l'orvet fragile
Die Blindschleiche
Anguis FBA0IU8, Linné
D'un gris clair, cuivré au brunâtre en dessus, avec ou sans trait dorsal noir; gris, 'noirâtre ou noir en dessous. Queue ronde, plus courte ou un peu plus longue que le reste du corps, d'un dior mètre presque égal et brusquement conique à V extrémité. Tronc cylindrique. Cou d'épaisseur presque senîblàble à celle du tronc. Tête conique et arrondie au bout. Plaque rostrcde mesurant efivirofi le tiers de l'espace compris entre les narhies ; frontale la plus grande des pièces céphaliques. Écailles milices, lisses et arrondies au bord externe, transverses e7i desstis et en dessous du corps, obliques sttr les côtés. Pas de dents palatines; les maxillaires oUongt-es, sinqjles, aiguës et penchées en arrière. Longueur totale moyenne = 350''''.
Cetilia, SEi' Typhlus GiLEcrs, Ge88)Wi\ Serp. V, p. 36. C.aïUA viLGAKis, Aldrov. Serp. lih. I, cap. XI, p. 243.
• "nTiiLi-s, Ray, Syn. Quadr. p. 289.
» ANCJLICA ciXEKEA, etc. Pctiv. Mus. 17, sp. 10.
• Di Gesnero, Gl'lfo Cecella, Imper. Slor. nat, lib. 28, p. 690. Erix CLnicis, Daud. Ropt, VII, p. 281.
Anguis SQL AMIS abdominis CAUD^eQUE CXXX, Linné, Faun. Suec. édit. I, p. 96. Axoiis FRAGius, Linné, Syst. Nat. edit. 10, t. I, p. 229.
• ERix, Linné f Syst. Nat. I, p. 923.
• UNEATA, A. CLiviCA, Laur. Syn. Rept. p. 68 et 69.
» Douso TRILINEATO, Ritddaert, Nov, act. Acad. Cicsar. VII, p. 25.
» LiNEVTi's, A. CLivicrs, Gmel, Syst. Nat. Linn. p. 1122.
» ciXERErs, A. BicoLOR, RisHOy Ilist. Nat. Kurop. Mcrid. III, p. 88 et 89.
» PUNCT.VTissiMUS, Bibtxfn, Desoript. de la Morée, Liv. 36 (?).
Tête petite, conique, arrondie en avant, mesurant, en hauteur, environ la moitié de sa longueur et dépassant toujours beaucoup, en largeur, cette même demi-longueur. Les parties latérales couvertes de plaques comparativement
* Dans la Suisse romande, aussi Lanhaui ou Lanvoui; dans la Suisse allemande, Bruckschlange, AdlschLange, Haselwurm, etc.
104 PAUNB DBS VERTÉBRÉS.
petites et disposées en lignes horizontales superposées.
La face supérieure légèrement convexe et présentant une disposition assez régulière des plaques : généralement, en avant, une petite rostrale triangulaire n'occupant que le tiers environ de Pespace compris entre les orifices nasaux dont elle est séparée de chaque côté par deux autres plaques superposées. En dessus, ou en arrière de la rostrale et sur la même ligne médiane, deux nouvelles plaques impaires à distance Tune de l'autre ; la première plus petite et souvent hexagone, la seconde plus grande lozangique ou triangulaire. A droite et à gauche, sur les côtés de ces dernières, ainsi qu'entre elles et en arrière de la seconde, des séries de plaques paires plus petites et généralement quadrilatères allant cercler les yeux par le haut. Plus loin, sur le centre de la tête, la plus grande plaque, en forme d'écusson, dite frontale; après elle, une autre, également impaire, triangulaire et un peu plus petite, dite interpariétale, flanquée elle-même, de chaque côté, d'une grande plaque pariétale. Enfin, à la partie postérieure de la tête, une dernière plaque impaire et moyenne, dite occipitale (Voy. PL II, fig. 6). Narines rondes, latérales et percées dans une seule plaque.
Pas de dents palatines ; les maxillaires simples, allongées, aiguës et couchées en arrière.
Langue courte, bifide, noirâtre et granuleuse en avant, rosâtre et veloutée dans sa partie postérieure.
Œil plutôt petit, soit d'un diamètre horizontal entrant plus de quatre fois dans la longueur de la tête ; deux grandes paupières, l'inférieure couverte de petites squames.
Cou d'un calibre semblable à celui du tronc. Tronc cylindrique, d'épaisseur à peu près constante sur toute sa longueur et comparativement plus long chez les femelles ; les flancs et le ventre arrondis ; la ligne du dos légèrement déprimée.
