AVERTISSEMENT
Depuis la publication du Tome Premier (vertébrés) de notre P aune de la Sénég’ambie. (pu un savant Zoologiste Français nous a fait l’honneur de qualifier D’utile (1); à cause même de cette publication, nous semble-t-il, des documents nombreux et d’une importance capitale, nous parviennent de tous les points de la région.
Sans négliger l’élude des Invertébrés (Tomes n et ni) dont les premiers fascicules ne tarderont pas à. paraître, nous avons pensé qu il était tout ci la fois necessaire et juste de mettre en œuvre les matériaux que nos affectionnés correspondants (2) ne cessent de
(1) M. le P' A. Milne-Edwards a bien voulu porter sur notre ouvrage ce jugement favorable (in Litt-, 31 juill. 1885); ce témoignage de bienveillante indulgence nous est précieux entre tous, et nous servira de puissant encouragement. Que le Savant Professeur du Muséum d’Histoire Naturelle de Paris veuille bien agréer l'hommage public de noire profonde reconnaissance.
(2) Parmi eux, nous remercions tout particulièrement nos confrères de la Marine : MM. les Docteurs L. Savatier, Colin, Laferrière, Durand , Lecorney ; M. le D r Duval, M m Colonial; M. Y. Lenoir, Vétérinaire à la Compagnie des Conducteurs d' Artillerie Sénégalais ; M. le D r Lucan; M. Boucher, Phar ien de V e Cl. de la Marine ; M . Harmand, L‘ aux Spahis; M. Hebert, C ne d' Artillerie; notre excellent ami M. E. Bouvier, dont les riches collections sont inépuisables ; MM. Protche, Famelard, etc., etc. — Nous remercions également d’une manière toute spéciale, M. le Professeur Pouchet, pour son affectueuse complaisance à nous communiquer les belles séries contenues dans les Galeries d' Anatomie Comparée, ainsi que notre ami M. R. Boulard, Licencié ès-Sciences et Préparateur au Laboratoire d' Anatomie comparée du Muséum, dont le remarquable talent d' Anatomiste est au-dessus de tout éloge.
nous adresser; aussi , malgré ce surcroît de travail , nous n hésitons pas à commencer aujourd’hui nos suppléments aux Vertébrés ÿénég-ambiens.
Ces Suppléments , il est presque inutile de le dire, doivent etre forcément établis sur un tout autre plan que celui précédemment
suivi.
Dans le Tome Premier, il nous fallait, en effet, dresser surtout un Catalogue raisonné et méthodique des animaux jusqu alors connus; ici, nous devons évidemment compléter ce Catalogue, mais pour ainsi dire jour par jour, au fut et à mesuie des decouvertes, de la réception et de l etude d envois multiples et souvent considérables.
Devant, par-clessus tout, sauvegarder les droits de priorité de nos correspondants, conséquemment décrire ou mentionner par exemple, tantôt des Reptiles après des Mammifères, tantôt des Poissons avant des Oiseaux, etc., il nous est forcément interdit de tenir compte de l’ordre Zoologique.
Pour obvier à cet inconvénient dans une certaine mesure, il nous semble commode de présenter nos Suppléments sous forme de Mémoires , ayant chacun une pagination distincte, pouvant dès lors être facilement classés méthodiquement à un moment donné.
En outre, chacun de ces Mémoires, comprenant spécialement : soit une série cl’animaux voisins, soit une ou plusieurs Formes d’un même Genre, soit une Monographie d’un groupe, etc., nous aurons une plus grande latitude pour rectifier les erreurs que nous aurions involontairement commises, pour revenir sur des tyoes insuffisamment ou imparfaitement examinés, pour insister sur des détails anatomiques jusqu’ici négligés, pour fournir enfin des éclaircissements plus complets, et entrer dans des considérations d’une importance plus grande.
Il est tout simple de prévoir que ce mode de procéder nous entraînera naturellement à des comparaisons ; il n'y aura donc pas heu de s’étonner quand nous serons parfois conduit à faire intervenir des types ou des Formes étrangères à la région qui nous occupe, mais homologues ou similaires de celles appartenant à la Faune A fricciine.
