CHAPITRE VI
§ 1er. — Provinces et cités.
Des trois provinces entre lesquelles Auguste répartit la Gaule conquise par César, la plus méridionale, l'Aquitaine, comprenait une région habitée par des populations étrangères à la nation celtique ; dans celle du nord, la Belgique, le fond celte était plus ou moins modifié par le voisinage de la Germanie. Entre les deux, la province Lyonnaise ne contenait que des éléments celtiques (1). Sous Je haut empire, elle comprenait les cités suivantes :
Les Segusiavi avaient leur territoire entre la basse Saône et les montagnes d'Auvergne, dans le pays appelé maintenant Forez, du nom de leur capitale Forum Segusiavorum (Feurs). C'est chez eux que s'élevait l'autel de Rome et d'Auguste, au confluent de la Saône et du Rhône ; ils enclavaient aussi la colonie de Lyon. Celle-ci, à l'origine, n'avait pas de territoire propre. Au IVe siècle, apparemment, il lui en fut assigné un, formé de l'ancienne cité des Ségusiaves (départements de la Loire et du Rhône), et, sur la rive gauche de la Saône, du pays des Ambarri (dép. de l'Ain). Les Ambarri, souvent nommés par César, disparais-
(1) A la surface, bien entendu, et dans ee qu'on appelle maintenant les classes dirigeantes; car le fond primitif, recouvert par l'établissement des peuples celtiques, n'avait pas été supprimé pour autant.
sent ensuite; ils furent sans doute adjoints par Auguste à quelqu'une des cités voisines.
Les Ségusiaves et les Ambarres avaient été jadis dans la clientèle des Eduens (1).
Ceux-ci, l'un des peuples les plus puissants de la Gaule, avaient, avant la conquête, leur capitale à Bibracte (mont Beuvray, à 20 kilomètres à Pouest d'Autun). Sous Auguste, ils la transportèrent à l'est, au bord de l'Arroux, et l'appelèrent Augustodunum. Son territoire s'étendait de la Saône à la Loire, comprenant sans doute les localités actuelles de Decize et de Nevers. Chalon et Mâcon, près de la Saône, en faisaient également partie. Il en était de même, vers le nord, de la célèbre localité d'Alesia, qui, au temps de César, était le chef-lieu d'une cité autonome, celle des Mandubii.
Au nord-ouest des Eduens se trouvaient les cités des Senones et des Tricasses, avec leurs capitales Agedincum (Sens) et Augustobona (Troyes). Dans le territoire des Sénons était comprise la localité d'Auxerre (Autessiodorum), qui finit par en être détachée et par former, sans doute avec l'adjonction de Nevers, une cité indépendante, que nous trouvons cataloguée dans la Notice des Gaules (2).
Plus au nord encore venaient les petites cités des Meldi, chef-lieu Iatinum ou Fixtinnum (Meaux), et des Parisii, chef-lieu Lucolecia ou Lutecia (Paris).
Au delà de Paris, sur la rive droite de la basse Seine, se suivaient les cités des Veliocasses (Vexin) et des Caleti (Caux), avec leurs capitales Ratomagus (plus tard Rotomagus, Rouen) et Iuliobona (Lillebonne). César les rangeait dans la Gaule Belgique ; Auguste les attribua à la Lyonnaise. A la fin du IVe siècle (Notice) elles avaient été réunies sous l'appellation unique de civitas Rotomagensium.
En face, sur sa rive gauche, la Seine limitait successi-
(1) César, B. G., VII, 75.
(2) Cf. l'inscription C. I. L., t. XIII, n° 921,
vement les cités des Aulerci Eburones, chef-lieu Mediolanum (Evreux), et des Leœovii, chef-lieu Noviomagas (Lisieux). Le long de la mer, entre Lisieux et la baie du mont Saint-Michel, se succédaient les cités, petites aussi, des Viducasses, chef-lieu Aregenua (Vieux), des Baiocasses (1), chef-lieu Augustodorum (Bessin, Bayeux), des Unelli ou Venelli, dont le centre fut d'abord Croucialonnum (Carentan?), puis Conslantia, nom auquel se rattachent les dénominations postérieures, Cotentin, Coutances, enfin les Abrincatui, chef-lieu lngena ou Legedia (Avranches). Vers la fin du IIIe siècle ou au siècle suivant, il s'opéra, dans ces contrées, quelques changements administratifs. Le chef-lieu de la cité des Viducasses, avec une partie, à tout le moins, de son territoire, fut annexé à la cité des Baiocasses. En arrière il s'organisa une civitas Saiorum, dont l'ethnique, Saius, figure déjà sur une inscription de Bordeaux (2), peut-être antérieure au IVe siècle. D'après certains savants, ce serait un démembrement de la cité des Viducasses, qui elle-même aurait porté, au temps de César, le nom d'Esubii. Cette conjecture n'est pas établie ; mais le fait est que la civitas Saiorum n'est mentionnée ni par Pline ni par Ptolémée et que la première liste où on la trouve est celle de la Notice des Gaules. Enfin, on changea le nom et peut-être l'emplacement du chef-lieu des Unelli. Ce dernier nom se perdit même et fut remplacé par celui de la nouvelle capitale, Coutances.
