AU NOM DE DIEU, LE CLÉMENT ET LE MISÉRICORDIEUX
Ceci sont les paroles du savant et érudit Chaikh et Imam Chams ad-Dîn Abou 'Abd Allah Mohammad ibn Qâsîm al-Ghazzî. Que Dieu, dans Sa clémence, couvre ses fautes et soit satisfait de lui! AmenI
Gloire à Dieu, qui, dans Sa grâce, a daigné nous révéler ^) le Coran. Or la proclamation de Sa gloire doit, non seulement précéder tout acte que nous avons à cœur, et terminer toute invocation dont on espère qu'elle sera exaucée, mais encore c'est par elle que finissent les vœux des musulmans admis au Paradis en récompense de leur vertu.
Je glorifie Dieu , parce que Sa volonté souveraine a daigné seconder dans l'étude du droit divin les élus parmi Ses serviteurs. J'invoque la grâce et la bénédiction de Dieu sur le chef-d'œuvre de la création , sur Mahomet, le seigneur des envoyés de Dieu, l'homme qui a prononcé les paroles dignes de remarque: <vSi Dieu veut favoriser un mortel. Il lui ac- «corde la science du droit divin». *) J'invoque aussi la grâce et la bénédiction de Dieu sur la famille et les compagnons de Mahomet. Qu'ils soient tous bénis aussi longtemps qu'il y aura dans le monde des gens sérieux qui penseront à Dieu et des gens irréfléchis qui L'oublieront.
Ensuite. L'ouvrage qu'on va lire est un manuel de jurisprudence très-succinct et scrupuleusement élaboré. Je l'ai composé en guise de commentaire sur le précis de jurisprudence bien connu , intitulé at-Taqrîb(le Rappro-
1) Il y a ici en arabe un jeu de mots : littéralement Fauteur dit : //ouvrir//, en faisant allusion au titre du premier chapitre du Coran, al-Eâtihah /rouverture//, //commencement//.
*) D'après une tradition qu'on trouve dans le Çahîh ou Recueil d'Abou 'Abd AUâh Mohammad ibn Isma'îl al-Bokhârî (ed! Krehl) vol. I p. 28. Bokhârî est mort l'an 25fî de l'Hégire.
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chement , c'est-à-dire : vers Dieu), et à Tusage des étudiants qui ont besoin d'instruction dans les principes ^) de la loi civile et religieuse. J'espère qu'au dernier jugement ce travail sera accueilli par Dieu comme un de mes titres au salut, et en tout cas que Ses serviteurs, les musulmans, en tireront quelque profit ici-bas. Certes Dieu entend les invocations de Ses serviteurs; Il est omniprésent; Il exauce les prières, et le fidèle qui s'adresse à Lui n'est jamais trompé. On lit dans le Coran (II : 18'2): «Lorsque Mes ser- <<viteurs te parleront de Moi , Je serai près d'eux». ^)
Il faut savoir que dans quelques exemplaires du précis dont je viens de parler, il est appelé at-Taqrîb, et dans d'autres Ghâyat al-Ikhtiçâr(le Précis succinct); mais dans la doxologie l'auteur ne nous apprend point comment son livre doit être intitulé. Vu cette incertitude relativement au titre du Précis, j'ai donné à mon commentaire deux titres: Fath al-Qarîb al-Modjîb fî Charh Alfâth at-Taqrîb (la Révélation de l'Omniprésent qui exauce les prières , Commentaire sur les Paroles du T a qr î b), et, en second lieu: al-Qawl al-Mokhtâr fî Charh Ghâyat al-Ikhtiçâr (la Sentence Choisie, Commentaire sur la Ghâyat al-Ikhtiçâr).
Je vais insérer dans mon commentaire le texte du Précis , •) c'est-à-dire les paroles mêmes de son auteur, le Chaikh et Imâm Abou t-T^yyib, plus connu sous le nom d'Abou
1) Le mot arabe far' pi. forou' signifie littéralement //branche//. Les jurisconsultes l'emploient par opposition à açl pi. oçoul //racine//. Les//ra- //cines// du droit sont les bases philosophiques et métaphysiques sur lesquelles sont fondées non seulement les prescriptions constitutives^ mais encore la raison d'être et l'autorité du droit. En revanche les //branches// sont les principes pratiques dérivés de ces bases. L'auteur veut dire qu'il ne s'occupera point de la philosophie du droit, mais seulement de la dogmatique.