Squames entuilées, minces, lisses, plus ou moins hexagones ou pentagones et toujours arrondies au bord externe ; celles du milieu du dos grandes, exactement transversales et régulièrement distribuées en séries longitudinales ; celles
SAURIBNS. 105
des flancs un peu plus petites et disposées obliquement ; celles des &ces inférieures de nouveau transverses et plus régulières. Lies préanales un peu plus fortes que les autres.
Queue d'un diamètre égal à celui du tronc et diminuant très-insensiblement jusque tout près de son extréndté où elle devient brusquement conique, sans s'effiler. Ce membre généralement long, quoique très-variable dans ses dimensions avec Tâge et le sexe; dans la majorité des cas, plus court chez les femelles que chez les mâles et comparativement bien plus allongé chez les jeunes que chez les adultes ; pouvant ainsi varier entre une longueur égale à la moitié de celle du tronc et une étendue équivalant à une fois et un tiers le reste du corps.
Faces supérieures présentant des colorations différentes suivant les ftges, inconstantes même chez les adultes. Cuivrées, bronzées, grises ou fauves, chez ces derniers, depuis le museau jusqu^au bout de la queue; Je plus souvent sans ornementations, quelquefois avec un trait dorsal noir ou noirâtre, persistance de la livrée de T enfance chez quelques individus. A droite et à gauche de ce trait médian, deux lignes brunes parallèles, chez certains sujets, chez d'autres un semis de petits points brunâtres, plus rarement quelques taches bleuâtres. Les flancs, parfois d'une couleur semblable à celle du dos, quoique indifl'éremment plus foncés ou plus clairs ; le plus souvent, bruns ou noirâtres et franchement délimités, vers le haut, par une ligne bien accentuée.
Iris doré et plus ou moins mélangé de brun ou de noir.
Faces inférieures d'ordinaire grises ou blanchâtres, chez les trèsvieux sujets; par contre, brunâtres, lavées de noirâtre ou noires, chez les individus moms âgés.
Jeunes d'un gris blanchâtre en dessus et, la plupart du temps, avec un trait dorsal noir ; les flancs et toutes les faces inférieures d'un noir bleuâtre ou violacé, plus ou moins intense.
Cette espèce varie passablement, comme nous venons de le voir, soit dans les proportions, soit dans la coloration, avec le
106 FAINK DKS VKRTÊRRÉS.
sexe et Tâp^e. Bien de^ naturalistes ont, pendant longtemps, distingué spécifiquement, sous le nom à'Atu^uis Ihwaius^ des Orvets encore jeunes qui avaient conservé la livrée de l'enfance. J'ajouterai que la taille extrême à laquelle peut atteindre l'espèce semble varier aussi avec les pays et les conditions d'existence; que, par exemple, l'Orvet mesure rarement dans notre pays des dimensions aussi fortes que celles auxquelles U parvient dans d'autres contrées, dans le midi, par exemple.
Enfin, je ferai observer que, comme chez nos Lézards, et contrairement à ce qui se voit dans nos Serpents, le mâle est, chez l'Orvet, plus grand que la femelle, grâce aux proportions comparativement beaucoup plus foites de sa queue.
Vnr. lin<»n»a Fi-m-ilo MAle France
Longueur totale ,0'»,255— 0™,25()— 0"',3(K) à 0'»,4r)0 '—O-^DOO *
» delatêto(anbontderoc.) 0,<H«>— 0,015— 0,0125 0,0185 » du corps (aveclalcHo) .... 0,110— O^lfiO— 0,150 0,220
» de la queue 0,145— 0,084— 0,i:>0 0,2:^0
Diamètre du tronc (au milimi) 0,007— 0,013— 0,010 0,018
L'Orvet est très-répandu en flurope et se trouve, depuis la Suède et la Sibérie, jus(iue sur les côtes de la mer Méditerranée. Il habite plus ou moins alwndamment nos divei's cantons. Schinz ' et J.-J. Tsrhudi * ont confiné cette espèce dans les vallées et les régions inférieures des nionta^njos de notre pays, au-<lessous de 10()0 mètres d'élévation; cependant, j'ai rencontré moi-même ce petit Saurien, dans les Alpes comme dans le Jura, au-dessus de ITiOO mètres, dans le bas de la ré;îion alpine, et d'autres observateurs l'ont étralement trouvé, plus haut encore, sur le ( jranil-St-H(Tnî\rd * et dans la partie supérieure del'Enj^adine*, à 2<MM) mètres environ aunlessus de la mer.
* I)iinon-»ion drjà peu commune en Sui?M\ mais, i\ ce qu'il paraît, plus ordinaire »*n Alleniatrne.
* Le frère Oi^rrien (Hi>t. Xat. du Jura) donne îi POrvet, dans le Jura, une taillt» dr :\'t à tJO centiraètre^; cette diineuMon extrême me parait un p<Mi exau'èrre pour nos pays.
' p'anna Helvetica.
* Monoiî. d. M'hw. Erlisen.
