‹ Fastes épiscopaux de l'ancienne Gaule (volume 3)Chapitre 18 sur 144 · LE CATALOGUE D ADON · texte numérisé non relu

LE CATALOGUE D ADON

Avant le VP siècle, sept évéques de Vienne sont connus, soit par des souscriptions de conciles, soit par d'autres documents propres à fournir des dates : Verus, qui siégea au concile d'Arles, en 314; Florentms, qui assista, en 374, au concile de Valence; Simplicius, qui défendit, au concile de Turin (v. 400), ses droits au titre de métropolitain; Claudius, qui prit part aux conciles d'Orange et de Vaison eu 441 et 442; Nicetas, qui assista, en 449, à l'ordination de l'évéquo d'Arles Ravennius ; Mamertus (s. Mamert), mentionné dans les documents en 463 et 474; enfin Hesychius, père et prédécesseur de saint Avit. Le VP siècle nous fournit une série bien ordonnée : Avitus, Julianus, Domninus, Pantagathus. Hesychius II, Namatius, Philippus, Evantius, Verus II, Desiderius. De ces dix-sept évéques, le martyrologe hiéronymien , dans sa recension auxerroise (±: 600), ne mentionne que cinq, Florentins, Claudius, Nicetas, Mamertus, Avitus. Les deux derniers avaient laissé une grande réputation; en revanche, trois autres noms, Martiiius , Lupicinus , Neotarius , figurent dans les fastes pseudo-hiéronymiens. Nous atteignons donc, jusques et y compris saint Didier, le chiffre de vingt évéques pour la

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période antérieure au VIP siècle, mais dix-sept seulement peuvent être rangés en série chronologique.

Après le VP siècle, les documents nous fournissent encore, avec des dates, les noms de Domnolus (614), à' Aetlierius , de Sindulphus (627-650), de ChaoaldusiQh^, 664), de Blidrannus {Ç>11), de Wilicarius (725, v. 735), de Bertericiis (767), d'Ursus (794). Après celui-ci on arrive au IX" siècle et il n'y a plus d'incertitude.

Le plus ancien document où tous ces noms, et quelques autres avec eux, apparaissent rangés suivant l'ordre des temps, c'est la Chronique d'Adon, arrêtée à l'année 867, c'est-à-dire en un temps où son auteur était archevêque de Vienne. Ursus, dans sa liste, est le quarante-quatrième évéque ; il en connaît, avant Ursus, seize de plus que les vingt-huit déjà énumérés. Voici le catalogue qui se déduit de sa Chronique :

Ci'esccns.

Avitus.

Dodolcnus.

Zacliarias.

Iulianus.

Bobolinus.

Marti nus.

Domninus.

Geoi-gius.

Vcrus.

Pantagatiuis.

Deodatns.

lustus.

Isicius.

Blidrannus.

Dionysius.

Namatus.

Eoldus.

Paracodes.

Philippus.

Eobolinus.

Florcntinus.

Evantius.

Austrobertus

Lupicinus.

Verus.

Wilicarius.

Simplides.

Desiderius.

Bertericus.

Paschasius.

Domnolus.

Proculus.

Claudius.

Aetheiius.

Ursus.

Nectarius.

Clarentius.

Vulferi.

Nicetas.

Sindulfus.

Bernardus.

Mamertiis.

Hecdicus.

Aglimarus.

Isiciiis.

Chaldcoldus.

Ado.

Sur les quarante-quatre premiers noms, vingt-cinq peuvent être disposés en série chronologique, d'après des documents indépendants d'Adon et qui n'ont pas tous été connus de lui. Il est bien remarquable que l'ordre qu'il a adopté n'est jamais en désaccord avec la série ainsi établie. Une telle coïncidence serait inexplicable si l'on n'admet-

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tait qu'il a suivi un catalogue épiscopal préexistant et de bonne note. Il semble donc que, même dans les cas où l'ordre des noms, dans sa Chronique, n'est pas autrement vérifîable, on soit fondé à l'accepter comme correspondant à la succession réelle.

Mais là s'arrête la confiance que mérite ce document. Adon, en distribuant son catalogue épiscopal le long de sa Chronique, a pourvu chacun des noms de déterminations chronologiques auxquelles il est impossible d'ajouter foi.

