lohannes. — Obtint de Charles le Chauve une
(1) Nithard, I, 3. Cf. BÔhmcr-Mùhlb., n° 854.
(2) M. G. Scr., t. II, p. 302; cf. Bouquet, t. VII, p. 40.
(3) Jaffé, 2589-91.
(4) M. G. Cap., t. II, p. 275.
(5) Translation de saint Regnobcrt, Acta SS. maii, t. III, p. G1C. Cf. ce que j'ai dit de cette pièce dans les Anal. Boll., t. XXIV (1905), p. 109.
(G) Hincmar, Opusn. LV cap., prnef. ; Migne, P. L., t. CXXVI, p. 290. 291. (7) Ces chartes sont alléguées par le G. C. Je ne les ai pas vues et je ne voudrais pas les garantir.
charte datée du 26 mai 876 (i). C'est la première fois qu'on le rencontre; il est ensuite assez souvent mentionné jusqu'à l'été de 888, date d'un diplôme (2) pour Corvey, où
se trouve sa signature.
38. — Witto. — Mentionné dans un acte du 30 septembre 892(3); assista, en 900. à l'ordination de l'archevêque de Reims Hérivée et du concile qui la suivit; en 909 il était, avec cet archevêque, au concile de Trosly.
Le catalogue de Bayeux, tel que le présentent les trois manuscrits ci-dessus énumérés. est fort incomplet. Le voici :
Nomina quorundam episcoporum Baiocensium.
S. Exsuperiusprimus episcopus. Heiricus.
S. Ragnobertus. 15 Hugo.
S. R.ufinianus. Odo.
S. Lupus. Turoldus.
b S. Patricius. Richardus.
S. Manueus. Richardus.
S. Cuntestus. 20 Philippus.
S. Vigor. Henricus.
S. Framboldus. Robertus.
10 S. Bobertus. Thomas.
S. Geretrarmus. Guido.
S. Gerebaldus. 25 Odo.
S. Hugo.
Variantes.
Titre : Nomina Baioc. cp. O — 1 Primus Ex u péri us K — 7 om. KO — 9 Franboudus O — ll Gcretrandus O — U Henricus O — 18, 19 Ricardus K — 2-1. Ici s'arrêtent KL.
Ce catalogue se divise en deux parties : la première com-
f1) Bouquet, t. VIII, p. 050.
(2) Erhard et Wilmans, Regesta historiae Weslfaliae, p. 29. Cf. Dùmraler, Gesch. des Oslfr. Reiches, t. III, p. 306, 320.
(3) Bouquet, t. IX, p. 459.
prend quatorze noms, de saint Exupère à Henri, la seconde sept noms, de Hugues (Hugues III) à Henri II, qui siégea de 1165 à 1205. Cette seconde partie, correspondant au XIe et au XIIe siècle, est vérifiée par les documents. Il n'en est pas ainsi de la première. Une douzaine d'évêques, bien attestés, du VIe siècle au Xe, inclusivement, y font complètement défaut. Des quatorze noms qu'elle comprend, cinq seulement, ceux de saint Exupère, de saint Regnobert, de saint Vigor, de saint Hugues et de Henri, nous sont certifiés par des documents entièrement dignes de foi ; pour les autres, nous n'avons autre chose que la tradition hagiographique. Encore est-il sûr que l'évêque Regnobert, à qui le second rang est attribué ici, a vécu sous le roi Clotaire II, longtemps après saint Vigor, auquel on ne donne que le numéro 8.
Pour débrouiller, autant que cela est possible, ces questions difficiles, il importe de s'enquérir de l'état des traditions hagiographiques anciennes du diocèse de Bayeux.
Le martyrologe hiéronymien, ni dans sa première, ni dans sa seconde recension auxerroise, ne mentionne aucun saint du diocèse de Bayeux. La première est même absolument muette sur toute la province de Rouen. Adon est également silencieux; Usuard ne connaît que saint Vigor (1er novembre).
Le manuscrit sénonais du martyrologe hiéronymien (1), qui est du Xe siècle, mentionne les fêtes suivantes du diocèse de Bayeux et des diocèses voisins :
VIII k. apr. In Baiocassino, ad duos Gcmellos, depositio Magnovci abbatis et Iohannis cpiscopi.
