LES SUFFRAGANTS DE VIENNE
celui de Tarantaise, une province spéciale. D'autre part, on donna lecture au concije de Francfort des lettres de Léon, confirmées par Symmaque, où Ton ne reconnaissait à Vienne que quatre suffragants, Tarantaise y compris. En 867, cet arrangement fut consacré à nouveau, et dans les termes mêmes de Léon, par le pape Nicolas (1). Du silence de ces documents pontificaux il était naturel de conclure que ni Maurienne, ni Die, ni Viviers ne relevaient de Vienne. Maurienne était tout près de Tarantaise; Die et Viviers s'étaient jadis rattachées à Arles.
En ce qui regarde Maurienne, nous n'en sommes pas réduits aux conjectures. Une lettre de Jean VIII (Jaffé, 3150). de Tannée 878, désigne formellement Tévéque de cette localité comme suffragant de Tarantaise.
Un manuscrit du X* siècle (2), provenant directement du Puy en Velay, mais évidemment d'origine viennoise, contient un récit de la fondation du siège de Maurienne avec le titre suivant : Auctoritas quod ex antiquo Moriensis ecclesia Viennensi ecclesie metropoli subdita fuit. Ce document semble postérieur à Grégoire de Tours et même à la Chronique d'Adon (3). Il semble bien avoir été rédigé en vue de prouver que Maurienne avait été, dès l'origine, soumise à la métropole de Vienne. On éprouvait donc à Vienne, au X* siècle, le besoin de se défendre sur ce point. Dans le même manuscrit figure la Notice des Gaules, mais avec une retouche assez grave; l'unité de la Viennoise administrative est brisée ; il y a une province de Vienne et une province d'Arles (4). On a voulu, cela est clair, faire
(1) Lettre à l'archevêque Adon (Jaffé, 2876).
(2) Pari8inu8, 1452, f» 202.
(3) Gl. m&rt., 13; Adon, Migne, P. L., t. CXXIII, p. 103; cf. Gundlach^ dans le Neues Archiv., t. XV, p. 63, n. 1. Dans son édition do ce document (M. G. Script, merov,, t. III, p. 533), M. Krusch donne les variantes d'un autre manuscrit, conservé aux archives de la cathédrale de S. Jean de Maurienne, mais il n'en indique pas l'âge.
(4) Sur les mss. qui présentent cotte particularité, voir Mommsen, A/. G. Auct. Antiquissimi, t. IX, p. 582.
la vieille notice avec les circonscriptions ecclé-
moise se présente d'abord, avec le3 cités de enève, Grenoble ; Valence est omise par suite de îcident ; puis vient la province des Alpes Grées 3S :
em de provinciis septem : Provincia Viennensis prima :
Civitas Vienna metropolis, Civitas GenaveDsium, Civitas GratiaDopolitana ; j quam etiam provincia Âlpium raiarum et Penninarum pertinet :
Civitas Ceutronum Darentasia, Civitas Vallensium Octodoro, Civitas Maurienna, Civitas Augustana.
Vovincia Aquitanica prima :
les six provinces de Bourges, Bordeaux, Auch, , Aix, Embrun. Après quoi le texte continue :
Finiunt provinciae septem.
Arelatensis. Civitas metropolis Ârelas,
Civitas Masiliensium,
Civitas Albensium Vivario,
Civitas Dehinsium,
Civitas Trecastinorum,
Civitas Vasensium,
Civitas Aurasicorum,
Civitas Cavallicorum,
Civitas Avennicorum,
Civitas Carpentoratensium Vindasca.
est omis.
angement est remarquable. D'abord il nous offre eption des Sept-Provinces qui est identique à
faux privilèges. Dans ceux-ci on ne réclame jairles ni son domaine : la province d'Arles ne fait I du groupe des Sept-Provinces. En revanche, on ne à la métropole de Vienne toute la province de e. Le faussaire a dû avoir sous les yeux une iVo-
tice des Gaules exactement conforme à celle-ci. On sait d'ailleurs qu'il s'est servi de Vatu>torita^ relative à Maurienne (1).
