LE CATALOGUE D ADON
C'est aussi dans l'épilaphe de Namalius (1) qu'il a vu que ce prélat était nohilis stemmate sed nobilior vita et eloquio, et qu'il mourut à l'âge de Soixante-treize ans. Peutêtre s'est-il aidé aussi de celle d'Hesychius II (2).
Au temps d'Adon ces inscriptions devaient être encore apparentes et faciles à lire. Du reste, il en existait des copies dans les recueils de petits poèmes et d'épitaphes en vers (3).
Il s'est servi aussi d'une charte (4) que nous avons encore, celle du duc Ansemundus, adressée à sa fille Remilla, en faveur de Saint-André le Bas. Mais il l'a antidatée (5) en la rapportant à l'épiscopat de Philippe,
monter beaucoup plus haut, puisqu'il y a un évéque, Domninus, à placer entre Pantagathe et Julien, lequel siégeait sûrement en 533, le 23 juin, date du deuxième concile d'Orléans. L'anniversaire de Julien tombait le 22 avril 5 il est donc mort, au plus lot, le 22 avril 534. Domninus, dont l'anniversaire était célébré le 3 novembre, sera mort, au plus tard, le 3 novembre 537- D'autre part, la mort de Pantagathe ne peut être placée qu'en l'une des années 547, 548 ou 549; en 549, le 20 octobre, son successeur Hesychius II assistait au cinquième concile d'Orléans. (!) Leblant, 425 :
Nobilis eloquio et stemmate nobilis alto, Nobilior meritis et vitae clarior actu... Seplies liic denos et très compleverat annos.
(2) Il dit de lui : Qui et ipse sub lustiniano floruit. Ce sub lustiniano me semble venir d une note chronologique gravée au bas de l'épitaphe. Hesychius II a en effet siégé sous Justinien, bien qu'Adon le place sous Justin II.
(3) Un recueil de ce genre, contenant cinq inscriptions de Vienne, notamment les épitaphcs d'Avit, de Pantagathus, d'Hesychius II et de Namatius, fut offert au tombeau de saint Oyan (s, Augendi) par l'abbé Manno (t 880). Il se trouve maintenant à la Bibliothèque nationale (/a(. 2832, s. ix): cf. de Rossi, Inscr. urbis Romae christ., t. II, p. 262. — Adon ne dépend pas de ce recueil, car il s'inspire d'une inscription oîi l'on faisait l'éloge de Domninus (Leblant, 405), et cette inscription manque au manuscrit de Manno; d'autre part, il donne pour Pantagathe une note consulaire, cous. Pauliiii iun. et Dasilii, fautive, il est vrai, mais qui a dû être relevée sur le marbre lui-même, car elle ne se trouve pas dans les recueils d'inscriptions métriques; les personnes qui formaient ces recueils s'intéressaient en général fort peu à cet ordre de renseignements.
(4) Gall. clirist., t. XVI, inslr., p. I.
(5) Ou postdatée, si l'on admet que la charte est de 543; voyez la note suivante.
lequel commença en 559 ou 560 et se termina avant 581. La charte est datée de la neuvième année d'un roi Clolaire, ce qui ne peut convenir qu'à Clotaire III et à l'année 666 (1).
De plus, il a eu à sa disposition deux vies de saints, celle de saint Sévère, « prêtre indien, » et celle de saint Didier, récemment publiées (2). La vie de saint Sévère lui a fourni un événement, la dédicace de l'église Saint- Etienne, qu'il place à tort sous l'épiscopat d'Hesychius I" (vers 480)^ alors qu'elle est censée avoir eu lieu l'année où mourut saint Germain d'Auxerre (448). Enfin, il a noté la présence de l'évêque Evantius à un grand concile, que nous savons être le premier concile de Mâcon, en 581.
En se servant de ces documents divers, Adon arrive à dire quelque chose sur ses prédécesseurs, à partir de saint Mamert et jusqu'à saint Didier. Deux seulement, Julien, successeur immédiat de saint Avit, et Verus II, prédéces-
(1) Cependant il faut noter que la charte en question est visée dans un diplôme de Louis le Pieux, du 3 mars 831 (Bôhnier-Mûlilb., 855), comme ayant été confirmée par les rois Thierry et Contran. A ce compte, elle devrait être de Clotaire I" et de l'année 519-5'2ll, ce qui est impossible. Ceux qui la rapportent à l'année 543 sont obligés d'admettre, contre tout usage, que la date anno VIIIl régnante doinno Hlolliavio est comptée non pas à partir de l'avènement de Clotaire à la royauté franque (511), mais à partir du moment oii il commença de régner sur la cité de Vienne (534). Encore est-il impossible de démontrer que Vienne ait appartenu à Clotaire avant l'année 558. Il est même fort douteux (v. ci-dessus, p. 83) qu"il ait participé au dernier partage de la Burgondie, en 534. — La difficulté me parait devoir être résolue autrement. Dans le texte, fort mal conservé, de la charte, il est question de saint Leonianus et de sa règle monacale; Adon en parle aussi à propos de la fondation d'Ansemundus; il dit que saint Leonianus avait institué, sous Vévéque Avit, un autre monastère de Saint-André, situé en ville (Saint-Andrc-le-Haut), celui-là même où avait été élevée Remilla, et dont elle devait transporter la règle dans la nouvelle maison religieuse. Il se peut que la confirmation de Contran ait visé ce monastère, celle de Thierry (III ou IV) la fondation de Rcmilla.
