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CATALOGUE DES GESTA ALDRICI

Nomina episcoporum Cenoman(is) in urbe degentium.

Domnus lulianus episcopus sed. annis XLVII mens. III dies XX.

Domnus Turibius episcopus sed. annis V dies XVI.

Domnus Pavatius episcopus sed. XLIII.

Domnus Liborius episcopus sed. annis XLVIIII.

Domnus Victurius episcopus sed. annis XX1I1I menses VII dies XIII.

Domnus Victurius episcopus sed. annis XL menses VII dies XVI.

(1) Bibl. Nat., Baluze, t. XLV, f. 53 et 68-144.

(2) L'édition de Mabillon, Vetera Analecta, t. III, p. 50 de l'édition in-8% p. 239 de l'édit. in f% est fondée sur ces deux rass. Il en est de même de la nouvelle édition publiée dans les Archives historiques du Maine, t. II, par MM. Busson et Ledru, Le Mans. 1902. Sur cette utile publication, précédée d'une préface des plus critiquables, v. l'étude de P. Fournier, Bull, critique, 1904, p. 341 et suiv.

Domnus Severius episcopus sed. annis VIIII mens. I dies XXI.

Domnus Innocens episcopus sed. annis XLV mens. X dies XXV.

Domnus Domnolus episcopus sed. annis XLVI mens. XI dies XXII1I

Domnus Hadoindus episcopus sed. annis XXX menses XI dies XXII1I.

Dornnus Berarius episcopus sed. annis XXV menses III1 dies XVIII.

Domnus Bertigrannus episcopus sed. annis XXXVII.

Domnus Aiglibertus episcopus sed. annis XXXIIII menses VI dies XI.

Domnus Berarius episcopus sed. annis III et dim(idio).

Domnus Herlemundus episcopus sed. annis XXVI menses VIIII dies XIII.

Domnus Gauziolenus episcopus sed. annis L.

Domnus Herlemundus episcopus sed. annis VIIII.

Domnus Hodingus episcopus sed. annis II.

Domnus Merolus episcopus sed. annis XXX.

Domnus Ioseph episcopus sed. annis VIIII.

Domnus Franco prior natus episcopus sed. annis XXII menses III dies XIII.

Domnus Franco posterior episcopus sed. annis XVI menses V dies V.

Domnus Aldricus episcopus féliciter multa vivat per tempora; sed. annis XXII1I menses III dies II. Isti (I) sunt corepiscopi : Petrus corepiscopus, Seutfredus, Desideratus, Bertodus, David.

Domnus Rotbertus episcopus sed. annis XXVI.

Domnus Lambertus episcopus sed. annis.

Domnus Gunherius episcopus sed. annis XXIII.

Domnus Hucbertus (2) episcopus sed. annis XXXVII menses X dies XI.

Domnus Mainardus episcopus sed. annis XX menses V dies VI.

Domnus Siginfredus episcopus sed. annis XXXIII menses XI dies XVI.

Domnus Avesgaudus episcopus sed. annis.

Domnus Gervasius sed. ann.

2o CATALOGUE DES ACTUS PONTIFICUM.

In nomine Domini incipiunt nomina vel tempora vitae iustornm vel iniustorum pontificum Cenomannis in urbe degentium. Primus (3) bealissimus Iulianus Cenomannice urbis episcopus, qui fuit temporibus Domiciani, Nerve ac Traiani imperatorum sub quibus Iohannes apostolus et evangelista apocalipsim et evangelium scripsit.

Beatissimus Iulianus episcopus s. ann. XLVII m. III d. X.

(1) Cette liste de chorévêques est de seconde main.

(2) Le c de Hucbertus a été gratté.

(3) Ce qui suit est la reproduction du titre spécial de la notice de saint Julien : Incipiunt gesta domni Iuliani primi, etc., sauf que dans ce titre on lit Decii ou lieu de Domiciani.

Beatus Turibius episcopus s. ann. V d. XVI.

Bcatus Pavatius episcopus s. ann. XLIII.

Beatus Liborius episcopus s. ann. XLVIIII.