Ce dernier document est, il est vrai, en contradiction avec la Notice, où Maurienne est annexée à la province de Tarantaise. Entre les deux, le faussaire a suivi le plus favorable au siège métropolitain de Vienne. Il faut noter aussi que la Fnotice remaniée maintient dans le ressort d'Arles les deux évêchés de Die et de Viviers (2), tandis que le faussaire les revendique expressément pour Vienne.
De tout ceci il paraît résulter que la situation demeura longtemps indécise et que, dans le courant du X« siècle, il n'était pas bien sûr, même à Vienne, que les évéchés de Maurienne, Die et Viviers appartinssent au ressort de cette métropole. L'ancienne répartition opérée par saint Léon, renouvelée par Nicolas P% suivie par Jean VIII, faisait toujours obstacle. On l'alléguait volontiers pour soutenir les prétentions relatives à Tarantaise; mais pour Die etVi* viers elle était gênante. On se tira de là, d'abord par les faux du XP siècle, puis par les bulles de Calixte 11^ qui consacrèrent toutes les revendications viennoises et donnèrent à la province ses limites définitives.
Une tradition très ancienne, constatée dès le premier tiers du VP siècle, attribue la fondation de la chrétienté de Valence à trois missionnaires envoyés de Lyon, les martyrs Félix, prêtre, Achillée et Fortunat, diacres (3). Après ces origines, le souvenir de saint Apollinaire, frère de
(1) Qundlacb, loc. cit.
(2) Cependant, un manuscrit aussi ancien que celui-ci, le Parisinus Nouv. Acq,, 1460, où la Viennoise primitive est démembrée aussi, exclut ces deux cités de la province d'Arles.
(3) Sur cette tradition, cf. ci-dessus, p. 51 et suiv. Son premier document est, il est vrai, une pièce apocryphe, mais qui suppose et constate une croyance antérieure. Fête, le 23 avril, marquée déjà dans le martyrologe hiéronymien.
216 FASTES éPISCOPAUX DE l'aNGIENNE GAULE.
l'illustre évéque de Vienne saint Avit, est le plus ancien de ceux qui ont été retenus par la tradition du moyen âge. Il est vrai que, sur cette tradition, nous n'avons qu'un document bien tardif, la chronique des évéques de Valence, recueillie par dom Estionnot dans un manuscrit de Nicolas Chorier, et publiée par M. l'abbé Ulysse Chevalier (1). Ce manuscrit provenait de la cathédrale de Valence; il avait été rédigé successivement à des époques assez diverses, lu XVI® siècle. Estiennot a cru distinguer des réas du X« siècle, du XII% du XIIP, du XIV* et du Voici ce texte :
1 Hieronymus doctor legis Dei in Catalogoscriptorum ecctesiass. Polycarpum b. apostoli Domini et evangelistae lohannis fuisse um et ab eo Smyrnae provinciae Asiae fuisse ordinatum episcouius discipulus Irenaeus Lugdunensis archieplscopus suos disci- ^elicem presbyteruih, Portunatum et Actiitleum diaconosad hanc nam urbem ad praedicandum verbum Dei misit, qui primi urbis ncolis verbum Dei fidei ad gtoriosum noraen Domini simulquc b. iduae Trinitatis communitatem indissolabitem prnedicarunt. Qui iximam praefatae urbis partem ad Christi fidem convertissent, a > pp. Aureliani imperatoris duce novam persecutionem in Clirisloventis, anno salutis CCLXX VIII palmam martyrii sumpserunt. illorum gloriosam mortem fides catbolica in bac urbe latuit exiusque ad Constantinum magnum, pace ecclesiis Dei pcr eum ; cuius edicto gentilium templasub versa sunt aut secundum mo- •rum temporum Dco et eius Virgini Matri dicata fiierunt. Quare rtationem alicuius sacerdotis qui secrète aliquos urbis huius ci istianismum doccbat, templum idolorum ad bonorom Christi et rginis Matris dicatum est, quod a figura eius rotunda nunc ec- . Mariae Rotundae nuncupatur. Nomina autem sacerdotum ibi- !0 et populo Valentino deservientium incognita babentur. Nam DCCXIX baec urbs capta est a Gothis peste Ariana laborantiet a fide sincera deflexit usque ad tempora beatissimi confessons
cuments inédits relatifs au Dauphiné (Académie Delphinale), t. II,
ci est peu d'accord avec la conversion de la plus grande partie de
racontée dans la phrase précédente.