En s'en tenant à la liste toute seule, dont le quatrième nom se rencontre dans un document de l'année 314, le premier évoque aurait vécu vers le milieu du IIP siècle. Adon réclame pour lui une bien autre antiquité. Soit qu'il eût déjà trouvé cette idée en circulation dans le pays, soit plutôt qu'il jugeât à propos d'antidater la fondation de son siège, comme tant d'autres l'avaient déjà fait, il identifia Crescens, le premier évêque de Vienne, avec le disciple de saint Paul mentionné dans la 2« épitre à Timothée (1). L'apôtre dit, en effet, que Crescent est parti pour la Galatie, ce que certains auteurs anciens entendirent de la Gaule ; il y a même des manuscrits du Nouveau Testament qui portent raXXtav au lieu de FaXaTiav. Quoi qu'il en soit de la teneur exacte (2) et du vrai sens de ce texte, il est sûr que Crescent n'y est nullement mis en rapport avec Vienne plutôt qu'avec une autre localité gauloise ou galate. Mais il faut convenir que, du moment où le même nom se trouvait en tête de la série épiscopale, dans une église ancienne, importante et célèbre, l'identification était presque forcée. On ne l'avait pourtant pas faite, à ce qu'il semble, au temps du concile de Turin, du pape Zosime et de saint Léon, alors que la métropole de Vienne avait eu à lutter contre la rivalité de l'église d'Arles, et, plus spécialement, contre l'usage ou l'abus que celle-ci faisait de saint Trophime,

(1) 2 Tim., IV, 10 : .^r,[JLà; yàp... èTropeOOri ei; 0£(jCTa).oviy.r,v, KpTjixT); ei? Fa).»- TÎav, TÎTOç et; Aa/.[j.aTÎav.

(2) Pour les variantes, voir rédition de Tischendorf.

soi-disant disciple de saint Pierre, fondateur de Téglise arlésienne (1).

Ce n'est pas, du reste, pour se procurer un argument dans un conflit de ce genre que l'archevêque Adon mit en avant saint Crescent et son antiquité. De son temps, la métropole d'Arles n'avait plus aucun relief. Depuis plus de deux siècles, les évêques d'Arles n'avaient plus la qualité de vicaires du saint-siège; le pallium romain, dont ils avaient été longtemps décorés, à l'exclusion des autres prélats des Gaules, était maintenant accordé à tous les métropolitains; la province d'Arles, autrefois si importante, avait été diminuée des deux tiers parla création des métropoles d'Aix et d'Embrun. Elle ne comprenait plus que huit ou dix sufl'ragants, la plupart titulaires d'évêchés minuscules. La province de Vienne était deux fois plus grande. On ne sentait pas, à Vienne, le besoin de se défendre contre une rivale aussi affaiblie. Il n'y avait donc pas un intérêt bien sérieux à se réclamer d'un disciple des apôtres.

Mais les intérêts frivoles ne sont pas toujours les moins agissants. Du reste, Adon avait vécu dans le nord de la France , où l'on était très préoccupé d'ancêtres apostoliques. Il avait pu apprécier le succès obtenu à Metz , à Paris et ailleurs par d'ambitieuses corrections de la chronologie. Témoin, en 847, de la découverte des reliques des saints Sabinien et Potentien , premiers évêques de Sens, il n'avait pas hésité à faire de ces évêques des disciples immédiats des apôtres et à les désigner comme tels dans son martyrologe, sans y être autorisé par une tradition quelconque. Les événements l'avaient conduit en Italie, où, pour les besoins de son martyrologe, il avait dû consulter beaucoup de livres et recueillir beaucoup de « traditions » très propres à le familiariser avec l'idée qu'une église aussi noble que celle de Vienne devait avoir eu un fondateur de haut parage.

(1) Ci-dessus, p. 100, ll\.

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Quoi qu'il en soit de ses prédispositions, il est sur qu'il consigna dans sa chronique l'identification des deux Crescent, et reporta au milieu du premier siècle le point de départ de sa série épiscopale ; mais il s'en tint là et n'ajouta aucun nom à la série traditionnelle.