Entre Seine et Loire, débordant même ce dernier fleuve au sud, s'étendait l'immense territoire des Carnutes, où se réunissait, au temps de l'indépendance, rassemblée des druides. Sa capitale était à Autricum (Chartres). Sur la Loire il possédait le port de Cenabum (Orléans). L'empe-
(1) Ptolémée ne parait avoir connu que les Viducasses, qu'il mentionne deux fois; quant aux Oùaôixdcaioi, avec leur chef-lieu Not^ixayo;, qu'il place upô; ly Belyiv.ri, il n'est guère possible, vu le nom du chef-lieu et le voisinage de la Belgique, de les identifier avec les Baiocasses.
C>) C. 7. L.,t. III, n° G30.
reur Aurélien démembra cette grande cité. Cenabum devint le centre du nouveau district, qui prit et communiqua à sa capitale le nom du souverain fondateur, civilas Aurelianorum.
En aval des Car mîtes 9 la Loire traversait la cité des Turones, chef-lieu Caesarodunum (Tours), puis celle des Andecavi, chef-lieu Iuliomagus (Angers) ; enfin, elle limitait au sud celle des Namnetes, chef-lieu Condevincum ou Portus Namnetum (Nantes), où se trouvait son embouchure.
Au nord de cette ligne s'étendaient les deux cités méditerranéennes des Aulerci Cenomanni, chef-lieu Suindinum (Le Mans), et des Aulerci Diablintes, chef-lieu Noviodunum (Jublains), qui finirent par se réunir, mais seulement après le temps de la Notice des Gaules. Les Aulerci Eburones (Evreux) et les Aulerci Brannovices, que l'on cherche entre Sens et Autun, avaient, avec ces cités, un rapport de parenté que constate la communauté de nom.
Venaient enfin les cités péninsulaires, celles des Redones, dont la capitale, Condate (Rennes), s'élevait au confluent des rivières d'IUe et de Vilaine ; celle des Veneti, chef-lieu Darioritum (Vannes), sur la côte sud de la Bretagne actuelle ; celle des Coriosolites, sur la côte nord, chef-lieu Corseul ; enfin, à la pointe extrême, celle des Ossismi, dont le chef-lieu, Vorganium ou Vorgium, a donné lieu à beaucoup de controverses. Peut-être avait-il été d'abord à Coz- Castell-Ac'h, au bord de la mer (Vorganium?). Au déclin du haut empire il se trouvait sûrement à Carhaix (Vorgium?) (1). Deux changements plus certains et plus considérables, peut-être corrélatifs l'un de l'autre, se produisirent de ce côté dans le courant du IVe siècle. La cité des Coriosolites disparut sur la côte nord, et son territoire fut an-
(1) Le milliaire de Kerscao, qui porte le nom de l'empereur Claude, indique une distance a Vorgan. m. p. V... qui ne peut avoir été comptée à partir de Carhaix. C'est en vain quo l'on voudrait lire un X après m. p. Le moulage du musée de Saint-Germain (C. I. L., XIII, p. 490, n° 901G) et la photographie publiée par Desjardins, Géogr. de la Gaule, t. IV, p. 178, donnent très certainement un V,
nexé à l'une des cités voisines, Ossismes ou Redons. Elle est encore mentionnée sur un milliaire (1) au nom de Constance César (292-305). Cent ans plus tard, la Notice des Gaules ne présente pas son nom. En revanche, elle nous offre une civitas Coriosopitum, et ce nom figure, aussi haut qu'on peut remonter, c'est-à-dire depuis le IXe siècle, dans la titulature des évêques de Quimper, sur la côte sud (2). Cette nouvelle cité se forma aux dépens de celle des Ossismes, peut-être aussi, pour une partie, aux dépens de celle des Vénètes (3).
Lors du remaniement du système provincial, sous Dioclétien, la province lyonnaise fut agrandie ; on lui adjoignit la cité de Langres, qui, antérieurement, avait fait partie de la Germanie supérieure.
Mais aussi elle fut divisée en deux : à l'est, la Lugdunensis 7a, dont Lyon resta la métropole, et la Lugdunensis //*, qui, au dire d'Ammien Marcellin, comprenait les cités de Rouen et de Tours (4). Encore cette division fut-elle compliquée vers la fin du IVe siècle. C'est alors qu'apparurent la Lugdunensis III* et la Senonia (5). Celle-ci tirait son nom de sa métropole, Sens ; les Lyonnaises II et III eurent respectivement Rouen et Tours pour capitales. Telle est l'organisation que l'on trouve dans la Notitia Dîgnitatum, dans la Notitia Galliarum et dans les listes de Polemeus Silvius.