LE CATALOGUE DADON
En somme, jusqu'à Eoldus et au temps de Charles- Martel, la chronique d'Adon n'a guère de valeur, pour l'histoire de l'église de Vienne, que par le catalogue épiscopal qu'elle contient. Ce que l'auteur a ajouté à ce catalogue est ou faux, ou connu d'ailleurs (1).
Outre sa Chronique, Adon nous a laissé un martyrologe. Dans sa rédaction première, ce document, constitué à Lyon, ne témoigne d'aucun intérêt spécial pour les évoques de Vienne. C'est un Florus amplifié et modifié dans sa distribution, sous l'influence de ce qu'on appelle le petit
(1) On a fait dernièrement (A. Grospellier, Bulletin d'hist. eccl. et d'archéol. religieuse des diocèses de Valence, Gap, Grenoble et Viviers, t. XX, 1900, et XXI, 1901) de grands efforts pour démontrer que les mentions des évoques de Vienne, dans la Chronique d'Adon, sont le résultat d'interpolations et ne sauraient engager la responsabilité d'un personnage aussi estitimable. A ce compte-là, et s'il fallait soustraire à la paternité d'Adon tous les anachronismes de sa Chronique, celle-ci se réduirait à peu de chose. Le principal argument est qu'une vie de Sévère (Anal. Bail., t, V, p. 417), envoyée par Adon aux moines de Saint-Gall, porte que l'évéque Philippe était le 21* de la série, tandis que la Chronique en compte 1\ autres avant lui. Adon, qui a envoyé officiellement cette pièce, n'assignait donc à Philippe que 20 prédécesseurs: pour avoir la liste reconnue par lui, il faudrait effacer deux noms sur celle de la Chronique, oîi il figure au 23' rang. Les deux premiers, Crescent et Zacharie, sont proposés pour le sacrifice. Ceite raison est faible; de tels computs sont sujets à beaucoup d'erreurs. Je n'en veux pour preuve que le martyrologe adonien, qui donne à Florentins le huitième rang et à Claudius le onzième, chiffres contradictoires entre eux, car si Florent est bien le huitième d'après la Chronique, Claude est le douzième.. On ne saurait rien fonder sur ces chiffres, si facilement altérés dans la transmission paléographique; la série fournie par le texte de la Chronique offre de bien autres garanties. Inutile aussi d'arguer de ce que les mentions des évêques de Vienne ont l'air d'être des pièces de rapport. Il n'y a pas qu'elles. Cette chronique, faite à coups de ciseaux, n'est, d'un bout à l'autre, qu'un assemblage de morceaux rapportés, cousus, interpolés, sans aucun art de composition. Ce ne sont sûrement pas les mérites littéraires d'Adon, non plus que son exactitude d'historien que l'église de Vienne a entendu récompenser en l'élevant sur ses autels. Je sens bien qu'en cherchant à ébranler ainsi l'autorité de la liste conservée par Adon, on voudrait nous persuader qu'elle n'est pas complète et que l'on peut toujours en supposer une autre, assez longue pour rattacher la fondation de l'église de Vienne à la période apostolique. Mais la liste résiste aux critiques. Du reste, en admettant que celles-ci fussent fondées, et que les deux premiers évoques dussent être éliminés, il n'en résulterait nullement ([ue l'église de Vienne remonte aux apôtres; mais plutôt qu'elle n'a été organisée qu'à la fin du III* siècle.
160 FASTES ÉPISCOPAUX DE l'aN'CIENNE GAULE.
martyrologe romain (1). Plus tard, l'auteur étant devenu archevêque de Vienne, on y fit diverses additions, dont la plupart intéressent l'hagiographie locale ; c'est ainsi qu'un certain nombre de prédécesseurs d'Adon y ont trouvé place. Qui est l'auteur de ces additions? Il semble bien que ce soit Adon lui-même, et le fait qu'il existe des manuscrits où elles ne se rencontrent pas (2) prouve seulement que ces manuscrits dérivent de la recension lyonnaise (3), nullement que celle-ci n'ait pas été retouchée plus tard par son auteur. Au moins doit-on dire que les retouches en question sont exactement de même esprit et de même style que les indications de la chronique. Crescent est commémoré deux fois, au 27 juin et au 29 décembre. Le 27 juin il figurait déjà dans le petit martyrologe romain; c'est la fête galate ou plutôt censée telle : Apud Galoùiam, Crescentis discipuli Pauli aposloli. Le martyrologe adonien développe (4), au point de vue viennois, cette note laconique. La commémoration du 29 décembre représente la fête viennoise, que peut-être on célébrait déjà. Ce jour-là le petit martyrologe ne parlait pas de s. Crescent; mais, sans aucune indication topographique, il notait : Trophimi episcopi^ discipuli apostolorum. A Vienne on savait où était honoré ce saint Trophime. Adon compléta : Apud Arelatem ; mais il ajouta tout aussitôt : Eodem die, sancti Crescentis
(l) Je parle du martyrologe d'Adon d'après des études encore manuscrites de dom Quentin, bénédictin de Solesmes, qui a bien voulu me faire part du résultat de ses recherches à ce sujet.