Ce procédé est remarquable. On a dit quelquefois que les vieilles listes épiscopales sont incomplètes et que, après les noms des fondateurs, il doit en manquer beaucoup, que l'on aura oubliés ou perdus pendant les persécutions et les invasions. Adon n'a pas la moindre idée de cela. Non seulement il ne se permet pas d'allonger la liste reçue en y insérant de nouveaux noms, mais il est clair que, pour lui, cette liste doit suffire à occuper toute la durée depuis les apôtres jusqu'au IX" siècle. Crescent se présente sous Néron ; il ne remplit à Vienne qu'une mission temporaire, aliquot annos resedit. Ses trois successeurs, même Verus, celui du concile d'Arles de 314, sont placés sous Trajan. Avec Just, Denys et Paracodes, on atteint le milieu du IIP siècle. Florentins, qui siégeait en 374, est reporté en arrière jusqu'au règne de Gallien, et ainsi de suite. La chronologie réelle n'est rejointe qu'au temps de saint Avit et du roi Gondebaud, c'est-à-dire vers l'année 500 (1). Il y avait un livre de canons dans la bibliothèque de l'église de Vienne, et Adon l'a quelquefois consulté, même pour sa chronique. On y pouvait voir aisément que Verus, par exemple, avait vécu sous Constantin et non sous Trajan. Un auteur de chroniques ne pouvait avoir de peine à se débrouiller dans les synchronismes impériaux. Ce n'est pas à l'ignorance, ni à la légèreté, ni à la fragilité humaine, que l'erreur peut élre imputée ici. C'est une erreur voulue, tout comme celles auxquelles nous devons les Areopagitica d'Hilduin, les Fausses décrétales et certaines autres productions littéraires du IX® siècle.

(1) Pour s'en écarter bientôt après, car il y a encore bien des discordances entre ses synchronismes et la chronologie réelle, surtout pour le septième siècle.

Les préteiilions d'Aclon sur Cresceut, disciple de saint Paul, sont, en somme, assez modérées; il ne réclame qu'un séjour passager de cet homme apostholique. Selon lui, Crescent, après avoir passé quelques années à Vienne, serait parti pour la Galatie, où il aurait terminé sa carrière. Il fallait bien tenir compte du « petit martyrologe romain », qui sert de cadre à celui qu'il avait compilé lui-même. Là, il est dit, au 27 juin : Apud Galatiam, Crescentis, discipuli Pauli aposloli. Adon ne pouvait se mettre en contradiction ouverte avec une telle affirmalion.

De Zacharie, successeur de Crescent, il dit seulement qu'il fut martyrisé sous Trajan.

Le troisième et le quatrième évêque, Mariinus et Venis, sont présentés aussi comme disciples des apôtres. Ici encore Adon semble avoir élé le fondateur de la tradition.

Sur les évêques suivants, jusqu'à saint Mamert, il ne sait pas grand chose. Cependant, il dit de Just que, sous Marc-Auréle et Verus, il fut exilé et mourut martyr (1). Contemporain de Constantin, Just n'a été martyrisé que par Adon ; encore ne l'est-il que dans la chronique; son anniversaire manque au martyrologe. Après Just, on trouve encore un disciple des ^\)6{vq<, [discipulorum Chrisliauditor), l'évêque Denys, lequel pourtant vécut sous Sévère, suivant la chronologie adonienne, et vers le milieu du IV siècle, suivant la chronologie réelle. Florentins, son deuxième successeur, un contemporain de saint Martin, est aussi présenté comme ayant été exilé et martyr (2). La chronique dit encore que saint Just, évêque de Lyon, avait été diacre de Vienne sous l'évêque Claude. Il y a ici un anachronisme de près de cent ans. Adon a trouvé dans la vie de saint Just de Lyon (3) que ce saint fut diacre à Vienne avant d'être promu à l'épiscopat; c'est lui qui a introduit

(1) 0 Longo tempore exilio raaceratus, martyr gloriosus efEcitur. »

(2) Ce Florentius est marqué au 3 janvier dans le martyrologe hioronymien, mais non comme martyr.

(.3) Acla SS. Sept., t. I, p. 373.

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ici le nom de l'évéque Claude. Du successeur de celui-ci, Nectaire, il rapporte qu'il présida, à Vaison, un grand concile, où fui proclamé le dogme de la consubstantialité. Ce concile aurait eu lieu au temps de l'empereur Constance et de saint Athanase. Il est absolument imaginaire (1).

En dehors de ces indications, tout aussi fausses que sa chronologie, Adon se borne à un éloge rapide, mais banal : doctrina et confessione claruit (Verus) ; illustrissinnis in confessione eœtilit, clarus hahetur (Justus) ; erudilissimus floruit (Dionysius) ; clarus in /Ide, clarus in confessione persistens (Paracodes) ; vita et doctrina emicuit (Florentius) ; clare floruit (Lupicinus); mirae sanctitalis floruit (Simplides) ; floruit vir disertissimus (Paschasius) ; in catholico dogmato clarissimus (Claudius) ; in doctrina fidei eximius (Nectarius); praeclarissimus in dogmate fidei (Nicetas).

