‹ Fastes épiscopaux de l'ancienne Gaule (volume 4)Chapitre 40 sur 146 · LES SUFFRAGANTS DE VIENNE · texte numérisé non relu

LES SUFFRAGANTS DE VIENNE

celui de Tarantaise, une province spéciale. D'autre part, on donna lecture au concile de Francfort des lettres de Léon, confirmées par Symmaque, où Ton ne reconnaissait à Vienne que quatre suffragants, Tarantaise y compris. En 867, cet arrangement fut consacré à nouveau, et dans les termes mêmes de Léon, par le pape Nicolas (1). Du silence de ces documents pontificaux il était naturel de conclure que ni Maurienne, ni Die, ni Viviers ne relevaient de Vienne. Maurienne était tout prés de Tarantaise ; Die et Viviers s'étaient jadis rattachées à Arles.

En ce qui regarde Maurienne, nous n'en sommes pas réduits aux conjectures. Une lettre de Jean VIII (JaiŒé, 3150), de l'année 878, désigne formellement l'évéque de cette localité comme suffragant de Tarantaise.

Un manuscrit du X® siècle (2), provenant directement du Puy en Velay, mais évidemment d'origine viennoise, contient un récit de la fondation du siège de Maurienne avec le titre suivant : Auctoritas quod ex antiquo Moriensis ecclesia Viennensi ecclesie metropoli subdita fuit. Ce document semble postérieur à Grégoire de Tours et môme à la Chronique d'Adon (3). Il semble bien avoir été rédigé en vue de prouver que Maurienne avait été, dès l'origine, soumise à la métropole de Vienne. On éprouvait donc à Vienne, au X® siècle, le besoin de se défendre sur ce point. Dans le même manuscrit figure la Notice des Gaules, mais avec une retouche assez grave; l'unité de la Viennoise administrative est brisée ; il y a une province de Vienne et une province d'Arles (4). On a voulu, cela est clair, faire

(1) Lettre à Tarchevéque Adon (Jaffé, 2876).

(2) Parisinus, 1452, f» 202.

(3) Gl. mart,, 13; Adon, Migne, P. L , t. CXXIII, p. 103; cf. Gundlach, dans le Neiies Archiv., t. XV, p. 63, n. 1. Dans son édition do ce document (M. G. Script, merov.f t. III, p. 533), M. Krusch donne les variantes d*un autre manuscrit, conservé aux archives de la cathédrale de 8. Jean de Maurienne, mais il n'en indique pas l'âge.

(4) Sur les mss. qui présentent cette particularité, voir Mommsen, A/. G. Aticl. Antiquissimi, t. IX, p. 582.

214 FASTBS ÉPI8C0PAUX DE LANCIBNNE GAULE.

coïncider la vieille notice avec les circonscriptions ecclésiastiques.

La Viennoise se présente d'abord, avec les cités de Vienne, Genève, Grenoble ; Valence est omise par suite de quelque accident ; puis vient la province des Alpes Grées etPennines :

Item de proviociis septem :

Provincia Viennensis prima :

Civitas Vienna metropolis,

Civitas Genavensium,

Civitas GratiaDopolitaDa ; ad quam etiam provincia Alpium Graiarum et Pennioarum perlinet :

Civitas CeutroDam Oarentasia,

Civitas Vallensium Octodoro,

Civitas Maarienna,

Civitas Augustaoa.

Provincia Âquitanica prima :

Suivent les six provinces de Bourges, Bordeaux, Auch, Narbonne, Aix, Embrun. Après quoi le texte continue :

Piniunt provinciae septem.

Arelatensis. Civitas metropolis Arelas,

Civitas Masiiieosiam,

Civitas Aibensium Vivario,

Civitas Oebinsiam,

Civitas Trecastinorum,

Civitas Vasensiam,

Civitas Aurasicorum,

Civitas Cavaiiicorum,

Civitas Avennicorum,

Civitas Carpentoratensium Vindasca.

Toulon est omis.

