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CHAPITRE II

BOURGES

La cathédrale de Bourges possédait, avant la Révolution, un véritable diptyque, à l'intérieur duquel on avait écrit, sur l'ivoire même, au XIe siècle, le catalogue des archevêques. Bien que l'ivoire soit une matière peu propre à conserver l'écriture, on continua le catalogue de la même façon jusque vers la fin du XIIIe siècle; le dernier nom est celui de Simon de Beaulieu (1281-1294). Vers le milieu du XIIIe siècle, Etienne de Gallardon, chanoine de Bourges, en prit une copie qui s'est conservée dans un cartulaire du chapitre (1). Un siècle après, sous l'archevêque Roger Lefort (1343-1367), on exécuta sur parchemin une autre copie du diptyque, et on l'inséra à l'intérieur de celui-ci. C'est sur ce parchemin que l'on inscrivit successivement les noms des archevêques jusqu'en 1789. Ce document est maintenant conservé parmi les manuscrits de la Bibliothèque Nationale (la t. 9861); quant au diptyque, il est au Cabinet des médailles.

A ce catalogue officiel se rattachent deux transcriptions. L'une d'elles se lit sur un feuillet blanc, dans une collection canonique (Parisinus, 4280, f° 56 v°). La série s'y termine à l'archevêque Aldebert (1092-1096), sous lequel, vraisemblablement, la copie aura été exécutée. L'autre

(1) Parisin., N. A., 1274, f. 367 v°. Publié par M. L. Dclisle, Bibl. de VEc. des Chartes, t. LX (1899), p. 42.

no

appartient au recueil de Robert de Saint-Marien. Dans le manuscrit original (1), le catalogue va seulement jusqu'à l'archevêque Guériu 1 1 7 A-ll 80). D'autres manuscrits, tant de Robert que de la Chronique de Tours, le prolongent jusqu'au XIIIe siècle.

Je donnerai ici le texte du diptyque A),, d'après la copie d'Etienne de Gai lard on [2), en y joignant les variantes du Parisinus i280 (B et de Robert de Saint-Marien C . Il faut noter que ces deux derniers textes ne contiennent que les noms et sont dépourvus d'indications chronologiques.

Hec sunt nomina archiepiscoporum ecclesie Bituricensis.

Ursinus annos XXVII.

Senicianus annos XVI.

Etherius annos XI.

Tecretus annos XXIII.

5 Marcellus annos VII.

Viator annos XVII.

Leuterius annos VIIII.

Pauper annos XIIII.

Palladius annos VII.

10 Vilicius annos XXVIII.

Avitus annos XVIIII.

Léo annos XVII.

Palladius annos XIII.

Eulodius annos IX.

15 Simplicius annos VII mens. III,

Tetradius annos XIX.

Pv.ot'icius annos XII.

Siagrius annos XVIIII.

Humatus annos IIIl.

20 Honoratus annos XI.

item Honoratus annos XIIII.

Archadius annos XXVIIII.

Desideratus annos IX.

Probianus annos VIII.

25 Félix annos XXIII.

Remigius annos XII.

Sulpicius annos XVI.

Eustasius annos XIX.

Apollinai'is annos IX.

30 Austregisilus annos XII.

Sulpicius annos XIII.

Vulfeodus annos XX.

Ado annos XXI et mens. VI.

Agosenus annos XIIII.

35 Roco annos XL.

Siginus annos XXIIII.

Landoarius annos IIII.

Deodatus annos VIIII.

Segolenus annos V.

40 David annos XXX.

Berlannus annos XII.

Ermenarius annos VIL

Stephanus annos VIII.

Ermcmbertus annos V etd. III.

45 Ebroinus annos XXX.

Aiulfus annos XXVI.

(1) Auxerre, 132, n° 3, p. 91.

I Et. de Gallardon fait précéder du qualificatif sanc/ws les noms d'Ursinus (1), Palladius (9). Palladius [13), Archadius (22 , Desideratus [23 , Sulpicius C27;, Apollinaris ,09 , Austregisilus (30), Sulpicius (31), Stephanus 43 , Aiulfus 4'i , Rodnlfus 47 , Geroncas (52), Willelmus (68). Vers la fin de la série il ajoute quelques dates obituaires, pour lesquelles je renvoie à l'édition de M. Delisle.