Beatus Victurus episcopus s. ann. XXIIII m. VII d. XIII.

Beatus Victurius episcopus s. ann. XL m. VI d. XIII.

Beatus Principius episcopus s. ann. XXVIIII m. I d. XXL Petrus

corepiscopus.

Beatus Innocens episcopus s. ann. XLV m. X d XXV. Seienfridus

corepiscopus. Gauzioleni (1).

Beatus Domnolus episcopus s. ann. XLVI m. XI d. XVIIII. Desi-

deratus corepiscopus.

Domnus Baldegisilus episcopus s. in episcopatu ann. V. Besthbodus

corepiscopus et Merolus.

Beatus Berlichramnus episcopus s. ann. XXXVII. Beatus Hadoindus episcopus s. ann. XLVII. m. XI d. XXIIII. Beafus Berarius episcopus s. ann. XXXV m. IlII d. XVII. David

corepiscopus.

Domnus Aiglibertus episcopus s. ann. XXXIIII m. VI d. XI. In

cuius tempore Petrus fuit corepiscopus.

Domnus Herlemundus episcopus s. ann. XXVI m. VIIII d. XIII. Domnus Gauziolenus episcopus s. ann. L.

Domnus Herlemundus alter episcopus s. ann. VIIII. Domnus Odingus episcopus s. ann. II.

Domnus Merolus episcopus s. ann. XXX.

Domnus Ioseph episcopus s. ann. VIIII.

Domnus Franco prior natu episcopus s. ann. XXII m. III d. 111. Domnus Franco iunior natu episcopus s. ann. XVI m. V d. V. Beatus Aldricus episcopus s. XXIIII m. d. Domnus Rotbertus episcopus s. ann. XXVI. Domnus Lanbertus episcopus s. ann. VII.

Domnus Gunherius episcopus s. ann. XXIII. Domnus Hubertus episcopus s. ann. XXXVII m. X d. XII. Domnus Mainardus episcopus s. ann. XX m. V d. VI. Domnus Segenfredus episcopus s. ann. XXXIII m. XI d. XVI. Domnus Avesgaudus episcopus s. ann. XLII, intervallo quinquaginta

dierum.

Domnus Gervasius episcopus s. ann. XX.

Domnus Vulgrinus episcopus qui et monachius s. ann. VIII m. VIIII

d. XI, duorum annorum et quatuor mensium intervallo. Domnus Arnaldus episcopus s. ann. XIIII mens. IX.

Intervallum ann. integrum, menses IlIIor dies XXIII. Domnus Hoellus episcopus sed. ann. XII menses III dies VII. Post hune cessavit episcopatus IIII°r mensibus.

(1) Gauzioleni, et ci-dessous et Merolus, ont été ajoutés après coup vers le treizième siècle.

Domnus Ildebertus episcopatus s. ann. XXVIIIJ mens. VI.

Intervallum mens. X1I1.

Domnus Guido episcopus s. ann. VIIII mens. V.

Cessavit episcopatus mens. VIL Domnus Hugo episcopus s. ann. Vil menses II II d. XVII.

Cessavit episcopatus menses XI (1).

Domnus Willelmus s. ann. XLIII menses IIII d. XXV.

Post hune cessavit episcopatus menses VI. Domnus Reginaldus s. annis duobus dies octo.

Posl hune cessavit episcopatus menses IIII0T (2).

Le premier catalogue va jusqu'à l'évêque Avesgaud (994- 1036), sous lequel il a été copié, et dont les années ne sont pas indiquées. Le nom de son successeur, Gervais (1036-1055), est de seconde main. Mais cette limite n'a rien à voir avec la rédaction première ; celle-ci se terminait, comme le livre épiscopal, par des vœux en l'honneur d'Aldric vivant.

L'autre catalogue s'arrête, de première main, à Guy, lequel était déjà mort quand on l'écrivit, et même remplacé, puisque la durée de la vacance marquée après lui est aussi de première main. Cette limite, surtout si on la rapproche de celle de la copie du livre épiscopal exécutée par André Duchesne, donne lieu de croire que nos deux manuscrits de ce livre dérivent d'un exemplaire qui n'allait pas au delà de Guy (f 1135) (3).

