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ALET

La localité d'Alet était, au temps de l'empereur Honorius, la résidence du commandant d'un corps de troupes appelé milites Martenses (6), l'un des postes romains échelonnés sur le littoral. Il y eut là, évidemment, au déclin de l'empire romain, un noyau de population. Les chrétiens

(1) Ci-dessus, p. 257 et suiv. - (2) II, 17 ; p. 118, 120, éd. Plaine. Cf. éd. Lot, l. c, p. 428. La leçon Dolwoïon, de Plaine, est défectueuse; il faut lire Clotwoïon.

(3) Cart. de Redon, App. 31.

(4) Ci-dessus, p. 273.

(5) Anal. BolL, t. I, p. 209 (Plaine) ; Revue celtique, t. V, p. 412 (Cuissard).

(6) Not. dign, occid., c. 37.

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de ce lieu, quand il y en eut, se rattachèrent vraisemblablement à l'église de Rennes. Vers la fin du VIe siècle on y voit apparaître, à la tète d'une émigration galloise venue du pays de Gwent (1), un saint moine, Malo, qui fonda, comme saint Paul Aurélien, un établissement monastique dans la forteresse abandonnée et un autre dans une île voisine. Sa légende, dont nous avons deux rédactions (2; du IXe siècle, est un peu antérieure à l'écrit de Wrmonoc, mais, comme celle-ci, elle n'est guère croyable que pour l'ensemble des faits. La tradition était alors tellement peu fixée, que les uns .pouvaient affirmer que saint Malo était venu d'outre-mer déjà pourvu de l'ordination épiscopale, tandis que les autres le faisaient consacrer parle métropolitain de Tours. L'une des légendes dit qu'à son arrivée la « cité » d'Alet était depuis longtemps abandonnée de ses habitants; l'autre n'a pas ce détail. Ni l'une ni l'autre ne parle de la fondation de l'évèché. Quand il est question de la promotion du saint, on se sert des mêmes termes que s'il s'agissait d'un siège épiscopal déjà existant (3).

(1) Monmouthshire, dans le pays de Galles.

(2) Publiées l'une par dom Plaine, l'autre par M. de la Borderie, dans le même volume, Vie inédite de saint Malo, Rennes, 1884. Cf. l'étude que j'ai consacrée à ces textes dans la Revue celtique, t. XI, et celle, plus étendue, de M. F. Lot dans les Anna/es de Bretagne, t. XXII, et XXIII (réimpression sous le titre Mélanges d'histoire bretonne, Paris, Champion, 1907). M. Lot montre que des deux rédactions, celle de Bili est postérieure à l'autre et que celle-ci est mieux représentée par le texte de la Bibliollieca Floriacensis de Jean du Bois que par celui de M. de la Borderie; il le republie, et aussi celui de Bili, l'un et l'autre avec de notables améliorations.

(3) Je voudrais pouvoir admettre avec M. F. Lot {Mélanges d'histoire bretonne, p. 202) que l'évèché d'Alet représente la continuation ecclésiastique de l'ancienne civitas Coriosolitum. Si l'on veut croire au témoignage des manuscrits et ne pas y substituer des conjectures, il faut reconnaître que, dés le temps où fut rédigé la Xotitia Galliarum, la cité des Coriosolites avait cessé d'exister. Le fait que l'on ait trouvé à Corseul des monnaies postérieures à cette date prouve seulement que cette localité avait continué d'être habitée, non qu'elle n'avait pas cessé d'être le centre d'une adminis-

ration départementale, comme nous dirions. Les biographes de s. Malo parlent de civitas à propos d'Alet; mais dans le sens de siège épiscopal ; le mot urbs, que le plus ancien d'entre eux (Lot, p. 313) emploie à propos de Dol, a exactement le même sens. Le même auteur s'en sert à propos de Saintes ^p. 322, 323), Du reste, il n'est nullement établi qu'Alet ait été une

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Saint Malo doit être mort aux environs de Tannée 640. Sur ses continuateurs immédiats dans la direction du monastère d'Alet et de son ressort religieux, nous n'avons que des traditions éparses et incertaines. Un saint Maehncn est présenté par la vie de saint Judicael (1) comme ayant été l'ami de ce prince, ce qui suppose qu'il aurait vécu peu après saint Malo. Son biographe, du XIe siècle, le qualifie d'évêque Aletis civitatis, et lui attribue la fondation de deux établissements religieux en des localités qui n'ont pas encore été identifiées (2). Des traditions pour lesquelles nous n'avons pas d'attestations antérieures aux bréviaires locaux du XVIe siècle, parlent de trois autres évêques, Enogat, Gurval et Coal/init, qu'il faudrait placer avant saint Maelmon. Tout cela est très incertain.