BOURGES

Rodulfus annos XXV.

Vulfadus annos VIIII et d. XII.

Froterius annos X1III et d.

XÏIII.

50 Adacius annos X et VIII men-

ses VIII et dies VII.

Maalbertus annos III menses

VIII et d. X. 65

Geroncus annos XL.

Launus annos VII.

Ricard us annos VIIII.

55 Hugo annos XV.

Dacbertus annis XXXV men-

sibus VIII.

Gauzlinus annos XVII menses III dies VII.

Aimo annos XLI, menses V

et dies V. . 70

Richard us annos XX.

60 Aldebertus annos I1II et dies

Leodegarius annos XXII menses VIII et dies XII.

Vulgrinus annos XV menses III1 dies XVI.

Albericus annos II mens. VIIII.

Petrus annos XXX minus XX1III diebus.

Stephanus I annum menses duos dies XIII.

Garinus V annos menses III dies IX.

Henricus- annos XVII diebus XIIII minus.

Willelmus annos IX, XXXV minus.

Giraldus annos IX menses 1III et dies XIII.

Symon annos XIIII diebus XXIII minus.

Philippus annos XXIII1 menses 1111.

Variantes.

Titre : om. B; Bituricenses archiepiscopi C — 1 Ursicinus annos XXVII B, Ursinus episcopus C — 2 Senitianus BC — 4 Thecretus C — 7 Leutherius C — 10 Vilitius BC — 14 Eolodius B — 18 Syagrius C — 21 item om. B — 22 Arcadius B — 27, 31 Sulpitius BC — 29 Appollonaris A* — 30 Austregesilus BC — 32 Wolfeodus B — 34 Agofenus B — 35 Roitio B, Roccho C — 37 Leodoarius B — 41 Verlanus (?) B - 46 Riulphus B, Aygulfus C — 47 Sadulphus B, Radulfus C — 48, 49 illisibles B — 49 om. C — 50 Adanus B, Adatius C — 51 Maldabertus B, Malbertus C — 52 Gerontius B, Ierontius C — 53 Lavinus C — 54 Richard us B — 55 om. B — 58 Haymo C — 59 Ricardus C — 60 Hildebertus B, qui s'arrête ici — 65 Guarinus C, qui s'arrête ici.

Sur les soixante noms inscrits dans ce catalogue, depuis saint Ursin jusqu'à Aldebert, quarante sont connus autrement, et les renseignements que l'on a sur leurs dates s'accordent avec le rang qu'ils occupent ici. 11 y a donc lieu, jusqu'à preuve du contraire, de considérer la liste comme digne de foi, et de la suivre encore quand son témoignage ne peut être vérifié.

Ce jugement favorable ne saurait toutefois s'étendre aux

chiffres que nous présente l'exemplaire inséré dans le diptyque. Ces chiffres, je vais le montrer, paraissent avoir été établis d'une façon tout arbitraire.

La première vérification nous est fournie par l'ordination de Simplipius, qui eut lieu en 472 ou à peu près. Léon est mort au plus tôt à la fin de Tannée 461; il ne doit donc y avoir que il ans, au maximum, entre ces deux évoques. Or, le catalogue en assigne 13 à Palladius, 9 à Eulogius, 22 en tout, juste le double de ce qu'il faut.

Tetradius assista, en 511, au concile d'Orléans; le catalogue lui donne 19 ans ; il aurait donc été ordonné en 49*2 au plus tôt. Or, à Simplicius, son prédécesseur, on n'assigne que 7 ans et 3 mois. Ici encore les chiffres sont en défaut.