(•2) Ces deux vies figurent dans le manuscrit 566 de Saint-Gall avec d'autres documents viennois, envoyés en 87U à cette abbaye par Adon lui-même. Il avait remanié celle de saint Didier (Krusch, M. G. Scr. inerov., t. III, p. 646), comme on peut le voir en comparant son texte avec celui de la Vila II (ibid., p. 638). Celle de saint Sévère aura sans doute été retouchée, elle aussi; nous n'avons aucun document du texte primitif. Celui d'Adon se trouvera Anal. Bail., t. V, p. 417.
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seur de saiiil Didier, sont marqués avec les menlioiis banales p.oniit, claruit (1).
Au delà du VP siècle, ces banalilés d'expression sont tout ce que l'on rencontre : Domnolus (lorebal, vir slrenuus et in redimendis captivis piissimiis ; — Aelherius^ vir in omnibus eœimius, praeclarus liabetur ; — Clarentius, vir salis cruditiLS claruit ; — Sindulphus clarus habetur ; — Hecdicus magnae religionis vir. Chaldeoldus et Dodolenus passent sans aucun éloge. Puis la série reprend : Bobolinus insignis claruit; — Georgius magnne virlutis episcopus ; — Deodatus magnae yarsimoniae vir. De Blidrannus on ne dit rien.
Deux fois, dans cette série, apparaissent des notes chronologiques ; la première, qui fait mourir Hecdicus dans les derniers temps de Justinien II, est fautive d'un demisiècle au moins (2). Quant à l'autre, qui prolonge l'épiscopat de Chaoald jusqu'au temps de Thierry III (675-691), elle n'a probablement pas beaucoup plus de valeur (3).
Il est évident que, depuis saint Didier, comme avant saint Mamert, Adon n'a eu d'autre source d'information que le catalogue épiscopal.
Avec l'évêque Eoldus, qui siégea dans les dernières années du VIP siècle, nous atteignons la région des souvenirs traditionnels. Adon rapporte à cet évêque, « parent des rois francs, » la construction de la crypte de Saint- Maurice et le changement de vocable de la cathédrale. Il sait que l'évêque Austrobert, vir strenuus et nobilis, était enterré dans sa villa de Vilidiacum, prés de la Seine ; peut-être avait-il vu l'endroit. Il sait aussi que l'invasion
(1) Adon dit que saint Didier avait été diacre sous Verus ; la Passio s. Desiderii ne marque pas ce détail.
(2) Le successeur d'Ecdicus, Chaoald, était déjà en fonctions en 654; Justinien II a régné depuis 685 jusqu'cà 695, et, si l'on fait entrer son deuxième règne en ligne de compte, jusqu'en 711.
(3) La dernière date connue de Chaoald est de 664, la première que l'on rencontre ensuite, celle de 680, tombe dans l'èpiscopat de Blidrannus. Entre les deux, il faut placer quatre évoques; dans ces conditions, il est difficile que Chaoald ait vu l'année 675.
sarrasirie (735) obligea l'évêque Wilicaire à ramener en ville les reliques des saints Ferréol et Julien, leur basilique de la rive droite du Rhône ayant été incendiée par les musulmans; et que le même évéque, humilié dans sa dignité par les usurpations de biens ecclésiastiques, se retira au monastère d'Agaune, après avoir passé par Rome et fait connaissance avec le pape. Ici, il se trompe de pape et confond Etienne II avec Grégoire III (1). C'est encore, je pense, la tradition qui l'a renseigné sur l'élévation de Berteric, « serviteur de l'église » de Vienne, au siège métropolitain, lors du passage de Pépin le Bref en cette ville (767;, et sur la nationalité de l'évêque Vulferius, « bavarois, qui s'appelait Vultreia dans la langue de son pays. » Çà et là, quelques prélats passent rapidement : de Bobolinus, prédécesseur d'Austrobert, il ne dit rien du tout; Berteric et Proculus sont l'un liomo simplex, l'autre similiter innocens et simplicis nalurae. Si cela veut dire quelque chose, il faut se rappeler que nous sommes au temps de Charles-Martel et de Pépin. Quant à ce qu'Adon rapporte de son prédécesseur Barnard, un des hommes les plus en vue au temps de Louis le Pieux, il est clair qu'il n'a eu besoin de le demander à personne. D'Aglimar, auquel il succéda, il se borne à prononcer le nom ; de luimême, il ne dit absolument rien (2).
(1) Cf. Lih. ponlif., t. I, p. 421.
(2) Pour achever d'énumérer les sources de la Chronique d'Adon, en ce qui regarde, non plus spécialement l'histoire des évéques, mais l'histoire de l'église de Vienne, je signalerai le De viris de Gennadius (c. 68, 84), d'où il a tiré de qu'il dit de Claudien Mamert, et les traditions mariyrologiques relatives à saint Phocas et aux saints de Romans. La translation à Vienne des reliques de saint Phocas de Sinope et leur présence dans la basilique des saints Apôtres est mentionnée dans le martyrologe dit de Bède et dans celui de Raban (14 juillet); c'est peut-être à Vienne que se rapporte la note suivante du martyrologe hiéronymien, au même jour : et alibi s. Focae episcopi et confessoris. Quant aux saints Sévérin, E.xupére et Félicien, découverts en 840 ou environ par l'évêque Barnard et transférés par lui à Romans, ils étaient déjà célèbres au temps d'Adon : Wandelbert, en 848, les inséra dans son martyrologe (19 novembre). Dans sa Chronique, Adou les place, évidemment par conjecture, au temps de Marc-Auréle.