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L AQUITAINE

§ 1er. — Provinces et cités.

L'Aquitaine, telle qu'elle sortit de l'organisation d'Auguste, était un assemblage assez incohérent. Les vrais Aquitains, les petits peuples ibéro-ligures établis entre la Garonne et les Pyrénées, ne formaient pas une province à eux seuls. On leur avait adjoint les cités celtiques comprises entre la Loire et la Garonne. Ce n'étaient pas les moindres. Les Santons et les Pictons occupaient de vastes contrées entre la basse Garonne et la basse Loire. En arrière, au centre même de la Gaule, les Arvernes et les Bituriges conservaient le souvenir de la prépondérance exercée par leurs aïeux, en des temps divers, au milieu des peuples celtiques. Le nombre de ces cités varia peu sous l'empire. Strabon en compte quatorze, mais il n'en nomme que douze, entre Garonne et Loire ; encore, dans ce dernier nombre, comprend-il les flelvii, que les autres géographes adjoignent à laNarbonnaise. Les Helvii écartés, le nombre de douze se rétablit par l'accession des Bituriges Vivisci, que Strabon sait être un peuple celtique et qu'il distingue, comme tel, des autres populations habitant au ii 1

sud de la Garonne. On obtient ainsi, pour le temps de Strabon. la liste suivante : Vellavi, Arverni, Lemovices, Pè~ trocorii, Nitiobriges, Cadurci, Biluriges Cubi, Santoni, Pictones, Butent, Gabales, Bituriges Vivisci. Toutes ces cités se retrouvent dans les énumërations de Pline (1) et de Ptolémée (2). La Notice des Gaules, au commencement du Ve siècle, en contient deux en plus, la civitas Albigensium, démembrée de celle des Ruteni, et la civitas Ecolisnensium, détachée de celle des Santones (3).

Dans l'Aquitaine ibérique, Strabon compte plus de vingt peuples, parmi lesquels il nomme seulement les Tarbelli, les Convenue, avec leur ville Lugdunum, et les Auscii. Ptolémée connaît cinq cités organisées, celles des Tarbelli, des Vasarii ou Vasatii, des Datii (Elusatii) (4), des Auscii, des Convenae. Pline, dont les renseignements dérivent d'une source plus ancienne, cite une trentaine de noms de tribus. A la longue, la répartition des populations indigènes se modifia : de nouvelles cités apparurent. Quand on fut arrivé au chiffre de neuf, on jugea le moment favorable pour obtenir la constitution d'une province spéciale. Un certain Verus (5) conduisit auprès de l'empereur (ad Augustum) une légation chargée de l'obtenir. Les Novem populi furent alors séparés des Galli, c'est-à-dire des douze ou quatorze cités celtiques qui s'étendaient de la Garonne à la Loire. Suivant toute vraisemblance, ce résultat fut atteint dans la seconde

(1) Hist nat., IV, 108, 109. Cependant, les Vellavi n'apparaissent pas clairement dans le texte de Pline. Cf. C. I. L., t. XIII, p. 212.

(2) Geogr., II, 7.

(3) Il n'est pas prouvé qu'Angoulème ait eu une municipalité avant le IVe siècle (C. /. L., t. XIII, p. 147). Sur tout ceci, cf. Mommsen, Rôrn. Geschichte, t. V, p. 87; Mon. Germ. Script, antiquissimi, t. IX, p. 558; Bladé, Annales du Midi, t. V, p. 419 et suiv.; O. Hirschfeld, Sitzungsberichte de l'Académie de Berlin, 1896, p. 439.

(4) Identification proposée par M. O. Hirschfeld (loc. cit.) ; c'est, je crois, la plus satisfaisante des conjectures proposées jusqu'ici pour expliquer le nom extraordinaire de Aà-riôi. Quelle qu'en soit la valeur, il est sûr qu'Elusa avait rang de cité dès le IIe siècle (C. I. L., t. XIII, n° 548j.

(5) C. /. L., t. XIII, 412.

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moitié du IIP siècle. Elusa fut désignée pour être la capitale de la nouvelle province.

Celle-ci fut appelée Novempopulana, et elle conserva ce nom, même quand les populi ou cités eurent atteint le chiffre de douze (1), que nous trouvons, à la fin du IVe siècle, dans la Notice des Gaules. Par une autre bizarrerie, le nom d'Aquitaine demeura à la partie de l'ancienne province qui ne comprenait aucun peuple aquitain.

Voici ce que l'on peut savoir sur l'origine des cités de la Novempopulanie :

Au pied des Pyrénées centrales, à l'ouest du territoire de Toulouse et de la province Narbonnaise, s'étendait le pays des Convenae. L'origine de ce peuple nous est connue par saint Jérôme, qui, dans son livre contre Vigilance, s'exprime ainsi : Vigilantius caupo Calagur rit anus (2) nimirum respondet generi suo, ut qui de latronum et convenarum natus est semine Çuos Cn. Pompeius edomita Hispania et ad triumphum redire festinans in Pyrenaei iugis deposuit et in unum oppidum congregavit unde et Convenarum urbs nomen accepit. Le chef-lieu des Convenae était une localité appelée d'abord Lugdunum, puis désignée par le nom môme de la cité : civitas Convenarum. Détruite en 585 par le roi Contran (3), cette ville ressuscita au XIIe siècle par les soins de son évêque Bertrand, dont elle conserve le nom, associé à celui des colons de Pompée : Saint-Bertrand-de- Comminges.

