‹ Faune de la Sénégambie (volume 2)Chapitre 3 sur 191 · CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES · texte numérisé non relu

CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES

$ I. — Depuis l’époque où A. Duméril écrivait son important Mémoire sur les Reptiles et les Poissons de la côte occidentale d'Afrique (1), peu de travaux sont venus accroître le nombre des espèces décrites ou mentionnées par le savant Professeur du Muséum de Paris.

Parmi les rares publications relatives à l’Ichthyologie, nous trouvons seulement les brochures de M. Steindachner sur quelques espèces du Sénégal (2), et les notes de MM. Péters (3), Gill (4), Cope (5), Gunther (6), relatives au même sujet.

Le mémoire de Blecker (7), consacré aux Poissons de la côte de Guinée, bien que ne traitant pas des espèces Sénégambiennes, doit être consulté, plusieurs types étant communs aux deux régions.

Il en est de même pour la savante monographie ichthyologique de l’Ogüoué par M. le D' Sauvage (8), où se trouve la liste des espèces fluviales du Sénégal.

(1) Arch. Mus. t. X, p. 137-268. (1858-1861.) (2) Verh. 3001. bot. ges. Wien. (1864-1866-1869). — Beitr. Z. Kenntniss Ber Fishe Afriha's. Wien, 1881.

(3) Monastb. Berl. Ahkad. (1857-1864-1876.)

(4) Proced. Ac. nat. sc. Philad. (1862.)

(5) Journ. Ac. nat. sc. Philad. (1866.)

(6) Proc. 3001. soc. Lond.(1859.)— Wiegm. Arch. (1862.)—Cat. Fisch. Brit.

Mus.

(8) Nouv. Arch. Mus. Paris, 2 série, t. HI, p. 5-56.

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Nous indiquerons, outre ces divers ouvrages, la Faune des Canaries, par Valenciennes (1), le Traité de pêche sur la côte occidentale d'Afrique, par Berthelot (2), le mémoire de Castelneau (3), sur les Poissons de l'Afrique australe, les ouvrages d'Adanson, dont les deux principaux (4) renferment de précieux renseignements; enfin les traités généraux de Lacépède (5), Cuvier et Valenciennes (6) et quelques notes de Guichenot (7).

S II. — Pour bien préciser le mode de répartition des espèces ichthyologiques Sénégambiennes, ilconvient, avant tout, de connaître la nature des parag'es qu’elles habitent et les phénomènes qui s'y produisent. En ce qui concerne le littoral, il nous faut étudier sa constitution géologique (8), la nature de ses fonds, ses atterrissements, ses profondeurs, les courants qui le sillonnent; relativement aux fleuves, il est nécessaire d'examiner leur ossature, le régime de leurs eaux et leurs dépôts, soit sur leur parcours, soit à leur embouchure.

Lorsque l’on quitte le cap Blanc, que nous prenons comme limite Nord extrême, pour suivre le littoral Africain, en vue d’aboutir au cap Verga, limite extrême Sud, on parcourt une suite de côtes, d’abord basses, souvent remplies d’écueils, limitées par des dunes de sable feldspathique, et, au fur et à mesure du chemin parcouru, par des falaises abruptes, généralement formées de roches trachytiques, rarement à base de Pyroxène, démontrant ainsi que cette longue étendue d'environ six cents milles, comprise entre les 20° et 100 de latitude N., et les 19° et 16° de longitude O., est due tout entière à des dépôts érup-

(1) In Hist. Nat. des Canaries, par Vess et BERTHELOT, t. Il, 1839-1844.

(2) In-80. Paris, M DcoC xL.

(3) Broch. in-80, 78 pages (1861).

(4) ist. nat. du Sénégal, in-4°, M poc Lvn. — Cours d'hist. nat. 1772. — Édit. Payer, t. II (1845).

(5) Hist. Poiss. Passim.

(6) Hist. Poiss. Passim.

(7) In DuMERiz, loco cit.

(8) Très peu de renseignements nous paraissent avoir été donnés jusqu'ici sur la géologie de la côte occidentale d'Afrique. — Le grand planisphère de Marcou et Ziegler (29 édit. 1875) est muet sur ce point,

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tifs ; ch et là se rencontrent des lambeaux de plages soulevées, notamment au cap Blanc, et quelques ilots de terrains pétris de coquilles fluviales, dont nous ne devons pas tenir compte pour le moment, ayant à les examiner lorsque nous traiterons de l’ossature des fleuves.