{T} Le manuscrit 454 de Saint-Gall, que l'on prétend (ce n'est nullement sur) avoir été envoyé à Saint-Gall par Adon lui-mcme, en 870, est dans ce cas.
(3) Si c'est Adon lui-mcme qui a envoyé le mart3'rologe aux moines de Saint-Gall, il est assez naturel qu'il n'ait pas choisi pour cela un exemplaire augmenté des anniversaires viennois, lesquels n'avaient aucun intérêt pour l'abbaye.
(4) Apud Galatiam b. Crescentis discipuli s. Pauli apostoli, qui ad Gallias transitum faciens vcrbo praedicationis multos ad fidem Christi convertit, Viennae civitate Galliarum per aliquot annos sedit ibiquc Zachariam discipulura pro se episcopum ordinavit; rediens vero ad gcntem cui specialiter fuerat episcopus datus, Galatas usque ad boatiim finem vitae suae in opère Domini confortavit.
LE CATALOGUE d'aDON. 161
apostoii Pauli discipiili, Vienncnsis ecclesiae primi dootoris.
En dehors de ces détails relatifs aux origines, Adon ne marque qu'un nombre assez restreint d'anniversaires épiscopaux. Des liuit que lui fournissait le martyrologe hiéronymien, il en supprima trois, ceux de Lupicinus, Nectarius et Nicetius; celui de Martin fut transféré du 11 mai au l*"" juillet (1). En revanche il marque quelques anniversaires nouveaux, ceux de Simplides, Paschase, Julien, Pantagathe, qui rentrent dans la période pour laquelle le martyrologe hiéronymien est ordinairement renseigné, et ceux de Verus II, Aetherius, Clarentius, Chaldeoldus, de la. fin du VI® siècle ou du VIP.
Des fastes hagiographiques beaucoup plus complets nous sont venus par un martyrologe conservé autrefois à l'abbaye de Fulda, et maintenant à la bibliothèque de Leyde (2). C'est un abrégé du martvrologe hiéronvmien, dont le texte avait passe par l'abbaye de Reichenau, et, auparavant, par Vienne. Outre diverses autres fêtes viennoises, on n'y trouve pas moins de 29 anniversaires épiscopaux, depuis s. Crescent jusqu'à Eoldus, à la fin du VIP siècle. Cette limite ne saurait être considérée comme une indication sur la date du calendrier qui a été mis ici à contribution. Il est de toute évidence que le rédacteur de ces notes dépend de la chronique et du martyrologe d'Adon, recension viennoise (3). Toutefois il a d'autres sources : c'est là que nous rencontrons, pour la première fois, la date anniversaire d'un assez grand nombre d'évéques, négligés par les martyrologes hiéronymien et adonien,
(1) La fête de Martin coïncidait avec celle de saint Mamert; c'est probablement pour cela qu'on l'avait déplacée ; les anniversaires de Nectaire et de Nizier tombaient aussi le mémo jour, 5 mai; les calendriers postérieurs à Adon transportent Nectaire au 1«' août.
(2) Scahger, IV, 49; publié Anal. BolL, t. I, p. 10.
(3) Par exemple, au 1" août : Vienna, s. Veri episcopi qui iinus fuit de discipiilis aposlolorum. Cf. Chronique, Migne, P. L., t. CXXIII, p. 82 : Verus Vienncnsis episcopus, qui unus fuit de discipulis et auditoribus apostolorum ; au 29 décembre, Crescentis... Pauli. Cette fôte est une spécialité du martyrologe adonien; le mot Pauli lui-même y figurait ici.
Veru€ , Justus , Dionysius , Isicius 1, Domninus , Philippus , Evantius, Desiderius, Sindulfus, Ecdicius, Georgius, Deodatus, Eoldus. Il y a même un évêque qui ne figure pas chez Adon, Agratus : j'en parlerai plus loin.