Comme celui des Gestes, le catalogue du livre épiscopal est en rapport étroit avec cette dernière compilation. Ni pour l'un ni pour l'autre la coïncidence n'est absolue. Le catalogue du livre épiscopal contient le nom de Badegisile, qui n'a pas de notice dans le texte. Cependant il faut noter que la formule employée pour Badegisile diffère de celle dont on s'est servi pour les prélats voisins ; il est appelé domnus et non beatus ; au lieu de sedit tout simplement,

(1) Le ras. Parisin. 4999 A contient, f. 47, un catalogue des évêques du Mans qui s'arrête ici, de première raain.

(2) Pour le reste de cette continuation, v. Mabillon, l. c. Après Reginald, mort en 1190, l'écriture est tout à fait différente et bien postérieure.

(3) J. Havet, l. c, p. 323.

on dit sedit in episcopatu. Badegisile aura été inséré ici après coup, peut-être très tardivement.

A part cela, le second catalogue est d'accord avec le texte actuel du livre épiscopal. Il n'en est pas de même du premier. Les différences se produisent dans la partie de la série qui comprend les évêques du VIe et du VIIe siècle.

Gat. I. Cat. II.

Victuri'us. Victurius.

Severius. Principius.

Innocens. Innocens.

Domnolus. Domnolus.

Hadoindus. Bertichramnus.

Berarius. Hadoindus.

Bertigrannus. Berarius.

Aiglibertus. Aiglibertus.

Berarius. Herlemundus.

Herlemundus.

Le désaccord porte sur trois points : 1° le Severius de la première liste est remplacé dans la seconde par un Principius ; 2° l'évêque Bertram est placé, dans la seconde liste, deux rangs plus haut que dans la première ; 3° celle-ci insère, entre Aiglibert et Herlemund, un deuxième Béraire qui manque à la seconde liste.

Mais il est aisé de voir que, dans le principe, le livre épiscopal avait été constitué conformément à la première liste et non à la seconde. A la place de Principius on y trouvait un Severius ou Severianus. Dans la notice d'Innocent (1), qui est actuellement précédée de celle de Principius, on lit qu'Innocent, après la mort de son prédécesseur Sévérien, posl beati viri Severiani antecessoris sut transitum, se mit à l'œuvre pour agrandir la cathédrale. Ainsi,

(1) Cette notice commence ainsi : Domnus Innocens, natione Gallus Cenomannicae urbis episcopus, successorque praenominali beati succèssoris videlicet domni Victurii... Il est clair qu'il manque un nom après beati. C'était sans doute celui de Sévérien, qui aura été effacé, mais non remplacé.

lorsque la notice d'Innocent a été rédigée pour la première fois, il y avait avant elle une notice de Severianus. De même, avant la notice d'Herlemund, il y eut d'abord un deuxième Béraire. En effet, Herlemund est dit avoir été successor posterions domni Berarii (1).

Sur les trois points où la première liste est corrigée par la seconde, deux des leçons primitives ont laissé des traces évidentes dans le livre épiscopal ; il y a donc lieu de croire que la troisième s'y trouvait aussi, et que les vies des évêques Hadoind, Béraire, Bertram ont été d'abord disposées dans cet ordre et non dans l'ordre actuel (2). Il est bien possible que ces retouches, en tout ou en partie, aient été faites par l'auteur lui-même : la dernière surtout lui était imposée par l'un de ses documents, le testament d'Hadoind, où Bertram est nommé comme antérieur à lui.

Le livre épiscopal manceau a été composé sur le modèle du Liber pontificalis romain ; il en reproduit les formules et la distribution. Cependant, il a cela de particulier qu'il intercale à la suite ou dans le corps de la plupart des notices, un assez grand nombre de documents d'archives intégralement reproduits.