Le territoire des Convenae comprenait, à l'est, le pays des Consoranni ; à l'ouest, celui des Bigerriones. Le premier fut constitué d'assez bonne heure en cité indépendante (4),

(1) D'après ce qui va être dit, les dernières cités organisées paraissent avoir été celles de Bigorre, de Béarn et d'Aire.

(1) De Calagovris (Saint-Martory ? Martres?), localité située sur la route de Saint-Bertrand-de-Comminges à Toulouse.

(3) Greg. Tur., H. Fr., Vil, 3S ; Acli SS. ocl., t. VII, p. 1173.

(4) C. I. L., t. XIII, p. 3, n" 9; cf. n" 5.

4 FASTE? ÉPISCOPAUX DE i/ ANCIENNE GAULE.

peut-être dès le premier siècle de notre ère. Il avait son centre dans une localité qui prit par la suite le nom d'un évêque du VIe siècle, saint Glycerius (Saint-Lizier). Les Bigerriones ne paraissent pas être arrivés sitôt à l'autonomie. Le premier document de leur existence municipale est la Notice des Gaules, qui mentionne la civitas Turba ubi castrum Bogorra ;1). Il est fort possible que cette municipalité n'ait été organisée qu'au IVe siècle (2).

Le territoire des Tarbelli, à l'angle sud-ouest de la Gaule, parait avoir compris d'abord les pays qui, par la suite et sans doute progressivement, furent organisés en cités autonomes, et devinrent les ciuitates Elloronensium. Benarnensium\ Âturensium, de la Notice des Gaules. La métropole était au lieu appelé Aquae Tarbellicae Dax). La c(ivitas) Uuro, nommée sur un milliaire du haut empire (3), est, des trois cités, celle qui a le document le plus ancien-: son nom se conserve dans celui du chef-iieu, Oloron. Les deux dernières ne sont pas nommées avant la Notice des Gaules. Le nom de la province de Béarn conserve celui de la civitas Benarnensium. dont le chef-lieu, le Benearnum de l'itinéraire d'Antonin, semble être identique à la ville de Lescar, où fut le siège de Pévêché. Le viens Iulïi, sur l'Adour. fut choisi comme centre de la civitas Aturensium, dont le nom est représenté par celui de la ville d'Aire.

La cité d'Auch, Âusciorum, dont le chef-lieu, actuellement encore désigné par le nom ethnique, s'appela d'abord FAiumberris, est attestée par les plus anciens documents. Elle remonte, sans doute, comme celles des Convenue et

(1) La situation de ce castrum est encore à déterminer. Quant à la localité de Turba, son identification avec la ville de Tarbes a été contestée par M. Longnon [Géogr. de la Gaule, p. 599); mais voyez Bladé, Annales du Midi, t. VI, p. 135, qui se réfère à un travail fort sérieux de M. G. Balencie; cf. C. /. L., t. XIII, p. 48.

(2) L'Itinéraire d'Antonin permet de croire que les Aquae Convenavum se trouvaient à Bagnéres-de-Bigorre. Cest ainsi que l'on établit le rattachement primitif des Bigerriones aux Convenae.

(6) C. 1. L., t. XIII, p. 51.

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des Tarbelli, à l'origine même de l'organisation provinciale. Entre elle et la Garonne, c'est-à-dire au nord, se trouvait la cité des Lactorates, Lactora (Lectoure), qui, dès le premier siècle, était le centre d'un district financier ; sa municipalité se révèle dans les inscriptions depuis le temps de Marc-Aurèle (1). A l'ouest, vers l'Adour, la cité des Elusates, Elusa, remonte sans doute à la même antiquité, plus haut encore si l'on admet l'identité entre les Datii et les Elusatii. Il est possible que ces deux territoires aient été d'abord unis à celui d'Auch ; mais rien ne le prouve absolument.

Restent les Vasates et les Vocales ou Boiates établis, les premiers sur les deux rives de la Garonne, au sud-est de Bordeaux, les autres sur la côte landaise, au nord des Tarbelli. La cité des Vasates, organisée dès le IIe siècle (Ptolémée), avait son centre au lieu appelé Cossium. Une inscription, qui semble être antérieure au IVe siècle (c2), mentionne un civis Boias. Le nom de la cité s'est conservé dans celui du pays de Buch.

L'Aquitaine celtique commençait au nord par la cité des BUuriges Cubi (Bourges), qui s'étendait largement de la Creuse à la Loire moyenne. Son centre était la grande et célèbre ville d'Avaricum. Les Bituriges avaient eu jadis le premier rang parmi les peuples celtiques (3). Venait ensuite la cité des Arvernes, dont l'autorité, au temps de César, s'exerçait sur plusieurs peuples voisins, les Cadurci, les Gabales, les Vellavi (4). Ce lien de sujétion fut brisé par l'organisation romaine. Chez les Arvernes, le lieu central avait été d'abord la forteresse de Gergovie. Les Romains le transportèrent un peu plus au nord, sur les pentes que domine le Puy de Dôme, sanctuaire célèbre de Mer-

Ci) C. 7. L., t. V, n' 875; t. XII, n° 526; cf: 511, 520.

(2) C. I. L , t. XIII, n° 015.

(3) Liv. V, 34.