Cet arrangement est remarquable. D*abord il nous offre une conception des Sept-Provinces qui est identique à celle des faux privilèges. Dans ceux-ci on ne réclame jamais ni Arles ni son domaine : la province d'Arles ne fait pas partie du groupe des Sept-Provinces. En revanche, on subordonne à la métropole de Vienne toute la province de Tarantaiso. Le faussaire a dû avoir sous les yeux une No^

lice des Gaules exactement conforme à celle-ci. On sait d'ailleurs qu'il s'est servi de Vauctoritas relative à Maurienne (1).

Ce dernier document est, il est vrai, en contradiction avec la Notice, où Maurienne est annexée à la province de Tarantaise. Entre les deux, le faussaire a suivi le plus favorable au siège métropolitain de Vienne. Il faut noter aussi que la Notice remaniée maintient dans le ressort d'Arles les deux évéchés de Die et de Viviers (2), tandis que le faussaire les revendique expressément pour Vienne.

De tout ceci il paraît résulter que la situation demeura longtemps indécise et que, dans le courant du X® siècle, il n'était pas bien sûr, même à Vienne, que les évéchés de Maurienne, Die et Viviers appartinssent au ressort de cette métropole. L'ancienne répartition opérée par saint Léon, renouvelée par Nicolas I", suivie par Jean VIII, faisait toujours obstacle. On l'alléguait volontiers pour soutenir les prétentions relatives à Tarantaise; mais pour Die etVi* viers elle était gênante. On se tira de là, d'abord par les faux du XP siècle, puis par les bulles de Calixte II, qui consacrèrent toutes les revendications viennoises et donnèrent à la province ses limites définitives.

Une tradition très ancienne, constatée dès le premier tiers du VI" siècle, attribue la fondation de la chrétienté de Valence à trois missionnaires envoyés de Lyon, les martyrs Félix, prêtre, Achillée et Fortunat, diacres (3). Après ces origines, le souvenir de saint Apollinaire, frère de

(1) Gundiach, loc, cit.

(2) Cependant, un manuscrit aussi ancien que celui-ci, ie Parisinus Nouv. Acq,, 1460, où la Viennoise primitive est démembrée aussi, exclut ces deux cités de la province d'Arles.

(3) Sur cette tradition, cf. ci-dessus, p. 51 et suiv. Son premier document est, il est vrai , une pièce apocryphe, mais qui suppose et constate une croyance antérieure. Fête, le 23 avril, marquée déjà dans le martyrologe hiéronymien.

216 FASTES ÉPISCOPAUX DE l'aNCIBNNE GAULE.

l'illustre évoque de Vienne saint Avit, est le plus ancien de ceux qui ont été retenus par la tradition du moyen âge. Il est vrai que, sur cette tradition, nous n'avons qu'un document bien tardif, la chronique des évoques de Valence, recueillie par dom Estionnot dans un manuscrit de Nicolas Chorier, et publiée par M. Tabbé Ulysse Chevalier (1). Ce manuscrit provenait de la cathédrale de Valence; il avait été rédigé successivement à des époques assez diverses, jusqu'au XVI* siècle. Estiennot a cru distinguer des rédactions du X« siècle, du XIP, du XIII% du XIV et du XVI*. Voici ce texte :

Narrât Hieronymus doctor legis Dei in Catalogoscriptorum ecclesiasticorum s. Polycarpum b. apostoli Domini et evangelistae lohannis fuisse discipulum et ab eo Smyrnae provinciae Âsiae fuisse ordînatum episcopum. Guius discipulus Irenaeus Lugdunensis arcbiepiscopus suos discipulos, Felicem presbyterum, Fortunatum et Âchilleum diaconosad banc Valentinam urbem ad praedicandum verbum Dei misit, qui primi urbis buius incolis verbum Dei fidei ad gloriosum nonnen Domini simulque b. et individuae Trinitatis communitatem indissolubilem praedicarunt. Qui cum maximam praefatae urbis partem ad Christi fidem convertissent, a Gornelio pp. Âureliani imperatoris duce novam persecutionem in Christianos moventis, anno salutis CCLXXVIIL palmam martyrii sumpserunt.