ronique de 452 {Prosper Tiro), à l'année 412 : « Valentia nobilis- Billiarum civitas a Gothis effringitur, ad qunm se fugicns lovinus rat. » — l'eut-ôtre la tradition avait-elle fondu ensemble ce souvenir
des ravages de la colonie d'Alains installée en 440 sur le territoire ince ; voy. ci-dessus, p. 80, n. 1.
Cbristi ApoUinaris mirae saiictitatis ac significac virtutis, a fratre suo Âvito arcbiepisco^o Vieniieusi primi huius urbis ordinal! cpiscopi, régnante Zenone imperatorc (1). Cuius sedes episcopalis fuil ecclesia s. lobannis Baptistae et Ëvangelistae ab ipso et civibus Valentinis constructa, quae nunc Stepbani protomartyris nomine nuncupatur, in qua sedens claruit annis XXIV.
Beato Apollinari successit Maxhninus (2), sanctitate et virtutibus pollens.
Inde Aemilianus, vir sanctissimus (3),
et post bunc s. Salvius^ rairae sanctitatis episcopus (4);
quem secuti sunt Antonius^
deinde AntoninuSy
post Gallus (5),
et tuai Raynaldus (6),
inde E lephas. Qui, iuxiSi scntentiam apostoli duplici bonore babiti sunt digni. Nam cum decano, arcbldiacono, arcbiclavo et eorum canonicis verbo et doctrina ita praefuerunt ut eorum successor
Waklaldus, faniitiaris fuerit Karolo imperatori, manifestans ci primordia œligionis cbristianae in bac nrbe et dioccsl. Quarc religiosus imperàtor inter caetera dona dédit ci in episcopatu Kbcgensi ecck'siana unam cum appenditiis suis, in qua beati confessores Maximus Rbegensis episcopus et ApoUinaris convenirc (7) solebant de rébus divinis tractaturi.
Ëo temporc legati praedicti imperatoris provideniia divinaossab. Cypriani martyris et episcopi Cartaginensis ab Africa sccum detuterunt usquead urbem Arelatensem ; quae a praefato imperatore Leydraido archiepiscopoLugdunensi data fuerunt in custodiam quoadusquc reliquias b. Cornelii Romani poutificis et martyris coadunasset. Dumque in boc sancto proposito intendit, Aquis Grani in Domino obdormivit. Cuius piam voluntatem sequentes episcopi Sylvius
cl Lambertus executioni mandare curaverunt. Nam devota fidcliuin muititudine crescente, quia ecclesia s. Stepbani angustior erat, iuxta illam sacellum cum suo altari ad honorem b. Gypriani construxcrunt.
DonUus vcro mirae sanctitatis vir, translationem b. ApoUinaris ab inferiori s. Pétri ecclesia burgi ad ecclesiam s. Stepbani celebravit.
(1) La tradition est trop modeste; le siège de Valence existait certainement au IV* siècle.
(2) Il sortit dur de croire que ce Maximin fût identique au Maxime dont il est parlé ci-dessous (n* 1)\ ce sera plutôt celui de 567 (n* 6).
(3) Celui do 374.
(4) Ce saint Salvius a été identifié par les uns avec un personnage do ce nom mentionné dans la vie do saint Eloi, les autres avec saini Sauve de Valenciennes (t v. 800) Ces identifications no sont pas justifiées.
(5) Ci-dessous, n* 5; il vivait en 549.
(G) Probablement le Ragnoaldus de 585 (n* 1).
