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DOL

La fondation du monastère de Dol est marquée dans la Vie de saint Samson, la plus ancienne, semble-t-il, des vies de saints bretons (3). Malheureusement, il n'y a pas grand chose à tirer de ce document, consacré pour les cinq sixièmes à la carrière insulaire du saint, et, pour la plus grande partie du sixième restant, à la fondation du monastère de Pental, près de la basse Seine. Tout ce qu'on en peut tirer, c'est que saint Samson fonda le monastère de Dol et qu'il y fut enterré. Le biographe ne le présente nullement comme le fondateur d'un évêché, comme le premier d'une série épiscopale. L'idée de diocèse, de parochia, ne se révèle nulle part.

Saint Samson, d'après cette tradition, était déjà évêque quand il franchit la men Un évêque de ce nom figure

(1) Morice, Preuves, t. I, p. 233 : Exequias funeris eius procurante Rivalino Alelensi. Le nom est altéré par l'auteur du récit, postérieur de deux siècles à l'événement. D'après M Ferd. Lot {Ann. de Bretagne, t. XXII, p. 8), ce serait lui l'auteur des Gesla sanclorum Rolonensium.

(2) Plaine et La Borderie, Vie inédite de saint Malo, p. 124. D'après cette histoire, d'ailleurs sujette à caution (Revue celtique, 1890, p. 20), la translation aurait eu lieu sous Alain le Grand (877-907).

(3) Elle ne peut être antérieure au VIIe siècle, car l'auteur connaît les homélies de saint Grégoire le Grand (comparer l'endroit où il est question des gesta emendaliora, I, 1, avec Greg. M., hom. 3 in evang.), ni postérieure à la fondation de métropole de Dol sous Nominoé ; j'inclinerais pour une date assez rapprochée du commencement de cet intervalle; cette conclusion s'imposerait tout à fait s'il était sûr que le vénérable octogénaire dont il est question dans le prologue eût été vraiment le neveu d'IIénoc, neveu lui-même de saint Samson. Mais le texte est trop défectueux pour que l'on puisse avoir ici toute sécurité.

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parmi les signataires du deuxième concile de Paris, tenu, je crois, au temps de Caribert (561-567). C'est probablement le nôtre, mais cela n'est pas tout à fait sûr. Sa légende, d'autre part, le met en rapport avec le roi Childebert (7 558); mais la description qu'elle nous donne de ce roi et de sa femme convient peu à ce que l'on sait de Childebert et de la reine Ultrogothe, personnes recommandables; il semble plutôt que l'on ait en tête le souvenir de Chilpéric et de Frédégonde. Quoi qu'il en soit, on doit admettre que les monastères de Dol et de Pental ont été fondés par saint Samson au déclin du VIe siècle.

Dans la Vie de saint Samson il n'est fait aucune allusion à ses successeurs immédiats. Elle est dédiée à un évêque Tigernomaglus qui semble avoir eu, comme le biographe lui-même, sa résidence à Pental. Un autre évêque, Leucherus, est mentionné dans un récit de miracle, comme résidant à Dol. Il doit avoir vécu en un temps peu antérieur à celui du biographe.

Au XIIe siècle, alors que l'église de Dol soutenait son célèbre procès contre la métropole de Tours, elle avait coutume de produire (1) une série d'archevêques qui commençait à saint Samson et se poursuivait par saint Magloire, saint Budoc, saint Genevée, saint Restoald, saint Armel, saint Jumael, saint Turian ; après celui-ci venaient cinq autres archevêques que l'on ne nommait pas, et l'on arrivait ainsi à Festinien, contemporain du pape Nicolas Ier. On voit que la tradition doloise ne tenait compte ni de Tigernomaglus ni de Leucherus. La vieille Vie de saint Samson avait été remplacée par d'autres, où ces noms ne figuraient pas.

Quant aux sept que l'on pouvait citer, il y en a deux à éliminer tout d'abord, ceux de Restoald et de Jumael. Je me suis déjà expliqué sur leur provenance (2). Saint Magloire

(1) Morice, Hist. de Bretagne, Preuves, t. I, p. 753.

