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CHAPITRE VIII

La IIe Lyonnaise, aux temps mérovingiens, fut presque toujours attribuée intégralement au roi qui possédait Paris. Elle obéit ainsi à Clovis (f 511), Chiidebert (511-558), Clotaire (558-561), Caribert (561-567), Chilpéric (567-584), Clotaire II (584-658), etc. Cependant , après la mort de Caribert, la cité d'Avranches échut au roi d'Austrasie Sigebert, celle de Séez au roi de Bourgogne Gontran. Leur possession fut longtemps troublée par Chilpéric. A la mort de celui-ci, son fils Clotaire II fut évincé de Paris par les autres rois; mais il conserva Rouen et les cités côtières, Evreux, Lisieux, Bayeux, Coutances, jusqu'en 600. Alors ces quatre dernières cités lui furent enlevées par le roi de Bourgogne Thierry IL Mais en 614 il hérita de toute la monarchie franque. Depuis lors il n'y eut plus de partage. On n'a pas la preuve que, dans le courant du VIIe siècle, Avranches ait été de nouveau rattachée à l'Austrasie. Dans son ensemble, la province ecclésiastique de Rouen formait la meilleure partie de ce que l'on appelait, aux temps mérovingiens, la Neustrie. Au IXe siècle, elle eut longtemps à souffrir de la piraterie des hommes du nord. Ceux-ci, après y avoir beaucoup détruit, finirent par s'y fixer et lui donnèrent leur nom : elle devint la Normandie.

L'église de Rouen possède une bonne liste de ses évoques. Il nous en reste toute une série de recensions, qui ont été étudiées récemment avec le plus grand soin (1).

Les manuscrits qui nous Font conservée se divisent en deux catégories : dans les uns elle est isolée, dans les autres elle est jointe aux listes épiscopales des six églises suffragantes de la métropole de Rouen ; aucun de ceux du premier groupe ne dépasse le Xe siècle; les autres sont tous prolongés jusqu'au delà de l'année 1150.

Manuscrits (2) de la première catégorie :

A. — Andegavensis 266, de la fin du IXe siècle, provenant de Saint-Aubin d'Angers. Le catalogue (f° 110) va jusqu'à Wanilo (n° 32).

B. — Porius Graliae (Le Havre) A, 34, du XIe siècle, provenant de Saint-Wandrille, dont il contient la chronique. La liste (f° 61 v°) offre un nom de plus que dans le manuscrit précédent; elle s'étend jusqu'à Adalardus (n° 33).

C. — A udomaropolitanus (Sain t-0 mer) 764, du Xe siècle. Son texte (f° 52) paraît provenir aussi de Saint-Wandrille; la liste contient quatre noms au delà d'Adalard ; mais le dernier paraît être répété deux fois avec une variante d'orthographe ; c'est celui de Witto (n° 36).

C. — Parisinus 5296 B, du XIIIe siècle, de même provenance aussi, je crois. En tout cas, la liste (f° 188) y vient immédiatement après une vie de saint Wandrille. Pour tous les détails, elle concorde avec celle du manuscrit précédent.

(1) L. Delisle, Histoire littéraire, t. XXIX, p. 415; Sauvage, Anal. Boll, t. VIII, p. 40G. L'abbé Sauvage a publié jusquW 29 formes de la liste épiscopale, pour la partie antérieure au XIII' siècle.

('2) Je conserve les cotes de l'abbé Sauvage, sauf que, pour le ms. qu'il désigne par la double lettre CC, j'ai adopté le signe C.

D. — Parisinus 1805. du Xe siècle, provenant de l'abbaye de Fécamp. La liste y fait suite (f° 45 v°) aune vie de saint Romain de Rouen. Elle va jusqu'à Wigo ou Hugo,

qui siégea de 948 à 989 environ.

Manuscrits de la deuxième catégorie :

K. — Rotomagensis U 46 (1), du XIIe siècle pour les catalogues (f° 37 v°] . Il provient de Jumièges et contient, comme les deux suivants, non seulement la liste épiscopale de Rouen, mais encore celle des églises d'Evreux, Avranches, Séez, Baveux, Lisieux, Coutances. Il a dû être transcrit entre 1165. date de l'avènement de l'archevêque Rotrou, dont le nom y est encore de première main, et 1170, date de l'avènement de Gilles du Perche , évêque d'Evreux, dont le nom est déjà de seconde main (2).

L. — Parisinus 604*2, du XIIe siècle, provenant du Mont-Saint-Michel. C'est la collection de Robert de Torigny. Le texte primitif a été arrêté entre 1171, date de l'avènement de l'évèque Richard III d'Avranches, dernier nommé de première main, et l'année 1179, date de l'avènement de Guillaume de Tournebu, évêque de Coutances, qui ne figure pas encore sur sa liste.

0. — Vaticanus Reginae 533, du XIIIe siècle, provenant de Saint-Wandrille. Ici les listes ont été prolongées jusqu'au XIIIe siècle ; le texte a été arrêté sous l'épiscopat du métropolitain Maurice, entre 1231 et 1235.

