LES TEMPS MÉROVINGIENS
après la décadence vint la suppression. L'illustre métropole n'a plus que des curés.
Les évoques d'Arles n'entrèrent dans l'obédience fraaque que vers l'année 536. On ne trouve ni eux, ni aucun de leurs suffragants aux conciles nationaux antérieurs à 541. Depuis lors les prélats provençaux figurent assez régulièrement dans ces assemblées. L'évêque d'Arles est présent de sa personne aux conciles de 549 (Orléans), 552, 573 (Paris), 584 (Valence), 614 (Paris). On ne voit pas que la présidence lui ait été déférée de plein droit. Aux conciles de 549 (1) et de 614, c'est Tévéque de Lyon qui signe le premier; au concile de 573, sur deux pièces qui nous restent de cette assemblée, Tune porte en tôle la signature de l'évêque de Vienne, l'autre la signature de l'évêque d'Arles. Au concile de Valence, où n'assistaient qu'un petit nombre d'évéques des provinces d'Arles, Lyon et Vienne, l'évêque d'Arles, Sapaudus, signe le premier; il avait au moins vingt ans d'épiscopat de plus que les deux autres métropolitains, Priscus et Evantius. Enfin, au concile de 552, le même Sapaudus signe le premier, en présence de plusieurs métropolitains. Ici on pourrait croire que sa situation de vicaire du pape lui a valu la présidence; mais il n'était point encore vicaire ; il ne le devint qu'en 557 (2).
Il est donc difiBcile d'admettre que l'épiscopat franc ait tenu sérieusement compte des privilèges pontificaux et accepté la prééminence qui semblerait, d'après leur teneur, en résulter pour le métropolitain d'Arles. S'il y a, aux temps mérovingiens, un primatxAS Galliarum, c'est au siège de Lyon qu'il est attribué et non au siège arlésien. Gré-
Ci) Pour ce concile, Tordre est interverti dans les deux manuscrits Phillipps 1745 et Parisinus 1452, qui tous deux contiennent une même collection de conciles gallicans (Maassen, Quellen, t. I, p. 775). Cette collection a été formée à Arles; elle présente plus d'une trace do cette origine. Il n*est pas étonnant qu'elle ait subi une retouche en ce (^ui regarde le coacile de 549. Cf. Bulletin critique^ t. XII, p. 243,
(2) Ja£fé, 944.
re de Tours (I), en parlant du concile tenu à Lyon en 570, nie à Tévéque de Lyon saint Nizier le titre de patriar- 3. Priscus, successeur de Nizier, prend lui-même ce titre is le protocole du grand concile de Mâcon de Tannée ) (i), et il le prend d'une façon privative, sans en faire 't aux autres métropolitains. De plus, le dernier canon cette assemblée porte que le concile national se réunira is les trois ans et remet à l'évêque de Lyon le soin de terminer, d'accord avec le roi, le lieu de la réunion, ns doute le concile de Mâcon ne comprend guère que 5 évoques du royaume de Contran ; mais ce royaume était rs fort étendu. Dans les grands conciles du ¥!!• siècle iris 614, Clichy 627, Chalon 650), qui réunissent des iques de toutes les parties de l'empire franc, c'est touirs Tévêque de Lyon qui a la préséance. Il l'a encore ns les signatures de certains privilèges qui furent sous dans ce siècle à des assemblées épiscopales : ainsi les vilèges de Saint-Denis en 654, de Corbie en 664 (3). Il , arrivé deux fois, en 597 et en 692, que les archevêques Canlorbéry fussent sacrés en Gaule au lieu de l'être à me ou en Angleterre; dans les deux cas, c'est Tévêque Lyon qui préside à cette cérémonie, iEtherius en 597, duinus en 692 (4).
Du reste les papes finirent par reconnaître que le vicat d'Arles ne leur servait à rien du tout (5). Il avait
1) Hist, Fr.y V, 20 : a Coniunctique episcopi cum patriarcha Nicetio ito... l>
l) « Residentibus Prisco, Evantio, Praetextato, Bertechrainno, Artemio, Ipitio metropolitanis episcopis cum omnibus consacerdotibus eorum, SCU8 episcopus patriarcha dixit... »
\} Ilardouin, Concil., t. III, p. 990, 1013; cf. J. Havet, Origines de sainl lis, p. 55.
l) Bédé. Hist. eccles.^ l, 27 (c*est à tort qu'il fait d'JEtherius un arche- |ue d'Arles) ; V, 5. 12.
b) Aux temps mérovingiens, quand il est question de rapports ecclésias-
JGs avec Rome, ce sont toujours des rapports directs; personne ne songe
asscr par l'intermédiaire do Tévéque d'Arles. Le concile d'Orléans, en
(c. 1), décide que, pour les cas dp Pàque douteuse, on consultera It
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même certains inconvénients. Sous prétexte qu'ils représentaient le saint-siège, les archevêques Lizier et Virgile s'appropriaient les revenus des terres que Téglise romaine possédait en Provence (1). Virgile fut le dernier vicaire. Son successeur Florian reçut encore le pallium ; mais les pièces (2) relatives à cette décoration ne parlent plus, comme autrefois, d'une collation de pouvoirs. Il n'en est plus question avant le temps du pape Jean VIII et de l'archevêque Rostaing (3) (878). Encore le vicariat de Rostaing demeura-t-il lettre morte, tout comme celui de ses prédécesseurs du VI* siècle.
Quant à la province métropolitaine, on voit, par ce que je viens d'exposer, qu'elle traversa les vicissitudes suivantes :
1* De 417 à 419, elle comprit toute l'ancienne Gallia Narbonensis (Viennoise, Narbonnaise I", Narbonnaise II«), avec les deux provinces alpines.
2" De 419 à 445, elle eut la même étendue, sauf la Narbonnaise P*, qui eut un métropolitain spécial à Narbonne.
3* De 445 à 449, elle fut abolie.
4* De 450 à 480, elle reprit les limites d'avant 445, sauf que les évêchés du nord, ceux de Vienne, Genève, Grenoble, Valence, Tarentaise, furent constitués en province indépendante, sous la métropole de Vienne.
5* De 480 (environ) jusqu'à 523, elle fut réduite, en faity aux évêchés situés au sud de la Durance, Arles, Aix, Marseille, Toulon, Fréjus, Antibes, Riez, et ceux des Alpes Maritimes, moins Embrun, qui relevait alors de Vienne.
6® De 523 jusqu'à 794, elle reprit les limites arrêtées en 450, moins les évêchés de Viviers et de Die, qui, en fait, restèrent à Vienne.
siège apostolique* C'eût été le cas de s'adresser à Arles; on n'en a pas la pensée.
(1) Greg, M., fîp., Vi, 55 (Jaffé, 1439).
(2) Jafifé, 2001. 2002.
(3) Jaffé, 3148,3149.
142 FASTES ÉPISCOPAUX DE l'aKCIBNNE GAULE.
7* En 794, ou peu après, elle perdit les évéchés des anciennes provinces de Narbonnaise II' et des Alpes Maritimes, qui eurent des métropolitains spéciaux, à Aix et à Embrun.
8* En 1475, la création de la province d'Avignon la diminua des diocèses d'Avignon, Vaison, Carpentras et Cavaillon.
9» Elle fut supprimée en 1802.