(4) César, B. GalL, VII, 73.

cure Dumius, en un lieu consacré, lui aussi, comme l'indique son nom primitif Nemetum ou Nemossus. plus tard changé en Augustonemetum. Ces désignalions, toutefois, cédèrent la place au glorieux nom des Arvernes. Ce n'est que depuis le VIIIe siècle que l'on constate auprès de Vurbs Arverna l'existence d'une forteresse appelée Clermont (Clarus Mons), dont le nom remplaça le sien.

Chez les Vellaves et les Gahales (Velay et Gévaudan), qui peuplaient la région comprise entre les montagnes centrales et la chaîne des Céveimes, il y eut quelques vicissitudes dans les chefs-lieux. Il semble bien que la localité du Puy (Anicium) ait été la première capitale des Vellaves aux temps romains. Dès le second siècle, cependant (Ptolémée), elle avait été remplacée par Ruessium (Saint- Paulien). Il n'est pas aisé de dire à quelle date au juste l'évêché, successeur de la municipalité, se transporta dans l'ancien chef-lieu. Anderilum était la capitale des Gabales ou Gabali, dont le nom, comme en Auvergne, évinça l'appellation primitive de la localité. Il se conserve dans celui de Javouls. Beaucoup plus tard, le tombeau du martyr saint Privât attira à Mende le centre religieux de la contrée.

Au sud-ouest des Gabales venait la grande cité des Rutaeni ou Ruteni, dont Rodez, anciennement Segodunum, conserve le nom. Elle s'étendit d'abord sur les deux rivières de l'Aveyron et du Tarn. Plus tard, sûrement avant la fin du IVe siècle, la région du Tarn en fut détachée et organisée en une cité indépendante, qui, du nom de son chef-lieu, Albiga, fut appelée civitas Albigensium (1) (Albi).

Le territoire des Cadurci, dont le nom s'est conservé dans les noms actuels du pays et du chef-lieu (Quercy, Cahors), faisait suite, à l'ouest, à celui des Rutènes).

Enfin, à l'ouest, la cité des Lemoviccs (Limoges), chef-lieu

(l) Il est possible que cette partie du territoire ruténien ait été d'abord comprise dans la province Narbonnaise.

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Augustoritum, fort vaste, elle aussi, fermait le cercle autour de l'Arvernie.

Dans la région maritime, la cité des Pictons (Pictones) ou des Pictaves (Pictavi), peut-être la plus vaste de la Gaule entière, s'étendait au sud de la Loire, entre les Bituriges et la mer, et, vers le midi, jusqu'aux Lemovices et aux Santons. Son chef-lieu, Limonum, est devenu la ville de Poitiers. La cité des Santons, avec sa capitale Mediolanum (Saintes), bordait la mer jusqu'à l'embouchure de la Gironde, au delà de laquelle une autre fraction de la nation biturige, les Bituriges Vivisci, s'était organisée autour du port de Burdigala (Bordeaux).

Les Santons perdirent la partie orientale de leur territoire, sur la haute Charente ; on en fît la civitas Ecolisncnsium, du nom de son chef-lieu Ecolisna. Plus au sud, le territoire des Petrocorii (Périgord, Périgueux), chef-lieu Vesunna, et celui des Nitiobriges, chef-lieu Aginnum (Agen), s'étendaient, l'un sur les deux rives de la Dordogne, l'autre jusqu'au delà de la Garonne.

Toutes ces cités, sauf deux, sont contemporaines de l'organisation de la Gaule par Auguste. Elles remontent même beaucoup plus haut, comme expression de la vie politique des peuples gaulois. Il n'est pas aisé de dire à quel moment furent constituées les deux nouvelles cités d'Angoulème (1) et d'Albi. Peut-être faut-il descendre jusqu'au IVe siècle plus ou moins avancé.

L'Aquitaine celtique, même après la séparation de la Novempopulanie, demeurait une grande province. La réforme de Dioclétien n'entama pas son unité. En 358, comme il résulte d'une lettre (2) de saint Ililaire, il n'y avait encore qu'une province d'Aquitaine. Mais, dès l'année 369, onze ans plus tard, Ru fus Festus en compte

(1) Cf. C. 7. L., t. XIII, p. 147.

(2) De synodis, Migne, P. L., t. X, p. 47(J.

deux, et cette dualité se maintient dans les documents postérieurs.

Quel était le chef-lieu, la résidence ordinaire du gouverneur, soit avant (1), soit après la fondation de la province de Novempopulanie ? Les documents ne permettent pas de le dire avec certitude. Une chose est certaine, c'est que, dans la Notitia Galliarum, Bourges est la métropole de l'Aquitaine lre, Bordeaux celle de l'Aquitaine IIe. Il y a ainsi présomption en faveur de Bourges (2).

Voici le texte de la Notice des Gaules pour les provinces aquitaniques :

PrOVINCIA AqUITANICA PRIMA.

metrop. civ. Biturigum.

civ. Arvernorum.

civ. Rutenorum.

civ. Albigensium.

civ. Cadurcorum.

civ. Lemovicum.

civ. Gabalum.

civ. Vellavorum.

Prov. Aquitanica secunda.

metrop. civ. Burdigalensium.

civ. Aginnensium.

civ. Ecolisnensium.

civ. Santonum.

civ. Pictavorum. civ. Petrocoriorum.

