LES FAUX PRIVILEGES
Pour le moment, l'ordre chronologique des documenis appelle la discussion d'un recueil de fausses pièces dont l'influence va se faire sentir sur le développement ultérieur de la tradition. Je veux parler du recueil des privilèges de l'église de Vienne, formé, pour l'ensemble, d'une série de lettres pontificales adressées à divers évêques de ce siège. Cette série commence au II® siècle, au temps du pape Pie V\ et se prolonge jusqu'à Pascal II (1099-1118), dont le second successeur, Calixte II (1119-1124) fut, comme on sait, archevêque de Vienne avant d'être élevé au siège apostolique.
C'est Jean Dubois [a Bosco), moinecélestin, qui fit connaître pour la première fois ces faux privilèges, considérés par lui comme authentiques, en les insérant dans un des appendices (laevum œyston) de sa Bibliotheca Floriacensis, publiée à Lyon, en 1605. Le manuscrit d'où il les tira est perdu ; mais on en trouve, et d'assez anciens, qui contiennent ou des fragments, ou des traces de quelques-unes des pièces. M. W. Gundlach, qui consacra à cette question une étude fort consciencieuse (1), arrivait, en tenant compte de tous les indices, à cette conclusion que le recueil des faux privilèges avait dû être composé sous l'œil bienveillant de
(1) Der Slreil der Dislhûmer Arles und Vienne, Hanovre, Hahn, 1890; tirage à part, avec quelques compléments, d'une série d'articles publiés dans le A'eites Archiv, t. XIV et XV. — Depuis, le même savant a publié la collection entière des Epistolae Viennenses {Mon. Gevm. Epist., t. III [1892], p. 84 et suiv.). Cf. ci-dessus, p. 86, n. 1.