0) Ceci n'est pas possible; il y a près d'un siècle de distance entre les deux saints.
Roberlus aliud sacellum contiguum ad honorem dominicae Crucis construxit.
Dalvarannus limites episcopatus Valentini cara authodtatc Hladovici imperatoria confirraare cura.vit anno DCCCCK et lia episcopatus Valentinus iimitatus.
Cum (i) propter officium divinam, tum propter servitium ex pluribus officiis crebrescentibus, nobiles ac cives Valentini bona temporalia temporibus subsequentibus bonae memoriae episcoporum contalerunt» quorum baec sunt nomina :
Erlardus,
Isaac^
Àymericus,
Addo,
Brocardusy
Archimberius,
Aginnus^
Bobertus,
haac, qui cum laudabili ritu praefuerunt ; et eorum temporibus a feticis recordationis Nicolao papa huius nominis II^ data est potestas huius canonicis Valentinensis ecclesiae élection is episcopi et omoinm dignitatum et officier um.
Supradictis episcopis successit Remegarius vitae venerabilis, qui înter sua praeclara gesta translationcm ss. martyrum Felicis, Fortunati et Âchiliei ab eorum sepultura in ecclesia b. Stephani célébra vit. Postea eius successores
Odilbertus^
Aimo,
et Guigo cum maiori observatione cultui divine praefuerunt.
Inde Lambertus colligens omnes reliquias praedictas in capsa argentea, solemnitatem inventionis earam instituit,
qu&m Humbertus continuando approbavit,
et Pontius ligno s. Crucis et cruce lapillosa cum portisac tabulis duabus eburneis sacellum s. Crucis decoravit.
Post qucm Gontardus, que pracsidente bonae memoriae Urbanus II pontifex Homanus, ecclesiarum Cbristi curam gerens, dum ad générale concilium Claromontem per hanc urbcm iter faceret, prospiciens priorum episcoporum summam vigilantiain atquc doctus Karoli magni piam intentionem, dissolutis praedictis s. Crucis ac b. Cypriani sacellis iuxta ecclesiam b. Stephani, hanc basilicam magnificam aprimo lapide ad summum usque aedificavit, sanctissimorumque martjrum Cornelii et Cypriani ossacoadunando supra maius altare, una cum corporibus ss. martyrum Felicis, Fortunati et Âchiliei ac primi episcopi Apollinaris, eam dedicavit anno MXCIV, transferendo in eam sedem episcopalem,
in qua Eusiachius episcopus féliciter sedet.
(1) A partir d*ici, Estiennot note un changement d'écriture.
Suivaient, dans le manuscrit, diverses autres séries, qui prolongeaient le catalogue jusqu'à Jacques de Tournus, nommé en 1540.
Avant d'apprécier la valeur historique du texte que je viens de reproduire, il convient d*y adjoindre une série, limitée, il est vrai, puisqu'elle ne commence qu'au milieu du IX* siècle, mais très recommandable par sa provenance. On la trouve dans le troisième cartulaire de Grenoble; ce manuscrit, conservé à la bibliothèque de Grenoble est du milieu du XIP siècle environ.
Dans la partie qui nous intéresse il n'est pas très facile à lire, beaucoup d'endroits ayant été endommagés. Voici ce qu'en a tiré M. Marion (t), dont je reproduis ici l'édition :
Episcopi Viennenses,
Âilmarus.
Ado.
Otrannus.
Bernuinus.
Ragenfredus.
Alexander.
Sobo.
Tbeutbaldus.
ValenUnenses,
Doctrannus.
Ratpertus.
Hysaac.
Aimenricus.
Remegarius.
Odilbertus.
Aimo.
Vuigo.
GracianopolUa ni.
Berne ri us.
Hysaac.
Alcbcrius.
Isarnus.
Umbertus.