Post illorum gloriosam mortem fides catholica in bac urbe latuit exigua (2) usque ad Constantinum magnum, pace ecclesiis Dei per eum reddita; cuius edicto gentilium templa su b versa sunt aut sccundum morem illorum temporum Deo et eius Virgini Matri dicata fiierunt. Quare ad exbortationem alicuius sacerdotis qui secrète aliquos urbis huius ci ves christianismum docebat, tcmplum idolorum ad honorein Christi et eius Virgin is Matris dicatum est, quod a figura eius rotunda nu ne ecciesia b. Mariae Rotundae nuncupatur. Nomina autem sacerdotum ibidem Deo et populo Valentino deservientium incognita babentur. Nam anno CCCCXIX haec urbs capta est a Gothis peste Âriana laborantibus (3) et a fide sincera deflexit usque ad tempera beatissimi confessons

(1) Documents inédits relatifs au Dauphiné (Académie Delpbtnale), t. II, 5« partie, p. 31-37.

(2) Ceci est peu d'accord avec la conversion de la plus grande partie de la ville, racontée dans la phrase précédente.

(3) Chronique de 452 {Prosper Tiro), à l'année 412 : « Valentia nobilissima Galliarum civitas a Gothis effringitur. ad quani se fugicns lovinus contulerat. » — Peut-être la tradition avait-elle fondu ensemble ce souvenir et celui des ravages de la colonie d'Alains installée en 440 sur le territoire de Valence ; voj. ci-dessus, p. 80, n. 1.

Chi'isti Apollinaris mirae sanctitatis ac significac virtutis, a fralre suo Âvito arcbiepiscopo Vicnnensi primi liuius urbis ordinati cpiscupi, régnante Zenone imperatore (1). Guius sedes episcopalis fuit ecclesia s. lohannis Baptistae et Ëvangclistae ab ipso et civibus Valentinis consti'ucta, quae nunc Stephani pt-otomartyris nomine nuncupatur, in qua sedens claruit annis XXIV.

Beato Apollinari successit Maximinus (2), sanctitate et virtutibus pollens.

Inde Aemilianus, vir sanctissimus (3),

et post bunc s. Salvius, mirae sanctitatis episcopus (4);

quem secuti sunt Antonius^

deinde Antoninus,

post Gallus (5),

et tum Raynaldus (6),

inde EUphas. Qm,mxia, scntentiam apostoli duplici honore habiti sunt digni. Nam cum dccano, archidiacono, archiclavo et corum canonicis verbo et doctrina ita praefuerunt ut eorum successor

Waldaldus, familiaris fuerit Karolo imperatori, manifcstans ei primordia religionis christianae in bac urbeet dioccsi. Quare religiosus imperator inter caetera dona dédit ci in episcopatu Rhcgensi eccivsiam unam cum appenditiis suis, in qua beati confessores Maximus Rhegensis épisco|)US et Apollinaris convenirc (7) solebant de rébus divinis tractaturi.

Eo tcmporc legati praedicti imperatoris providentia divina ossa b. Cypriani martyris et episcopi Cartaginensis ab Africa secum detulerunt usquead urboni Ârelatcnsem ; quae a praefato imperatore Leydraldo arcbiepiscopo Lugdunensi data fuerunt in custodiam quoadusquc reliquius b. Gornelii Romani pontificis et martyris coadunasset. Dumque in hoc sancto proposito intendit, Aquis Grani in Domino obdormivit. Guius piain voluntatem sequentos episcopi Sylvius

et Lamberlus exécution! mandare curaverunt. Nam devota fîdelium multitudine crescente, quia ecclesia s. Stephani angustior erat, iuxta illam sacellum cum suo altari ad honorcin b. Gypriani construxerunt.

Bonitus vero mirae sanctitatis vir, translationem b. Apollinaris ab inferiori s. Pétri ecclesia burgi ad ecclesiam s. Stephani celebravit.

(1) La tradition est trop modeste; le siège de Valence existait certainement au IV* siècle.

(2) Il sortit dur de croire que ce Maximin fût identique au Maxime dont il est parlé ci-dessous (n* 2) ; ce sera plutôt celui de 567 (n* 6).

(3) Celui do 374.

(4) Ce saint Salvius a été identifié par les uns avec un personnage de ce nom mentionné dans la vie do saint Eloi, los autres avec saint Sauve do Valoncionnes (t v. 8(H)) Ces identifications ne sont pas justifiées.

