‹ Faune de la Normandie (volume 2)Chapitre 60 sur 125 · LA F · texte numérisé non relu

LA F

se charge du massacre des innocents, et ce ne peut être que la vraie mère, car elle seule a intérêt à faire disparaître la nichée; elle sait, par instinct, que les parents nourriciers ne sauraient jamais parvenir à nourrir le vorace Coucou en même temps que leurs propres petits.

« Parmi les observations faites par Ad. Walter, la plus concluante est celle-ci : le 7 juillet 1879, il trouva, dans un buisson de Genévrier, un nid de Troglodyte contenant un jeune Coucou à peine né, et, à terre, quatre œufs de Troglodyte qui avaient été jetés sur la mousse sans se briser. Ad. Walter les remit dans le nid, resta quelque temps en observation non loin du buisson, vit plusieurs fois les Troglodytes entrer dans le nid, et, avant de partr, 1l s’assura que les œufs y étaient encore. Le lendemain, 1l revint de grand matin et trouva de nouveau les œufs à terre, mais l’un d’eux était brisé; cette fois encore, il remit à côté du jeune Coucou les trois œufs non cassés, resta assez longtemps en observation dans le voisinage, mais ne remarqua rien de particulier, si ce n’est un Coucou, qui volait à quelque distance mais sans s’approcher de l’endroit où était le nid en question; du reste, l’observateur s’assura, avant de partir, que les œufs étaient restés à leur place. Il revint l'après-midi et trouva encore une fois les œufs à terre; 1l les remit dans le nid pour la troisième fois ; le lendemain, il constata que rien n’était changé, et, huit jours après, les œufs étaient encore dans le nid : le Coucou mère n'avait donc plus jugé opportun de s'occuper de son jeune, les œufs ne pouvant du reste plus éclore après tant de vicissitudes, car ils avaient été mouillés et s'étaient refroidis à plusieurs reprises. Cette expérience, que Ad. Walter a répétée souvent, prouve donc bien que ce ne sont pas les parents nourriciers qui jettent leurs œufs hors du nid, ce qui serait contre nature, et que le jeune Coucou ne le fait pas davantage; ce dernier est d’ailleurs trop faible pendant les premiers jours pour exécuter un pareil effort, car, en naissant, il n’est guère plus gros qu’un Moineau nouveau-né.

« Il est bien rare de trouver un nid renfermant un Coucou avec de jeunes Passereaux, car, avant que ces derniers aient atteint l’âge de deux jours, le Coucou mère est venu les enlever de leur nid. Il arrive parfois que la surveillance des parents nourriciers ou la présence d’un homme travaillant dans le voisinage, empêche le Coucou de terminer le même jour la destruction de tous les petits, et qu’il doive revenir le lendemain pour terminer sa cruelle besogne. Si le Coucou mère vient à périr avant d’avoir pu arracher de leur berceau les pauvres oisillons, c’est le jeune Coucou lui-même qui se charge de

l'expulsion; mais ceci n’arrive jamais qu’au bout d’une dizaine de jours, alors qu’il a acquis assez de force pour s’agiter sur sa couche; c’est par ses mouvements désordonnés qu’il jette ses malheureux compagnons par dessus bord, mais il le fait sans préméditation. Ce qui prouve qu'il n’y a pas de préméditation, c'est que Schlegel signale un jeune Coucou sur le point de prendre son essor, trouvé le 22 juillet 1860, près de Leyde, dans un nid, avec trois jeunes Bergeronnettes élevées en même temps que lui; la mère avait donc péri avant d’avoir pu isoler son jeune, et les petites Bergeronnettes avaient pu se maintenir dans le nid ou y rentrer parce que celui-ci se trouvait à terre ».

Le Coucou commun confie à des soins étrangers l’incubation de ses œufs et l’élevage de ses petits; mais comment oblient-1l cette complaisance de petits Oiseaux qui, ordinairement, abandonnent leur nid et leurs œufs quand un changement, même léger, y a été fait? J. Vian! a fait une série d'expériences fort intéressantes pour arriver à la solution de ce problème, et il termine son travail par cette phrase: « La conclusion pour moi, c'est que l’intimidation est le moyen employé par le Coucou pour décider les petits Oiseaux à couver ses œufs; 1l pille le nid de ceux qui lui résistent, casse un de leurs œufs sur le nid qui doit recevoir le sien. Les Passereaux, effrayés par la destruction de la couvée voisine, ou avertis par la fracture d’un de leurs œufs, du sort qui menace les autres, en cas de résistance, se soumettent à la force ». Cette solution paraît d'autant plus jusüfiée que dans plusieurs de ses expériences, Vian a réussi à faire couver par des Passereaux des œufs de Coucou et même d’autres œufs, en employant le procédé du Coucou.