Ce n'est pas un livre sincère : tout le monde le reconnaît. Mais c'est un livre précieux. Il nous a conservé, sur une cinquantaine de pièces d'archives, une vingtaine de chartes authentiques, presque toutes de l'époque mérovingienne. Il serait à désirer que, dans ses récits, ou plutôt dans ceux qui ne sont pas déduits de ses chartes, il y eût une aussi grande proportion de bons éléments. Ce n'est pas le cas. Du reste, le narrateur ne s'intéresse guère qu'à la mense épiscopale ; c'est pour la défendre qu'il a inventé nombre de faits et fabriqué ou remanié nombre de chartes.

(1) Cet évêque Béraire a réellement existé. Voy. J. Havet, l. c, p. 411, et ce qui en est dit ci-dessous. Mais il n'a pu siéger au Mans qu'après Herlemund.

(2) C'est, du reste, ce que suppose une autre série de vies d'évêques du Mans, rédigée par le même auteur. Cf. Havet, p. 363.

L'abbaye de Saint-Calais, fort convoitée par l'évêché du Mans, le préoccupe d'une façon particulière.

Quand on cherche à se représenter ce qu'il a pu trouver de traditions sérieuses propres à compléter les renseignements fournis par les chartes, on constate d'abord qu'il ne disposait pas d'un catalogue officiellement dressé et conservé. Il a omis deux évêques certains, Principe et Badegisile ; il a déplacé de deux rangs l'évêque Bertram, interverti Hermelund et Béraire IL Au commencement, contrairement aux indications chronologiques relevées sur les inscriptions et insérées dans son propre texte, il a fait de Turibe le deuxième évêque du Mans et de saint Victeur le cinquième, alors que Turibe doit sûrement se placer à la suite de Victeur. Pour cette partie de la série, il est d'accord avec les Gesta Aldrici, c'est-à-dire avec la chronologie de fraîche date que Ton suivait à l'évêché du Mans.

Quand aux chiffres d'années, mois et jours, qu'il adjoint à chaque nom d'évêque, il ne faudrait pas s'y fier. Un point de départ en remontant est fourni par l'avènement de Francon I, en 793. En arrière, les trois épiscopats de Joseph, Merolus, Hoding, donnent un total de 41 ans, et conduisent jusqu'à l'année 752 au moins. Gauziolen devrait être mort au plus tard cette année-là (1) ; or on le trouve encore en 762. Il y a donc ici un chiffre trop fort, probablement celui de Merolus. Aiglibert, à qui on donne trentequatre ans, ne peut avoir siégé trente ans. Les quatre épiscopats de Bertrand, Hadoind, Béraire I, Aiglibert, s'étendent de 586 à 698 environ, comprenant ensemble cent douze ans ; le catalogue leur en assigne cent vingtsept.

Jusqu'ici, cependant, on pourrait croire que de simples fautes de copiste ont maléfîcié une chronologie primitivement sincère. Il n'en est plus de même au delà. L'évèque

(1) En suivant le système du narrateur, d'après lequel Herlemund II aurait été simultané avec Gauziolen; s'il fut son successeur, le calcul remonterait jusqu'en 743.

Domnole n'a siégé que vingt-deux ans : on lui en attribue quarante-six. Sur les neuf premiers évêques, six auraient siégé plus de quarante ans, ce qui est bien extraordinaire. Du reste, alors que pour le nombre et Tordre des évêques le catalogue mérite si peu de confiance, comment accepter les autres éléments de sa chronologie ?