(2) Ci-dessus, p. 272.

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est un saint de l'île de Serk, un apôtre de l'archipel anglonormand. Le souvenir de saint Budoc se rattache au Goello (1) dolois. Saint Armel, dont le corps, disait le document, reposait à Ploërmel dans le diocèse d'Alet, a encore moins à voir avec l'évéché de Dol. De saint Genevéele nom seul est connu (2).

Le plus dolois de ces saints est saint Turiau ou Turian ; sa légende est évidemment postérieure à la fondation de l'archevêché (3). On y a groupé quelques traditions locales, sur le détail desquelles il serait imprudent de faire fond. Il y est donné comme le successeur de l'archevêque Tyarmail. Ce nom a peut-être été fourni par la plus ancienne légende de saint Samson (Tigernomaglus), bien que le catalogue dolois du XIIe siècle ignore absolument ce prédécesseur de saint Turian. Du reste, ni du catalogue ni de la légende on ne peut tirer aucune indication sur le temps précis où Turian vécut.

En somme, il semble bien que les communautés bretonnes de Dol et de Pental aient eu souvent à leur tête, après saint Samson comme de son temps, des abbés revêtus du caractère épiscopal. Mais il n'y a pas lieu d'en conclure qu'il existât à Dol une succession épiscopale régulière, ni que Dol fût le chef-lieu d'un diocèse délimité. Dol était un monastère et non une cité. C'est ce dont témoigne aussi le texte du martyrologe hiéronymien, tel qu'il fut complété à l'abbaye de Fontenelle, vers le milieu du VIII* siècle, plus précisément entre 734 et 756 (4j. Or, l'abbaye de Fontenelle était voisine du monastère de Pental, et c'est évi-

(1) Littoral ouest de la baie de Saint-Brieuc.

(2) Acta SS. iul., t. IV, p. 94(29 juillet).

(3) Et même à la publication du martyrologe d'Usuard (875), dont elle copie l'éloge : mirae simplicitatis et innocentiae viri. Saint Turian a dû être transporté de bonne heure à Saint-Germain-des-Prés, car c'est sans doute cette translation qui l'a fait admettre par Usuard dans son martyrologe (v. 875). Il le connaît comme évoque et confesseur : In Britannia minori s. Turiani episcopi et confessoris, mirae simplicitatis et innocentiae viri.

(4) Sur cette date, voy. ActaSS. novembris, t. II, p, [xxi].

demment la tradition des disciples de saint Samson dont nous trouvons l'écho dans le martyrologe neustrien : Dolo monasterio, depositio s. Samson abbatis.

Sous Charlemagne et Louis le Pieux, les environs de Dol, Roz, Plerguer, Miniac, et le monastère de Saint-Méen, fondé, d'après la tradition, par un disciple de saint Samson, étaient compris dans le diocèse d'Alet. En était-ii de même du monastère de Dol, ou celui-ci jouissait-il d'une exemption? On ne saurait le dire, les documents faisant défaut. Ce qui est sûr, c'est que l'évêque d'Alet évincé, Salocon, porta dans l'exil le titre d'évéque de Dol (1).

1. — Festgen. — C'est probablement lui qui est mentionné, avec les évéques de Vannes, Cornouaille, Alet, Saint-Pol, dans une charte d'Erispoé (851-857) (2); mais peut-être n'était-il pas encore évêque (3). On retrouve son nom, sous la forme Festien, au bas de deux chartes de Redon (4), du 2 mars 859 et du 29 novembre 869. Dans cette