Avec saint Mamert, on rencontre enfin un souvenir historique. Tout le monde savait qu'il avait institué les Rogations. Adon ne se borne pas à le rapporter ; il emprunte à une homélie de saint Avit (2) un assez long développement sur ce sujet. Il avait une connaissance personnelle des œuvres d'Avit ; il en use dans le passage qu'il consacre à cet évêque, ainsi que dans ce qu'il dit de son père et prédécesseur Hesychius. Il est, du reste, possible qu'il ait déjà trouvé une vie de saint Avit (3) toute rédigée (4). Il a

(1) L'évéque de Vienne, Nectaire, doit se placer dans l'intervalle 443-449. Son prédécesseur Claude assista, le 13 novembre 442, au premier concile de Vaison ; il y signe le troisième, après l'évéque du lieu et l'évéque d'Arles. Un Nectaire assistait à ce concile, mais c'était l'évéque d'Avignon (Maassen, Quellen, t. I, p. 952). Au deuxième concile de Vaison (529), ni l'évéque de Vienne, ni ses suffragants n'assistèrent; aucun des prélats de cette assemblée ne porte le nom de Nectaire. Ni l'un ni l'autre des deux conciles de Vaison ne s'est occupé du dogme de la Trinité.

(2) Homilia VI in Rogationibus.

(3) Il est sur que ce qu'il dit de saint Avit ne provient pas des auteurs étrangers à Vienne, Ennodius, Grégoire de Tours, Isidore, Agobard, qui ont fait l'éloge de cet illustre évéque.

(4) Celle qui a été publiée par les Bollandistes [Acla SS. Febr , t. I, p. 6G7) est sûrement postérieure à celle de saint Apollinaire de Valence (Ac/a SS.

connu aussi son épitaphe, dont il rapporte les quatre derniers vers.

Saint Avit, du reste, n'est pas le seul évéque dont les épitaphes lui aient fourni quelque chose. C'est dans une inscription (1), relative à l'évêque Domninus, qu'il a trouvé les traits : Hic tam in divinis rjuam in saecularibus artibus claruit, amator paupenim, redemptor captivorxim. vilaque probatissimus. Il a lu l'épitapbe de Pantagathe (2), où il a appris que cet évèque avait été consularibus fascibus primum siiblimis, qu'il avait siégé cinq ans (3) et qu'il était mort sous le consulat de Paulin le Jeune et de Basile. Ce consulat est sûrement faux; Paulin a été consul en 533 et Basile en 541. Adon aura mal compris la notation consulaire et fondu ensemble deux dates, celle de ravènement et celle de la mort de Pantasathe (4).

Ocl., t. III, p. 58), d'où elle est tirée pour les deux tiers environ de son propre contenu. La vie d'Apollinaire existait sûrement au temps de Louis le Pieux ; il n'y aurait rien d'étonnant à ce que celle d'Avit eût été rédigée, d'après elle, après ou avant Adon. Tout ce que celui-ci rapporte sur Avit, sauf ce qu'il donne de son épitaphe, se retrouve dans^ce texte; on en peut dire autant de la notice d'Avit dans le recueil de Léger, où l'épitaphe est complète. Pour bien juger de la dépendance entre ces trois textes, il serait utile d'être renseigné sur l'âge des manuscrits où se trouve la biographie de saint Avit. Sur la vie d'Apollinaire, v. Krusch, M. G. Scr, merov., t. III, p. 194.

(1) Leblant, 405.

(2) Leblant, 429.

(.3) Ce comput est faux, Pantagathe ayant siégé plus de neuf ans. Adon a mal compris l'un des vers où se trouve marqué l'âge du défunt :

Bissenum vilae complevit Iramile lusirum Anytis quinque super saecula nostra videns.

(4) Dans le pays de Vienne, on a compté par les postconsulats de Paulin jusqu'en 537 (C. I. L., t. XII, n"' 2078, 2405); puis on adopta les postconsulats de Jean, dont un se présente, en 540, sur une inscription viennoise ; peut-être même le consulat de Jean, en 538, fut-il reçu à Vienne dès cette année : il le fut sûrement dans la cité de Die (j'faid., n" 2080, 2081 ; cf. n- 1530). Quant aux postconsulats de Basile, ils n'apparaissent pas à Vienne avant 547. Ainsi, du moment où les noms de Paulin et de Basile apparaissent simultanément dans l'épitaphe d'un évcquc de Vienne, il faut que l'un désigne l'avènement, l'autre la mort. Pour le premier, on ne peut, dans le cas présent, descendre au delà de l'année 538, parce que, le 7 mai de cette année, Pantagathe assistait au troisième concile d'Orléans. On ne peut re-

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