‹ Faune de la SénégambieChapitre 2 sur 48 · PROLÉGOMÈNES · texte numérisé non relu

PROLÉGOMÈNES

§ I. — Lorsque nous écrivions Y Introduction à notre Faune de la Sénégambie, pour des motifs qu’il serait oiseux de rappeler, nous avions jugé nécessaire d’initier franchement le Public Scientifique à certains, agissements provoqués par l’apparition des premiers fascicules de cet Ouvrage (1); cet acte accompli, nous nous étions promis de ne tenir aucun compte à l’avenir, des questions purement personnelles qui, pour une cause ou pour une autre, viendraient à être soulevées.

Devant Y hostilité que l’achèvement de nos Vertébrés, que diverses autres publications récentes semblent avoir ravivée, devant des raisons dont nous aurons bientôt à connaître, nous nous trouvons dans l’obligation de rompre aujourd’hui la neutralité que nous nous proposions de garder.

D’aucuns, nous ne l’ignorons pas, estiment bien plus digne de rester sourds aux coassements, et certes, nous les eussions imités, s’il n’existait des circonstances devant lesquelles, nous l’avons dit déjà (2), le silence peut être considéré comme un symptôme de faiblesse ou de crainte.

Or plus que jamais à l’heure actuelle, il nous est interdit de nous retrancher derrière un mutisme qui tôt ou tard serait défavorablement interprété.

Au surplus, quand en 1884 et 1885, nous démontrions avec preuves à l’appui les inhabiletés d'un Malacologiste, et que tardivement en 1886, pour unique défense de ce Malacologiste, auquel il faut des Champions, on se bornait à nous accuser de dépasser les bornes d'une polémique véritablement scientifique, accusation

(1) Introduction aux Vertébrés Sènécjambiens, t. I, p. lxxiii à lxxxi.

(2) Introduction, loc. cit. , p. i.xxx.

contre laquelle nous nous inscrivons en faux ! (1) par ce système marne de défense, on reconnaissait implicitement la validité de

(1) Les polémiques auxquelles nous faisons allusion remontent au 5 avril 1884- le Malacologiste qu’elles atteignent, est M. le D> P. Fisc er.

Provoquées par nous, dans le Bulletin d’une Société savante dont nous faisions alors partie en qualité de Secrétaire, ces polémiques tour à tour interrompues et reprises à deux époques éloignées, durent cesser dans le recueil précité devant une décision de la Société, prise après lecture d’une lettre de prétendues rectifications émanant de M. le Dr P. Fischer. Dans sa séance du 9 janvier 1886, « la Société regrettant que les attaques qui lui étaient signalées aient trouvé place dans son Bulletin prenait acte de la lettre de M. D r P. Fischer » ; plus tard, dans la séance du 22 mai 1886, et pour des raisons que nous n’avons pas à apprécier, « la Société votait le retrait de la lettre ».

Nous avions pris, à ce moment, l'engagement formel de répondre à notre heure, nous venons aujourd hui exécuter cette piomesse.

Les faits incriminés sont les suivants :

Dans un mémoire ayant pour titre : Etude monographique de la famille des Eledonidæ ( Bull . Soc. Philomathique de Paris, 7 e sér., t. VIII, n° 3, 1884, p. 152 et seq.), nous écrivions :

« Quand on consulte la troisième édition du Manuel de Conchyliologie de Woodward, réédité par M. le D r P. Fischer, on est surpris d’y rencontrer des indications bibliographiques erronées.

» Tel est le cas pour la famille des Eledonidæ. Le type fondamental de cette famille est généralement désigné aujourd’hui sous le nom d 'Eledona.

» Le nom d'ELEDONA, proposé par Aristote, dit M. le D r P. Fischer ( loc . cit., p. 331), a été employé par Belon en 1553, et définitivement introduit dans la science moderne par Leach.