(1) C'est sur un bien faible indice que l'on a proposé Poitiers (Espérandieu, Epigr. romaine du Poitou, n° 77; cf. Hirschfeld, l. c, p. 436). De ce que la femme d'un gouverneur d'Aquitaine ait été enterrée en un endroit, il ne suit nullement que là ait été la résidence officielle de ce magistrat.

(2) Comparer la situation de Lyon, de Narbonne, d'Ancyre, de Tarse, d Antioche, en général des provinces qui ont été subdivisées en première et deuxième.

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Prov. Novempopulana.

metrop. civ. Elusatium.

civ. Ausciorum.

civ. Aquensium.

civ. Lactoratium.

civ. Convenarum.

civ. Consorannorum.

civ. Boatium.

civ. Benarnensium.

civ. Aturensium.

civ. Vasatica.

civ. Turba ubi castrum Bogorra.

civ. Elloronensium.

§ 2. — Origines chrétiennes.

Les origines du christianisme en Aquitaine sont enveloppées de l'obscurité la plus profonde. Parmi les diverses traditions qui se sont conservées sur les martyrs locaux ou sur la fondation des églises, il n'en est aucune d'où l'on puisse déduire un fait certainement antérieur au IVe siècle ou même à la persécution de Dioclétien. Des sept évêques que Grégoire de Tours dit avoir été envoyés de Rome vers le milieu du IIIe siècle, deux ont exercé le ministère pastoral en Aquitaine, saint Austremoine en Auvergne, saint Martial à Limoges. Un de leurs disciples, saint Ursin, fut le premier évêque de Bourges. Mais saint Austremoine, d'après ce que Grégoire lui-même rapporte sur la succession des premiers évêques d'Auvergne, ne peut guère avoir siégé avant le commencement du IVe siècle. En ce qui regarde les martyrs, plusieurs étaient, au VIe siècle, honorés comme tels en Auvergne, à Agen, ailleurs encore. Autant que leur histoire est connue par un document, je ne dis pas contemporain, il n'y en a aucun, mais sur lequel on puisse fonder des présomptions, il est facile de constater que cette histoire ne vise jamais la persécution ollicielle

exercées par les magistrats de l'empire, et qu'elle se rapporte le plus souvent à des conflits qui ont très bien pu (1) se produire au IVe siècle plus ou moins avancé.

En somme, il est prudent de reconnaître que la première date bien assurée est celle de 314. Cette année, trois églises d'Aquitaine furent représentées au concile d'Arles; ce sont celles de Bordeaux, Eauze et Gabales. Il est très probable que non seulement ces trois églises, mais d'autres encore existaient déjà depuis un certain temps. Mais, même par conjecture, il ne faudrait pas remonter trop haut. L'évêque de Bordeaux qui siégea au concile d'Arles est vraisemblablement le premier de ce siège; tout au plus admettrait-on qu'il a pu avoir un prédécesseur, un seul. Saint Austremoine d'Auvergne, dont le troisième successeur mourut en 385, ne peut être beaucoup plus ancien que le concile d'Arles. Sa date , on l'a vu , décide de celle dc l'église de Bourges. Ces trois églises sont les seules en Aquitaine dont la fondation puisse être datée avec quelque approximation. Elles figurent au nombre des plus importantes. Les prétentions des autres ne sauraient dépasser les limites obtenues pour celles-ci.

L'histoire chrétienne ne commence donc, dans ces contrées, qu'avec le quatrième siècle. Cette histoire, jusqu'à l'effroyable invasion de l'année 407, est celle de la conquête progressive du pays par la religion de l'Evangile, conquête favorisée par la bienveillance de l'Etat , mais rendue souvent très difficile par rattachement des populations à leurs anciennes habitudes de culte. Deux crises extraordinaires sont à signaler, celle de l'arianisme et celle du priscillianisme. L'arianisme, qui troubla si longtemps l'Orient, n'agita la Gaule que pendant une dizaine d'années, sous les régnes de Constance et de Julien (353-363). Les évêques de ce pays, qui s'étaient d'abord prêtés assez

(1) Je dis « très bien pu. » Mais je n'entends nullement exclure la possibilité contraire, celle de martyrs des persécutions romaines.

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facilement à accepter la communion des prélats bien vus de la cour d'Orient, s'aperçurent bientôt que la faveur impériale s'égarait sur des personnes suspectes. Les plus consciencieux résistèrent ouvertement; d'autres se tinrent tranquilles ou même se rallièrent aux formules imposées par le gouvernement. Plusieurs prélats d'Aquitaine, Hilaire de Poitiers, Phœbadius d'Agen , Paterne de Périgueux, jouèrent des rôles importants dans ces années de crise. Hilaire figura au nombre des exilés, Phœbadius parmi les modérés ; Paterne se compromit avec le parti arianisant.