La configuration des côtes est en raison directe de la composition du sol qui les limite. En effet, aux dunes correspondent de vastes baies, des bancs parfois considérables, des fonds de sable et de coquilles, souvent de vase, ceux-ci plus spécialement à l'embouchure des cours d’eau et dans un parcours assez étendu à partir de ces points; aux falaises succèdent les récifs, les fonds de graviers et de roches, toujours les plus grandes profondeurs.

Du cap Blanc aux premiers rochers du cap Vert, à quelques milles du plateau des Almadies, sans tenir compte de la portion de côte comprise entre le marigot des Maringouins, situé à environ quinze milles au Nord de Saint-Louis et la baie d’Yof, à dix-sept milles Sud de cette localité, espace de trente-deux milles sur lequel nous aurons à revenir, on relève les baies du Levrier, les hauts fonds de la Bayadère, le banc d’Argain, la baie de Tanit et le banc d’Angel, parages depuis longtemps connus par l'abondance exceptionnelle des poissons que l’on y rencontre et qui est due aux conditions favorables inhérentes à la nature de ces côtes. Nous voyons se reproduire le même fait, pour les baies de Dakar, Gorée, Joalles, Rufisques; plus loin encore, pour celles de la Gambie, du cap Sainte-Marie et du cap Rouge.

La moyenne des profondeurs sur toute l'étendue de la côte, peut être évaluée entre douze et vingt-cinq brasses (1).

L’anse du cap Blanc, par exemple, limitée dans sa partie Sud par une falaise trachytique et une portion de plage soulevée, présente un fond de sable mélangé de débris de la falaise et donne de douze à dix-neuf brasses de profondeur; celle du Levrier, à fond de sable, mesure les mêmes chiffres ; sur le banc d'Argain, vaste plateau de sable et de coquilles brisées (comme les côtes basses environnantes), d’une longueur approximative de soixante milles, la sonde relève huit à dix brasses; le hautfond de la Bayadère, le plus considérable, à huit milles dans le

(I) La plupart des brassages cités ont été puisés dans l'excellent ouvrage de l'amiral Roussin (Mémoire sur la navigation aux côtes occid. d'Afr.).

D he Sud, compte vingt brasses, tandis qu'’autour de ces écueils, à peu près à cinq milles au large, on relève de vingt-cinq à cinquante brasses, sur fond de sable feldspathique.

Six à dix brasses, seulement, recouvrent le banc d’Angel, tandis que vers les parages du cap Vert, notamment à la pointe des Almadies et aux Deux-Mammielles (parages où les falaises se montrent les plus hautes), la profondeur descend : pour le premier, à quatre-vingt-quatre brasses; pour le second, de soixantequatre à soixante-dix, et remonte à douze brasses dans la baie de Gorée. 2

À partir du cap Naze, limitant au Sud la grande baie où s'élève l’île de Gorée, les fonds sont tous de sable et de coquilles, mélangés de débris de roches brunâtres, au fur et à mesure que l’on s'approche du cap Verga. Les sondages de six à douze brasses, à un demi-mille de la côte, tombent à quatre, vers l’embouchure de la Casamence, pour reprendre et s'élever à cinquante brasses dans les eaux du cap Verga.

Les courants, constants sur les côtes de la Sénégambie, suivent le gisement de ces côtes du Nord au Sud.

Le grand courant polaire Nord de l'Afrique, issu de la branche Nord-Est du Gulf-Stream, relié au courant de Gibraltar et à celui du Portugal, s'incline au Sud, pour se confondre avec le courant du golfe de Guinée et délimite ainsi une large étendue affectant la forme d’un triangle isocèle, au centre duquel s’élèvent Madère et les Canaries. Tous les courants particuliers rayonnant de ces courants principaux, sont, en somme, le produit du volume d’eau général, venant se heurter contre les obstacles échelonnés sur son parcours etse subdivisant en bras, dont le retour à la masse s'effectue toujours au bout d’un parcours limité. Ces phénomènes se montrent, par exemple, au banc d’Argain, au cap Vert, sur tous les points analogues de la côte et à l’embouchure des rivières, où le courant fluvial, venant à rencontrer le courant marin, lutte un instant avant de se mêler avec lui, et occasionne les barres, si fréquentes dans les fleuves d'Afrique.