(5) Ci-dessous, n* 5; il vivait en 549.

(H) Probablement le Ragnoaldus de 585 (n** 7).

(7) Ceci n'est pas possible; il y a près d'un siècle de distance entre les deux saints.

Robertus aliud sacellum contiguum ad honorem dominicae Crucis construxit.

Dalvarannus limites episcopatus Valentini cura authoritatc Hludovici imperatoria confirmare curavit anno DCCCGX et ita episcopatus Valentinus limitatus.

Cum (1) propter officium divinum, tum propter servitium ex pluribus officiis crebrescentibus, nobiles ac cives Valentini bona temporalia temporibus subsequentibus bonae memoriae episcoporum coDtulerunt, quorum haec sunt nomina :

Erlardus,

Isaac^

Aymericus,

Àddo,

Brocardus^

Ârchimbertus,

Aginnus^

Robertus,

Isaac, qui cum laudabili ritu praefuerunt ; et eorum temporibus a felicis recordationis Nicolao papa buius nominis II» data est potestas huius canonicis Valentinensis ecclesiae electionis episcopi et omnium dignitatum et officiorum.

Supradictis episcopis successit Remegarius vitae venerabilis, qui inter sua praeclara gesta translationem ss. martyrum Felicis, Portunati et Achillei ab eorum sepultura in ecclesia b. 8tepbani celebravit. Postea eius successores

Odilbertus,

Aimo,

et Guigo cum maiori observatione cultui divino praefuerunt.

Inde Lambertus colligens omnes reiiquias praedictas in capsa argentea, solemnitatem invention is earum instituit,

qodim Bumbertus continuando approbavit,

et Pontius ligno s. Crucis et cruce lapillosa cum portisac tabulis duabus eburneis sacellum s. Crucis decoravit.

Post quem Gontardus^ quo praesidente bonae memoriae Urbanus II pontifex Romanus, ecclesiarum Christi curam gerens, dum ad générale concilium Claromontem per banc urbem iter faceret, prospiciens priorum episcoporum summam vigilantiam atque doctus Karoli magni piam intentionem, dissolutis praedictis s. Crucis ac b. Cypriani sacellis iuxta ecclesiam b. Stepbani, banc basilicam magnificam a primo lapide ad summum usque acdificavit, sanctissimorumque martyrum Cornelii et Cypriani ossa coadunando supra maius altare, una cum corporibus ss. martyrum Felicis, Fortunati et Achillei ac primi episcopi Âpollinaris, eam dedicavit anno MXGIV. transferendo in eam sedem episcopalem,

in qua Bustachius episcopus féliciter sedet.

(1) A partir d*ici, Estiennot note un changement d*écriture.

Suivaient, dans le manuscrit, diverses autres séries, qui prolongeaient le catalogue jusqu'à Jacques de Tournus, nommé en 1540.

Avant d'apprécier la valeur historique du texte que je viens de reproduire, il convient d'y adjoindre une série, limitée, il est vrai, puisqu'elle ne commence qu'au milieu du IX* siècle, mais très recommandable par sa provenance. On la trouve dans le troisième cartulaire de Grenoble; ce manuscrit, conservé à la bibliothèque de Grenoble est du milieu du XIP siècle environ.

Dans la partie qui nous intéresse il n'est pas très facile à lire, beaucoup d'endroits ayant été endommagés. Voici ce qu'en a tiré M. Marion (1), dont je reproduis ici l'édition :

Episcopi Viennenses,

Ailmarus.

Ado.

Otrannus.

Bernuinus.

Ragenfredus.

Alexander.

Sobo.

Theutbaldus.

Vakntinenses,

DoctraDnus.

Ratpertus.

Hysaac.

Aimenricus.

Remegarius.

Odilbertus.

Âitno.

Vuigo.

GracianopoUta ni,

Bernerius.

Hysaac.

Âlcborius.

Isarnus.

Umbertus.