Sur les quatre prédécesseurs immédiats d'Aldric, Merolus, Joseph, Francon I et Francon II, la tradition encore vivante pouvait lui fournir quelque chose. De Merolus, sauf ses antécédents, dont je parlerai tout à l'heure, il n'a rien à dire, sinon que Charlemagne prit de son temps quelques mesures pour reconstituer le patrimoine de l'église du Mans. Ajoutons un miracle qui se serait produit à l'enterrement de Févêque. Son successeur Joseph est représenté comme ayant eu de graves difficultés avec son clergé ; la cruauté qu'il aurait montrée (1) à ce propos lui valut d'être déposé de Tépiscopat. Ce fait n'est pas autrement connu ; mais on ne voit pas pourquoi il aurait été imaginé. Il sait que Francon I restaura la cathédrale et constitua la mense des chanoines ; il lui attribue aussi quelques menues fondations. Mais, pour lui, l'événement capital de cet épiscopat c'est l'adjonction de Saint-Calais à la mense épiscopale, adjonction que nous savons s'être produite par concession temporaire, mais qu'il présente comme une restitution à titre perpétuel. Dans la notice de Francon I, il insère trois diplômes de Charlemagne, un de Louis le Pieux; ce dernier seul est authentique. De Francon II il ne rapporte qu'un seul fait, la consécration de l'église abbatiale de Saint-Calais ; il est tellement pressé d'arriver à Aldric, qu'il ne se tient pas de parler de lui dès la notice de son prédécesseur. Pour les deux Francon il donne les dates obituaires, 816 et 832, et aussi les épitaphes, composées par ordre d'Aldric.

La période antérieure à Charlemagne lui apparaît comme

(1) « Flagellare, ... quosdam caecare et castrare » (Mab., Anal., p. 291).

un temps de troubles et d'usurpations. Ceci n'a rien que de vraisemblable, car on sait ce que nos églises eurent à souffrir au temps de Charles-Martel et même de Pépin le Bref. Mais de cette vraisemblance d'ensemble on n'a pas le droit de conclure à l'exactitude des détails rapportés ici. Je vais les résumer. '

Après la mort de l'évêque Herlemund (v. 723), nous dit-on, le siège demeura vacant plusieurs années. L'évêché et ses biens étaient tombés aux mains d'un comte Rothgaire et de son fils Harivius, qui se contentaient d'en jouir sans s'inquiéter de pourvoir aux besoins religieux de la population. Celle-ci, mécontente, finit par obliger ses maîtres à lui donner un évêque. Rothgaire choisit son autre fils, Gauziolen, et le fit ordonner, non pas à Tours, mais à Rouen, contre tous les usages. On était alors au commencement du règne de Childéric III (743). Au bout de quelques années, Pépin, mécontent de cet arrangement de famille, fit ordonner à Cotogne un autre évêque, Herlemund, qu'il envoya au Mans. Rothgaire et les siens furent contraints de le recevoir et il put siéger près de neuf ans. Mais Gauziolen parvint à l'attirer dans un guet-apens et lui fit crever les yeux. Herlemund se retira alors dans le monastère des Deux-Jumeaux, au diocèse de Bayeux, où son frère était abbé. Pépin, irrité, fit crever les yeux à Gauziolen, sans cependant lui enlever l'évêché. Les fonctions épiscopales furent confiées à des chorévèques, qui se succédèrent dans Tordre suivant : Seufredus, Desideratus, Berthodus, Merolus. Ce dernier, nommé sous Charlemagne, aurait été ordonné par trois évêques. Quant à Gauziolen, il continua de gouverner ou plutôt de dissiper le temporel de l'église du Mans, secondé par son vidame Abraham, qui trouva le moyen de perpétuer le pillage après la mort de son maître et, en punition, mourut d'une mort effrayante. L'épiscopat de Gauziolen dura cinquante ans. Après sa mort, Charlemagne lui donna pour successeur un prêtre de son palais, appelé Hoding, lequel trouva l'église du

Mans en un tel état qu'il s'empressa de demander son changement. Au bout de deux ans il fut transféré à Beauvais. On lui donna pour successeur le chorévêque Merolus, qui se trouvait avoir une ordination suffisante.

A ce récit des Actus doit être rattaché un épisode, probablement du même auteur, qui figure dans une des pièces ajoutées en supplément aux Gesta Aldrici (1). Pépin se trouvant à passer par le Maine, Gauziolen et son frère Harivius ne voulurent pas le recevoir dans la ville du Mans ; ils se livrèrent même contre lui à des hostilités qui coûtèrent la vie à l'échanson du roi.