Entre Tetradius et le premier des deux Honoratus, le catalogue nous donne trois épiscopats dont la durée totale" est 35 ans. Or, entre 511, année où siégeait Tetradius, et 533, année où l'un des deux Honoratus présida le deuxième concile d'Orléans, il n'y a que 22 ans. Veut-on que cette date de 533 concerne le second Honoratus, il faudra ajouter aux 22 ans les 1 1 du premier Honoratus, ce qui ne donnera que 33 ans. Du reste, le second Honoratus est mort au plus tard en 538, année où nous trouvons déjà son successeur ; le premier Honoratus aurait donc été ordonné 25 ans (11 -f 14) au moins avant cette date, soit on 513. Alors, comment placer, entre 511 et 513, les 35 ans de Ruricius, Syagrius, Humatus? *

Un épiscopat de 29 ans est assigné à Arcadius, qui commença sûrement entre 535 et 538, et fut remplacé en 549 au plus tard ; il n'a donc siégé qu'une quinzaine d'années au plus.

Probianus n'a que 8 ans au catalogue. Pourtant on le trouve déjà, en 552, au concile de Paris ; il vivait encore eu 565 (1). Entre lui et Rémi, qui siégea au concile de

(1) Ci-dessous, p. 28.

BOURGES

Mâcon en 581, il ne peut y avoir place pour les 23 ans attribués à Félix.

Sulpice Ier siégea 7 ans; nous le savons par Grégoire de Tours ; le catalogue le fait siéger 16 ans.

En additionnant les 19 ans d'Eustase et les 9 d'Apollinaire et en les comptant à partir de la mort de Sulpice (591), on arrive à l'année 619. Or, saint Austregisile, successeur d'Apollinaire, siégeait en 614.

La vie de saint Austregisile lui assigne 12 ans d'épiscopat ; le catalogue reproduit cette donnée ; mais il se trompe sur la durée de l'épiscopat suivant, celui de Sulpice II, auquel il n'assigne que 13 ans : il en faudrait plus de 20.

Vulfolède et Adon ont ensemble, au catalogue, 41 ans et 6 mois, ce qui porterait la mort d'Adon à l'année 689 environ. Or, son successeur, Agosenus, apparaît déjà en 683.

Le catalogue répartit 112 ans entre les six premiers successeurs d'Agosenus ; puis vient Bertelannus que l'on trouve en 760 ; il y a donc ici une erreur d'au moins 35 ans.

Nous avons la date initiale de Rodulfus, 840-1. Comptons en arrière les 26 ans d'Aiulfus, nous arrivons à 814 ; puis les 40 d'Ebroïn, nous atteignons 784. Or, en 789 environ, Ermembert était encore en fonctions.

Depuis Rodolphe, les chiffres sont exacts en général. Quelques-unes des erreurs relevées ci-dessus pourraient, il est vrai, s'expliquer par des accidents de transcription. si elles étaient isolées. Mais il y en a vraiment trop pour que l'on puisse les expliquer ainsi. Il faut admettre que l'on aura suppléé arbitrairement à l'absence d'une chronologie traditionnelle.

En somme, jusque vers le milieu du IXe siècle, il n'y a aucun fond à faire sur les chiffres du catalogue.

En fait de vies des saints évêques de Bourges, nous possédons : 1° celle de saint Ursin, qui me semble être postérieure à la légende aurélienne de saint Martial ; sa plus ancienne attestation est un manuscrit du Xh siècle;

26 FASTES ÉPISCOPAUX DE i/ ANCIENNE GAULE.

2° celle de saint Austrigisile; 3° celle de saint Sulpice IL Ces deux dernières sont de main contemporaine.

1. — Ursinus. — Grégoire de Tours, dans son Histoire des Francs , 1 , 31 , raconte la fondation de l'église de Bourges par un disciple des sept évêques ; dans le De Gloria confessorum, c. 79, il parle de saint Ursin comme du premier évoque de Bourges ; à cet endroit, il le dit envoyé par « les disciples des apôtres ; » puis il raconte comment son tombeau, dont le souvenir même était perdu, fut découvert, au temps de l'évêque Probianus, par saint Germain de Paris et par Augustus, abbé de Saint-Symphorien (1). — Adon marque sa fête au 9 novembre ; elle est célébrée à Bourges le 29 décembre.

Les dix premiers successeurs de saint Ursin ne sont connus que par la liste. Ce sont :

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