L'agitation causée par ces conflits ne se prolongea pas au delà des premières années de Valentinien. C'étaient des querelles d'évêques, sur des questions de haute théologie, de formules et de signatures ; le peuple ne s'y intéressait qu'indirectement. Il en fut autrement du mouvement priscillianiste , qui soulevait des problèmes de vie pratique, accessibles à toutes les personnes religieuses, propres surtout à intéresser les femmes. Dès les premières phases de cette affaire, les évoques de Bordeaux et d'Agen s'y mêlèrent. Ils semblent avoir joué un grand rôle au concile de Saragosse (380), où, pour la première fois et dans son pays d'origine, l'ascèse priscillianiste fut frappée d'une sentence ecclésiastique. Mais, peu après, les chefs du parti proscrit se transportèrent momentanément au delà des Pyrénées. L'église de Bordeaux se défendit, au moins partiellement, contre leur propagande. Il n'en fut pas de même à Eauze, la métropole de la Novempopulanie. Là, les Espagnols obtinrent un succès complet, dont les effets se faisaient encore sentir vers Tannée 420, alors que Paulin de Pella trouvait, dans l'exercice même de la pénitence ecclésiastique, une nouvelle occasion de scandale (1). De

(1) Paulin, Eucharisticus, v. 470-3. L'idée de voir le semi-pélagianisme dans les dogrnata prava dont se plaint ici le poète (G. Brandes, dans le Corp. eccl. script, de Vienne, t. XVI*, p. 275) est inadmissible. A la Pâque de 421, date de la réconciliation de Paulin pénitent, cette question n'avait

par les enseignements de Priscillien , la jeune église d'Aquitaine eut sa crise « gnostique, » tout comme l'avaient eue, deux siècles auparavant, les chrétientés de la vallée du Rhône.

§3. — L'Aquitaine sous les Goths et les Francs.

Cette fermentation s'éteignit, ou peu s'en faut, dans le déluge de barbarie que la Germanie versa sur la Gaule à partir de l'année 407. Suèves, Alains, Vandales fondirent par le nord sur la malheureuse Aquitaine. Elle respirait à peine, après deux ans de pillage et d'incendie, lorsque les Goths arrivèrent par Narbonne et Toulouse. Evincés enfin en 414, ils laissèrent derrière eux Bordeaux en flammes et la ruine partout. Encore n'étaient-ils pas partis pour longtemps. En 419, on les vit revenir d'Espagne, cette fois en qualité d'alliés et d'hôtes de l'empire, avec des cantonnements assignés : Toulouse, la seconde Aquitaine et, cela va sans dire, la Novempopulanie (1).

C'en était fait, sinon en théorie, au moins en pratique, du régime romain pour deux des provinces de l'Aquitaine. La première des trois, la province de Bourges, resta encore assez longtemps sous l'obéissance des autorités impériales. Au commencement du règne d'Anthemius (466-472), le gouverneur Seronatus y commandait (2) ; il est vrai que les Goths se faisaient de plus en plus menaçants. En 463, JEgidius avait pu repousser, entre la Loire et le Loiret, une attaque de Frédéric, frère du roi Théodoric II. Un corps de Bretons auxiliaires défendait la cité de Bourges.

pas encore été agitée, et l'on sait qu'elle fut débattue tout un siècle avant d'être tranchée par l'autorité ecclésiastique.

(1) Idace : « Gothi... sedes in Aquitanica a Tolosa usque ad Oceanum acceperunt. » — Prosper : « Constantius patricius pacem firmat cum Wallia, data ei ad habitandum secunda Aquitanica et quibusdam civitatibus confinium provinciarutn. » — Chronique de b52 : « Aquitania Gothis tradita. »

(2) Sidoine, Ep., II, 1; V, 13; VII, 7.

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Il fut dispersé par Euric. Bourges d'abord, et bientôt l'Auvergne avec sa capitale, tombèrent au pouvoir des Wisigoths (475) (1).

Les premiers moments de l'annexion furent très durs au clergé, en qui les vainqueurs virent avec raison les représentants les plus dévoués du régime romain. Beaucoup d'évêques furent exilés ; quand ils mouraient, on s'opposait à ce qu'ils fussent remplacés. Cependant, à la longue, la situation devint meilleure. Le roi Alaric II (484-507) se montra plus tolérant envers ses sujets catholiques. C'est sous son régne que se tint (506) le grand concile d'Agde, concile national de la Gaule soumise aux Wisigoths. Mais de plus grands changements allaient s'accomplir. L'année suivante, les Wisigoths furent évincés en grande partie par les armes franques. La bataille de Vouillé (507) et la prise de Toulouse (508) livrèrent à Clovis vainqueur l'Aquitaine tout entière. Si l'intervention du roi Théodoric retarda encore, pour quelques places, l'annexion définitive, il n'y eut là qu'un retard de peu d'années et relatif à un très petit nombre de localités.

Sous les Mérovingiens, l'Aquitaine fut souvent dépecée dans les partages entre les rois. Il est impossible de suivre ici le détail de ces changements. Cependant, il était de tradition que l'Auvergne et les cités voisines, Cahors, Albi, Rodez, Mende, Velay, conquêtes spéciales du fils aîné de Clovis, appartinssent toujours au roi d'Austrasie, quand il y en avait un. Cette Aquitaine austrasienne se rattachait, par le Vivarais et l'Uzège, aux possessions provençales du même souverain (2). Il est possible que cette répartition se soit maintenue au VIIe siècle, dans les intervalles (595-612, 639-656, 663 673), où l'empire franc fut divisé en

(1) Sur les conquêtes d'Euric, voy. G. Yver, Euric, roi des Wisigoths, clans les Eludes dédiées à Gabriel Monod, p. 11 et suiv.

(2) Cf. t. I, p. %î.

14 FASTES ÉPISCOPAUX DE LANCIENNE GAUtiE.

deux royaumes (i). D'après une autre opinion (2), dès le lendemain de la mort de Dagobert (639), l'Aquitaine entière aurait formé un grand duché relevant du royaume d'Austrasie (3). Ceci est loin d'être démontré.