VI k. apr. In Baiocassino, Colonica vico, depositio Honorinae virginis. k. mai. In Onellico, Nanto monasterio, depositio Marculfi abbati. XVII k. iun. In Abrincatino, Patricii abbatis. k. aug. Baiocas, depositio Exsuperi episcopi.
Il faut noter que ce martyrologe n'est pas complet, qu'il
(1) Acta SSi nov.f t. II, p. [xv].
214 FASTES ÉPISCOPAUX DE b' ANCIENNE GAULE.
y manque les jours compris entre le 6 juin et le 25 juillet, entre le 5 septembre et le 25 décembre. 11 est bien probable qu'il contenait, au 1er novembre, la fête de saint Vigor, déjà marquée dans Usuard. On ne peut rien affirmer pour les autres fêtes qui tombent dans ses lacunes ; mais on conslate aisément que le 25 mars et le 16 mai il n'y a pas trace de saint Regnobert, ni de saint Contest au 19 janvier.
Si des martyrologes on passe aux légendes, en se restreignant à celles qui concernent les évêques, on en trouve trois qui semblent d'abord plus autorisées que les autres : la légende de saint Vigor, publiée par les Bollandistes dans le tome Ier de novembre, celle de saint Révérend, publiée par M. J. Lair (1), enfin celle de saint Loup, insérée par les Bollandistes dans leur catalogue des manuscrits hagiographiques de Paris (2). La première parait être du VIIIe siècle environ (3). Il n'y est question que de saint Vigor lui-même : on le place au temps de Childebert. La seconde parle de saint Exupère , dont le prêtre Révérend est le disciple ; la troisième suppose déjà le début de la liste épiscopale : Loup est le successeur de Rufinien, lequel est tertius a s. Exuperio. La vie de saint Loup parait antérieure à sa translation à Cormery, vers la fin du IXe siècle (4).
Viennent ensuite les vies de saint Regnobert et de saint Exupère ; la première est un décalque de celle de saint Révérend, la seconde dépend de la première. L'auteur de la vie de saint Regnobert prétend être Loup, son successeur. Il se dit tertius ab Exuperio et néglige, en ceci comme en un autre endroit de sa narration, Rufinien, le prédécesseur de saint Loup dans la vie de celui-ci.
(1) Bibl. de V Ecole des Charles, t. XXIII, p. 118.
(2) T. II, p. 61. Elle est donnée dans son titre comme une vie de saint Loup de Troyes. Celle que M. Lair a publiée, Bibl. de l'Ecole des Chartes, t. XXIV, p. 309 (cf. Acta SS. oct.,t. XI, p. 670) n'en est qu'un remaniement.
(3) Acta SS, nov., t, I; p. 288.
(4) Cet épisode, marqué dans le remaniement publié par M. Lair (Bibl, . XXIV, p. 321), ne figure pas dans le texte des Bollandistes.
Quand cette pièce a-t-elle été écrite? Les Bollandistes l'ont analysée au 16 mai (1), sans en donner le texte; ils disent l'avoir trouvée en plusieurs manuscrits (2). M. J. Lair l'a publiée d'après une copie moderne, conservée à la Bibliothèque nationale. Dans cette copie, comme dans les manuscrits des Bollandistes, elle se divise en deux livres, dont l'un se donne comme l'œuvre de saint Loup et conduit le récit jusqu'à la mort de saint Regnobert, l'autre raconte une translation opérée en 846 et suivie de miracles. Celle-ci se termine par une note où l'auteur se désigne; c'est un certain Joseph, qui écrivait en 856 environ (3). M. Lair a cru que ce Joseph avait lui-même donné à l'ensemble de la compilation la forme sous laquelle elle nous est parvenue. Ainsi la vie apocryphe, œuvre du pseudo- Loup, aurait été disposée par Joseph en tête de son propre texte. Je ne crois pas qu'il en ait été ainsi. Il me semble plus naturel de croire que la Translation ait circulé d'abord isolément, puis qu'un faussaire venu plus tard ait joint cet écrit authentique à la vie fabuleuse. Chacune des deux pièces porte en tête, dans le texte de M. Lair, un petit prologue où elle est annoncée. Ces deux prologues et le récit du pseudo-Loup sont étroitement apparentés, tant pour le fond que pour la forme. La Translation^ au contraire, ne contient aucune allusion aux détails caractéristiques de la biographie. Saint Regnobert y apparaît comme évèque; avec lui figure son archidiacre Zenon; on mentionne leur sépulture dans la basilique de Saint-Exupère, premier évêque de Bayeux. Tout cela était fourni par la tradition monumentale et liturgique; pour le dire on
(1) Acla SS. maii, t. III, p. 615.
