SAINT FRONT DE PÉRIGUEUX
Fronton de Nitrie, relative à un personnage tout différent. La plus ancienne de ces rédactions postérieures, est celle qu'Adémar dit avoir été attribuée à Gauzbert, chorévôque de Limoges vers le milieu du Xe siècle. Bosquet l'a publiée dans l'appendice (1) de son Histoire de l'Eglise gallicane ; on la trouve dans un grand nombre de manuscrits. La seconde dépend de la légende provençale de sainte Marthe ; elle ne peut donc être antérieure au XIII0 siècle.
Voici, ce que dit la première :
Frontus naquit dans une famille chrétienne du Périgord (terminis urbis Petrocoricae), en un lieu appelé LinicassiusÇl). Il commença ses études et apprit les psaumes, puis, renonçant au monde, il se fît clerc en compagnie de deux serviteurs. Son changement de vie attira l'attention du praeses Isquirinus, qui ne voulut pas le condamner à mort, à cause de sa noblesse, mais lui ordonna de laisser croître ses cheveux. Front préféra s'exiler et partit pour l'Egypte, où il se lia avec un solitaire nommé Apollonius, dont la cellule était gardée par deux serpents. Après un certain temps, il se transporta à Rome, où les démoniaques signalèrent sa présence. Saint Pierre, informé de sa vertu, le força d'accepter l'épiscopat et le renvoya à Périgueux, sa patrie, pour en être le premier évêque. Un prêtre Georges lui fut adjoint. Celui-ci étant mort le troisième jour du voyage, Front revint à Rome, où saint Pierre lui remit son bâton dont il se servit pourressusciter le défunt. Ce prodige détermina beaucoup de conversions dans l'endroit où Georges avait été enterré. Sur ces néophytes, Front préleva soixante-dix collaborateurs avec lesquels il se pré-
(1) Eccl. Gallicanae hislor., app., p. 5. Le P. van Ilecke {Act. SS. ocl., t. XI, p. 395) a refusé de la publier, sous prétexte qu'elle fut désapprouvée au concile de Limoges. En revanche, il a donné l'autre, beaucoup plus fabuleuse. L'étude consacrée à saint Front par ce bollandiste est dépourvue de toute valeur.
(T) Lenquais, localité située près de la rive gauche de la Dordogne, à trois lieues au-dessus de Bergerac. Dans la légende postérieure, on fait naître lo saint en Lycaonie.
senla à Périgueux. En entrant dans la ville, il jugea opportun de les édifier par le récit d'une histoire arrivée récemment in Cappadonis (en Cappadoce?) :
Il y avait un vieillard, consacré à Dieu depuis son enfance, ordonné évêque par saint Pierre (1). Il réunit soixante-dix moines dans la cité de Périgueux où' il avait reçu le jour. Avec leur aide, il opéra beaucoup de conversions, mais le praeses Isquirinus s'acharnait contre lui et faisait mourir tous ses néophytes. Fatigués de cette opposition, le saint et ses disciples se réfugièrent au désert en un endroit appelé Nioiahts, sur la Dordogne, infesté de serpents, dont saint Front eut aisément raison. A la longue, les disciples ne trouvant rien à manger, se mirent à murmurer. Le saint les exhortait à la patience et priait Dieu. Il fut exaucé. Un ange apparut par trois fois au préfet Isquirinus et lui reprocha de vivre largement pendant que les saints mouraient de faim au désert. Il lui fallait pourvoir à leur subsistance. Les instances de l'ange étaient appuyées de corrections matérielles : Isquirinus s'exécuta. Comme il était propriétaire de chameaux, il en désigna soixante-dix qui furent chargés de provisions. Mais où les envoyer? L'ange n'avait indiqué aucun endroit. Les chameaux furent abandonnés à eux-mêmes. Ils trouvèrent le bon chemin. Saint Front et ses moines, une fois ravitaillés, renvoyèrent les animaux à leur maître, lequel ne manqua pas de se convertir. Il reçut le baptême des mains de saint Front, qui lui donna le nom de Georges.
Ici s'arrête l'histoire racontée par saint Front et celle de saint Front lui-même. Elles sont cousues, il faut le reconnaître, avec bien peu d'art. Si cette pièce est vraiment du chorévèque Gauzbert et qu'il l'ait rédigée aux frais des gens de Périgueux, ceux-ci n'en ont pas eu pour leur argent.
C'est à l'adaptation d'une vieille légende égyptienne (2)
(1) A bealissimo Petro urbis Romae ordinatus episcopus.
(2) Rosweyde, Vitae PP., I; Migne, P. L., t. LXXIII, p. 437