‹ Fastes épiscopaux de l'ancienne GauleChapitre 59 sur 220 · SAINT URSIN DE BOURGES · texte numérisé non relu

SAINT URSIN DE BOURGES

Bourges avait été évangélisée par Ursinus, qui, ordonne et envoyé en Gaule par les disciples des apôtres (1), fonda et gouverna le premier l'église de cette localité. Mais il avait été tellement oublié qu'on n'en parlait même plus, ut... nu Uns de eo sermo haberetur. Dans son Historia Francorum, après avoir parlé des sept évêques, Grégoire dit qu'un de* leurs disciples se rendit à Bourges et y prêcha l'Evangile. Cette fois il n'exprime pas le nom du fondateur; mais il est difficile qu'il n'ait pas en vue saint Ursin. Les deux récits ne semblent pas entièrement concordants. Ils ont été aménagés et harmonisés par les deux derniers biographes de saint Austremoine, le dernier surtout, qui fait venir de Rome saint Ursin dans le cortège de saint Austremoine, au temps de saint Pierre, et le fait ensuite installer à Bourges comme évêque par le même saint Austremoine. Ce système précise la donnée grégorienne : au lieu d'être le disciple des sept évêques ou de quelqu'un d'entre eux, sans détermination, Ursin est rattaché spécialement à l'apôtre de l'Auvergne.

On conçoit que les Berrichons, dont l'évêque était le métropolitain de celui d'Auvergne, n'aient pas agréé cette mainmise sur leurs origines. Ils les racontaient d'une tout autre manière (2). Loin d'être disciple de saint Austremoine, Ursin avait été, tout comme lui, un des soixantedouze disciples ; il avait même occupé le premier rang dans ce groupe. Comme Austremoine, il avait assisté à la dernière Cène, — c'était lui qui faisait la lecture (3), — à la Passion, à la Résurrection, à l'Ascension, à la Pentecôte,

(1) On a beaucoup abusé de cette qualification pour mettre Grégoire en contradiction avec lui-même. Mais dom G. Morin a signalé récemment la même expression appliquée, dans un texte du VIe siècle, a trois des sept envoyés de Grégoire et à un évoque du IVe siècle {Mélanges Cabrières, t. I, p. 122).

(2) Légende publiée incomplètement par Labbe (Dibl, t. II, p 45ô), intégralement par Faillon (Monuments inédits, t. II, p. 42:5), d'après un ms. (Paris , 13220) du XIe siècle. Cf. C. Chevalier, Les origines de Véglisc de Tours, p. 175 et suiv.; cf. p. 136.

(3) Le légendaire se représente la Cène comme un repas do moines.

où il reçut le Saint-Esprit. 11 suivit les prédications de saint Etienne, assista à son supplice et recueillit de son sang. Puis il s'attacha à saint Pierre, qui l'emmena à Rome. Après la mort de l'apôtre, il fut envoyé en Gaule par saint Clément avec les sept évêques 1). Le récit de sa mission ne renferme que des banalités, sauf quelques rares épisodes : un des compagnons d'Ursin, saint Just, meurt avant d'arriver à Bourges, à neuf milles à l'est de la ville, super Utrionis alveum, où il est enterré par son maître; Leocadius, dont il va être parlé, a deux fils, Lusor et Caremuselus : le premier se fait chrétien (saint Lusor de Déols), l'autre reste païen.

Il est question aussi de la construction de l'église de Bourges. Grégoire fournissait là-dessus des renseignements précis. On avait établi cet édifice dans une maison appartenant à Leocadius, premier sénateur des Gaules, lequel, quand il en fit la concession, était encore païen, bien qu'il fût de la famille de Vettius Epagathus,de célèbre martyr de Lyon. La nouvelle église fui enrichie de reliques de saint Etienne (2). La légende n'a pas manqué de cultiver ce thème. Outre la cathédrale, elle rattache aussi à Leocadius la fondation d'une première petite église, à la porte sud de la ville,, qui fut mise plus tard sous le vocable de saint Hippolyte. Quant à saint Lusor, fils de Leocadius, il nous est, lui aussi, connu par Grégoire de Tours (3).

Sur la date de cette légende on n'a d'autre indication que sa présence dans un manuscrit du XP siècle.

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