LA GAULE NARBONNAISE
La province relevait du Sénat, auquel Auguste la remit, en 22 av. J.-C, après en avoir terminé l'organisation; elle était administrée par un proconsul eu résidence à Narbonne (1). C'est aussi àNarbonne que s*élevait Taulel provincial de Rome et d'Auguste.
Il est impossible de dresser avec précision la liste des cités comprises, aux deux ou trois premiers siècles de notre ère, dans les limites de la Gaule narbonnaise. Les listes de Pline et de Ptolémée, la première surtout, sont loin de distinguer comme il le faudrait les respublicae dps vici ou des territoires. Il y eut, du reste, de temps en temps des changements assez notables. Au commencement du V* siècle, la Notitia Galliarum nous offre une liste oflBcielle et précise : mais elle vient bien tard. A ce moment, Tancienne Gaule narbonnaise avait été divisée en trois provinces. Dans la description qui va suivre, je tiendrai compte des changements arrivés aux différentes époques.
En commençant par le nord, on rencontrait d'abord l'ancien territoire des AUobroges, qui s'étendait sur un espace immense, entre le lac Léman, le Rhône et l'Isère, jusqu'aux hautes vallées des Alpes; un appendice, sur la rive droite du Rhône, portait jusqu'aux Cévennes sa frontière occidentale. Le chef-lieu était à Vienne, dès le temps des rois indigènes ; il y fut maintenu par les Romains. Vienne s'élevait comme une métropole au-dessus d'un grand nombre de localités moins importantes ou vici\ deux de celles-ci, Cularo, sur le haut Isère, et Genève, à l'endroit où le Rhône sort du lac Léman, finirent par devenir les sièges d'organisations municipales indépendantes de Vienne. Au temps de la Notitia (v. 400), le territoire allobroge formait les trois civitates Viennensium^ Genavensium^ Gratianopolitana. Cularo avait changé de nom et pris celui du jeune empereur Gratien à une date qui se place entre 367
(U M. O. Hirschfeld (C. /. L., t. XII, p. xii) conjecture que, depuis AntonÎQ le Pieux, la résidence ordinaire des proconsuls fut plutôt Nimes que Narbonne.
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et 381 ; mais il est possible que Télévation des deux vici au rang de cité remonte notablement plus haut.
Au sud de Tlsére, entre cette rivière et la Drôme, Valence (Valenlia) était le chef-lieu des Segovellauni^ dont le territoire s'étendait aussi, comme celui de Vienne, entre le Rhône et les Cévennes. Plus bas encore, l'ancien peuple des Tricastini se groupait autour d'une localité appelée Noiomagus ou Augusia, dont le nom spécial se perdit par la suite : dans la Notitia^ cette cité s'appelle civUas Tricastinorum.
En arrière de ces deux cités riveraines, l'état libre des Voconces occupait, dans la région montagneuse, une étendue de pays presque aussi considérable que le territoire allobroge. On n'y comptait pas moins de vingt et un oppida^ dont les plus importants étaient Vaison {Vasio), centre politique, résidence ordinaire des magistrats, et Luc {Lucus Augusti), sanctuaire national, situé à l'intérieur du pays, dans la haute vallée de la Drôme. A la longue, la prééminence de Luc passa à un autre lieu sacré de la môme vallée, Dea Augusta (Die), ainsi appelée, non pas du propre nom de la grande déesse voconce, qui était Andarta^ mais du titre qu'on lui donnait habituellement. En 333, on le voit par Titinéraire de Jérusalem, Die était une civikis^ Luc une simple mansio. Ainsi le territoire voconce formait déjà deux cités, celle de Vaison el celle de Die. Au commencement du V* siècle, il y en avait quatre, les civitates Vasensiurfiy Deensium, Vappincensium et Seg ester icoi^m. Ces deux dernières avaient pour centres les localités de Gap et de Sisteron, Tune dans l'est, l'autre dans le sud de la région voconce.
En 333, Gap n'était encore qu'une mansio, et il y a lieu de croire, par analogie, qu'il en était de môme de Sisteron. Quand on en fît des cités, elles furent agrégées, non à la province de Viennoise à laquelle appartenaient Die et Vaison, mais à celle de Narbonnaise II*, organisée au temps de Valentinien ou un peu plus tard.
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 la hauteur du monl Veiitoux commençait le pays des Cavares (Cavarf), qui s'étendait, le long du Rhône, jusqu'à la Durance; en arrière, sur les premières pentes des montagnes, habitaient les Memini et les Vulgientes. Orange {Arausio), colonie de César, Avignon {Avennio) et Cavaillon (Cabellio) se partageaient, du nord au sud, le territoire cavare ; Carpentras {Carbaniorate ou Carpentoraêé) était le chef-lieu des Memini^ Apt {Apta) celui des Vulgientes. La cité de Carpentras semble avoir disparu au déclin de l'empire; elle n'est pas marquée dans la Notitia (1).
