CLASSIFICATION
Systèmes. — A l'exemple des auteurs anciens, Dohrn s'est borné à réunir les Pycnogonides en genres groupés eux-mêmes - en familles. Le zoologiste américain Wilson (1880) a suivi une méthode semblable, mais en divisant les Pycnogonides en trois groupes d'après leur armature prébuccale qui est tantôt parfaite (chélicères à pinces), tantôt réduite (chélicères simples), parfois nulle (pas de chélicères). Plus récemment, G. - O. Sars (1891) a présenté un système analogue, mais plus étudié, qui sert encore de guide à beaucoup de zoologistes parce qu'il est accompagné de descriptions et de figures absolument parfaites. Dans ce système, les Pycnogonides sont divisés en trois ordres qui comprennent les familles et les genres suivants :
1° Achelata (pas de chélicères) : Pycnogonidae (Pycnogonum) et Phoxichilidae (Phoxichilus, Chilophoxus).
2° Euchelata (chélicères bien développés) : Phoxichilidiidae (Phoxichilidium, Anoplodactylus); Pallenidae (Pallene, Pseudopallene; Cordylochelé), et Nymphonidae (Nymphon, Boreonymphon, Chaetonymphori).
3° Cryptochelata (chélicères réduits) : Ammotheidae (Ammothea); Eurycydidae (Eurycyde, Ascorhynchus), Pasithoidae (Colossendeis).
Loman (1908) a justement critiqué ces systèmes qui reposent sur l'emploi d'un organe essentiellement variable avec l'âge, et il propose une classification où les Pycnogonides sont divisés en deux sections suivant que les ovigères présentent une griffe terminale et 10 articles, ou sont inermes, avec des articles en nombre variable, chaque section se subdivisant en deux familles d'après les palpes et les chélicères. La l re section comprend les Eurycydidae (avec trois sous-familles :Colossendeinae,Ascorhyncbinae, Pycnogomnae) et les Nymphonidae (avec deux sous-familles: Nymphoninae, Palleninae), la 2 e les Ammotheidae (avec deux sous-fa-
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milles. Nymphopsinae,Ammotheinae ct!esPhoxichilidae(avec deux sousfamilles : Phoxichitidiinae et PhoxichiUnae. Les ovigères semblent bien avoir une valeur systématique supérieure à celle des chélicères, mais il est certainement excessif de leur subordonner toute la classification des Pycnogonides ; s'il est excessif de rapprocher des formes aussi différentes que les Pycnogonum et les Chilophoxus, les Ammothea et les Colossendeis comme on l'observe dans le système de Sars, il ne l'est pas moins de rapprocher, avec Loman, les Ammothea et les Chilophoxus, les Colossendeis et les Pycnogonum.
Les espèces décapodes et le groupement en séries. — On évite ces rapprochements arbitraires en tenant compte des modifications progressives de chaque organe pour diviser les Pycnogonides en séries évolutives ayant comme point de départ un type primitif. IloEKa eu le mérite d'inaugurer cette méthode (1881) qui fut reprise et modifiée par Cole [1905] lorsque les travaux de IIodgson eurent fait connaître les premiers Pycnogonides à dix pattes, Decolopoda et Pentanymphon. Comme l'a observé Calman, les deux séries établiespar Cole, Pycnogomorpha et Coîossendeomorpha sont « forced and unnatural « ; mais les découvertes ultérieures, surtout celles du Pourquoi pas? conduisent à modifier ces groupements si l'on admet que les Pycnogonides décapodes représentent un état primitif par rapport aux espèces octopodes. Ces dernières sont de beaucoup les plus nombreuses, mais les espèces décapodes ne sauraient passer pour des anomalies depuis que j'ai fait (1913) connaître (d'après les matériaux recueillis par Charcot, puis par Geay) les Pentapycnon qui sont des Pycnogonum à dix pattes.
Or, contrairement à la thèse soutenue par Calman, la paire de pattes supplémentaire des espèces décapodes n'est pas une paire secondairement surajoutée, c'est une paire primitive qui persiste dans ces formes et qui a disparu secondairement chez les autres ; et la preuve, relevée d'ailleurs par Loman (1917), c'est que la chaîne nerveuse ventrale de nombreux Pycnogonides octopodes présente en arrière un petit ganglion (fig. 2,3, 4, c), qui rappelle le segment disparu ; il y a même quelquefois deux ganglions supplémentaires (fig. 20), ce qui correspondrait pour le moins à deux segments disparus. On a trouvé des Pycnogonides à cinq paires de pattes ; il y eut sans doute et il existe peut-être encore des formes ayant six paires de ces appendices, ou davantage. Au surplus, il n'est pas douteux que les Decolopoda sont des formes primitives relativement aux Colossendeis ; très voisins de ces derniers auxquels ils ont vraisemblablement servi d'ancêtres, ils en diffèrent non seulement par leurs cinq paires de pattes, mais par la présence de chélicères très parfaits (scapo de 2 articles et une pince) qui disparaissent ou sont atrophiés chez les Colossendeis.
Classification actuelle. — Etant donnés ces faits et ces considérations, j'ai divisé (1913) les Pycnogonides en quatre séries évolutives ayant chacune pour point de départ une forme décapode : cette dernière nous est connue
dans trois séries, elle ne l'est pas encore pour la quatrième et ne le sera jamais si elle s'est éteinte. Voici le tableau des quatre séries avec les familles comprises dans chacune d'elles :