‹ Fastes épiscopaux de l'ancienne Gaule (volume 4)Chapitre 137 sur 146 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Dans les chapitres qui précèdent je n'ai tenu aucun compte des légendes provençales sur Lazare, Marie-Madeleine et autres personnages des temps apostoliques que l'on dit avoir vécu dans le midi de la Gaule. On sait que ces légendes ont influé grandement, depuis le XIV* siècle, sur la rédaction des listes épiscopales de ce pays. Il est donc de mon devoir d'en étudier la genèse et de chercher à démêler ce qui s'y peut trouver de données traditionnelles. Les auteurs du Gallia Christiana s'en sont beaucoup défiés. Us estimaient que tout cela était douteux ou plutôt faux (1). Cependant ils s'abstinrent d'entrer dans une discussion méthodique, jugeant apparemment que Launoy avait fait, à cet égard, ce qu'il y avait à faire. M. Paillon, \ie SaintSulpice, a depuis publié deux gros volumes où il s'est efforcé, avec plus de bonne volonté que de critique, de remettre sur pied les thèses provençales. Il s'en faut qu'il ait amélioré leur situation. Les Bollandistes(2), à la première occasion, témoignèrent de leur défiance, et ils ne furent pas les seuls (3). Il suffit, d'ailleurs, d'une très faible dose de sens

{1) Acla SS. ocL, t. IX, p. 646 et suiv.

(3) Je citerai, en particulier, les Lettres à dom Paul Piolin, de M. d*Ozouville, Paris, 1855, p. 44 et suiv. Je n'avais pas lu cet ouvrage quand j'ai public pour la première fois, dans les Annales du A/idf, la présente dissertation.

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critique, pour apprécier le peu de fondement de ces prétentions. On verra bientôt qu'elles ne peuvent se réclamer d'aucun témoignage antérieur au XP siècle avancé ; il est manifeste qu'il n*y en a pas la moindre trace dans les écrits des auteurs provençaux du V* et du VP siècle,* pas plus que dans les livres historiques, liturgiques ou autres qui, sans être de provenance provençale, sont cependant propres à nous renseigner sur les traditions de ce pays.

C'est en vain que l'on chercherait à expliquer cette pénurie par les ravages des Sarrasins ou par d'autres circonstances locales. Les Sarrasins ont ravagé bien d'autres contrées que la Provence : ils ont pu endommager les sanctuaires; ils n*ont point aboli les traditions de culte, surtout les traditions de premier ordre, comme auraient été celles-ci, si elles avaient existé. En Provence même, ils n'ont fait disparaître ni saint Victor de Marseille, ni saint Genès d'Arles, ni saint Mitre d'Aix, ni saint Valérien de Cimiez, ni tant d'autres qu'il est inutile d'énumérer. Ils n'ont pas davantage supprimé les œuvres de Cassien, de Fausle, de Vincent de Lérins, de saint Césaire, de Pomère, de Gennade, ni les vies des saints, martyrs ou confesseurs, dues à la plume d'Honorat de Marseille, de Cyprien de Toulon, de Verus d'Orange et de leurs émules. Aucune des régions de la Gaule ne nous offre une littérature ecclésiastique aussi riche, aussi variée. Si elle s'est conservée, pourquoi n'en aurait-il pas été ainsi de quelques-uns, au moins, des documents de sainte Madeleine ?

Et par quelle autre fatalité tant d'écrivains, tant d'hagiographes provençaux, s'accordent-ils à ne pas souffler le moindre mot sur le culte le plus important de leur pays? Comment se fait-il qu'à leur silence se joigne celui des auteurs étrangers à la Provence, mais curieux de traditions sur les saints et leurs sanctuaires, de Grégoire de Tours, par exemple ?

Ces considérations sont de nature à frapper toute personne capable de comprendre qu'un fait passé ne s'établit

LA LÉGENDE DE SAINTE llARIE-MADfiLEINfi. 323

que par témoignage et qu*une tradition se manifeste trop tard quand elle n'apparaît qu'après un silence de mille ans. Aussi s'accorde-t-on à refuser à celle-ci toute valeur historique. Cependant il ne sera pas inutile de montrer où, quand et comment elle s'est formée. Le lecteur verra mieux pourquoi j'ai cru devoir écarter des listes épiscopales les noms de Lazare et de Maximin, et négliger à plus forte raison d'autres légendes, de formation secondaire, fabriquées au XIV* et au XV* siècle à l'imitation de la légende principale.

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