Ce qui est sûr, c'est que le siège et le diocèse d'Alet existaient au temps de Charlemagne. Le monastère de Gaël (Saint-Méen) faisait alors partie de la mense épiscopale. Le diocèse s'étendait au sud jusqu'à l'Oust et à la Vilaine ; à l'est, il embrassait les environs de Dol, et atteignait peut-être le Couesnon (3) ; à l'ouest, il dépassait la Rance; la localité de Corseul, le chef-lieu de l'ancienne cité des Curiosolites, y était compris. Tout ceci résulte clairement des chartes ou des légendes locales.

Voici les noms des évêques que Ton trouve au IXe siècle : 1. — Helogar. — Siégeait en 811 et en 816, comme il

résulte d'une charte de Louis le Pieux, datée du 26 mars

de cette dernière année (4).

localité coriosolite. Si le territoire des Coriosolites avait dépassé la Rance, on ne voit pas comment César (Bell. Gall., II, 34; VII, 75) aurait pu ranger la cité de Rennes parmi les cités littorales.

(1) Parisinus 9889, f. 135 v°. Je cite d'après M. de la Borderie, Histoire de Bretagne, t. I, p. 486, note 1.

(2) Ibid., p. 485.

(3) Si le Raus mentionné dans la vie de saint Malo est Roz-sur-Couesnon, il n'y a pas de doute. M. de la Borderie, op. cit., p. 487, note 5, croit que le monastère de Lan-Maelmon se trouvait auprès du Couesnon. Or, Lan- Maelmon était sûrement une localité aléthienne.

(4) Bôhmer-M., n° 591. Bouquet, t. VI, p. 489; Morice, Preuves, t. I, p. 225.

2. — Ermor. — Mentionné dans les chartes de Redon (1), en 833 (depuis le 1er mai) et en 834. Assista, en 835, à l'assemblée de Thionville (2).

3. — Iarnwalt. — La signature d'un évêque de ce nom figure au bas d'une charte de Redon (3) relative à une localité du diocèse d'Alet (Guer) et datée du mois de décembre 837.

4. — Mahen. — Plusieurs chartes de Redon (4) le mentionnent, depuis l'année 841 jusqu'au 1er juillet 846.

5. — Saloco. — L'un des quatre évèques dépossédés par Nominoé en 848 (5). Après sa déposition, il se retira dans le diocèse d'Autun, où il servit de coadjuteur à l'évêque Jonas. Il mourut moine à Flavigny (6).

6. — Rethwalatr. — Evêque au temps d'Erispoé (851- 857) (7). Mentionné, au moins depuis le 18 janvier 856, dans les chartes de Redon ; on l'y rencontre jusqu'au 5 mars 864 (8). Il est question de lui dans la Vie de saint Malo, écrite sous son successeur (9). C'est peut-être lui le Rivoladrus à qui le pape Nicolas Ier écrivit à propos d'un cas pénitentiel (10).

7. — Ratuili. — Mentionné dans les chartes de Redon depuis le 13 juillet 866 (11) jusqu'au 10 février 872. C'est à

(i) Cari., 5, G, 116, 123, 128, 219; App. 7.

(2) Gesta ss. Roton., Morice, Preuves, t. I, p. 241.

(3) Car!., 179.

(4) Car/., 126, 194, App. 15, 24. La charte App. 15 porte la date : Factura est illo anno quando dimic&vit Hlotarius cum fratribus suis ; la charte App. 24 : in anno quando venit Karolus ad Nominoe in Ballon.

(5) Ci-dessus, p. 258 et suiv.

(6) Bouquet, t. VII, p. 363; M. G. Scr., t. XV*, p 450; t. VIII, p. 286.

(7) Cart. de Redon, App. 31.

(8) Car*., 193, 174; cf. 25, 36, 37, 173, 204.

(9) II, 13, 16; éd. Plaine, p. 114, 116.

(10) J., 2852; Migne, P. L., t. CXIX, p. 1130.

(11) Les deux chartes 173 et 174, où figure le nom de Rethwalatr, ont été mal datées par l'éditeur du cartulaire. La deuxième, postérieure à l'autre (ceci résulte du contenu\ est évidemment d'une année bissextile, laquelle avait d'abord la lettre dominicale B (XII kal. mart. = feria VI), puis la lettre dominicale A (III non. mart. = dom.). Or ceci, sous le roi Salomon (857-874), ne se vérifie qu'en 864. La charte n8 174 est donc de cette année, et la charte n° 173 d'une année antérieure (861, lettre dom. E).

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lui que Bili, diacre d'Alet, dédia la Vie de saint Malo. Il présida aux funérailles de saint Conwoïon, premier abbé de Redon (i).

8. — Bili. — D'abord diacre de Ratuili, et, dans cette situation, auteur de la Vie de saint Malo. C'est sous son épiscopat que, d'après un récit, les reliques du saint furent rapportées dans son pays (2).

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