Doctrannum invenimus in cartis nostris contemporaneum Barnerii;... Bernerium Gratianopolitanum, in tempore Adonis; ...tempore Bemuini Viennensis, Hysaac Valcntînensis;... Rertiegarium Valentinensem... Sobonissub Ludovico. Boboncdefuncto, cum nondum... Valentinensem cum aliis episcopis, assensu Viennensis cleri et populi ord... aecclesiae, sub Conrado rcge. Postea invenimus Teutbaldum Vjennensem succèssorem Sobonis... IsarnumGratianopoIitanum eudem tempore fuisse sub rege Gonrado. Postea invenimus... Vuigonem Valentinensem, Aimonis successorem, ac Humbertum Gratianopolitanum successorem... sub Gonrado rege.
L'auteur de ces catalogues et des observations qui les accompagnent s'est aidé, exclusivement, à ce qu'il semble, des chartes qu'il avait sous la main.
(I) Cartulaire de Grenoble^ p. 264.
Revenons maintenant au catalogue valentinois. Il est aisA Hft voir que, après le préambule sur les premiers misires, contemporains de saint Irénée, il comprend séries ou groupes de noms.
►remier groupe contient neuf noms, qui, bien évint ne sont pas en ordre. Dans la pensée du comp, ces neuf évéques sont antérieurs à Waldaldus, porain de Charlemagne. En fait, les cinq qui sont
d'ailleurs sont antérieurs non seulement au IX' mais au VII®. Quelques-uns, appartenant à la même j, ne figurent pas ici, bien qu'ils soient sûrement 5 : Cariatho (442), Ailulfus (642), Ingildus (650), Bobo La liste est donc non seulement en désordre, mais ilète. Il est juste, je crois, de conserver les noms de , Antonius^ Antoninus, Elephas, qu'elle est seule à
; mais il n'est pas possible de les classer chronololent.
. la seconde partie, Waldaldus est donné comme fade Vempereur Charlemagne ; il aurait donc vécu en-
et 814. Silvius et Lambertiis auraient siégé après auteur leur fait élever une chapelle à saint Cyprien, cadre, d'une part avec les prétentions que l'église Bnce éleva sur les corps des saints Corneille et Cyd'autre part avec la date de la translation (814) de yprien à Lyon. Vient ensuite Bonitus, dont le nom lu bas du faux concile de Narbonne (788). Lui aussi 3'étre occupé d'une translation ; mais il est clair que
doit le faire reporter au delà des trois autres. Roîst évidemment le Ratbertus ou Ratpertus que nous isons par le cartulaire de saint Hugues et par divers documents, desquels il résulte qu'il fut évêque de 3 au moins de 858 à 879. Avant lui, saint Hugues que un autre, Doctrannus, qui manque à notre liste.
nous donne après Robertus un Dalvarannus qu'elle
rapport avec l'empereur Louis l'Aveugle pour un lent daté de 910. Cette date est inacceptable, car le
siège de Valence était alors occupé par Remegarius. Mais il y a plus, le Dalva7'annus éienii absent de la liste de saint Hugues, qui fournit un contrôle pour cette période, il y aurait lieu de mettre son existence en doute, sll n'était possible de l'identifier avec Doctrannus.
Donc, pour ce second groupe encore, c*est-à dire pour la partie afférente au IX® siècle, notre document laisse -à désirer, au point de vue de Tordre.
Le troisième groupe contient, comme le compilateur l'a marqué expressément, des noms d*évêques relevés dans les chartes de donation. Avec cette série on est censé atteindre le temps du pape Nicolas II (1059-1061). Mais il ne faut pas s'y£er. Le cartulaire de saint Hugues, vérifié par un grand nombre de documents, nous permet d'établir avec sûreté la liste épiscopale de Valence pendant le X* siècle; un seul des neuf noms de noire liste y figure, c'est celui à'AymeiHcuSy VAimenricus de saint Hugues. Isaac, qui semble avoir été dédoublé, est connu par des documents de 886, 892, 899 ; Robertus semble être ici une répétition A\i^Robertus de 858. Addo est peut-être identique à l'évêque de ce nom qui concourut à Thionville, en 835, à la déposition d'Ebbon de Reims, et, en 840, à Ingelheim, à sa restitution. Restent Erlardus^ Brochardus^ Archimberbertusy Aginnus, qui, ne pouvant être placés ni au X* siècle ni plus lard, ni même dans la seconde moitié du IX* siècle, se trouvent rejetés assez loin en arrière.