Toute la Normandie. — De passage régulier: arrive en avril avant la reproduction et repart en septembre. — C.

8° Famille. MEROPIDAE — MÉROPIDÉS.

1# Genre. MEROPS — GUÉPIER.

l. Merops apiaster L. — Guêpier commun.

Apiastler iclerocephalus Briss.

1. J. Vian. — Le Coucou d'Europe, ses œufs, in Revue et Magasin de Zoologie pure et appliquée, Paris, ann. 1865, p. 40, 74 et 129.

Merops chrysocephalus Gm., M. congener L., M. elegans Brehm, M. Hungariae Brehm.

Guêpier apivore, G. ordinaire, G. vulgaire.

BERT. — Op. caf., p. 78; tir. à part, p. 94.

DEGLAND et GERBE. — Op. cit., t. I, p. 172.

LEMETTEIL. — Op. cit., Insectivores, p. 138; tir. à part, 11, p«209:.

Dugotrs. — Op. ci. : texte, À: L'p! T1; atlas, Pope et pl. XXXII, fig. 1442.

OLPHE-GALLIARD. — Op. cif., fase. XXV, p. 16.

Le Guêpier commun habite de préférence les régions montagneuses et recherche toujours le voisinage de l’eau, parüculièrement d'un cours d'eau dont les berges sont escarpées, mais, dans ses courses quotidiennes, 1] va dans les vallées, les prés et les champs émaillés de fleurs, les lisières des bois et des forêts, les parcs, etc., et quelquefois même près des habitations humaines. Il est migrateur et vit en colonies. Il émigre en bandes fort nombreuses. Son naturel est vif. Ses mœurs sont diurnes. Son vol est rapide, léger et varié; c’est avec la plus grande facilité qu'il fend l'air en tous sens; tantôt il s'élève Jusqu'à perte de vue, tantôt il rase le sol et l’eau ; à terre, il ne se meut qu'avec difficulté. Sa nourriture se compose d'Insectes ; 1l aime surtout les Hyménoptères porte-aiguillons. La femelle ne fait annuellement qu'une couvée, de quatre à sept œufs. La ponte a lieu en juin. Cette espèce niche en société. Le nid, creusé par l'Oiseau, présente un orifice rond d'où part un long couloir horizontal ou légèrement ascendant à l'extrémité duquel se trouve une chambre où sont déposés les œufs. D'après Salvin, i] y a quelquefois une seconde chambre, située derrière la première et reliée avec elle par un couloir. Quelques auteurs relatent avoir trouvé dans la chambre où sont les œufs une couche de mousse et d'herbes, mais A.-E. Brehm dit qu'il n à trouvé aucun vestige de ces matériaux dans tous les nids

qu'il a vus. Cette espèce creuse son nid dans une paroi escarpée, terreuse ou sablonneuse, d’un cours d’eau ou d’une falaise maritime.

Seine-Inférieure :

Espèce mentionnée, sans aucune indication géonémique, comme ayant été observée plus d'une fois dans la Seine-Inférieure. [J. Harpy. — Op. cüt., p. 289].

J'en alum qui a ététué à Dieppe, le mar 1828: [Josse Harpy. — Manusc. cit., p. 44].

BPÉmenteUiOD er nsecrivores p'0154:

PRADA D eUDqu'iMASEntendU amener que cette espèce s'était reproduite dans les falaises de la Basse-Seine (Seine-Inférieure) et pense que ce fait n'est pas impossible, étant donné le suivant, cité par CDD andetnZzACErbENOD CAE UNE" DA ETS) « Une bande de quinze à vingt individus vint s’établir, au commencement de Juillet 1840, à Pont-Remy non loin d'Abbeville (Somme), dans une localité où il existe une grande falaise de terre, criblée de trous pratiqués par les Hirondelles de rivage. On prit dans l’un de ces trous une femelle couveuse ». « Il n'y aurait rien d'étonnant, ajoute E. Lemetteil (/oc. cif.), à ce que quelques individus se soient détachés de Ia bande, et que, pressés de se reproduire (on était alors en juillet), ils se soient arrêtés dans nos contrées plus méridionales ».