Doctrannum invenimus in cartis nostris contemporaneum Barnerii;... Bernerium Gratianopolitanum, in tempore Adonis; ...tempore Bernuini Viennensis, Hysaac Valcntinensis ;... Remegarium Valentinensem... Sobonissub Ludovico. Sobonedefuncto, cum nondum... Valentinensem cum aliis episcopis, assensu Viennensis cleri et populi ord...aecclesiae, sub Conrado rcge. Postea invenimus Teutbaldum Viennensem succèssorem Sobonis... IsarnumGratianopoiitanum eudem tempore fuisse sub rege Conrado. Postea invenimus... Vuigonem Valentinensem, Aimonis successorem, ac Humbertum Gratianopolitanum successorem... sub Conrado rege.

L'auteur de ces catalogues et des observations qui les accompagnent s'est aidé, exclusivement, à ce qu'il semble, des chartes qu'il avait sous la main.

(1) Cartulaire de Grenoble^ p. 264.

!^^ FJLSTCS ÉPISCOPAUX DE LANCIENNE GAULE.

Kté'Yi^itt^i^u^ maintenant au catalogue valent! nois. Il est •jù7$*B^ é^ Toir que, après le préambule sur les premiers mis- ^iioicutiiaàires, contemporains de saint Irénëe, il comprend (4{ta;^tr^ séries ou groupes de noms.

L^ plumier groupe contient neuf noms, qui, bien évi- <(t<(^»iiûeiit ne sont pas en ordre. Dans la pensée du comjtfH^lwr. ces neuf évoques sont antérieurs à Waldaldus, co>^k^aiponiiu de Charlemagne. En fait, les cinq qui sont cottuus irailleurs sont antérieurs non seulement au IX* siècle» mais au VII*. Quelques-uns, appartenant à la même pwio<ie, ne figurent pas ici, bien qu'ils soient sûrement attestés : Cariaiho (442), Ailulfus (642), Ingildus (650), Bobo (678). La liste est donc non seulement en désordre, mais incomplète. Il est juste, je crois, de conserver les noms de Salvius^^ Anioni}ÂS^ Anioninus^ Elephas, qu'elle est seule à donner; mais il n'est pas possible de les classer chronologiquement.

Dans la seconde partie, Waldaldus est donné comme familier de Venipef^eur Charlemagne; il aurait donc vécu entre 801 et 814. Silvius et Lambertus auraient siégé après 814 ; l'auteur leur fait élever une chapelle à saint Cyprien, ce qui cadre, d'une part avec les prétentions que l'église de Valence éleva sur les corps des saints Corneille et Cy- [)rien, d^aulre part avec la date de la translation (814) de saint Cyprien à Lyon. Vient ensuite Bonitus^ dont le nom ligure au bas du faux concile de Narbonne (788). Lui aussi est dit s'être occupé d'une translation ; mais il est clair que su date doit le faire reporter au delà des trois autres, /ioberius est évidemment le Ratberius ou Ratpertus que nous connaissons par le cartulaire de saint Hugues et par divers autres documents, desquels il résulte qu'il fut évéque de Valence au moins de 858 à 879. Avant lui, saint Hugues eu marque un autre, Doctrannus^ qui manque à notre liste. Celle-ci nous donne après Robertus un Dalvarannus qu'elle met en rapport avec Tempereur Louis l'Aveugle pour un événement daté de 910. Cette date est inacceptable, car le

Valence. 221

siège de Valence était alors occupé par Remegarius. Mais il y a plus, le Dalvarannus étant absent de la liste de saint Hugues, qui fournit un contrôle pour cette période, il y aurait lieu de mettre son existence en doute, s'il n'était possible de l'identifier avec Doclrannus.

Donc, pour ce second groupe encore, c'est-à dire pour la partie afférente au IX® siècle, notre document laisse à désirer, au point de vue de Tordre.

Le troisième groupe contient, comme le compilateur l'a marqué expressément, des noms d'évêques relevés dans les chartes de donation. Avec cette série on est censé atteindre le temps du pape Nicolas II (1059-1061). Mais il ne faut pas s'y fier. Le cartulaire de saint Hugues, vérifié par un grand nombre de documents, nous permet d'établir avec sûreté la liste épiscopale de Valence pendant le X® siècle; un seul des neuf noms de notre liste y figure, c'est celui d'Aymericus, VAimenricus de saint Hugues. Isaac, qui semble avoir été dédoublé, est connu par des documents de 886, 892, 899 ; fiobertus semble être ici une répétition du Robertus de 858. Addo est peut-être identique à révoque de ce nom qui concourut à Thionville, en 835, à la déposition d'Ebbon de Reims, et, en 840, à Ingelheiiïi, à sa restitution. Restent Erlardus^ Brochardus^ Archimberbertus^ Aginnus, qui, ne pouvant être placés ni au X« siècle ni plus lard, ni même dans la seconde moitié du IX' siècle, se trouvent rejetés assez loin en arrière.