Entre ces deux catégories de manuscrits, la principale différence consiste en ce que la deuxième ajoute un nom, en tète de la série, celui de saint Nicaise, martyr, qualifié de premier archevêque. Ce saint Nicaise est un saint du Vexin normand , honoré à Saint-Clair-sur-Epte. Sa lé-

(1) Antérieurement U 38-25-, c'est la cote sous laquelle il est cité par M. Delisle.

[2J M. l'abbé Vacandard a bien voulu collationner ce manuscrit pour moi.

gende (1), écrite après Hilduin, présente Nicaise et. ses deux compagnons, Quirinus et Scuvicule, comme des disciples de saint Denis l'aréopagite. Nicaise est venu de Rome avec lui, il a été ordonné par saint Clément. Quirinus est prêtre et Scuvicule diacre. Ils se vouent à l'évangélisation de la « métropole » de Rouen ; mais ils sont arrêtés au début de leur mission et ne dépassent pas la rivière d'Epte, près de laquelle ils sont martyrisés.

On ne sait au juste à quel moment fut rédigée cette passion. Mais elle ne tarda pas à influer sur la tradition rouennaise. Au IXe et au Xe siècle, les catalogues épiscopaux ignorent absolument saint Nicaise. 11 n'en est pas de même, comme on le voit, de ceux de la fin du XIIe siècle.

Entre ces deux groupes de catalogues, l'histoire épiscopale de Rouen est représentée par deux compositions, l'une en prose, l'autre en vers, qui se sont conservées dans les livres officiels du pays, le liber eburnens de la cathédrale et le liber niger de l'abbaye (2) de Saint-Ouen. Les Acta archiepiscoporum Rothomagensium vont, de première main, dans le livre d'ivoire, le plus ancien des deux manuscrits, jusqu'à l'inauguration de Jean de Bayeux, en 1068 ; dans l'autre exemplaire, ils sont continués jusqu'à l'avènement de son successeur Guillaume Bonne àme (1079). Un peu postérieur, le catalogue métrique va, de première main, jusqu'à Guillaume dans le livre d'ivoire, et, dans l'autre, jusqu'à son successeur Geoffroy (1111).

Or, il est notable que le plus ancien des deux exemplaires, le livre d'ivoire, n'a pas trace de saint Nicaise, si ce n'est par interpolation, tandis que le livre noir lui fait accueil, de première main. C'est donc sous l'archevêque Guillaume Bonne âme (1079-1110) que la tradition des ca-

(1) Anal. Boll., t. I, p. 628.

(2) Tous les deux sont maintenant à la Bibliothèquo de Rouen, Y 27 et Y 41. Les Acla en prose ont été publiés, d'après le ins. de Saint-Ouen, par Mabiîlon, Vel. Anal., p. 222; le catalogue métrique par Martènc, Coll. nov., p. II, p. 248; cf. Orderie Vital, Hist. eccl., V, 9.

talogues rouennais fut modifiée par la légende de Saint- Clair-sur-Epte.

Je passe rapidement sur le catalogue métrique qui ne contient guère que des banalités. Les Acta en prose sont plus intéressants. L'auteur sait qu'Avitien assista au concile d'Arles et que Victrice reçut une lettre importante du pape Innocent. Il a lu Grégoire de Tours, duquel il tire, en le citant, ce qu'il dit des évêques Prétextât et Mélance. Pour les saints Gildard, Romain, Ouen, Ansbert, Hugues, il renvoie aux biographes. Il connaît la fondation de l'église Saint-Pierre par l'évêque Flavius ; à partir du VIIIe siècle, les chartes lui fournissent quelques détails sur les libéralités des évêques Grimo, Ragenfred, Rémi, Riculf. Pour Rémi, il dépend d'Adrevald de Fleury (1). A partir de Franco, qui baptisa le duc Rollon, se présentent les souvenirs du duché de Normandie et des traditions relativement fraîches.

Je crois devoir arrêter ici l'étude, des traditions rouennaises sur les anciens archevêques, et renvoyer, pour le reste, au travail de l'abbé Sauvage (2). Le texte du catalogue que je vais maintenant donner se fonde uniquement sur les manuscrits énumérés plus haut.

Mallonus opiscopus.

Avicianus episcopus.

Sevcrus episcopus.

Euscbius episcopus.

5 Marcellinus episcopus.

Petrus episcopus.

Victricius episcopus.

Innocentius episcopus.

Evodus episcopus.

10 Silvester episcopus.

Malsonus episcopus.

Gcrmanus episcopus.

Cresccntius episcopus.

Gildardus episcopus.

15 Flavius episcopus.

Pretextatus episcopus.

Melantius episcopus.

Hildulfus episcopus.

Romanus episcopus.

20 Audoenus episcopus.

Ansbcrtus episcopus.

Grippo episcopus.

Iiainlandus episcopus.

Hugo episcopus.

25 Ratbertus episcopus.

Grimo episcopus.

(1) Ci-dessous, p. 210, note 3.

(2) Anal. BolL, t. VIII,, p. 406 et suiv.

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