Dans le courant du VIIe siècle, il est question de certains ducs (4) locaux : Genialis, imposé en 602 aux Gas-

(1) Perroud, Des origines du premier duché d'Aquitaine, Paris, 1881 ; Longnon, Atlas historique, p. 42.

(2) Chamard, L'Aquitaine sous les derniers mérovingiens, dans la Revue des quest. hist., t. XXXV.

(3) Il y a, contre ce système, quelques objections que l'on n'a point résolues complètement; d'abord, 1 epitaphe de Mummolenus (Leblant, 586 A : Jullian, Inscr. de Bordeaux, t. II, p. 40), dont l'authenticité n'est pas contestable et qui date, en 643, par les années de Clovis II, roi de Neustrie- Bourgognc; de plus, au concile de Chalon-sur-Saône (650), convoqué par ce même roi, figurèrent le métropolitain de Bourges et un représentant de l'évéque de Limoges. Ce métropolitain contresigna, en 654, le privilège de Clovis II pour Saint-Denis. Il est donc impossible d'admettre que, sous Clovis II, les cités de Bourges, Bordeaux, Limoges, aient été austrasiennes. Poitiers, au contraire, semble bien l'avoir été : son évèque, Dido, accepte, en 656, une mission du maire austrasien Grimoald [Lib. hist. Franc, 43) ; Ansoald, son successeur, date par les années de Dagobert II, roi d'Austrasie (ci-dessous, p. 84). En parlant du partage de 634, réalisé en 639, Frédégaire (IV, 76) n'indique ces contrées qu'en termes généraux : quicquid ad regnum Aostrasiorum iam olem pertenerat. Il n'y a rien de précis à tirer de là: on peut même dire que si l'Aquitaine avait été rattachée tout entière à l'Austrasie, il eût été aise de le dire : un seul mot suffisait. — M. Julien Havet a pensé {Dibl. de VEcole des Chartes, t. LI, 1890, p. 20) qu'une charte datée de l'an 4 de Dagobert et rédigée en Limousin pourrait prouver que, dès l'année 626 (20 juin), le Limousin appartenait au royaume d'Austrasie, reconstitué par Clotaire II (623) en faveur de son fils. Il est sûr que, lors de la première reconstitution de ce royaume (Frédég., IV, 47), sa frontière occidentale ne dépassait pas les Ardennes et les Vosges; en 626, un accroissement fut obtenu par Dagobert; le roi Clotaire hoc tantum exinde, quod citra Légère vel Provinciae parlibus silum eral, suae dicione rclenuit vFrédég., IV, 53). Ce texte a toujours été compris en ce sens que Clotaire II garda pour lui les anciennes dépendances de l'Austrasie en Aquitaine et en Provence. Je ne vois aucune raison de modifier l'interprétation courante. Le diplôme auquel il faudrait la sacrifier n'est conservé que dans une copie moderne, non de l'original, mais d'un cartulaire actuellement perdu (Pardessus, n°253; J. Havet, I. c, p. 47).

(4) Mentionnons, pour mémoire, le royaume accordé par Dagobert à son frère Charibert, et occupé par celui-ci pendant trois ans (630-632). Il comprenait, au delà de la Loire et en deçà de la frontière d'Espagne (Septimanie), les cités de Toulouse, Cahors, Agen, Périgueux, Saintes et tout le pays au sud jusqu'aux Pyrénées. Le jeune prince agrandit son petit Etat aux dépens des Gascons; il paraît aussi, d'après un monnayage à son nom

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cons après une expédition commune des deux rois Théodebert et Thierry (1) ; Félix, patrice ex urbe Tfwlosanensium, qui et pri?icipatum super omnes civitates usque montes Pyrenaeos, super gentem nequissimarri Wascorum obtinebat (2) ; enfin, Lupus, qui lui succéda à sa mort. Celui-ci, en 673, intervint dans l'insurrection de Septimanie et envahit, vers le mois de septembre, le territoire de Béziers (3). Peu après il servit d'intermédiaire entre le concile de Bordeaux et le roi Childéric II, pour l'exécution des décrets de cette assemblée, que le roi avait lui-même convoquée. Le concile réunit des évoques des trois provinces aquitaniques ; rien ne prouve cependant que l'autorité de Lupus s'étendit à tout ce ressort. Plus tard, ce Lupus s'insurgea contre Ebroin et Thierry III ; il vint à Limoges et voulut s'y faire prêter serment, mais il y périt assassiné (4).

Ce que Lupus avait plutôt rêvé que réalisé, d'autres l'accomplirent. En 718, le roi de Neustrie, Chilpéric II, et son maire du palais concluent un traité avec le duc Eudes, que l'histoire des temps postérieurs nous montre sans cesse en lutte pour défendre la sécurité de l'Aquitaine contre les Sarrasins et son autonomie contre Charles- Martel. Après Eudes, Hunald ; après Hunald, Waifre, continuèrent à batailler contre les princes francs. Ceux-ci remportèrent enfin en 768.

dans une localité du Gévaudan , que son autorité finit par s'étendre jusque-là (Fréd., IV, 57; Prou, Monnaies mérovingiennes, p. xliv, nos 2058 et suiv.).

(1) Frédég., IV, 21.