* A. (*lia\an!H'», proft^^iMir s*i Lnn>.inn<\ in htt.
* MM. J. Sarat/ H J.-L. Krattli, de l'ontrisina et de lîexers dans la
C'est principalement dans les localités sèches, herbeuses ou en partie pierreuses que T Orvet établit son habitation, dans un trou ou sous quelque abri. Il s'éloigne quelquefois assez de sa demeure, cherchant dans les prés, comme le long des fossés et des bois, ou des Insectes, ou des Vers, ou encore des Limaçons ; il ne grimpe pas, mais rampe assez lestement. Quoique dépourvu de pattes, il se creuse des galeries souterraines assez profondes, forant tantôt avec la tête, tantôt avec la queue, toutes deux également coniques. L'accouplement a lieu quelques jours après le réveil, et à une époque variable avec les conditions, de la fin de mars au commencement de mai. La femelle met au monde, sous terre, en août ou même seulement en septembre, de huit à quatorze petits qui déchirent leur enveloppe au moment même où ils viennent d'être pondus. Ces nouveaux-nés mesurent alors 80~" environ, et sont, ainsi que je l'ai déjà dit, blanchâtres en dessus avec une ligne dorsale noire et noirs ou noirâtres sur les côtés et en dessous. En arrière-automne, à l'approche des froids, les Orvets se retirent dans leurs quartiers d'hiver et ferment l'ouverture de leur retraite avec de la terre et de la mousse. C'est alors que l'on peut trouver de 20 à 30 individus réunis dans une seule galerie, de 70 centimètres à plus d'un mètre de longueur, les plus jeunes étant souvent les plus voisins de l'orifice. J'ai rencontré à plusieurs reprises, dans les environs de Genève, des Orvets se promenant dans nos campagnes déjà au commencement de mars, tandis qu'ailleurs, dans les montagnes, la température plus basse les retient beaucoup plus longtemps sous le sol.
L'Orvet a été à juste titre appelé fragile, car la queue, qui forme parfois plus de la moitié de la longueur totale, se rompt, chez lui, au moindre choc, tout aussi facilement que chez les Lézards. C'est, par contre, avec moins de raison que l'on considère comme nuisible ce petit animal des plus inoffensifs ; et il est grand dommage de voir beaucoup de gens écraser, comme Serpent venimeux et dangereux, ce joli Saurien dont les appétits nous rendent, au contraire, bien des services.
Haute-EngadJne (Bept et Batr. de la Haute-Engadine, par Y. Fatio, loc. cit.).
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Ordre m. OPHIDIENS
OPHIDII
Les Ophidiens ont un corps très-allongé, effilé, plus ou moins cylindrique et entièrement dépourvu de membres. La peau est, chez eux, couverte d'écaillés. Plusieurs des pièces céphaliques osseuses sont mobiles, et les deux branches de la mâchoire inférieure ne sont point soudées, de manière à permettre un développement variable de l'ouverture buccale. Les dents sont généralement pointues et recourbées en arrière. L'œil est dépourvu de paupières. 0 n'y a pas de conduit auditif externe. La langue, enfin, est allongée, profondément divisée à l'extrémité, mince, extensible et susceptible de rentrer dans une gaine particulière.
Les Serpents sont répandus dans les diverses parties du globe, et vivent, suivant leur nature, dans les eaux ou sur la terre, nageant ou rampant suivant les circonstances. Tous se nourrissent presque exclusivement de proies vivan-. tes. Quelques-uns sont ovo- vivipares, la plupart sont ovipares ; leurs petits ne subissent aucune métamorphose.
L'ordre des Ophidiens a, dès longtemps, attiré l'atten-
' Vertèbres généralement procœliennes.
tion des naturalistes', et bien des classifications différentes ont été proposées pour ces animaux Jusque dans ces dernières années. Le nombre des sous-ordres et celui des familles, ainsi que les rapports de ces divers groupes entre eux, ont constamment varié, selon que les auteurs se sont basés plus ou moins complètement sur le faciès, sur la dentition ou sur Técaillure. Telles formes ont été, avec plus ou moins de raison, tour à tour rapprochées ou éloignées, et il est fort difficile, dans certains cas, de savoir à quel système domier la préférence.