Des récifs nombreux, répandus le long du littoral où ils provoquent un état analogue à ces barres et connu sous le nom de brisants, règnent sur la presque totalité de la côte, mais plus spécialement du cap Blanc à la baie d’Yof.

La succession, démontrée par les sondages, d’accores combinés

avec les courants qui les côtoient, et dont la vitesse, proportionnellement faible, n’en existe pas moins, produit des flots de fond; ceux-ci, forcés de s'élever les uns sur les autres, en vertu de la résistance produite par les accores, se soulèvent avec toute la force acquise, et parvenus à leur summum, retombent sur euxmêmes, pressés par la pesanteur, sans pouvoir s'étendre en nappe sur le rivage, brisant, pour nous servir de l'expression consacrée, comme s'ils venaient déferler contre une barrière de rochers.

$S III. — Ces renseignements topographiques et hydrologiques connus, si l'on embrasse l’ensemble des espèces marines, on constate: que les côtes de la Sénégambie possèdent une faune à elles propre; et qu'en outre (nous insistons sur ce fait d’une façon toute particulière) elles nourrissent un grand nombre d'espèces de la Méditerranée et de l'archipel Canarien, tandis que les espèces Américaines existent dans de très faibles proportions.

Sur deux cent quarante espèces, en effet, composant la faune littorale, quatre-vingt-sept sont propres à la côte occidentale d'Afrique, soixante-sept ont été mentionnées comme appartenant à la Méditerranée, aux Canaries, à Madère ; sept seulement sont éminemment Américaines ; quant aux soixante-dix-neuf restant, quoique en général communes à toutes les mers, elles ont cependant une tendance à se cantonner sur les rivages Asiatiques et plus particulièrement sur ceux de l’archipel Indien.

La faune littorale peut donc être ainsi répartie : trente-six espèces pour cent Africaines; vingt-huit pour cent Méditerranéennes ; deux pour cent Américaines; les espèces Asiatiques peuvent être évaluées à seize pour cent.

Dans l'introduction à sa Faune ichthyologique des Canaries, Valenciennes, abordant ce sujet, s'exprime ainsi: « Situé à l'entrée » du grand bassin de l'Atlantique sur la côte d'Afrique, cet » archipel semble plutôt lier, par les poissons qu'il nourrit, les côtes » du continent Américain au bassin de la Méditerranée, qu'à la » côte d'Afrique. »

A l’époque (1839-1844) où Valenciennes écrivait ces lignes, l’ichthyologie des côtes d'Afrique était bien peu connue et la comparaison entre les deux régions ne pouvait être établie

sur des bases certaines; sans cela il lui eût été facile de conclure à la similitude des espèces du littoral Sénégambien et de l'archipel des Canaries, et il n’eût pas cité comme seules espèces communes : les Paqgrus vulgaris et Chrysophris cæruleosticla.

Pour démontrer le lien intime qui unit la côte d'Afrique à la Méditerranée et à l’archipel des Canaries, il suffit d'établir le calcul suivant, fait d’après les indications consignées dans le mémoire même de Valenciennes : sur cent douze espèces, abstraction faite de vingt-trois spéciales aux Canaries, quarantetrois sont communes aux côtes de la Sénégambie, quarante et une vivent dans la Méditerranée et cinq dans les mers d’Amérique.

Les espèces des parages de Madère donnent des résultats identiques, car trente-huit de ces espèces se retrouvent sur nos côtes d'Afrique.

Ces chiffres comparés aux nôtres prouvent, par leur presque identité, la similitude précédemment signalée; il ne pouvait guère en être autrement, car si, d’un côté, les deux rives sont assez rapprochées pour que les mêmes espèces puissent s’y rencontrer, de l’autre, leur nature, leur configuration estsemblable ; ces causes doivent donc influer sur la distribution et le stationnement des mêmes poissons. À Madère, aux Canaries, sur les côtes de la Sénégambie, on observe une ossature littorale identique, des fonds composés des mêmes éléments, des rivages soumis aux mêmes influences, en un mot partout les mêmes conditions d'existence.