La Durance limitait, au nord, le pays des Salluvii, où s'élevaient les trois importantes cités de Marseille, d'Aix et d'Arles. Le territoire d'Aix était assez restreint; celui de Marseille ne comprenait que quelques localités côtières; c'est aux magistrats de la colonie d'Arles que ressortissait la plus grande partie de la population de ces contrées, jusqu'à la hauteur des îles d'Hyères. Arles avait été extrêmement avantagée par César ; elle ne cessa de grandir et de faire à Marseille une concurrence de plus en plus grave.
A l'est de cette région, dans le bassin de l'Argens, se trouvait le pays des Commoniy qui fut attribué à la colonie de Fréjus {Forum lulii). A l'est, Antibes [Antipolis)^ d'abord colonie marseillaise, devint, sous l'empire, le cheflieu des Deciates. Plus au nord, entre lo Verdon, la Durance et l'Asse, Riez {Reii) eut pour territoire Tancien pays des Albici et Digne {Dinia) celui des Bodiontici^ c'est-à-dire la vallée de la Bléonne. Le territoire de Digne faisait d'abord partie des Alpes Maritimes; Galba l'en détacha pour l'annexer à la Gaule narbonnaise; il revint, par la suite, à sa province primitive, à laquelle il est attribué dans \^ Notitia.
Au delà du Rhône, le territoire des Helviens {Helvi ou
(1) C'est sans raison valable que Mommsen (Af. G. Auci, antiq., t. IX, p. 560) suppose ici un accident de transcription. Le fait qu'il y eut des évoques de Carpentras dés le cinquième siècle ne prouve nullement en faveur de la perpétuité de la cité. Les sièges épiscopaux d'Uzès, Toulon, Nice, sont aussi anciennement attestés que celui de Carpentras et cependant ces localités n*ont jamais été des cités.
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Helvii) avait pour chef-lieu une ville appelée Alba (Aps), qui donne son nom à la cité dans le catalogue de la /Vo(tlia : civilas Albensium, Au sud s'étendait, de TArdéche à THérault, Timmense région des Volques Arécomiques, dont la capitale était à Nimes (Nemausus); son ressort comprenait vingt-quatre localités (oppida) de moindre importance.
Entre THérault et TAude on trouvait, dans la région maritime, la colonie de Béziers (Baeterrae), dans la montagne, la cité de Lodéve {Luteva) (1>. Leurs territoires, relativement peu étendus, paraissent avoir été démembrés du pays des Volques Tectosages. Celui-ci comprenait tout le pays entre THérault et les Pyrénées, et, au delà des Corbiéres, les vallées supérieures de la Garonne et du Tarn.
Par delà TAude, Narbonne eut d'abord des voisines,
Ruscino (Castel Roussillon) au sud, Carcassonne [Carcdsso)
à roucst. Mais ces fondations ne dépassèrent pas beaucoup
le siècle des Antonins. Sous l'empereur Gordien^ toute la
côte, jusqu'aux Pyrénées, relevait de Narbonne (2). Ruscino
ail disparu comme organisation municipale; il en était
même de l'antique Illiberris, qui déjà, du temps de
ine, n'était guère plus qu'un souvenir, magnae quondam
bis tenue vestigium. Au IV* siècle, Illiberris ressuscita
us un autre nom, celui de castrum Helenae. dont l'origine
nstantinienne est évidente. C'est là que périt l'empereur
)nstant, en 350 (3). Mais ce n'était qu'une forteresse,
1) Dans cetto contrée, quelques localités, Ag&lha (Agde), Cessera (Saintibéry), Piscinae (Pézenas), ont pu avoir, sous le Haut-Empire, une orgaation municipale indépendante; mais cela n'est pas bien prouvé. l\ est % en tout cas, qu'elles l'avaient perdu avant le cinquième siècle, car 9s ne sont pas mentionnées dans la Nolilia. L'itinéraire de 333 marque ssero [Cessarone) comme une simple mansio.
2) C. /. L., t. XII. n* 5366, inscription de l'année 239, trouvée à Saintdré de Surède, entre Elne et Collioure; elle mentionne les decumani rbonenses.
3) Eutrope, Brev,, X, 9. Le terme de castrum est celui dont se sert Eupe. Zosime {Hisl. nova, II, 4Î) emploie celui de iroXfxviov; Orose (f/is/., I, 29), celui d'oppidum.