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souvent des chutes élevées ; des îles nombreuses se succèdent sur leur parcours; leurs berges onduleuses, coupées en pente, limitent des anses profondes, où l’eau est presque toujours calme. Un de leurs principaux caractères réside dans la présence de Marigots, vastes amas d’eau, souvent plus larges que les fleuves euxmêmes, se prolongeant dans les terres, à des distances considérables et soumis comme les fleuves dont ils dépendent, aux crues de la saison des pluies. Des forêts de X}izophora mangle Lin., croissent le long de leurs rives, et forment, par l’enlacement de leurs branches aphylles, immergées, des retraites où s’assemblent les espèces fluviales.
Les plaines alluviales dans lesquelles est creusé le lit des fieuves et des marigots, sont formées d’amas de coquilles du genre Ætheria, disposés tantôt par couches alternant avec des bancs d’argiles jaunâtres, tantôt sans aucun mélange, s'étendant sur de vastes espaces d’une épaisseur de plusieurs mètres; les îles sont entièrement composées de ces dépôts, qui tous appartiennent à la formation quaternaire.
Les fonds sont plus où moins vaseux suivant la rapidité ou la lenteur de l’écoulementdes eaux. Ces vases, entraînées à l’embouchure, s'étendent sur certains points des côtes, — de la barre du Sénégal à la baie d’Yof, par exemple, également aussi à la baie de Gambie et de la Casamence.
Le peu d’inclinaison des terrains fait que le flux se fait sentir à des distances souvent très grandes de l’embouchure, mais le phénomène se produit seulement pendant la saison sèche, à l’époque des basses eaux; aussi les deux grandes saisons de l’année sont-elles désignées en Sénégambie par l’état des fleuves : salés pendant la saison sèche, doux pendant celle des pluies.
L'abondance et la variété des espèces ichthyologiques est en raison de ces deux états.
Pendant la saison sèche, les représentants de la faune éminemment fluviale se rencontrent en petit nombre, tandis qu’à l’époque des pluies, de juin à septembre, lorsque tous les cours d’eau grossissent et sortent de leurs rives, non seulement certaines espèces marines remontent, mais les espèces spéciales aux fleuves, jusque-là cachées dans les profondeurs, ou cantonnées dans les points les plus éloignés, s’assemblent en phalanges in-
” Re nombrables et apparaissent poussées par le besoin de la reproduction.
La constitution, la nature des fleuves de la Sénégambie étant les mêmes pour tous, le raisonnement permettait d'entrevoir ce que l’observation directe démontre : une égale répartition des mêmes espèces ; sur quatre-vingt-douze on en connaît jusqu'ici huit seulement localisées dans la Casamence et la Gambie; encore ces espèces appartiennent-elles à des genres communs aux autres cours d’eau.
De nombreux représentants des genres Chromis et Mormyrus, ainsi qu'une grande variété de Siluroides, caractérisent surtout cette faune. Il est inutile de faire ressortir l'intérêt offert, non pas seulement comme le dit M. le D' Sauvage (1), par la faune de la région centrale, à cause de la présence d’espèces de Ganoides et de Dipnés, mais par la faune Africaine entière ; les auteurs ont appelé l'attention sur ce point : les genres Protopterus et Polypterus sont communs à tous les fleuves d'Afrique.
L'ensemble des espèces Sénégambiennes démontre cette proposition formulée par Duméril (2) : « On ne peut pas admettre pour cette région une faune particulière. » Pour ne parler que du Nil et du Sénégal, sur cent espèces, vingt-neuf leur sont communes.
Nous ne chercherons pas à expliquer les causes de la communauté d'espèces des divers fleuves d'Afrique, en invoquant, avec plusieurs zoologistes, la communication des cours d’eau par l'intermédiaire des grands lacs, non plus que par la constitution géologique, la succession de hautes terrasses étagées et la descente des espèces d’un plateau central, signalées par divers voyageurs; nous confirmons un fait établi bien avant nous, c’està-dire : /a dispersion des genres et même de presque toutes les espèces fluviales, sur le continent Africain, et nous croyons que, pour tracer, d’une façon à peu près exacte, les étapes parcourues . dans cette dispersion, il faut attendre d’avoir sur l’hydrographie et l’orographie Africaine, des notions encore plus complètes et plus exactes que celles aujourd’hui connues.
(DéEoc- cit, p. 6:
(2) Loc. cit., p. 158.
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$ V. — Indépendamment des espèces essentiellement fluviales, il en est d’autres sur lesquelles il n’est pas inutile d'attirer un instant l'attention. Généralement considérées comme marines, leur présence est cependant constante dans les eaux douces de la Sénésambie. Presque toutes appartiennent à la classe des Chondroptérygiens, et il est facile de constater d’une facon évidente qu'elles ne remontent point les fleuves à l’époque des pluies, pour redescendre aux approches de la saison sèche, à l'exemple de plusieurs espèces marines; mais qu'elles s’y sont établies, s’y multiplient et y vivent d’une manière permanente, comme semblent le prouver les innombrables individus de tout âge pêchés pendant toute l’année.
Les grands marigots de Saloum, Lampsar, Mouit, Oualalan, N'Galel, etc., entre autres, nourrissent en effet des troupes considérables de Squalidiens, parmi lesquels dominent les genres Carcharias, Galeus et Zygæna.
L'ordre des Rajidiens fournit des exemples analogues : les Pristis, les grands 7rygon, certains Torpedo, sont uniquement pris dans les fleuves et les marig'ots tributaires. Ces faits viennent confirmer l'opinion émise par Valenciennes (1) : «Il n’est pas » jusqu'aux Raies (qui semblent être une forme essentiellement » marine) quinaient quelques espèces vivant dans les eaux » douces. »
Le silence jusqu'ici gardé sur ces espèces cantonnées en quelque sorte dans les eaux douces de la Sénégambie, ne peut être attribué qu'aux difficultés éprouvées par les voyageurs pour recueillir des animaux souvent de grande taille, peut-être aussi au peu d'attention dont ces espèces sont l’objet; quoi qu'il en soit, elles n’en constituent pas moins une remarquable exception, et nous ne pouvons nous empêcher d'attribuer leur localisation dans ces parages, à la nature même des cours d’eau.
Deux données importantes découlent de l’ensemble des considérations précédentes.
La première démontre: — l’existence sur les côtes de la Sénégambie d’une faune marine spéciale ; — de plus, la communauté de nombreuses espèces avec le bassin Méditerranéen ; — la non-
(1) Dict. Hist. Nat., d'Orbigny, t. XI, p. 237, col. 1, art. Poissons (29 édit.).
LIN NE LA existence d’une relation quelconque avec les côtes du continent Américain, — et la fréquence sur ces rivages, d'espèces propres aux mers de l'Inde.
La seconde prouve : — que, pour les espèces fluviales, il n’existe point de faune Sénégambienne particulière; — et que l’on doit, dans l’état actuel de nos connaissances, admettre une seule et unique région ichthyologique Africaine.