(2) Je ne la trouve indiquée dans aucun des cataloguas hagiographiques publiés jusqu'à présent. Les manuscrits des Bollandistes se trouvaient à Belfort, à Varzy en Bourgogne, à Auxerre. Ils ont disparu, assure M. Lair (Bibl.y t. XXIII, p. 93).
(3) M. J. Lair a démontré que cette signature, contestée par Papebrock, doit être considérée comme authentique (Bibl., t. XXIII, p. 101 et suiv.). Cf. Anal. BolL, t. XXIV (1905), p. 109.
n'avait nul besoin de consulter un texte biographique.
En somme, la date fournie par le nom de Joseph ne saurait être considérée comme postérieure à la vie de saint Regnobert et aux deux prologues. Tout cela peut avoir été rédigé longtemps après la Translation. Dans l'état présent de nos informations, les seules données qui puissent être utilisées pour déterminer l'âge des vies de saint Regnobert et de saint Exupère, ce sonc celles que fournissent les dates des manuscrits qui nous les ont trausmises.
Pour la première on ne signale aucun manuscrit du texte entier ou des bréviaires qui soit antérieur au XIIIe siècle (1). Nous sommes plus heureux avec la vie de saint Exupère. M. J. Lair l'a publiée d'après une copie moderne d'un légendaire de Corbeil, lequel est actuellement perdu (2). Les Bollandistes en ont signalé un abrégé dans un manuscrit du XIIIe siècle (3) et, ce qui est plus important, un remaniement en prose rimée , dans un manuscrit du XIe siècle (4). On peut donc admettre que les deux vies étaient déjà en circulation au XIe siècle. Par la langue, les procédés de composition, les prétentions d'antiquité, elles rentrent bien dans l'ordinaire des compositions hagiographiques rédigées du IXe au XIe siècle.
Les deux vies de saint Regnobert et de saint Exupère supposent la série épiscopale commençant par les trois noms Exupère, Regnobert, Loup; le premier est dit avoir été envoyé par saint Clément : il est consacré par les trois saints Denis, Martial et Saturnin. La vie de saint Loup suppose une série un peu différente : Exupère, Regnobert, Rufinien, Loup; elle ne parle ni de saint Clément, ni des trois consôcrateurs d'Exupère. Au contraire, en présentant Loup comme contemporain du patrice iEgidius et comme quatrième évêque de Baveux, elle interdit de
(1) Paris. 14354.
(?) Dibl., t. XXIV, p. 303.
(3) Paris. 143G4.
(4) Paris. 15437.
faire remonter plus haut que le milieu du IVe siècle la fondation de cette église. La vie de saint Révérend et la Translation de saint Regnobert donnent à saint Exupère le titre de premier évêque; enfin la vie de saint Vigor ne fournit aucune donnée sur les origines.
Telle est la tradition hagiographique. On en peut d'abord déduire que saint Exupère était, au IXe siècle, considéré comme l'évêque fondateur. En second lieu, et en se fondant sur la vie de saint Loup, il faudra reconnaître que, dès la fin du IXe siècle, la série Exupère, Regnobert, Rufînien, Loup, était traditionnelle. Ceci est grave, car saint Regnobert est ainsi transporté du VIIe siècle au IVe ou au Ve. On a peine à s'imaginer que, deux cent cinquante ans après sa mort, une telle interversion ait pu se produire (1). Mais il faut tenir compte de la barbarie du VIIIe siècle et aussi de certaines possibilités liturgiques dont je parlerai tout à l'heure.
L'ordre des deux premiers évêques est maintenu dans les légendes de saint Regnobert et de saint Exupère; mais saint Loup passe de la quatrième place à la troisième. Ce système est moins documenté que le précédent.