Rous avons fait observer, dans V Introduction à notre Tome Prenne/ , que, sous le nom de Sénégambie ( Sénégal et dépendances), nous comprenions un vaste trapèze, limité d’une part par les Côtes
Océaniques allant du Cap Blanc à la rivière Mellacorée, de l autre par deux lignes partant de ces deux stations extrêmes, pour venir se rejoindre à Segou-Sikoro.
Deux raisons nous engagent aujourd’hui à étendre plus loin le champ de nos investigations.
La première repose sur l' absence absolue de Zones Zoologiques distinctes et sur le mélange complet de la Faune Africaine, affirmations longuement développées dans l’Introduction précitée. La présence de telles ou telles Formes semblables sur des territoires éloignés, leur passage fréquent d’un lieu à un autre, sont autant de faits contraires à la possibilité d'enserrer une Faune quelconque entre des barrières absolument fixes ; l’impossibilité est encore plus grande, quand les territoires se touchent ou se confondent ; il est donc important de rayonner dans une certaine mesure , ne serait-ce que pour réunir des renseignements comparatifs.
La seconde raison la plus péremptoire est fondée sur l'expression même Sénégal et dépendances.
Sénégal et dépendances, clans l’esprit du Département de la Marine et des Colonies, signifie non seulement La Sénégambie telle (qu'elle était circonscrite dans le principe, mais encore tous les points : soit de i intérieur , soit de la côte, plus ou moins récemment annexés ou simplement soumis au Protectorat de la France.
La Faune que nous éditons doit donc être subordonnée à l’accroissement de ces possessions.
Quelques-unes avaient été précédemment omises, nous les comprendrons dorénavant dans notre cadre et nous leur adjoindrons les plus récemment soumises.
C’est ainsi, qu’en dehors du trapèze déjci exploré, centre principal dans lequel nous ne cesserons d’agir ; les Comptoirs et les Protectorats de Grand-Bassani, de Dabou, d’Assinie, de Grand- Popo, de Kotonou, de Porto-Novo, du Gabon, de l’Ogooüe, du Congo, de Loanda, etc., etc., seront autant de nouveaux points apportant leur contingent d’animaux, proportionné à rétendue des localités occupées dans chacune de ces Stations. Il en sera de même pour le Haut Sénégal, le Niger et leurs tributaires.
Tel est le plan que nous comptons suivre dans la publication de ces Suppléments !
Certains nous blâmeront de ne pas nous renfermer dans des
limites plus étroites, comme ils nous blâment, surtout, de traiter trop de sujets divers.
En ne sachant pas spécialiser ses études, t» affectant la prétention de se croire apte à connaître de la Zoologie tout entière, on produit , disent-ils, des travaux sans valeur aucune, on se perd inévitablement au milieu d’un Labyrinthe inextricable !
Nul d’eux, dans tous les cas, ne nous a mis en main le fil conducteur !
Nous ne prétendons pourtant, en aucune maniéré, nous élever au niveau des Grands Systématistes dont / œuvre est impérissable , nous ne prétendons pas plus nous égaler aux Auteurs moins célèbres qui, eux aussi, embrassant la Zoologie dans son ensemble , ont néanmoins laissé des traces fécondés.
Élevé à leur École, imbu de leurs saines idées, nous cherchons à les imiter, sans succès peut-être, mais sans témoigner certainement du contentement de nous-même !
Ne nous adressant pas du reste aux Spécialistes, nous tenons peu de compte de leurs appréciations.
Il est, nous le savons, infiniment moins profitable d’étudier systématiquement l’ensemble des types Zoologiques, que de passer ses veilles à supputer le nombre des cellules contenues dans une portion de l'un quelconque de ces types, sans s’inquiéter le plus souvent du nom qui lui est attribué; l’un, nous le savons encore, fait progresser la Science, l’autre ne cesse de commettre des fautes; nous nous rallions néanmoins à ce dernier, car, malgré sa faiblesse, il faut s’attendre à compter avec lui!
Nous effleurons tous les sujets!
l’ Abeille aussi se pose sur toutes les inflorescences . . .
son labeur est pénible, mais il est profitable que lui im-
porte si son miel n’est pas toujours sans amertume ?
Au Muséum de Paris, 14 juillet 1886.
D r A. T. be Rochebrune.