La liaison entre le bassin Méditerranéen, les Canaries et les côtes d'Afrique ainsi établie, contrairement aux dires de Valenciennes, il reste à examiner quelles relations existent entre les espèces des côtes d'Amérique et celles de la Méditerranée, et quel rôle, surtout, l'archipel des Canaries, nécessairement aussi les côtes d'Afrique (puisque la majeure partie des espèces sont les mêmes), doivent jouer dans la question.

Malgré l’autorité, généralement accordée au collaborateur de Cuvier, nous cherchons vainement sur quelles preuves il a pu établir l'opinion plus haut énoncée ? En démontrant que ces preuves font défaut, nous apporterons un élément d’une valeur plus grande encore, en faveur de la thèse que nous soutenons

ae sur l’analogie des faunes Méditerranéennes et des côtes occidentales d'Afrique.

Comme preuve concluante du mélange de formes Américaines et Canariennes, Valenciennes invoque (1) « les Priacanthes, les » Berix, les grandes Caranques, les Scombres et les Pimelep- » tères. »

Nous venons d'établir que cinq espèces Américaines, seules, étaient signalées par Valenciennes sur les côtes de l’archipel Canarien ; ceci posé, en étudiant minutieusement son Mémoire, on ne lui voit d’abord citer relativement aux Carangues et aux Scombres que des espèces de la Méditerranée (2); si l’on passe aux Priacanthes et aux Berix dont il décrit deux espèces, le Priacanthus boops et le Berix decadactylus qui « N'ENTRENT PAS DANS LA MÉDITERRANÉE, » il est facile de voir que ces deux genres sont loin d’être essentiellement Américains, car, sur dix-huit espèces appartenant au premier, trois existent il est vrai dans les mers d'Amérique, mais onze habitent l’Inde, la Chine, le Japon, les Moluques, Sumatra, Batavia, les Seichelles; trois, Madère et Sainte-Hélène; une enfin la mer Rouge. Il en est de même du genre Berix, où l’on compte cinq espèces, toutes de Madère, de l’océan Indien et des mers d'Australie (3).

Il en est de même pour le genre Pimelepterus, que Valenciennes choisit « comme un des meilleurs exemples à prendre » pour démontrer la similitude des espèces Américaines et Cana- » riennes, similitude d'autant plus remarquable, qu’elle a lieu » pour des poissons qui ne peuvent être comptés parmi les ue » voyageuses » (4).

En consultant l'Histoire Naturelle des poissons de Cuvier et de Valenciennes, à l’article du Pèmelepterus Boscii Lacep., dont le P. incisor de Valenciennes n’est, selon M. Gunther (5), que le synonyme, et ne doit pas être confondu avec le P. äncisor C. V., du Brésil, on trouve (6) «que Bosc a vu les Pimeleptères suivre les

(1) Loc. cit. p. 1, introduction.

(2) Loc. cit. p. 49.

(3) Gunther, Cat. fisch. Brit. Mus. t. I, p. 12 et seq., p. 215 et seq. (4) Loc. cit. p. 1, introduction.

(5) Loc. cit. p. 497.

(6) Loc. cit. t. VII, p. 263.

» navires dans la haute mer et s’assembler en troupes autour du » gouvernail, pour dévorer ce que l’on rejette du bâtiment ; que le » P. Dussumieri C.V.. du Bengale fut pris par Dussumier le long » d’un morceau de bois flottant (1) ; que le P. Reynaldi C. V., de la » Sonde fut pêché le long du bord » (2).

Nous ajouterons enfin que sur les douze espèces connues, si trois sont Américaines, deux sont du cap de Bonne-Espérance et de la mer Rouge, les autres de Java, Batavia, les Philippines et la Nouveile-Guinée (3).

Il serait superflu d’accumuler de nouvelles preuves en faveur de la cause que nous défendons (4).

Nous croyons avoir démontré, d'une part, l'identité des espèces Méditerranéennes et Canariennes avec celles de la Sénég'ambie; nous venons de faire voir, d'autre part, que les preuves invoquées en faveur de l’union des côtes d'Amérique avec le bassin de la Méditerranée, ne peuvent être acceptées. Modifiant la proposition de Valenciennes, il faudrait dire : La côte ouest d'Afrique, liée au bassin de la Méditerranée et à l'archipel des Canaries, n'a aucune relation appréciable avec les côtes du continent Américain.