Il est sûr que ni l'une ni l'autre des deux listes ne saurait être considérée comme digne de foi. D'ailleurs il n'y avait pas de liste épiscopale à Bayeux.au IXe siècle ou, s'il y en avait une, il faut dire qu'elle n'a laissé trace ni dans la série actuellement conservée, ni dans les légendes que nous venons d'étudier. La série actuellement conservée omet précisément les évêques du IXe siècle ; quant aux légendes, ni celle de saint Loup ni les autres ne peuvent dériver d'un catalogue épiscopal du IXe siècle. Celui-ci, en effet, n'aurait pu antidater à ce point saint Regnobert. Un légendaire pouvait, à la rigueur, commettre une faute aussi
(1) Le biographe de saint Loup s'abstient, il est vrai, de nommer Regnobert, mais le catalogue, qui fait aussi de saint Loup le quatrième évêque, donne la deuxième place à Regnobert; en ceci il est d'accord avec les légendes de ce saint et de saint Exupère.
énorme; mais que, dans un évêché régulièrement administré — et tel fut le cas de celui de Bayeux avant les invasions normandes, — on ait altéré à ce point la succession historique, c'est ce qui n'est pas imaginable.
Mais alors comment a-t-on pu en venir, dans ces légendes, à présenter Regnobert comme le deuxième évêque ? Voici une hypothèse, que l'on prendra pour ce qu'elle vaut. La série Exupère, Regnobert, vient du canon de la messe ou des litanies, en tout cas d'un document liturgique où les deux saints étaient nommés l'un après l'autre, sans égard à leur distance chronologique.
Au delà de saint Loup, notre catalogue nous offre un saint Patricius, sur lequel on n'est pas renseigné. Sa fête a été fixée au 1er novembre, le même jour que celle de saint Exu père, et aussi que celle de saint Patrice de Nevers, un saint très anciennement honoré (1), mais dont l'histoire est inconnue. Il faut noter que, sur le territoire d'Avranches, on honorait, au Xe siècle, un saint Patrice, abbé, non pas, il est vrai, le 1er novembre, mais le 16 mai, jour consacré plus tard à saint Regnobert (2).
S. Manueus, qui vient ensuite, est bien peu attesté comme évêque de Bayeux. Aucun document, — et c'est aussi le cas du précédent, — ne le signale comme tel avant le catalogue (3). On lui a assigné une fête au V kal. iun. ou iul. (28 mai ou 27 juin). Le 25 mars, d'après le manuscrit déjà cité du martyrologe hiéronymien, on célébrait à Deux-Jumeaux l'anniversaire d'un Magnoveus, abbé, et d'un évêque Jean. Celui-ci a peut-être siégé à Bayeux. Quant à Magnoveus, ne pourrait-il pas se faire que, comme l'abbé Patrice, il ait été porté sur une liste de saints, puis inséré avec cette liste dans le catalogue épiscopal du XIP siècle?
(1) Il figure au martyrologe hiéronymien.
(2) Cf. Lair, Dibl., 18G8, p. 552, qui l'identifie plutôt avec saint Patrice d'Irlande.
(3) La légende du bréviaire, publiée par les Bollandistes au ci8 mai, n'a aucune valeur; elle me semble bien postérieure au IXe siècle, date assignée conjecturalement par M. Lair (BibL de VEc. des Chartes, 1868, p. 34).
Sur saint Contestus, qui suit, nous avons une légende de bréviaire, publiée par les Bollandistes dans leur Supplément au 19 janvier (1). Je ne vois pas que cette légende soit antérieure au catalogue. Comme dans celui-ci, Contestus est dit avoir succédé à Manueus. Détail intéressant : on le présente comme sextus as. Exuperio, ce qui concorde avec le système des légendes de saint Regnobert et de saint Exupère.
Après saint Vigor qui, lui, ne prête pas au doute, vient s. Framboldus. Ce saint était honoré à Senlis le 16 août, mais ce n'était pas un saint de Senlis ; il avait été apporté du diocèse du Mans, où il avait été moine et abbé. Son lieu saint, dans ce diocèse, était à Saint-Fraimbault-de- Prières (Mayenne), sur la haute Mayenne, pas très loin du diocèse de Bayeux (2).
Je ne vois pas qui sont les ss. Bob er tus et Geretraniius, que le catalogué marque après s. Fraimbault (3). Les trois évêques suivants, s. Gerebaldus, s. Hugo, Hciricus, sont des personnages connus.
Dans la liste qui suit, je grouperai les noms pour lesquels on peut alléguer des textes sûrs ou du moins une tradition un peu sérieuse. Pour les autres, je m'en tiens à ce qui vient d'être exposé.
1. — Exuperius. — Désigné comme premier évêque par une tradition qui remonte, au moins, au IXe siècle. Son nom figure sur un plat d'argent donné par lui à son église (4).