Le dernier groupe s'ouvre par la série Remegarius, Odilberlus, Aimo, Guvjo, qui concorde parfaitement avec la fin du catalogue de saint Hugues. La suite, Lambertus, HumbeiHtÂS^ Pontius, Gontardiés, Eustachius, est attestée par les documents, sauf que ceux-ci ne soutiennent pas Humbertus et qu'ils nous obligent à introduire à sa place un Wigo IL Y a-t-il ici une erreur, ou cette difi'érence des noms s'explique-telle par des circonstances inconnues de nous? je ne sais. Toujours est-il que, sauf ce point litigieux, le dernier quart de notre catalogue, correspondant aux X® et
XI* siècles, est d'accord avec la réalité des choses. Rien ne s'oppose, en somme, à ce que l'ensemble ait été rédigé à la date que la finale réclame, c*ost-à-dire sous Tévêque Eustache, qui, promu vers le commencement du XII* siècle, siégea en droit jusqu'en 1134 (1) et en fait jusqu'en 1141. De cette discussion il résulte que, pour les temps antérieurs au début des listes de saint Hugues, c'est-à-dire au milieu du IX** siècle, c'est aux documents qu'il faut s'adresser directement pour constituer la série des évoques de Valence.
1. — Aemilianns, — Le plus ancien que l'on puisse atteindre nous est fourni par la vie de saint Marcellin d'Embrun, texte hagiographique de fort bonne note. Il y est dit que Marcellin, premier évéque d'Embrun, fut ordonné par saint Eusèbe de Verceil et par Emilien, évéque de Valence. Un Aemilianus signa au concile tenu dans cette dernière ville en 374. Ce doit être le môme, bien que sa signature n'indique pas de siège épiscopal. Â première vue, on peut trouver étrange l'association d'un évéque de Verceil et d'un évéque de Valence pour la fondation d'une église à Embrun. Quand on y regarde de plus près, on constate qu'il n'y avait guère, entre la vallée du Pô et celle du Rhône, d'évéchés plus rapprochés que ceux dont il s'agit. Celui de Grenoble n'apparaît pas avant 381 et à cette date il en était encore à son premier titulaire. De ceux de Tarantaise et de Turin, il n'est pas question avant le V« siècle (2), Il n'y a donc aucune raison de se défier du témoignage de la vie de saint Marcellin. Mais il n'en résulte pas qu Aemilianus doive être considéré comme le premier évéque de Valence. C'est le plus ancien que l'on connaisse, voilà tout ce qui peut être affirmé (3).
(1) n fut alors déposé par le pape Innocent II.
(2) Die avait alors des évoques; peut-être le titulaire fut-il choisi pour être le troisième consécratcur.
(3) Le G. C. élimine, avec raison, un Sextus de source polycarpique.
2. — Maœimus, — Ses antécédents et sa conduite donnèrent lieu à une lettre (1) du pape Boniface I, du 13 juin 419, où il est enjoint aux évêques « des Gaules et des Sept-Provinces » de le faire passer en jugement. D'après la teneur de cette lettre, Maxime aurait déjà donné des sujets de plainte sous les prédécesseurs de Boniface, c'est-à-dire à tout le moins sous les deux derniers, Innocent et Zosime, ce qui suppose qu'il siégeait avant l'année 417.
3. — Cariaiho. — Se fit représenter au concile de Vaison, en 442 (2).
4. — Apollinaris. — Saint Apollinaire, le frère de saint Avit, assistait, en 517, au concile d'Epaone ; un peu plus tard (518-523) à celui de Lyon. Sa fête est au martyrologe hiéronymien, 5 octobre. S'il faut en croire sa vie (3), il siégea trente-quatre ans.