Le dernier groupe s'ouvre par la série Remegarius^ Odilbertus, AimOy Guijo, qui concorde parfaitement avec la fin du catalogue de saint Hugues. La suite, Lambertus, HumbertuSy Poniius^ Gontardus, Eustachitis, est attestée par les documents, sauf que ceux-ci ne soutiennent pas Humbertus et qu'ils nous obligent à introduire à sa place un Wigo IL Y a-t-il ici une erreur, ou cette différence des noms s'explique-t elle par des circonstances inconnues de nous? je ne .sais. Toujours est-il que, sauf ce point litigieux, le dernier quart de notre catalogue, correspondant aux X® et

XI® siècles, est d'accord avec la réalité des choses. Rien ne s'oppose, en somme, à ce que l'ensemble ait été rédigé à la date que la finale réclame, c'est-à-dire sous l'évêque Eustache, qui, promu vers le commencement du XII* siècle, siégea en droit jusqu'en 1134 (1) et en fait jusqu'en 1141. De cette discussion il résulte que, pour les temps antérieurs au début des listes de saint Hugues, c'est-à-dire au milieu du IX' siècle, c'est aux documents qu'il faut s'adresser directement pour constituer la série des évoques de Valence.

1. — Aemilianus. — Le plus ancien que Ton puisse atteindre nous est fourni par la vie de saint Marcellin d'Embrun, texte hagiographique de fort bonne note. Il y est dit que Marcellin, premier évéque d'Embrun, fut ordonné par saint Eusèbe de Verceil et par Emilien, évoque de Valence. Un Aemilianus signa au concile tenu dans cette dernière ville en 374. Ce doit être le même, bien que sa signature n'indique pas de siège épiscopal. Â première vue, on peut trouver étrange l'association d'un évéque de Verceil et d'un évoque de Valence pour la fondation d'une église à Embrun. Quand on y regarde de plus près, on constate qu'il n'y avait guère, entre la vallée du Pô et celle du Rhône, d'évéchés plus rapprochés que ceux dont il s'agit. Celui de Grenoble n'apparaît pas avant 381 et à cette date il en était encore à son premier titulaire. De ceux de Tarantaise et de Turin, il n'est pas question avant le V* siècle (2). Il n'y a donc aucune raison de se défier du témoignage de la vie de saint Marcellin. Mais il n'en résulte pas qu Aetnilianiis doive être considéré comme le premier évéque de Valence. C'est le plus ancien que Ton connaisse, voilà tout ce qui peut être affirmé (3).

(1) n fat alors déposé par le pape Innocent II.

(2) Die avait alors des évéques; peut-être le titulaire fut-il choisi pour être le troisième consécrateur.

(3) Le G. C. élimine, avec raison, un Sextui de source poljcarpique.

2. — Maximus, — Ses antécédents et sa conduite donnèrent lieu à une lettre (1) du pape Boniface I, du 13 juin 419, où il est enjoint aux évoques « des Gaules et des Sept-Provinces » de le faire passer en jugement. D'après la teneur de cette lettre, Maxime aurait déjà donné des sujets de plainte sous les prédécesseurs de Boniface, c'est-à-dire à tout le moins sous les deux derniers, Innocent et Zosime, ce qui suppose qu'il siégeait avant Tannée 417.

3. — Cariatho, — Se fit représenter au concile de Vaison, en 442(2).

4. — Apollinaris, — Saint Apollinaire, le frère de saint Avit, assistait, en 517, au concile d'Epaone ; un peu plus tard (518-523) à celui de Lyon. Sa fête est au martyrologe hiéronymien, 5 octobre. S*il faut en croire sa vie (3), il siégea trente-quatre ans.

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