» Cette phrase renferme trois erreurs ! En effet :

» 1° Aristote, au livre IV, de son histoire des animaux (IIsp t Zwwv Iavopiaç. édit. M. DC. XIX (Bosc.) cum J.-C. Scaliger Commentariis, Lib. IV, Chap. de 48 à 63), s’exprime ainsi : « ecm 8à ysvq tïIéuo tzoXu-kôScov. Ev p.sv io jiaXurc siuixXàÇov y. al jisyicxov a ûtwv. Etat. 8è izo\ô pii^ouç ol upocyeioi xwv -xslaylwu. Eoxi 8 é a).A ou jj.lx.oo! , -Ttonuloi, o’i o’ux soSiovxau Alla te 8uo’, v) xalo jLEVY] EXsScovq, jrqy.ei te SiacpÉpousa xwv rtoSwv xai tw jlovoxotuTov elvai jlovov xwv jLxlaxlwv. Ta yàp à), la xrdcvxa SixoxuXa èaxi. Kal - qv xaloùaiv ol piv Bolîxaivav, ol 8'Q^oltv. »

» Il résulte de ce passage, qu’ Aristote en employant le mot EIeSwvt), pour désigner une forme des animaux qu’il décrivait sous le nom de HoÀUTtouç, suivait tout simplement les règles de sa langue maternelle (désinence en -q),

nos assertions, est loin d’atténuer nos critiques, implicitement encore on en affirmait l’exactitude.

sans se douter que certains Naturalistes de l’avenir viendraient lui attribuer la création d’un genre à désinence latine (désinence en a), ignorant sans doute qu’à l’époque où florissait le grand philosophe, la langue latine devait lui être peu familière!

» Le nom d’ELRuoNA n'a donc pas été proposé par Aristote!

» 2° Le nom d’ELEDONA, inscrit par Belon {de Aquat., p. 333), ne date pas de 1553, mais de 1533, différence de vingt années, dont il faut tenir compte.

» 3° Leach, en 1817, date invoquée ( Zool . Miscel., vol. III, p. 137), emploie le nom eledon ; celui d’ELEDONA fait complètement défaut dans ses ouvrages. « Leach n’a donc pas définitivement introduit le nom eledona dans la science moderne ».

» Les seuls auteurs où l’on trouve le mot Eledona! employé comme nom de genre, sont : Belon, déjà cité, Aldrovande {de Moll., Cap. III, p. 42, 1606), et Risso ( Hist . Nat. Eur. Mérid., vol. IV, p. 2, 1826).

» En vertu d’une loi de nomenclature justement mise en lumière par M. le D r P. Fischer ( loc . cit., p. 319) dans son résumé du Code de nomenclature arrêté dans les divers congrès internationaux : « On doit rechercher avec soin l’antériorité pour les noms spécifiques et génériques, mais ne pas les faireremonter au delà de Linné {Syst. Nat., éd. X, 1758) ».

» Or, le nom d 'Eledona Belon, remontant à 1533, celui A'Eledona Aldrovande, datant de 1603, doivent être rejetés, tandis que Risso, étant le premier Naturaliste postérieur à Linné qui ait employé le même mot Eledona comme nom de genre, doit bénéficier des droits de priorité ; c’est donc lui, et lui seul, « qui a définitivement introduit ce nom dans la science moderne. »

Nous nous trompions en reprochant à M. le D r P. Fischer, d’avoir commis trois erreurs, deux seulement lui sont cette fois imputables.

Ën donnant en effet pour date de l’ouvrage de Belon l’année 1533, nous commettions une erreur grossière, car sa date réelle est bien 1553. Nous avions eu le tort de ne pas recourir au livre même de l’auteur cité, et de nous en rapporter à d’Orbigny qui dans son Histoire naturelle générale et particulière des Céphalopodes Acêtabulifères vivants et fossiles, 1835-1848, in-f°, p. 72, écriten synonymie du genre Eledone : Eledona, Belon, de Aquat., 1533 .

Cette rectification que nos principes de franchise et de justice nous faisaient un devoir de rendre publique, ainsi proclamée, nous ajouterons : quoi qu’ait pu dire M. le D 1 ' P. Fischer, sa phrase renferme deux erreurs, et nous maintenons dans toute sa teneur la démonstration que nous en avons donnée!

