à la simple homonymie"? Passe encore pour le cas de Declopetus dont le nom est des plus rares ; mais pour des Eusêbe, des Séverin, des Simplicius, c'est une autre affaire.

On sortirait d'embarras si l'on acceptait comme authentique le concile de Cologne dont il nous reste un protocole du 12 mai 346. Là figurent vingt-quatre noms d'évêques contemporains du concile de Sardique, qui se retrouvent dans la liste d'Athanase. Malheureusement la pièce est apocryphe (1) ; les efforts récemment faits pour la sauver n'ont abouti qu'à en mieux faire ressortir l'absolue fausseté. Toutefois il paraît bien que le faussaire disposait d'un document de cjuelque valeur sur le personnel épiscopal des Gaules au temps où il a placé la réunion du concile. Sur ses vingt-quatre évêques, vingt-deux se retrouvent sûrement dans la liste athanasienne ; les deux autres (2) y ont peut-être figuré aussi. A certains moments, l'ordre des noms lui-même est identique dans les deux pièces. Il y a donc lieu d'admettre entre elles une certaine connexité.

Mais en quel sens? Le faussaire sera-t-il parti du texte athanasien tel que nous l'avons, avec les noms tout seuls ? On conçoit qu'il ait pu suppléer les sièges de Maximin et de Servais, personnages fort connus. Mais pour les autres? Comment, au VHP siècle assez avancé, aura-t-il pu tomber juste non seulement pour Declopetus d'Orléans, mais pour un nombre relativement considérable d'autres évêques ? Il lui aurait fallu connaître les listes épiscopales de Langres, Rouen, Sens, Auxerre. Troyes. Orléans, Paris. Metz, Verdun. Or, cela est moralement

([) Je ne puis que maintenir ce que j'en ai dit dans la Reoue d^histoire ecclésiastique de Louvain, 3* année (190-), p. 1 et suiv., en ajoutant qu'il est moralement impossible qu'une condamnation aussi solennelle d'un disciple de Photin — si l'on veut que tel ait été le cas d'Euphratas — ait échappé à s. Hilaire ou ait été par lui passée sous silence dans ses écrits. Voir aussi, sur ce sujet, l'excellent travail de M. l'abbé G. Rasneur, Le Concile de Cologne, Bruxelles, 190."^.

(2) lâ-rupo; a pu être transformé en Sanclinus, IlaxàTo; en Pancharius, ou réciproquement.

impossible; les listes épiscopales étaient des documents peu connus en dehors des églises qu'elles concernaient: nulle part il n"y en avait de recueil. J'ajoute que, si la lettre de Sardique circulait en latin (1), avec d'autres documents du concile et notamment les signatures données à Sardique même, il nen était nullement ainsi des appendices dont elle est pourvue dans l'Apologie contre les Ariens. Que cet ouvrage de s. Alhanase ail été, en ces temps-là, traduit en latin, c'est ce dont je ne vois nulle part le moindre indice. Ainsi, ni la liste athanasienne, ni les catalogues épiscopaux n'étaient à la portée du faussaire. Il faut chercher une autre explication.

Or, du moment où la connexité des deux listes est admise, sans qu'il soit possible de les faire dépendre l'une de l'autre, il n'y a plus qu'une ressource, c'est de les ramener toutes les deux à une source commune. Et cette source ne peut être que la liste originale des adhésions au concile de Sardique, telle qu'elle fut présentée à s. Athanase. Il est assez naturel que la copie de ce document soit restée en Gaule, et. plus spécialement, au lieu d'où elle fut expédiée. Or on sait que, parmi les évêques de Gaule, c'est Maximin de Trêves qui était le plus étroitement lié avec Athanase; celui-ci le connaissait : il avait habité avec lui. Le nom de Maximin est le premier sur la liste athanasienne. Peu après l'année 346, Athanase reçut à Alexandrie les lettres de rétractation des évêques ariens Ursace et Valens. Qui les lui fit parvenir? L'évêque de Trêves, Paulin, successeur de Maximin (2).

Il n'y a donc rien d'étonnant à ce que la liste des signatures apposées à la lettre synodale de Sardique se soit conservée à Trêves, sans doute avec la lettre synodale elle-même, et que l'auteur du faux concile en ait eu connaissance. Il est fort possible que les signatures aient été réunies dans une assemblée épiscopale, tenue à la date reproduite correctement en tête du faux concile. C'est justement au printemps de l'année 346 qu'Athanase préparait son retour à Alexandrie et qu'il vint en Gaule prendre congé de l'empereur Constant. Il aura jugé utile d'emporter un témoignage des sentiments du clergé des Gaules à son égard, et, à cet effet, on se sera réuni à Trêves, autour de

(1) Hilaire, Fragm. II. C'est l'original latin ; quant au texte grec, conservé par s. Athanase {Ap. c. Ar., c. 44 et suiv.), et par Théodoret (H. E. II, 6), on en connaît deux traductions latines, celle de l'Histoire tripartite et celle de la collection du diacre Théodose (Maassen, Quelien, t. I. p. 64).

(2) Apol. c. Ar.. 38.

lévêque Maximin, peut-être aussi d'Athanase et de l'eniperpur Constant. C'est l'explication la plus simple ; en l'adoptant on se rend mieux compte de ce fait qu'il n"y a que trente-quatre adhésions, alors que la Gaule comptait alors un bien plus grand nombre d'évêques et que, nul d'entre eux, à notre connaissance, n'était alors défavorable à l'évêque d'Alexandrie et à sa réhabilitation par le concile de Sardique. Les seuls évêques présents ont apposé leurs signatures. C'est ainsi, du reste, que les signatures palestiniennes furent réunies, dans un concile qui se tint à Jérusalem, au moment du passage d'Athanase. Il semble bien que celles de Chypre et d'Afrique Talent été d'une manière semblable. Pour l'Italie il n'en fut pas de même. Athanase n'insère dans sa liste que des signatures recueillies èv tw xavaXicp t^ç 'ItaXta;, c'est-à-dire sur la grande route, sur celle qu'il avait suivie pour aller à Rome et en revenir.

De tout ceci il résulte, je crois, que les noms d'évêques et les indications de sièges, dans le faux concile de Cologne, méritent plus d'attention que les critiques, et moi tout le premier, ne leur en ont accordé jusqu'ici. J'en ferai donc usage, dans cette seconde édition , en les considérant comme empruntées au même document que la liste athanasienne. Il est assurément possible que le faussaire ait commis quelques erreurs; à de tels écrivains on ne peut, même pour ces détails, accorder la même confiance qu'aux auteurs sérieux. Mais, dans l'ensemble, le document de 346 — c'est ainsi que je le désignerai — ne saui-ait être négligé dans des recherches comme celles-ci.

Liste d'Athanase. Désignations du faux Concile.

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