‹ Faubourg Montmartre, romanChapitre 1 sur 2 · RUE RACINE · texte numérisé non relu

RUE RACINE

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(opyright, 1914,

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— Une assiette anglaise, m'dame!

Mme Portriault dévisage sévèrement Gévrinette et la sert à regret. La charcutière est magnifique : elle a des brillants aux oreilles et, sur la tète, un amoncellement de copeaux roux. Sa boutique abonde en pièces montées où la gélatine est piquée de banderilles d'argent. D'âme poétique, elle a baptisé des pieds de cochon truffés « pieds Cendrillon ».

— Quand c'est-il, demande-t-elle, que vot' sœur se décidera à me payer?

— Elle passera...

— Je connais ça! A la Saint-Glinglin!

Mais, une cliente entrant, elle donne le paquet.

— Vous direz bien à vot' sœur...

— Oui! oui! Je me dépèche... Vous comprenez, madame Portriault, c'est aujourd'hui mon anniversaire....

— Quel âge avez-vous?

2 FAUBOURG MONTMAUIHE

— Quatorze ans.

— Ça vous repousse, tout de même!

Et, Gévrinette partie, la charcutière explique à la cliente :

— C'est la petite Gentilhomme, la fille à Mme Gentilhomme, qui tenait un cabinet de lecture dans le passage et qui était si distinguée. Des personnes qui ont dégringolé, quoi! Depuis qu'il est veuf, le père voyage pour les ficelles. La sœur aînée, Céline qu'on l'appelle, ne vaut pas chipette. C'est elle qui a eu les mains et le cou brûlés en nettoyant ses gants ; vous vous souvenez bien? Je les ai connus au premier de leur maison du faubourg. Ils ont fait tous les étages. Maintenant, les voilà au sixième, dans un logement pour ainsi dire. Marchez! J'en vois des choses, de mon comptoir! Et pour ce qui est de la roue de la Fortune, ça tourne que c'en est effrayant : aujourd'hui en l'air, demain en bas... Je suis là que je bavarde... qu'est-ce que je vous olTrirais, madame Collebucque?

Cependant Gévrinette termine ses achats : un litre de bouillon, un pain, des éclairs au chocolat. Il s'agit de tenir le tout en équilibre, de dédaigner ce voyou qui lui tire les cheveux, de garder une marche élasliquc, à la dernière mode, le souple déhanchement dos mannequins de la maison Mouronneau, où elle travaille...

— Gare la casse! Faut voir à ne pas renverser mon !)Oulottement!

Sous le porche, des ouvriers, histoire de rire, font mine de lui chiper lo litre; elle se faufile, leur échappe, sourit à l'un, fait la grimace à l'autre et grimpe un étage. Arrêt sentimental. Là elle est née. 11 y avait un cordon de sonnette en tapisserie ; maintenant, c'est

un bouton électrique et, sur une plaque de cuivre, le nom d'un tailleur. Plus haut, la chambre de Mme Gentilhomme s'enorgueillissait d'un petit balcon où poussaient des géraniums roses : c'est Mlle Perranchut, professeur de piano, qui profite du balcon ; mais elle n'y met pas de fleurs. Au cinquième, d'où ils viennent de déménager, c'est maintenant une dame algérienne, Mme Chouya-Barca, qui ne sort que le soir. Enfin, voici, au sixième, une porte grise, où est clouée cette carte de visite :

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