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Franco II. — VIII id. nov., 832, id

Quant aux renseignements sur les ordinations, sur la patrie ou la famille des évêques, il n'y a pas lieu, je crois, de les prendre au sérieux, sauf peut-être, en ce qui regarde la patrie, pour les deux ou trois prédécesseurs d'Aldric. Les indications sur les fondations d'églises ou de monastères se rattachent à ce qu'il y a de plus suspect dans les tendances et dans la documentation de l'ouvrage. Il est difficile d'y ajouter foi, quand on n'a pas, pour se rassurer, quelque charte authentique ou quelque vocable bien établi.

Notre auteur n'est guère scrupuleux à cet égard. Saint Julien qui est, selon lui, un des 70 disciples, arrive au Mans avec ses deux compagnons, Turibe (1) et Pavace, qui

(1) Celui-ci est, en réalité, de la fin du Ve siècle.

siègent après lui, l'un sous Antonin (138-161), l'autre sous Maximin (235-238) et sous Aurélien (270-275). Pavace aurait vécu plus de deux siècles. Liboire, qui est censé succéder à Pavace, atteint le temps de Valentinien (364-375).

Il est surprenant qu'un auteur qui écrivait si près de Tours n'ait connu ni VHistoria Francorum, ni aucun autre ouvrage de Grégoire. Il y aurait pourtant trouvé plus d'un détail intéressant (1). On ne voit pas non plus qu'il ait eu entre les mains un de ces libri canonum où figuraient, pour chacun des conciles francs, les signatures des évêques. Quelques vies de saints moines, notamment celles de saint Calais et de saint Longis, l'ont renseigné sur les origines de certaines fondations.

M. J. Havet a pensé que l'auteur de cette compilation pouvait être déterminé, et il l'a attribuée à David, choré^vêque du Mans au temps d'Aldric. Son principal argument repose sur ce fait que le rédacteur des Âctus défend les chorévêques contre la proscription dont ils sont l'objet dans les Fausses Décrétales. Il me semble plutôt que, obligé de constater que l'église du Mans avait eu par le passé des évêque auxiliaires et qu'elle en avait peut-être encore de son temps, il cherche à expliquer ces faits incommodes. C'est pour cela qu'il a crevé les yeux à Gauziolen, le mettant ainsi dans un cas d'excuse. Des quatre chorévêques qu'il place sous ce prélat, les trois premiers (2) remontaient, dit-il, à un temps qui n'était pas celui de la sagesse et du droit canonique; le quatrième, Merolus, fut installé sous Charlemagne, alors que l'on était revenu aux bonnes traditions (celles des Fausses Décrétales). On le fit consacrer par trois évêques, comme les Fausses Décrétales l'exigent; on lui assigna, pour son entretien, divers bénéfices, et il fut ordonné au titre d'une église qui s'élevait sur l'un d'entre eux. Ceci n'est pas tout à fait l'idéal des

(l) Havet, p. 340.

C2) Je ne comprends pas que J. Havet ait pu contester l'existence de ces chorévêques; deux d'entre eux avaient leurs tombeaux à Saint-Victeur.

Fausses Décrétâtes; mais puisque des circonstances exceptionnelles exigeaient un chorévêque, il fallait bien concéder quelque chose. Du reste, il fut spécifié que Merolus n'exercerait les fonctions épiscopales que sur l'autorisation de Gauziolen empêché.

Tout ceci me semble inspiré, non par une opposition quelconque à la doctrine des Fausses Décrétâtes sur le chorépiscopat, mais par le désir de concilier avec cette doctrine des souvenirs qu'il était impossible de supprimer et qui formaient objection. Rien ne s'oppose donc à ce que l'on maintienne l'hypothèse « si plausible à d'autres points de vue (1) » qui attribue les Actes des évêques du Mans et les Fausses Décrétâtes à un seul et même auteur. Loin que le chorévêque David me paraisse avoir des titres certains à la paternité du livre épiscopal, il me semble au contraire qu'il est visé par celui-ci, tout comme par les Décrétâtes. Nul, d'ailleurs, ne peut dire combien de temps ce chorévêque vécut après Tannée 837, date à laquelle il apparaît dans les signatures de deux chartes (2). Il serait singulier qu'il eût été encore en vie ou en place douze ou quinze ans plus tard. On ne s'expliquerait pas comment les secrétaires de l'évêque Aldric auraient pu faire de telles charges contre le chorépiscopat, alors que leur maître était lui-même assisté d'un chorévêque. C'eût été la guerre civile à l'évêché. Le mieux est de croire que David avait été légué par l'administration précédente à l'évêque Aldric, qu'il fut toléré par celui-ci, mais que ses clercs le voyaient de mauvais œil. Sa mort ou son éloignement leur permit de donner carrière à leurs rancunes contre le chorévêque en s'attaquant au chorépiscopat en général.

Le livre épiscopal et les Gestes d'Aldric s'interrompent,

(1)J. Havet, p. 335. Cette hypothèse a été récemment soutenue à nouveau, avec succès, je crois, par M. Paul Fournier, dans la Revue d'histoire ecclésiastique de Louvain, t. VU et VIII (1906, 1907).

