‹ Faune de France 7. PycnogonidesChapitre 1 sur 19 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

La faune française des Pycnogonides n'a jamais été étudiée d'une façon systématique; on ne la connaît guère que par des travaux relatifs à quelques points déterminés de nos côtes, et encore ces travaux sont-ils peu nombreux. Le plus important est un assez volumineux mémoire consacré par IIoek aux espèces de Roscoff; les autres sont des opuscules intéressants mais beaucoup moins étendus, parmi lesquels il faut citer ceux de (Jrube sur Saint- Vaast et Saint- Maloqui remontent à plus d'un demi-siècle, et celui où M. Cuénot a noté récemment ses observations sur les espèces d'Arcachon.

En fait, nous manquons d'ouvrages pour étudier les Pycnogonides propres à notre faune, et quand on veut aborder cette étude on est réduit au grand travail de M. G.-O. S.vns sur les Pycnogonides des mers européennes septentrionales et ù l'importante monographie consacrée par Dohrn aux espèces du golfe de Xaples. Ces deux ouvrages de haute valeur ont rendu les plus grands services; ils en rendront longtemps encore, et c'est à eux, comme on le verra plus loin, que j'ai emprunté la plupart des figures du présent travail; mais on ne les trouve que dans les bibliothèques bien pourvues, ils sont coûteux sinon introuvables, et s'ils se complètent dans une large mesure, ils ne s'éclairent pas mutuellement, ils risquent même d'égarer le novice, parce que certaines espèces de Dohrn sont synonymes d'espèces plus anciennement décrites dans les mers septentrionales.

C'est pour combler cette lacune et surtout pour développer l'étude d'un groupe trop insuffisamment connu que j'ai accepté d'écrire le présent travail. En composant et rédigeant ce fascicule, je n'ai pas eu pour but exclusif de réunir et de caractériser les espèces trouvées jusqu'ici dans nos mers ou qu'on pourra y trouver quelque jour, j'ai

voulu donner également une connaissance de ces animaux à tous les points de vue et susciter des recherches dans ces diverses directions. 11 y a là de quoi glaner et faire d'intéressantes découvertes. Qu'on lise à ce sujet les très originales observations de M. Loman sur ' les habitudes et la physiologie des Phoxichilidium et les remarques biologiques substantielles que .M. Cole joint quelquefois à ses travaux de systématique. En voulant mettre à l'épreuve de l'expériencele présent travail par la détermination dos Pycnogonides provenant de points très divers de nos côtes, n'ai-je pas eu la surprise de constater que la distribution de ces animaux, dans notre pays, réservait de faciles trouvailles? Le champ n'est pas très vaste, mais il promet d'être fécond; que les jeunes chercheurs se mettent à l'œuvre, et puisse ce modeste ouvrage faciliter leur travail !

Conformément à la méthode suivie dans les volumes consacrés à la faune maritime, je me suis borné à décrire les espèces de nos côtes et de leur plateau continental; toutefois, afiu de donner une idée •générale du groupe, j'ai mentionné quelques formes des abysses [Colossendeis] ou des régions septentrionales voisines [Chaetonymphonj, et l'on trouvera même dans l'ouvrage des notions sur les espèces décapodes, la connaissance de ces espèces étant nécessaire pour comprendre la classification et la phylogénie des Pycnogonides. Comme je le disais plus haut, la plupart des figures ont été empruntées aux mémoires de Saus, de Dohun, certaines aussi aux travaux de IIoek ; avec les tables dichotomiques, ces figures permettront aisément d'arriver à la détermination des espèces. La description de ces dernières a été faite aussi brève que possible; pour rendre le travail plus bref encore, j'ai omis de relever dans la description les caractères mentionnés aux tableaux dichotomiques. Qu'on ne me reproche pas d'avoir négligé la partie éthologique de l'ouvrage; je l'ai traitée de mon mieux, mais les renseignements qu'on possède sur ce point sont d'une insuffisance notoire et c'est aux futurs chercheurs qu'il reviendra de les compléter.

Au point de vue bibliographique, je me suis conformé plutôt aux. usages courants qu'aux prétendues réformes qui, sous le prétexte d'une priorité éminemment discutable, risquent de bouleverser une science qui n'a pas besoin de complications nouvelles. Quand la priorité est évidente, incontestable, il faut se plier à la règle, et c'est

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ce que j'ai fait, non sans hésitation, en appelant Chilophoxus, avec M. Stediung, les espèces rangées précédemment dans le genre Phoxichilus (que certains auteurs appellent Endeis, ressuscitant une ancienne dénomination de PniLirpi) ; c'est ce que j'ai fait aussi pour toutes les espèces, en relevant d'ailleurs les appellations synonymes qui leur ont été données. Mais à quoi bon, par exemple, remplacer le nom d' Anoplodactylus \Yilson 1878 par celui d'Anaphia Say dont la signification exacte est pour le moins problématique? Quelle fièvre de changements des noms! Si la règle de priorité a sa raison d'être, pourquoi substituer au nom de Pyenogonides donné au groupe par Latueille en 1810, celui de Podosomala introduit par Leach en 1815, et mieux le nom beaucoup plus récent de Pantopoda proposé par GERSTÀ'cKERon 1863 (')?S:rait-ce,comme l'écrit Norman [1908, p l'J8), « parce qu'il n'est pas désirable que le nom d'une classe soit établi d'après le nom d'un genre qu'elle embrasse»? mais alors, combien de noms devraient être rayes et remplacés dans la nomenclature zoologique!

Laissons ces exercices byzantins! Le progrès ne consiste pas à introduire des noms nouveaux ou à exhumer des noms anciens, il résulte exclusivement des expériences et des observations faites en pleine nature ou au laboratoire.

1. Lo groupe des « Pyenogonides » fut créé par Latiieille pour les animaux appartenant au type des Pycnogonum (ruxvo; serré, nombreux, y«Jvo; articulation), genre qui fut établi et nommé par Brùnnicii (l'G'i, p." 8i) « à cause de ses articulations nombreuses » {i/tiod e crebris articulalionibus). Le terme de Pndosom-ita (noSô; p!ed,où[jiacorps)donne évidemment une idée plus exacte djs animaux qui nous occupent, el l'on peut en dire autant du nom de Pantopoda (tii'ti5; tout, ttoîô; pied) qui a presque la même signification ; mais cela suffit-il pour donner une entorse ù la fameuse loi de priorité !

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