SAINT CAPRAIS ET SAINTE FOI
Sur le titulaire, il s'est conservé deux catégories de récits (1). Les uns ne font que reproduire, avec un changement de nom, la passion de saint Symphorien d'Autun. Les autres comprennent dans le même récit la passion de saint Caprais, celle de sainte Foi, et celle des saints Prime et Félicien. Cette seconde catégorie a été connue d'Adon, lequel, pourtant, ne parle pas des saints Prime et Félicien, et semble dépendre d'une rédaction un peu différente de celle qui nous est parvenue dans les manuscrits.
Les saints Prime et Félicien n'ont, dans la légende ellemême, qu'une faible attenance avec le corps du récit. Il y a tout lieu de croire que ce sont les martyrs de Nomentum, transférés à Rome sous le pape Théodore (642 649) (2), et dont le culte, grâce à quelque translation de reliques, se sera implanté à Agen. Leur fête tombait le même jour que celle de saint Vincent d'Agen, le 9 juin. Ils avaient et ils ont encore, tout près de cette ville, un sanctuaire commun avec saint Vincent, et précisément en un lieu où se conservait une tradition importante relativement à saint Caprais.
Abstraction faite de l'épisode de ces deux saints, la légende nous parle d'une vierge et d'un solitaire, l'un et l'autre indigènes. La vierge est persécutée par le gouverneur Dacien, au temps de Dioclétien et de Maximien. De son ermitage, situé sur les hauteurs qui dominent la ville du côté du nord, Caprais est témoin du supplice de sainte Foi. Son émulation est excitée; il veut être martyr lui aussi ; toutefois, il croit devoir demander à Dieu de témoigner par un prodige que son désir lui est agréable. Une source jaillit de sa grotte. Caprais descend, se déclare, et Dacien le fait exécuter avec sainte Foi.
Les chrétiens cachèrent leurs corps, qui ne furent découverts que bien longtemps après (multis annorum recur-
(1) Acla SS. oct. (6 oct.), t. II, p. 815 et
(2) Lib. pont., t. I, p. 332.
suiv.
sibus) par un évéque d'Agen appelé Dulcidius. C'est lui qui construisit leur basilique.
Ce récit est loin d'avoir la même valeur que la passion de saint Vincent. L'auteur s'est évidemment inspiré de celle-ci, dont il a à peu près copié le prologue. Son gouverneur Dacien lui a été fourni, comme à tant d'autres hagiographes du midi de la Gaule, par la passion de saint Vincent d'Espagne. Je ne crois cas que l'on puisse faire fond sur la date que comporte ce nom ou ceux des empereurs Dioclétien et Maximien. Dans son ensemble, la pièce ne me paraît pas antérieure au IXe siècle.
Quoi qu'il en soit, il est bien évident qu'elle ne se prête nullement au système, imaginé depuis, que saint Caprais ait été évêque d'Agen. Ni ce saint, ni saint Vincent, dont on a fait son diacre et son successeur, ne sont présentés, dans leurs légendes respectives, comme des membres du clergé.