Dans un second mémoire intitulé : Note sur un nouveau Genre de Céphalopodes (Bull. Soc. Philomathique de Paris, 7 e sér., t. IV, n" 3, p. 83-84, 1885),

Un droit acquis à tous est celui de légitime défense; nous nous servons des armes que l'on nous a forgées, rien de plus, car,

mémoire destiné à convertir le nom générique H 'allia, proposé par Valencienne en celui de Hoylea, afin d’éviter un double emploi avec le genre Halia, imposé par Risso à un Gastéropode, nous disions en note :

« L 'Halia Priamus, Risso, des côtes de la Gambie {Teste, D r de Rochebrune; Officiers de Y Alceste), et, paraît-il, des côtes d’Espagne {Teste, Martyn, 1784 et al. auctor.), est un des Gastéropodes sur la position systématique duquel les opinions les plus contradictoires ont été émises; il était donné à notre savant collèguie et ami ht. Poirier, Docteur ès-sciences et Aide-Natui aliste au Muséum, de fixer définitivement la place que devait occuper cette espèce litigieuse. — Dans un remarquable mémoire {Recherches anatomiques sur l'Halia Priamus, in Bulletin de la Société Malacologique de France, t. II, n° 1, juillet 1885, p. 17 à 30 et pl. II, III, IV;, M. Poirier a pu, en effet, établir d’une manière irréfutable que YHalia Priamus devait constituer un groupe à part dans la famille des Buccinidæ.

» M. le D r P. Fischer est le seul auteur ayant pu, avant M. Poirier, étudier anatomiquement YHalia Priamus ; dès 1858, en effet, le Rééditeur du Manuel de Conchyliologie de Woodward, publiait dans le Journal de Conchyliologie sous le titre de Monographie du genre Halia ; Risso; { loc . cit., 2 e série, tome III, p. 141 à 158, pl. V) un travail où il affirmait, en se basant surtout sur la formule de la Radula, que YHalia Priamus devait être désormais classé dans la famille des Pleurotomidæ ; beaucoup de Conc’nyliologistes, dont le savoir consiste à copier servilement, sans s'inquiéter de vérifier l’exactitude des faits présentés, entre autres W. Tryon (Manual of Conchologg, part. 23, p. 161) ont accepté cette manière de voir. Malheureusement M. le D r P. Fischer, inhabile au maniement du microscope, n'a pas su voir la véritable forme de celle précieuse Radula, son mémoire sans valeur, dénote surabondamment : qu il est aussi faible anatomiste, qu’observateur superficiel. » M. le D r P. Fischer, devant l'impossibilité de prouver la fausseté de ces allégations, crut qu'il en atténuerait la portée en venant rectifier, en 1886,

1 erreur bibliographique que nous avions commise en 1884. Nous trompant sur un point, nous devions forcément nous tromper sur l’autre, et la validité de nos critiques ainsi mise en doute, sa responsabilité était d’autant sauvegardée.

Ce système de défense tout spécieux qu’il puisse être, tombe cependant fatalement de lui-même.

M. le Dr P. Fischer s’y est pris trop tard, en effet, pour signaler notre erreur de date n’ayant aucun rapport avec YHalia Priamus, et en cherchant à détourner l'attention des faits relatifs à ce Mollusque et que nous remettions

nul ne l’ignore, ces polémiques visent uniquement ceux qui, de parti pris, se sont déclaré nos adversaires.

en lumière, il n’a lait qu’affirmer nos dires et montrer une fois de plus qu’il est imprudent de plaider une mauvaise cause.

Nous appuyant sur deux études anatomiques de YHaKa Priamus, l’une consciencieusement élaborée, par conséquent exacte; l’autre à peine ébauchée, mal comprise, par conséquent fausse; nous avons pu dire que M. le D r P. Fischer était faible anatomiste, qu’il était inhabile au maniement du microscope, qu’il était observateur superficiel!

Nous ne craignons pas de répéter ces qualifications, car en les répétant nous apportons des preuves nouvelles, et qu’on le sache bien, inapte à contrôler par nous-même les travaux du savant Malacologiste, c’est à ceux ayant qualité pour le juger, que nous empruntons ces preuves.

