XVIII. Euphi-onius an. XVII
vacance d. XVIIII.
Que cette chronologie soit exacte dans son ensemble, c'est ce qui doit être supposé tout d'abord, eu égard à son âge et à sa provenance. Du reste, elle ne heurte aucune des dates qui peuvent servir à la vérifier. Cependant il y a çà et là quelques retouches à introduire. Entre l'évêque Perpétue, mort le 30 décembre 491 et l'avènement de Grégoire, en 573, il n'y a pas tout à fait 82 ans. Or, si l'on s'en tient aux chiffres du catalogue, cet intervalle atteindrait 84 ans 3 mois 12 jours. Il doit y avoir trois ans de trop, mais il n'est pas aisé de dire quels épiscopats devraient être raccourcis. Grégoire corrige lui-même, dans son libellus, quelques points de la chronologie épiscopale de YHistoria Francorum. La plus remarquable de ces corrections se rencontre aux environs de Tannée 530 : les quatre épiscopats de Théodore et Proculus (3), Dinifius, Ommatius et Léon sont rangés autrement dans le libellus qu'ils ne l'avaient été dans YHistoria. L'épiscopat simultané de Théodore et Proculus avait d'abord été placé après les trois autres. Grégoire a su plus tard qu'il devait être placé auparavant.
functo, Theodorus et Proculus episcopi... tribus annis Turonicam rexerunt ecclesiam. Quibus defunctis Francilio... substituitur. Anno igitur tertio episcopatus sui, cum dominici Natalis nox... effulsisset,... spiritum fudit. Quo decedente, Iniuriosus... cathedram... sortitus est. »
(1) H. Fv., IV, 3 : « Obiit... XVII0 episcopatus sui anno. »
(2) H. Fr.t IV, 4 : a Obiit... anno VI0 episcopatus sui. »
(3) Ces deux évéques, comme on le dira plus loin, siégèrent ensemble, par une anomalie fort rare.
11 ne parait pas être.très sur du chiffre de cinquante ans attribué par lui au premier évêque. Du moment où il acceptait l'année 250 (Decio et Grato) comme date de la mission .de Gatien, et l'année 337 (Co?istantis primo) comme celle de l'avènement du second évêque, il se trouvait devant un espace de 87 ans, trop long pour un seul épiscopat. Il explique cette longue durée en disant que, grâce à l'opposition des païens, la cité de Tours demeura longtemps sans évêque (1). Tel est le système proposé dans le premier livre de VHistoria Francorum. Le libellus précise et répartit les 87 ans en un épiscopat de 50 ans et une vacance de 37. Jusqu'à quel point l'explication et surtout les chiffres correspondent-ils à une tradition antérieure à Grégoire, c'est ce qu'il n'est pas aisé de définir.
Une difficulté plus grave, si elle était réelle, serait celle qui résulte de la signature apposée aux conciles nationaux d'Orléans, en 549, et de Paris, en 552, par un évêque de Tours, appelé Agrestius, inconnu à Grégoire. D'après ce qui vient d'être dit, Févèque de Tours était, en 549, Baudinus, en 552, soit ce même Baudinus, soit Guntharius. Il y a donc conflit. Mais, d'abord, l'Agrestius en question n'indique nullement, au concile de Paris, le siège dont il était évêque. S'il y est qualifié d'évêque de Tours dans les éditions des conciles, c'est par suite d'une conjecture de quelque éditeur ; les manuscrits n'en disent rien. Il est même à noter que la signature d'Agrestius ne figure pas, à ce concile, parmi celles des évêques métropolitains, ce qui aurait eu lieu, s'il avait été évêque de Tours. Au concile de 549, ce n'est pas Agrestius lui-même qui signe, mais son légat, un prêtre appelé Vitalis. Comme il n'y a pas d'ordre de préséance pour les signatures de légats, on ne peut rien tirer de la place occupée par celle-ci. Le conflit se réduit donc au fait qu'un episcopus Tornice sic, se fît représenter au concile d'Orléans, en 549, et que cet évêque
(i) H. Fr.t I, 48.
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n'est pas reconnu par Grégoire de Tours pour un de ses prédécesseurs. Est-il possible que Grégoire se soit trompé à ce point? Qu'il ait ignoré un de ses prédécesseurs à la distance d'une vingtaine d'années? C'est tout à fait invraisemblable. Et si l'on considère que le concile de Paris semble faire d'Agrestius un évêque ordinaire et l'écarter du nombre des métropolitains, la question sera tranchée en faveur de Grégoire et de sa liste (1).