Un individu a éte vu par M. Louis-Henri Bourgeois sur la lisière de la forêt d'Eu, à Incheville, le 10 juin

1889. [Louis-Henri BourGEois, renseign. manuscrit, 1889].

Calvados :

€ Un individu fut tué au printemps, à Nonant près de Bayeux ». [C.-G. CHESNON. — Op. cit, p. 245].

Un individu a été capturé près de Caen. [Émile ANFRIE, renselgn. manuscrit, 1889].

9 Famille. HIRUNDINIDAE — HIRUNDINIDÉS.

1% Genre. AIRUNDO — HIRONDELLE.

l. Hirundo rustica L. — Hirondelle de cheminée.

Cecropis pagorum Brehm, C. rustica Boie, C. stabulorum Brehm.

Hirundo domestica Briss.

Hirondelle domestique, H. rustique.

Aronde, Savoyarde.

BERT. — Op. cit., p. 80; tir. à part, p. 56.

DEGLAND et GERBE. — Op. cié., t. I, p. 587.

LEMETTEIL. — Op. cit., Insectivores, p. 143; tir. à part, t. I, D: '2107 |

GENTIL. — Op. cit., Passereaux, p. 211; tir. à part, p. 199.

Dügois. — Op. cil.: "texte, À. T' p.199; abs CE pESS et pl. VIEIL, figs. 34.

OLPHE-GALLIARD. — Op. cit., fasc. XXIT, p. 36.

L'Hirondelle de cheminée recherche les lieux habités par l'Homme, surtout ceux qui sont situés à proximité d'un cours d'eau, d'un étang ou d'un lac ; on la trouve aussi loin des habitations humaines dans des lieux où il y a des rochers. Elle est migratrice et très-sociable. Au printemps, les premiers individus qui émigrent arrivent isolément ou par couples, mais, quelques jours après, arrivent des bandes très-nombreuses ; à l'automne, elle se réunit en bandes trèsnombreuses pour émigrer. Son naturel est vif. Ses mœurs sont diurnes. Son vol est très-rapide et très-léger ; tantôt elle fend l'air avec une extrême vitesse, tantôt elle plane, puis tout à coup elle se détourne avec une promptitude con-

sidérable, monte, descend, rase le sol ou l'eau, et s'élève ensuite à une grande hauteur; à terre, elle est fort maladroite, et n'y vient que pour chercher les matériaux nécessaires à la construction de son nid. Sa nourriture se compose d’Insectes, surtout de Diptères. La femelle fait ordinairement deux couvées par an : la première de quatre à six œufs et la seconde de trois ou quatre. La ponte de la première couvée a lieu en mai et celle de la seconde en Juillet. La durée de l’incubation est d'environ quatorze jours. Cette espèce niche isolément et en société. Le nid à généralement la forme d'un quart de sphère, ou, parfois, celle d’une coupe, selon l'endroit où il est placé. Il est construit avec de la terre, que l'Oiseau ramasse par becquées, qu'il entoure de sa salive visqueuse, afin de la rendre plus collante et plus solide, et à laquelle 1l ajoute des tiges et feuilles sèches de Graminées, etc., pour consolider les parois du nid, dont l'intérieur est tapissé de poils, de plumes et d'autres substances molles. Il est appliqué contre un mur, une solive, dans une embrasure de fenêtre, sous une corniche, dans une cheminée, une étable,“etc., et, d'une facon exceptionnelle, sur une branche d'arbre. Cette espèce revient chaque année à son nid, se bornant à réparer les dégradations, à le nettoyer et à renouveler la couche interne. Pour faire sa seconde ponte annuelle, l'Oiseau construit le plus souvent un nouveau nid, afin d'éviter la vermine, mais, parfois, 1l fait cette ponte dans le nid où a eu lieu la première ponte de l’année. Les jeunes construisent toujours eux-mêmes un nid pour y faire leur première ponte.

Toute la Normandie. — De passage régulier : arrive à la fin de mars ou en avril avant la reproduction et repart en septembre, en octobre ou dans la première huitaine de novembre, — T.-C.

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