‹ Fastes épiscopaux de l'ancienne GauleChapitre 69 sur 220 · Saint Gény de Lectoure · texte numérisé non relu

Saint Gény de Lectoure

Au pied de la colline sur laquelle est bâtie la ville de Lectoure, s'élève l'église Saint-Gény, qui conserve le nom et le culte d'un ancien saint, difficile à classer chronologiquement. Cette église était, au XIe siècle, le centre d'un établissement monastique ; elle fut brûlée pendant une guerre locale, en 1059. Les ruines du monastère furent alors données à l'abbaye de Moissac (2), laquelle eut ainsi occasion d'adopter le culte de saint Gény. La légende du saint ne nous est connue que par le Sanctoral de Bernard Gui (XIVe s.) (3). Gény est représenté comme un solitaire, qui vivait auprès de Lectoure, adonné à la prière et à la prédication. Sous des empereurs fabuleux, Maxime et Jovinien, il est poursuivi par les fonctionnaires d'Auch. Trente soldats, envoyés pour le prendre, sont convertis par lui, puis jugés, exécutés en un lieu appelé Cruor Innocentium, et enterrés. On ne dit pas où, ni si leur sépulture devint un sanctuaire. D'autres soldats sont désignés pour arrêter le saint, mais il les prévient en mourant paisiblement dans sa grotte. L'évêque Heuterius, entouré de son clergé et de son peuple, lui donne la sépulture dans une basilique qu'il avait construite lui-même; Clara, mère de Gény, y avait été enterrée par son fils.

Le document de 1059, cité plus haut, parle de cette église en termes digne d'être remarqués : ipsa ecclesia pro maire ecclesiarum habebatur prima. Il n'est pas impossible que cette prééminence, dont l'église Saint-Gény jouissait

(1) Le sarcophage avec l'inscription EVTROPIVS, découvert à Saintes en 1843, ne peut évidemment, vu ses dimensions, être celui dont parle Grégoire de Tours. Leblant, Inscr. chrét. de la Gaule, n° lui).

(?) G. C, t. I, p. 36, instr.

(3) Labbe, Bibl., t. II, p. 5Gî; Acta SS., 3 mai.

au XIe siècle, se fondât sur une réelle antiquité. Ici, comme en tant d'endroits, une église suburbaine conserve le souvenir du cimetière chrétien primitif; et celui-ci paraît bien avoir été le plus ancien centre de la communauté des fidèles, en un temps où la cathédrale intramuros était encore à bâtir.

Je ne sais que penser de révoque Heuterius et de sa date. La légende est de basse époque ; il serait extrêmement imprudent de se fier à sa chronologie. Le règne des empereurs Maxime et Jovinien est imaginaire ; la persécution elle-même n'est qu'un épisode sans importance pour l'histoire personnelle du saint, car sa carrière est celle d'un ascète et non d'un martyr ou d'un confesseur proprement dit : il ne comparaît même pas devant les magistrats. Je crains bien que les trente martyrs auxquels on ne paraît avoir jamais rendu aucun culte, n'aient été imaginés pour expliquer un nom de lieu, celui qu'on nous présente ici sous la forme Cruor lnnocentium. Mais ces traditions secondaires peuvent être mises à part et isolées de la donnée principale : saint Gény, ancien solitaire, enterré dans une église suburbaine par un évêque Heuterius, près de sa mère Clara. Ceci peut fort bien être traditionnel.

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