Si un rapprochement devait être cherché, nous le trouverions dans les mers de l’Inde, et nous pourrions, pour les poissons de

(1): Loccit,, vol: NI, p.273:

(2) Loc. cit., vol. VII, p. 274.

(3) Gunther, loc. cit.

(4) Berthelot (De la pêche sur la côte occidentale d'Afrique) émet une opinion semblable (p. 54-55), sur laquelle Valenciennes semble avoir établi la sienne. Toutefois Berthelot ajoute que peut-être les espèces du Nouveau-Monde ont pu s'égarer à travers l'Océan jusque dans ces parages. En ce qui a trait aux espèces propres aux Canaries, il a soin de dire (p. 53) : « Les phalanges de » poissons du cap Blanc, de la barre du Sénégal, de la baie de Gorée, de l’em- » bouchure de la Gambie, fournissent depuis plus de trois siècles leurs tributs » aux iles Canaries ». Cette citation n’a pas besoin de commentaires; mais un peu plus loin, il ajoute : que la grande collection de poissons rapportée par lui et Webb provient de ces parages, N'est-ce pas dire hautement que Valenciennes a été induit en erreur, et que, sur de faux renseignements, il a décrit comme éminemment Canariennes, des espèces communes, sinon spéciales aux côtes d'Afrique? ? Cependant Valenciennes connaissait et cite souvent le Traité de pêche de Berthelot! Les deux ouvrages fourmillent à chaque page de contraditions, dont la cause nous est inconnue!

la Sénégambie, plus peut-être que pour tout autre groupe de l'échelle zoologique, invoquer l'opinion d'Isidore Geoffroy Saint-Hilaire (1), confirmée par Pucheran (2), développée par Duméril (3) : « Presque tous les genres Africains ont des représen- » tants dans l'Inde.» Isidore Geoffroy Saint-Hilaire et Pucheran parlaient des mammifères, Duméril des reptiles ; pour les poissons, il faut comprendre non seulement les genres, mais aussi les espèces; ces dernières, d'après nos chiffres, ont fourni unemoyenne de vingt-huit pour cent, quantité bien supérieure aux deux pour cent des espèces Américaines. Quant aux genres, si leur nombre dépasse celui des espèces sur les côtes de la Sénégambie (fait analogue pour l'archipel Canarien), ils sont malgré tout en trop petite minorité, pour permettre de voir une liaison quelconque entre les deux continents (4).

La faune marine et littorale Sénégambienne se compose donc en presque totalité : d’une part, d'espèces de la Méditerranée; de l’autre, d'espèces spéciales à ses parages, lui donnant un facies caractéristique.

$ IV. — Le bassin de la Sénégambie, arrosé par plusieurs cours d’eau, dont les plus importants sont : le Sénégal, la Gambie et la Casamence, est en partie borné au Sud-Est par la chaîne du Fouta-Djalon, dernier contrefort des montagnes de Kong’, où ces fleuves prennentleur source. Tous courent parallèlement de l’Est àl'Ouest, en recevant divers affluents, dont le plus important pour le Sénégal est la Falèmé; leur cours est tortueux, semé de bancs de sable et de barrages de roches d’origine ignée, occasionnant

(1) Voyage de Bellanger aux Indes orient., p. 10.

(2) Revue z001., 1835, p. 403.

(3) Poiss. et rept. côte occ. d'Afr. loc. cit., p. 158.

(4) « Les espèces littorales, dit Valenciennes, suivent en général les configurations des continents. » (Dict. d'hist. nat., d'Orbigny, t. XI, p. 238, col. 2, 2e édit, 1872.) Il démontre, par là, l'extension des espèces Méditerranéennes aux côtes de la Sénégambie. Puis il ajoute : « Ainsi je ne connais que deux ou » trois espèces communes aux côles occidentales de l'Afrique et aux rives «orientales de l'Amérique, mais il faut ajouter tout de suite que ces poissons » sont cosmopolites. » Cette observation détruit la théorie développée dans l'ichthyologie Canarienne, et confirme les conclusions auxquelles les précédentes discussions nous ont conduit.

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