*) En arabe qarîb. Il y a ici encore un jeu de mots. Le titre du Précis, taqrîb, est l'infinitif de la deuxième forme du verbe qariba ou qaroba, tandis que le mot qarîb est un adjectif dérivé de la même racine. Les passages du Coran sont cités selon la traduction de Kasimirski.
') Le texte du Précis sera imprimé en italique , pour le distinguer du commentaire d'Ibn Qâsim lequel sera imprimé en romain Sur Abou Ghodjâ', Ibn Qâsim et leurs ouvrages, voy. la Préface.
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Chodjâ' Chihâb ad-Dîn wal-Millah Ahmad ibn al-Sosain ibn Ahmad aUçfahânî. Que Dieu arrose la terre où il est enseveli de la pluie de Sa clémence et de Son contentement, et qu'il le fasse habiter dans les plus hautes régions du Paradis!
Au nom de Dieu, le Clément et le Miséricordieux.
Je commence mon commentaire en faisant observer au lecteur que «Dieu» (Allah) est pour l'Être Suprême le nom qui désigne son essence, laquelle a une existence nécessaire. L'idée exprimée par «Clément» (a r - R a h m a n) est plus élevée que celle exprimée par «Miséricordieux» (a r - R a h î m). Gloire à Dieu. Ces mots constituent une glorification de Dieu; l'auteur Lui attribue quelque chose de beau pour dénoter Sa majesté, et ajoute: le Maître, c'est-à-dire le propriétaire, de toutes les créatures. Le mot arabe 'âlamîn (créatures) ne doit pas être confondu avec le mot 'âlimîn (savants). Cîomme l'a déjà fait remarquer Ibn Mâlik, ^) le premier mot, tout en ayant la forme d'un pluriel, est en réalité un nom collectif, qui se rapporte spécialement aux êtres raisonnables. Quoique le singulier grammatical en soit 'â 1 a m , ce dernier mot n'en est point le singulier logique , parce qu'il implique tout ce qui existe , pris ensemble , excepté Dieu , tandis que le mot 'âlamîn (créatures) implique seulement les êtres raisonnables. Que Dieu accorde Sa grâce et Sa bénédiction à notre Seigneur Mahomet, le Prophète. Le mot arabe nabî s'écrit tout aussi bien avec que sans hamzah. C'est un homme à qui Dieu a révélé une loi pour être observée, lors même que ce serait sans l'obligation de la promulguer; s'il a reçu l'ordre de promulguer la loi à lui révélée , il est non seulement «prophète» mais encore «ambassadeur» *) de Dieu.
* ï) CSélèbre grammairien, mort Tan 672 de l'Hégire. L'observation relative an mot 'âlamîn se trouve dans son ouvrage intitulé al-Alfîjah, p. 6 du texte arabe d'après l'édition de S. de Sacy.
2) En arabe rasoul. Par conséquent tout ras oui est un nabî, mais non pas tout nabî un rasoul.
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L'auteur veut exprimer son désir personnel que la grâce et la bénédiction divines soient accordées à Mahomet. Quant au nom de Mahomet (en arabe mohammad, littéralement: le loué), c'est étymologiquement un participe passif de la deuxième forme du verbe ha m ad a, duquel participe Tusage a fait un nom propre. L'expression an-nabî (le Prophète) est une apposition épithétique et explicative du nom de Mahomet. L'auteur continue: avec la grâce de Dieu que je souhaite à 8a famille immaculée. Selon Châfi'î il faut entendre par la «famille» de Mahomet ses proches parents parmi les Banou Hâchim et les Banou l-Mo^talib, pour peu qu'ils aient embrassé la foi. Cependant quelques auteurs, et parmi eux Nawawî,^) soutiennent que tous les musulmans appartiennent à la famille de Mahomet. Peut-être le mot «im- «maculée» (at-tâhirîn) est-il chez l'auteur une réminiscence des paroles du Coran (XXXIII : 33): «et vous «assurer une pureté parfaite». L'auteur continue: et que Dieu accorde Sa grâce à ses compagnoiM. C'est le pluriel du mot «compagnon», savoir du Prophète, lequel pluriel est encore corroboré par les mots: tcms ensemble!