(1) Le titre d'évéque d'Alet est donné expressément à Salocon par 17ndiculus (Morice, Preuves, 1. 1, p. 288); du reste, tout ce document suppose qu'il n'y avait pas de diocèse de Dol distinct de celui d'Alet avant les « réformes » de Nominoé. D'autre part, la lettre du concile de Soissons au pape Nicolas I" (Hardouin, t. V, p. 628) qualifie Salocon d'évéque de Dol. Cette lettre est de l'année 866. Salocon mourut quelque temps après à Flavigny ; le nécrologe de cette abbaye {M. G. Scr., t. VIII, p. 286) lui donne le même titre : Salocho episcopus Dolensis monachus Flaviniacensis obiit. Les prélats aléthiens variaient souvent leurs titres. On trouve, dans les chartes de Redon, les désignations suivantes : episcopus Aletis, Aletensis, inAleta, in Poutrocoet, super episcopatum s. Macutis. Le titre d'episcopus in Poutrocoet exprimait leur juridiction sur le pagus trans sylvam, du côté de l'Oust. Il est possible que, se trouvant en possession du monastère de Dol, ils aient pris aussi le titre d'episcopus Dolensis. Au temps du concile de Soissons, on parlait beaucoup en France de îa nouvelle métropole de Dol. Salocon a pu choisir, parmi ses titres, celui qui était le plus propre à accentuer son opposition aux changements survenus. Il est possible aussi que Salocon ait été, dès avant son élévation au siège d'Alet, supérieur du monastère de Dol. Je ne saurais ni méconnaître le lien spécial qui le rattache à Dol, lien dont témoignent les documents allégués ci-dessus, ni écarter l'assertion de VIndiculus qui le qualifie d'évéque d'Alet, sans qu'on ait l'ombre d'une raison de suspecter son témoignage.

(2) Cart. de Redon, App. 31.

(3) F. Lot, Ann. de Bretagne, t. XXII, p. 14.

(4) Cart., 30, 109.

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dernière, il figure à côté de Ratuili d'Alet, lequel est qualifié à'episcopus super episcopatum s. Maculis, tandis que son confrère de Dol prend le titre corrélatif d'episcopus super episcopatum s. Samsonis (1). Le concile de Savonnières, on 859, lui adressa une lettre où son nom prend la forme de Fastcarius. J'ai parlé plus haut (2) des tentatives faites par le roi Salomon pour lui faire accorder le pallium romain. Dans les lettres du pape Nicolas, écrites à ce sujet, il est appelé Festianus (3).

2. — Mahen. — Deux lettres du pape Jean VIII lui furent adressées, en 874 et en 878 (4).

3. — Iohannes. — On lit dans la vie de saint Leufroi (5) que le corps de ce saint fut transféré de son tombeau primitif dans l'église principale de son monastère, par Jean, « vénérable évêque de l'église de Dol et abbé du lieu. » Le biographe dit que cela est arrivé de son temps, nostris temporibus. Malheureusement son écrit n'est pas daté avec précision. Il est postérieur à Charlemagne, dont le règne (in diebus magni et gloriosissimi principis Caroli) lui semble éloigné par rapport à des événements arrivés nuper, recenti tempore. Jean , évêque de Dol, est donc postérieur à Charlemagne. Est-il du temps de Louis le Pieux? Cela est difficile, car le règne de Charlemagne semble un peu éloigné du biographe et, d'ailleurs, il est au moins douteux qu'il y eût alors des évêques de Dol distincts de ceux d'Alet, dont la série nous est connue. S'il faut dépasser l'année 846, nous trouverons le siège de Dol occupé ou réclamé par une suite de prélats, Salocon, Festgen, Mahen, ce qui nous force à descendre jusqu'au delà de 878. Du reste, on ne conçoit guère, de 846 à 878, un évêque breton installé à la tête d'un mo-

(1) Cette symétrie dans les titres cadre assez bien avec l'idée que les deux diocèses avaient fait partie d'un môme ensemble.

(2) Ci-dessus, p. 271.

(4) J., 3003, 3144. Ci-dessus, p. 27G.

(5) Diocèse d'Evreux. Acta SS., 21 juin, t. V (Paris), p. 96.

nastère neustrien. Force est de descendre jusqu'au temps où les invasions normandes chassèrent de chez eux les évêques bretons, vers la fin du IX# siècle (1).

4. — Louenan. — Contemporain du roi d'Angleterre Edouard Ier (901-925), il a pu commencer son épiscopat dans les dernières années du IXe siècle (2).

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