Qu'il y ait dans tout cela une large part de Jfables, c'est ce dont on ne peut douter. Mais l'épiscopat de Gauziolen est mentionné dans les documents depuis 743 jusqu'à 762; aucun autre évêque n'est attesté pour la période qui s'étend de 724 à 774 (2). Harivius n'est pas un personnage fictif ; nous savons, par un bon document, qu'il eut quelque temps l'évêché en son pouvoir, et cela officiellement, avec reconnaissance royale ; nous savons aussi que, peu après, les fonctions épiscopales furent exercées par un prélat qui, sous l'ancien évêque Herlemund, avait sa résidence dans le diocèse du Mans. Ces faits concordent avec certains traits du récit précédent, relativement à la promotion de Gauziolen et à celle de Merolus. Quant aux chorévêques, il semble bien que nous ayons la signature de l'un d'eux, Desideratus, au bas d'une précaire concédée par Gauziolen et datée de 756.

En revanche, il est inadmissible que Pépin ait pu laisser l'évêché du Mans à un homme qui se serait rendu coupable de tels méfaits et dont la promotion aurait été aussi irrégulière. Si le roi le remplaça, neuf ans durant, par Herlemund, c'est qu'il ne le considérait pas comme légitime; s'il eut assez d'autorité pour lui faire crever les yeux, on

(1) Ed. Froger, p. 131.

(2) Je n'entends pas, par cette observation, justifier le chiffre de 50 ans attribué ici à Gauziolen.

ne voit pas pourquoi il n'eût pas eu le pouvoir de lui ôter sa prébende. Du reste, cet évêque soi-disant aveugle, signait, en 762, avec de nombreux collègues, deux documents différents, sans que les protocoles portent la moindre trace de l'assistance d'autrui. Il y a donc, dans le récit du biographe, des contradictions manifestes.

Les trois vies de Béraire, Aiglibert, Herlemuncl I, correspondent à la seconde moitié du VIIe siècle et aux vingt premières aimées du VIIIe. Outre ce qu'il a pu tirer des chartes, notre auteur s'est aidé, en ce qui regarde Béraire, de la translation de saint Benoît et de sainte Scholastique, par Adrevald de Fleury. C'est là qu'il a pris tout ce qu'il raconte sur l'arrivée au Mans des reliques de sainte Scholastique. Le nom de Béraire ne figure pas dans l'écrit d'Adrevald ; c'est notre auteur qui l'a introduit, à tort, car la translation de saint Benoît est de l'année 703, bien postérieure à cet évêque. D'Aiglibert il raconte qu'il était archichapelain, chef (princeps) des évêques du royaume, et qu'il portait le pallium, « comme les métropolitains. » Tout cela est sûrement faux. Il ajoute qu'Aiglibert dut se donner un coadjuteur, le chorévêque Pierre (chorepiscopus et adiutor domni Âig liber ti). Ceci, sauf le titre de chorévêque, n'a rien qui répugne absolument.

En remontant plus haut, la tradition orale, depuis longtemps inaccessible, ne pouvait lui être d'aucune utilité. Il n'avait que des chartes, les deux testaments de Bertram et d'Hadoind avec quelques pièces d'importance beaucoup moindre. L'ordre des anciens évêques, leurs noms même, n'étaient assurés par aucun document. Sous Aldric on mit en évidence les tombeaux des évêques enterrés à Saint- Victeur ; ils portaient des inscriptions. Notre auteur en tira parti, mais sans pouvoir se retrouver dans les notes consulaires que contenaient les plus anciennes. Je ne saurais dire si les dates obituaires qu'il assigne à chaque prélat lui ont été fournies par ces marbres, ou s'il a dû en tirer quelques-unes, soit des calendriers, soit de son imagination si

326 FASTES ÉPISCOPAUX DE i/ ANCIENNE GAULE.

complaisante. Voici, en tout cas, ce qu'il dit des lieux et dates de sépulture :

1. Julien. — V. kal. febr. — Enterré au delà de la Sarthe, dans un ora-

toire préparé par ses disciples. On voit, par d'autres documents, que cet oratoire était voisin delà basilique des Apôtres (S. Victeur).

2. Turibe. — XVI kal. mai., p. c. Viatoris II v. c. (497 ou 496), basilique

des Apôtres.

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