Si l’on consulte par exemple : les Archives cle Zoologie expérimentale de M. le Professeur H. de Lacaze Duthiers, t. X, 1882, on trouvera un important mémoire de M. Joyeux-Laffuie, sur l’organisation et le développement de l ’ Oncidium Celticum, et l’on y verra de quelle façon M. le D r Fischer, en collaboration cette fois avec un savant non moins illustre que lui, a fait briller son talent d’ anatomiste, en étudiant ce même Oncidium Celticum, dans ses Recherches Zoologiques pour servir à l'histoire de la Faune de V Amérique centrale et du Mexique (7 e partie, t. I, p. 683 à 689, pl. xxxi, 1878).

On y verra : que le chiffre des dents de la Radula, ce précieux organe sans lequel la Malacologie cesserait d’être, et que M. le D r P. Fischer connaît si bien, est de 6825 environ et non pas de 8343, (J. Laffuie, loc. cit., p. 253).

Que le système artériel est succinctement décrit et qu'il n’est nullement question du système veineux (J. Laffuie, loc. cit., p. 274).

Que le rein est pris pour le poumon (/. Laffuie, loc. cit., p. 276).

Que l’histologie des glandes du manteau spéciales à V Oncidium, est incomplète et inexacte (J. Laffuie , loc. cit., p. 290).

Que ni le nerf acoustique ni l’otocyste ne sont mentionnés (J. Laffuie, loc. cit., p. 300).

Que la distinction connue de tous, existant entre un connectif et une commissure n’est même pas soupçonnée (J. Laffuie, loc. cit., p. 303).

Que la figure des spermatozoïdes ne représente nullement la réalité (J. Laffuie, loc. cit., p. 320).

Que la description des glandes albuminipares est des plus inexactes (/ . Laffuie, loc. cit., p. 323).

Qu’il en est de même du canal déférent (J. Laffuie, loc. cit., p. 327).

Que le mode d’accouplement est purement fantaisiste [J. Laffuie, loc. cit., p. 330).

Quand M. le D r P. Fischer travaille seul, il se plaît à accumuler des erreurs

N'ayant jamais reculé devant une provocation, nous continuerons donc ces polémiques, aussi souvent que nous les estimerons capables de mettre en lumière la justesse ou l’inexactitude des faits dont nous cherchons la solution.

Guidé, en outre, par un sentiment d équité et de justice, lorsque nous avouons hautement et publiquement nos erieuis, nous voulons relever hautement et publiquement celles commises par d'autres, quels qu'ils soient, mais surtout quand ils appartiennent à la catégorie toujours vi\ace de ceux qu un éminent Naturaliste ne craignait pas de qualifier de Roquets en Science et de misérables manœuvres en Histoire Naturelle, il y a un peu moins de 70 ans (1).

A diverses reprises, nous avons fait appel au jugement impartial de tous; les qualificatifs dont plusieurs nous ont gratifié, démontrent que, loin de répondre à notre appel, ils ont préféré soulever de mesquines querelles de coterie ; sans les suivre sur ce terrain, nous tiendrons néanmoins compte de leurs attaques, soit pour les déclarer fondées, si par hasard elles sont étayées par des preuves, soit pour leur laisser le regret de les avoir inconsidérément provoquées.

de tout genre, quand il s’adjoint un aide, ces erreurs s’accroissent d’autant ; et de même qu’en Mécanique, deux forces appliquées à un même point, dans une même direction et dans un même sens ont une résultante égale à leur somme, de même en Malacologie, quand M. le D r P. Fischer unit son savoir à celui de l’illustre M. H. Crosse, le résultat auquel il arrive se traduit par un degré de plus dans l’inhabilité.

Nous nous bornons pour l’instant, à relever ces passages, plus tard si le besoin l’exige, si Von nous y force, nous prouverons que l’anatomie des Urocyclus et de bien d’autres, est traitée avec le même savoir ; nous prouve- > ons que ses Classifications ne reposent que sur des rêveries ; nous prouverons qu en dehors de la Malacologie, sans cesse et toujours il a droit aux mêmes éloges.

Ln mot célèbre se rencontre souvent sous la plume féconde du Savant M. H. Crosse, et semble avoir pour lui une saveur toute particulière, qu'il nous permette de le lui emprunter, et de dire à son Savant associé, comme à lui-même du reste :

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