Venons maintenant aux catalogues. Il y en a qui sont pourvus de chiffres ; d'autres ne sont que de simples listes.
Les catalogues avec chiffres sont au nombre de trois :
1° Celui qui figure sur un feuillet de parchemin, tout à fait isolé, mais relié avec beaucoup d'autres fragments, pour former le manuscrit 92 A de la bibliothèque de Berne. Dans ce recueil, il porte le n° 32. La copie que je publie a été exécutée par M. le vicomte Romuald Desbassayns de Richemont, qui a bien voulu la mettre à ma disposition. Le feuillet en question est déchiré de telle façon que l'on ne peut voir jusqu'à quel évèque le catalogue se poursuivait de première main. Il allait, en tout cas, au delà de l'avènement de Barthélémy I (1052). L'écriture est estimée du XIIe siècle par M. Delisle ; au verso on a ajouté, après coup, le nom et les chiffres de l'archevêque Jean de Faye, mort en 1228. Ce catalogue commence à saint Gatien ; du libellus de Grégoire il n'a pris que les chiffres.
2° Le catalogue contenu dans le Cartulaire de Quimperlè. Il va jusqu'à l'archevêque Gilbert et donne même la
(1) Reste à savoir d'où cet Agrestius était évêque. On pourrait lui attribuer le siège de Tournay. Un Eleulherius était évêque de Tournay vers 520; ceci résulte de la vie authentique de saint Médard, c. 2 (dans le Fortunat de Krusch, p. 68). Grégoire de Tours {Hist. Fr., V, 22) parle, à l'année 577 environ, d'un autre évèque du même siège, sans le nommer. On attribue ordinairement à saint Médard (f v. 560) l'union des deux sièges de Tournay et de Noyon; mais cette assertion ne repose que sur le témoignage tardif de Ratbode, auteur d'un remaniement de la vie primitive du saint évèque. Sur une confusion semblable entre un évèque de Tours et un évèque de, Tournay, voy. Gallia christ., t. XIV, p. 43.
durée de la vacance après lui, ce qui suppose qu'il a été arrêté à la fin de l'année 11*25. Comme le précédent, il commence à saint Gatien ; mais au lieu des chiffres, il emprunte au libellus un petit résumé de chacune des notices épiscopales.
3° Le catalogue de la Grande Chronique de Tours. Il débute par le libellus de Grégoire, dont il a le texte à peu près complet. Vient ensuite la série des successeurs de Grégoire, avec la durée du pontificat jusqu'à l'avènement de Jean de Faye. en 1*208.
Outre les manuscrits de la Grande Chronique indiqués plus haut, ce catalogue figure ou plutôt figurait dans les manuscrits suivants :
a La seconde Pancarte noire de Saint-Martin. Ce livre est perdu, mais il nous reste deux copies du catalogue, Tune de Baluze, l'autre de dom Le Sueur, toutes deux conservées à la Bibliothèque nationale (1). La série s'y arrêtait à Geoffroy de la Lande f 1*208 ; dans le manuscrit de Le Sueur, elle se continue jusqu'à l'archevêque Victor Bouteiller (1630 1 670/ , mais d'après une autre source 2 .
b) Un autre manuscrit copié par Le Sueur (3); le catalogue y commençait à Pelage, successeur de Grégoire, et n'allait que jusqu'à Hardouin (~ 980". Le Sueur ne dit pas si avant Pélase on y trouvait le libellus de Grégoire et si l'interruption après Hardouin était accidentelle. Je suis bien porté à croire qu'il en était ainsi et que ce catalogue n'était pas plus ancien que celui de la Grande Chronique : les variantes, la disposition du texte d'où sont exclues les indications de vacances, la coupure si nette au-dessous du libellus, tout le rapproche des précédents.
c) Le catalogue que Maan, dans son histoire de l'église
(1) Coll. Baluze, t. LXXVI, f° 331; ms. latin 13898, f° 207.
(2) Après Geoffroy, qui porte le n° d'ordre C9, Le Sueur note : a Hue usque procedit chartularius. Ex altero vero ms. optimae nolae : 70 Joannes de Faza... 108 Victor Bouteillêr. »
(3) Ms. latin 13S9S, f° 208.
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de Tours, cite sous le nom de Catalogue d'Amboise. On n'en connaît qu'un petit nombre de leçons ; M. André Salmon les a relevées dans le texte de Maan (1), qui s'en sert jusqu'à Jean II de Montsoreau (1271-1285). On ne sait au juste où il s'arrêtait.