(2) Gesta Aldrici, p. 85, 95. L'année précédente, il figure à la translation de saint Liboire (M. G. Scr,, t. IV, p. 152).

comme il a été dit plus haut, dans l'histoire d'Aldric. Il ne semble pas qu'ils aient été continués aussitôt. Dans un des manuscrits des Actus, la série ne reprend qu'au déclin du XIe siècle, à l'évêque Arnaud (1067-1081). L'autre manuscrit insère, après la vie interrompue d'Aldric, une fausse lettre de Grégoire IV relative à ce prélat, puis une sorte de finale où l'on note qu'Aldric mourut après vingtquatre ans d'épiscopat et fut enterré à Saint-Vincent. On ajoute qu'après Aldric le pays fut désolé par les païens, comme on peut le voir dans les Gestes et Annales des rois francs. Puis vient une série de notices sur les évêques Robert, Lambert, Gunherius, Hubert, Ménard, Segenfroi, Avesgaud, Gervais, Vulgrin (f 1064). Il est clair que ces notices n'ont point été ajoutées une à une. Il y est parlé de Robert d'après un dossier sur l'affaire de Saint-Calais ; ce dossier ne contenant pas la sentence définitive, contraire aux prétentions de l'évêque du Mans, le biographe s'est figuré que Robert avait eu gain de cause. Il sait que Robert a siégé vingt-quatre ans, son successeur Lambert six seulement; c'est tout ce qu'il peut dire de ce dernier. Pour les deux évêques suivants, il est tellement à court de renseignements, qu'il remplace le récit par la transcription de deux chartes. Il en sait un peu plus long sur Ménard, dont la générosité à l'égard du chapitre avait laissé des traces dans les archives de celui-ci. Mais Ménard (1) avait vécu fort longtemps avant son biographe. Les souvenirs un peu vivants ne se présentent que dans les notices de Segenfroi et de son neveu Avesgaud, évêques assez peu recommandables. Il paraît bien que le biographe ait vécu sous Gervais, neveu d'Avesgaud. Gervais transféré à Reims (1055), la dynastie épiscopale de Segenfroi prit fin, et le siège du Mans fut confié à un moine, Vulgrin, abbé de Saint-Serge d'Angers. Sa carrière, avant son épiscopat,

(1) Il avait été élu consentiente clero simul et rege illius temporïs et populo.

est racontée avec détail ; mais de ses actes d'évêque il est dit fort peu de chose. Je serais porté à croire que cette notice, avec tout ce qui précède, depuis et y compris la finale d'Aldric, est l'œuvre d'un seul et même auteur, qui vivait au temps de Vulgrin, au moment où la réforme ecclésiastique commençait à atteindre le diocèse du Mans. La notice de Vulgrin, comme autrefois celle d'Aldric, aurait été d'abord interrompue, puis complétée. Cette conclusion, tirée de l'étude des notices elles-mêmes, concorde avec la tradition paléographique (1).

Le catalogue des Gesta Aldrici, qui va jusqu'à Avesgaud vivant, ne dépend pas de ces notices. Il contient les jours et les mois d'Aldric, qui ne sont pas marqués dans le livre épiscopal ; en revanche, il ne marque pas les années de Lambert, que la continuation du livre épiscopal, si elle avait existé au temps d'Avesgaud, aurait pu lui indiquer.

C'est, évidemment du catalogue des Gesta que dépendent deux listes des évêques du Mans, copiées l'une à Angers au XIe siècle, l'autre à Tours au XIIIe.

3° PRBMIER CATALOGUE EE SAINT-AUBIN d'aNGERS.

Ce catalogue s'est conservé dans le manuscrit 465 du fonds de la reine de Suède, au Vatican. Le voici :

Nomina episcoporum Cenomannensiam.

Sanctus lulianus, vir apostolicus, sed ann. (2).

Turibius. Innocens.

Pavatius. Donnolus.

Liborius. Hadoindus.

Victurus. Berarius.

Victurius. Beragrannus.

Severius. Aiglibertus.

(1) Sur cette continuation, v. R. Latouche, Essai de critique sur la constitution des Aclus Pontificum Cenomannis in urbe degentium (857-1255) dans le Moyen âge, t. XX (1907), p. 226-247.

(2) La reliure a fait disparaître le bord du feuillet, où se trouvait sans doute un chiffre.

Berarius. Rotbertus.

Herlemundus. Lambertus.

Gautiolenus. Gunherius.

item Herlemundus. Hucbertus.

Hodingus. Mainardus.

Merolus. Siginfredus.

Joseph. Avesgaudus.

Franco prior. //////////// (1).

Franco posterior. //////////// Aldricus.

Cette liste est identique à celle des Gesta Aldrici. Comme elle, elle se termine à Avesgaud; elle a les mêmes fautes, les mêmes changements ou déplacements de noms, les mêmes particularités de rédaction, comme Franco prior, Franco posterior ; enfin on voit, par la première ligne, qu'elle a été relevée sur un catalogue pourvu d'indications chronologiques. Je crois, d'ailleurs, que l'original n'est pas autre que le manuscrit 99 du Mans. Dans celui-ci, en effet, le nom du cinquième évêque avait d'abord été écrit Victurius; un grattage fit- disparaître Yi de la finale, de sorte qu'on lit maintenant Victurus, leçon qui se retrouve dans le manuscrit 465 du fonds de la Reine.

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