(2) Miracula s. Martialis{M. G. Scr., t. XV4, p. 280). Je cite l'édition des Monumenta Germaniae: les autres placent entre Pyrenaeos et super, un et qui n'est pas sans conséquence.

(3) Julien de Tolède, Hist. rebellionis, 27 (Migne, P. L., t. XCVI, p. 793).

(4) Miracula s. Martialis, L c. Le légendaire ne dit pas expressément qu'il en mourut; mais Lupus avait reçu un coup d'épée sur le crâne, in cerebrum, et sa blessure s'était fort aggravée par la médication. Les Limousins se croyaient déjà perdus, redoutant les représailles du duc blessé; tout aussitôt, le même jour, la paix revient et la joie reparait. C'est évidemment que Lupus était mort et que ses gens, en désarroi, crurent devoir laisser les habitants tranquilles. L'interpolateur du XIe siècle (Catalog, liugiogr. Paris, t. I, p. 202) a compris comme moi.

1G FASTES EPISCOPÀUX DE L*ANCIENNË GAULÉ.

A la mort de Pépin le Bref, ses fils Charles et Carloman se partagèrent l'Aquitaine comme les autres parties de l'empire franc; Charlemagne, resté seul, tint plus largement compte du groupement naturel qui s'était abrité derrière les revendications d'Eudes et de ses successeurs. En 781, il fit sacrer à Rome ses deux fils Pépin et Louis, comme rois d'Italie et d'Aquitaine ; Pépin avait alors quatre ans, Louis était né en 778. L'Aquitaine, placée sous l'autorité nominale de cet enfant, comprenait, outre les trois provinces ecclésiastiques, la cité de Toulouse avec les appendices espagnols de l'empire franc.

Les trois provinces qui nous occupent furent comprises dans le second royaume d'Aquitaine, créé en 817 pour Pépin, fils de Louis le Pieux, gouverné par ce prince jusqu'à sa moit (13 décembre 838), revendiqué ensuite par son fils Pépin II, qui l'occupa paisiblement pendant trois ans (845-848), reconstitué en faveur de Charles l'Enfant, fils de Charles le Chauve (855-866), occupé enfin par Louis le Bègue (867-877). Tous ces rois d'Aquitaine ont été plus ou moins subordonnés à leurs pères ou oncles respectifs, souverains de l'empire entier ou de sa partie occidentale. En somme, c'étaient des gouverneurs de provinces, plus titrés qu'Eudes, Hunald et Waifre, mais moins indépendants. La féodalité dévora cet organisme, comme tout le reste de l'Etat ; les comtes de Poitiers et ceux de Toulouse s'en disputèrent la meilleure part.

Le duché bénéficiaire de Gascogne avait été fondé par les rois francs vers le commencement du VIP siècle, pour contenir les Basques ou Gascons descendus depuis peu des Pyrénées occidentales. Genialis, en 602. est le plus ancien de ses titulaires. Ici, comme en Bretagne, les émigrés ne se bornèrent pas à conserver leur langue, leurs mœurs et leur autonomie ; ils agrandirent peu à peu le cercle de leur influence politique. La Novempopulanie perdit son nom pour prendre le leur : elle devint la Gascogne (Vasconia). Au IXe siècle, leurs chefs commandaient jusqu'à la Garonne,

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jusque dans les cités de Bordeaux, de Bazas et d'Agen. Ils gagnèrent aussi vers Test, jusqu'aux limites du Toulousain. Sous Charlemagne et Louis le Pieux, on comptait les Gascons parmi les sujets de l'empire, on les employait volontiers dans les expéditions d'Espagne; mais ils étaient eu somme les maîtres chez eux. Le comte Azenar-Sanclu; (f 836) et son frère, Sanche Sancion, s'émancipèrent de l'autorité du roi Pépin Ier d'Aquitaine. Plus tard, Sanche Sancion se rangea du côté de Pépin II contre Charles le Chauve ; il finit cependant (852) par livrer Pépin à son rival. Au milieu de ces querelles, les Normands envahirent l'Aquitaine et y commirent mille ravages. Ne pouvant compter sur le secours des rois francs, les Gascons s'aidèrent entre eux. Déjà, sous Louis le Pieux, ceux qui habitaient au sud des Pyrénées avaient commencé à se gouverner eux-mêmes, préludant ainsi à leur complète indépendance. Ils la manifestèrent plus tard (v. 860) en donnant le titre de roi de Navarre à leur duc et en laissant tomber les traditions de vassalité à l'égard du souverain franc. C'est à cet état gascon d'outre-Pyrénées que paraît se rattacher le duché héréditaire de Gascogne, qui existait déjà au commencement du Xe siècle, mais dont l'origine est tout à fait obscure (1).

§ 4. — Circonscriptions ecclésiastiques.

Les cadres du christianisme, en Aquitaine, reproduisent exactement ceux de l'administration romaine. La Notitia Galliarum correspond aux deux usages. Les provinces coïncident. Il en est de même des cités, sauf sur deux points de la Novempopulanie. La civitas Boiatium disparut de bonne heure, vraisemblablement dans le courant du Ve siècle, car elle figure dans la. Notitia et, seule de toutes les cités de sa province, elle ne fut pas représentée au con-

(1) Bladé, Origines du duché de Gascogne, Agen, 1897,

cile d'Agde, en 506, pas plus, du reste, qu'aux conciles postérieurs (1). Elle fut absorbée par la cité de Bordeaux : on la retrouve dans les deux anciens archiprêtrés de Buch et de Born, autour du bassin d'Arcachon. Dans la même province nous trouvons, au XIe siècle, un évêque à Bayonne; il est possible que son diocèse, constitué aux dépens de celui de Dax et aussi du territoire espagnol, remonte à une époque beaucoup plus ancienne, au VIIIe siècle, même au VIe. Mais nous n'avons, en ce- qui regarde la date de fondation, aucun argument décisif (2).