L'auteur nous apprend ensuite qu'il a été invité à composer son Précis. C'est ce qui r&ulte de la phrase: J*ai été invité par un de mes amis, — l'auteur se sert du pluriel — Que Dieu les garde! — c'est une phrase déprécative — à composer un précis, c'est-à-dire un livre où il y a peu de mots et beaucoup de choses, et qui contient un traité de jurisprudence. Le mot arabe fiqh (jurisprudence) signifie littéralement l'intelligence, mais, comme terme technique , il désigne la science des prescriptions légales concernant la pratique du droit, fondée sur des arguments analytiques. Le droit sera exposé dans le Précis selon
ï) Sur Nawawî et ses œuvres voy F. Wûstenfeld: Ueber das Leben und die Schriften des Scheich Abu Zakarija Jabja el-Nawawî, Gottingen 1849. Il mourut Tan 676 de l'Hégire. J'ignore dans quel ouvrage Nawawî a émis l'opinion que le commentateur a en vue.
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le rite de Vlmâm et excellent juriste Nâçir as-Sonnah wad-Dîn Abou *Abd Allah Mohammad ibn Idrîs ibn al-'Abbâs ibn 'Othmàn ibn Chafi' ach-Chdfi, né à Ghazzah Tan 150 de THégire, *) et mort — Que Dieu, dans Sa clémence, soit satisfait de lui/ — le dernier vendredi du mois de Radjab de Fan 204 de TH^ire. *) L'auteur rend compte du caractère de son Précis. En premier lieu, il déclare que L'ouvrage devra être très-succinct et abrégé au plus haut point, deux expressions qui ont à peu près la même force. En deuxième Ueu, l'opuscule devra être accessible à tout étudiant en droit, et facile à apprendre par cœur, même pour les moins avancés. Cela signifie que celui qui déaire apprendre par cœur un précis de jurisprudence pourra aussi facilement porter le livre de l'auteur dans sa mémoire qu'il porterait un objet sur son dos. Enfin, selon les instances de mon ami, je devrai y, c'est-à-dire dans le Précis, insérer autant de distinctions que possible relativement aux règles de droit, et faire bien ressortir, c'est-à-dire constater, le caractère des différents préceptes , de sorte que le lecteur puisse s'assurer si ce sont des préceptes obligatoires, recommandables, etc.
J^ai accueilli favorablement la demande formulée dans les paroles précitées de mon ami, dans F espoir cC obtenir une récompense, de la part de Dieu dans l'autre vie, laquelle récompense me dédommagera de la peine que m'a
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coûtée le Précis qu'on va lire. L'auteur continue : et soupirant après Dieu y le Loué, le Suprême ^ afin que, dans Sa bonté, Il m'aide à mener à bonne fin le travail commencé, et afin quil m assiste dans mes ejforts pour annoncer la vérité, c'est-à-dire l'opposé de Terreur. Certes 11 est l'Être Suprême, et peut , c'est-à-dire II a le pouvoir d'accomplir, tout ce gull désire , c'est-à-dire tout ce qu'il veut , et par rapport à Ses serviteurs II est plein de bonté et instruit de l'état où ils se trouvent. La sentence que Dieu est plein de bonté et instruit a été empruntée aux paroles du Coran (XLII : 18): <ifDieu est plein de bonté envers <<Ses serviteurs», et (VI : 18, 73 ; XXXIV : 1): «W est sage «et instruit de tout». Du reste, «plein de bonté» (en arabe lat-îf) et «instruit» (khabîr) sont deux des épithètes de Dieu. La première signifie primitivement qu'il connaît toutes les subtilités et les difficultés, puis, dans un sens dérivé, qu'il est bienveillant. Or Dieu, qui connaît Ses serviteurs et leurs besoins, doit forcément être plein de bonté envers eux, puisque tout savoir est ordinairement tout pardonner. L'épithète «instruit» implique à peu près la même idée. En arabe le verbe khabara (être instruit de) et l'adjectif khabîr (instruit) sont tous les deux des modalités de la notion de «savoir».
L'auteur — Que Dieu ait pitié de son âme! — continue ainsi qu'il suit:
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