SAINT PRIVAT DE MENDE
sons saint Privât, évêque des Gabales. Il figurait, au VIe siècle, parmi les saints les plus vénérés, comme saint Denis, saint Saturnin, saint Martin, saint Martial. Son tombeau se trouvait, non pas au chef-lieu de la cité (Javouls), mais à Mende (1). Dans le premier livre de Y Histoire des Francs (c. 34), Grégoire raconte l'invasion des Alamans et de leur roi Chrocus. Poussé par les conseils de sa mère, ce chef barbare ravage la Gaule entière et détruit en particulier le grand temple des Arvernes. Après quoi, la bande des envahisseurs parvient dans le territoire des Gabales. L'évêque Privât est trouvé par eux dans une grotte du mont Mimmat, où il s'était retiré pour jeûner et prier; le peuple, lui, se tenait renfermé dans les murs du castrum Gredonense (Grèze, à l'ouest de Mende). Les barbares essayèrent de se servir de Privât pour décider les assiégés à ouvrir leurs portes ; il refusa. On voulut le contraindre à sacrifier aux idoles ; comme il résistait, il fut assommé à coups de bâton et laissé pour mort. Il mourut tout-à-fait, peu de jours après le départ de l'ennemi. Chrocus finit par être arrêté à Arles et supplicié pour ses méfaits.
Grégoire place ces événements au temps de Valérien et de Gallien, avant le règne de Dioclétien. On a beaucoup discuté sur leur véritable date. Frédégaire (II, 60), qui ne parle pas de saint Privât, connaît Chrocus, les mauvais conseils de sa mère, les destructions d'édifices, la fin du chef barbare à Arles. Mais au lieu d'en faire un roi des Alamans, il le met à la tête des Vandales, des Suèves et des Alains, ce qui laisse croire qu'il a en vue l'invasion de 407, et lui fait suivre un itinéraire à peu près semblable à celui d'Attila en 451.
Diverses légendes, comme celles de saint Didier de Langres et de saint Antide de Besançon, dépendent de Frédégaire ; celle de saint Privât ne relève que de Gré-
(1) H. Fr., X, 29; Virt. s. Iuliani, 30.
goire de Tours, dont elle n'est qu'une dilution assez étendue. On en ignore la date. Elle semble postérieure à la translation du siège de Javouls à Mende (1), car il y est dit que saint Privât avait son siège dans le petit bourg de Mende (in Mimatense viculo), parce que là les évêques ses prédécesseurs avaient eu leur demeure et leur sépulture. Ces prédécesseurs de saint Privât sont, on le voit, faiblement attestés.
Quant à la date de cet évêque, il me semble que le système de Grégoire de Tours doit être préféré à celui de Frédégaire. Toutefois, il y aurait lieu d'abaisser un peu l'époque de Chrocus. Un Crocus (ou Erocus), roi des Alamans, figurait parmi les troupes auxiliaires qui avaient suivi l'empereur Constance Chlore en Bretagne. Il s'y trouvait au moment où ce prince mourut ; il eut même une part importante dans l'élévation de Constantin à l'empire (2)." La coïncidence de nom et de la qualité de roi des Alamans fournit une donnée très importante. Je considère donc le Crocus des premiers temps de Constantin comme identique à celui de Grégoire de Tours. Après avoir entretenu d'excellents rapports avec la famille constantinienne, le roi barbare se sera brouillé avec elle — cela se voyait souvent — et son mécontentement se sera traduit par les déprédations relatées dans Y Histoire des Francs.