La fondation de l'évêché de Bayonne forme une sorte de compensation à la suppression de la civitas Boa Hum ; elle reporte à vingt-six le nombre des cités d'Aquitaine. Ce nombre diminua d'une unité par la disparition de l'évêché d'Eauze, au IXe siècle. Sous Jean XXII, de grands changements se produisirent. En 1317, plusieurs diocèses furent divisés en deux ou en trois, et, de vingt-cinq, le nombre des évêchés d'Aquitaine fut élevé à trente-trois. Les diocèses de la province d'Auch étaient trop petits pour que l'on pût songer à les subdiviser. C'est seulement dans les deux provinces du nord que nous voyons apparaître les nouveaux sièges :

Saint-Flour, démembré de Clermont ;

Vabres, — de Rodez ;

Castres, — d'Albi ;

Tulle, — de Limoges;

Condom, — d'Agen ;

Maillezais, — de Poitiers;

Luçon, — id.

Sarlat, — de Périgueux.

En 1678, on institua une quatrième métropole : Albi devint le siège d'un archevêché, auquel furent attribués

(1) Sur cette cité, voy. surtout C. Jullian, Inscriptions de Bordeaux, t. II, p. 115; La cité des Doïens et le pays de Buch, dans les Mélanqes Julien llavet, 1895, p. 359.

("2) Voy. ci-dessous, ch. IV.

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comme suffragants les anciens sièges de Rodez, Cahors, Mende, et les nouveaux de Vabres et de Castres.

Les grands changements introduits par le Concordat ont respecté en général les vieux sièges des temps romains, mais ceci dans les deux provinces du nord seulement, où l'évêché de Saintes est le seul qui n'ait pas été conservé. La moitié des sièges de Jean XXII a disparu aussi (Vabres, Castres, Condom, Sarlat) ; les autres, Saint-Flour, Tulle, Luçon, La Rochelle (substituée à Maillezais en 1648), ont survécu jusqu'à nos jours.

Dans la province d'Auch, qui comptait encore onze diocèses au moment de la Révolution, il n'y en a plus que quatre seulement, ceux d'Auch, Aire, Tarbes et Bayonne.

Quant aux quatre circonscriptions métropolitaines, elles se sont conservées à peu près comme autrefois, sauf le rattachement, assez bizarre, du diocèse de Perpignan à la province d'Albi.

L'Aquitaine, dans son ensemble, n'a pas eu d'expression ecclésiastique avant la fin du XIe siècle. La fameuse primatie de Bourges, toujours contestée et jamais efficace, remonte, semble-t-il, à ce temps. Au moins est-il certain qu'il n'y en a pas trace auparavant (1). L'abbaye de Saint- Martial de Limoges avait fait, cent ans plus tôt, de grands efforts pour faire accepter son patron comme l'évangélisateur de toute l'Aquitaine. Quant aux conciles, nous n'en connaissons qu'un seul qui ait réuni l'épiscopat des trois provinces, et celui-là seulement. C'est le concile tenu in diocesim Burdigalense Modogarnomo Castro (2) super fiuvio

(1) Ceci a été fort bien établi par M. G. Pariset, De primordiis liituricensis primatiae, Nancy, 1896, qui a mis en évidence l'inauthenticité de la lettre de Nicolas Ier à l'arcbevêque Rodulfus (Jaffé, 2765) et résolu les difficultés soulevées par les tenants de la primatie de Bourges, spécialement par M. Alfred Leroux (La primatie de Bourges, Annales du Midi, t. VII, p. 141 et suiv.).

C?) Localité encore indéterminée. Cf. Jullian, Inscr. dp Bordeaux, t. II, p. 147.

Garonna, par l'ordre du roi Childéric II. entre 673 et 675, cette dernière année probablement (1). Ce concile et le concile provincial d'Eauze (551) sont les seuls synodes aquitains dont il nous reste des documents relatifs à la législation ecclésiastique. On ne voit dans leurs canons, pas plus que dans les autres textes, aucun indice d'une organisation s'étendant aux trois provinces.

(1) Une telle assemblée, réunissant les prélats de l'Aquitaine austrasienne et ceux de l'Aquitaine neustrienne, n'a pu se tenir avant que Childéric II n'eût été reconnu comme roi en Neustrie-Bourgogne (673). Je conjecture, sans en être sûr, qu'il se sera tenu en même temps que celui de Saint- Jean-de-Losne. Or, celui-ci (c. 11) se convoque à nouveau pour la miseptembre de l'an XIV de Childéric , c'est-à-dire pour l'automne 67(5. Childéric II mourut dans l'automne 675. Il n'est pas naturel que le futur concile ait été indiqué, avec cette précision, plusieurs années d'avance. On est donc fondé à conjecturer que l'assemblée de Saint-Jean-de-Losne se tint en 675. Du reste, cette précision, qui demeure douteuse, n*a aucune importance.

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