Je suivrai ici, comme pour les Sauriens, la classification générale de Ilarting, soit, à peu de chose près, celle de Duméril et Bibron légèrement simplifiée. Ces derniers auteurs ont établi cinq sous-ordres, suivant la forme et la disposition des dents : des Oj)otCro(lo)U('s, des Agh/phoilontes ^ des Opistogh/jJifs^ des Prdéroghjphcs et des Sdvnoghjphes, Je n'aurai plus, avec Harting et en me basant également
' Pour De pas ré])éter ici les noms, déjà plusieurs fois cités, d^un grand nombre d^auteurs qui ont abordé, à divers points de vue, Tétude des Ophidiens, je me bornerai à signaler quelques-uns des ouvrages qui m^ont été particulièrement utiles, et chez lesquels le lecteur pourra trouver à compléter les données générales de ce travail forcément réduites au cadre de notre faune : Stirm, J., Deutsch. Fauna, 1797-1H28. — Wyukh, J.-F*., Kssai sur l'histoire naturelle dos Serpents de la Suis}»e, 1H23.— Lens,H.-0., Schlangenkunde, 1H32; Scklangenkunde und Sclilangonfeinde, 1H70. — ScHLBOKL, H., K«<sai sur la physionomie des Seq)ents, lh37. — BoharABTB, Ch., Amph. europ., 1h:{9. — Fauna italica, 1K(2'1H41. — Scuixi, H., Kurop. Fauna, 1^40. — Cmempom, J., Faune méridionale, 1^44. — DinÉBiL et BiBRox, Kr|K'*tologie générale, vol. VI et VU, 1844 à 1h:»4.— LiHCK, H.-K., Die Se h langen Deutschlands, lHr)5. — (iUsth», A., Catalogue of Colubrine Snakes in the Collection of the British Muséum, 1H5j:^. — Jah, g., F^lenco sistematico degli Ofidi descritti e disegnati per PIconographia générale, lfM>3. — IlAaTijio, P., Leerb. van de Grondb. der I>ierkunde, 1HG4. ^ De Betta, K., Sui Serpenti italiani del gen. Trop., 1h:>5. — Beeum, lllust. Thierleben, Y, 1867. — Cabis et GEBSTjccuft^ Handb. der Zool. 1, 1^>8.
sur les dents, que les trois sous-ordres suivants : des Aglyphodontes (IV/5pA%?s, UrqpeUis, Tortrix, Calamaria, Eryx, Boa y Pi/thon^ Hy drops, Ahldbes, Coryphodon, Tropidonotus, etc., etc.), Serpents non venimeux ayant toutes les dents lisses; des Glyphodontes {Tragops, ElapomorjûàuSj Psammophis, Erpeton, Rhinostoma, Dryophylax^ etc. , etc.), Serpents suspects ayant, en arrière de la bouche, des dents cannelées; des Toxodontes {Elaps, Naja, HydrcphiSj Vipera, Cérastes, Orotalus ^ etc ), Serpents venimeux ayant, en avant, des dents cannelées ou perforées. Les Opotérodontes ne constituent plus qu'une famille des Aglyphodontes, de même que les Protéroglyphes et les Solénoglyphes ne représentent plus que deux divisions dans le sous-ordre des Toxodontes.
Comme tout autre système exclusif, le mode de classification par les dents, poussé jusque dans le détail des familles, mène quelquefois à des rapprochements fort discutables. Sans sortir du cadre si restreint de notre faune, nous aurons, par exemple, l'occasion de remarquer que nos CoronéUa et Trqpidonotus sont forcément placés côte à côte par Duméril * , par le fait de leur dentition semblable ; tandis que les Elaphis et Zamenis sont, par contre, répartis, à cause de leur dissemblance sur ce point et malgré leurs rapports extérieurs, dans deux familles très-différentes. Gûnther' et Jan*, s'appuyant plus spécialement sur les formes générales et l'écaillure, ont séparé les deux premiers genres, en les classant, avec plus de raison peutêtre, dans deux familles; de même ils ont dû, fidèles à leur système, grouper, au contraire, les deux derniers dans
* Dtiin. et Bib., Erpét. gén. vol. VTI, 1" part. 1854. ' Gimther, Catal. of Colub. Snakes, 1858.
* Jan, Elenco sist., 1863.
lis FAUNE DES VERTÉBRÉS.
une seule famille. Peut-être ces derniers auteurs ont-ils mieux saisis quelques-uns des rapports naturels de ces Serpents ; mais, en mélangeant les Aglyphodontes avec les GlyphodonteSy ils ont, en revanche^ forcément réuni certaines espèces dites suspectes et venimeuses à d'autres tout à fait inoflfensives, et négligé ainsi souvent des différences pourtant importantes de la dentition. Je ne discuterai pas la valeur de ces diverses manières de voir, et, puisque j'ai conservé, avec Duméril et Harting, le sous-ordre des Opistoglyphes ou Glyphodontes, je suivrai nécessairement aussi ces auteurs dans le détail des subdivisions qui en est la conséquence. En me réglant , pour les principales coupes, sur Touvrage de Harting, tout en cherchant à profiter, autant que possible, des observations récentes, je ne m'écarterai jamais beaucoup de la classification si généralement connue de Duméril et Bibron ' .
Le sous-ordre des Glyphodontes, qui n'est pas représenté en Suisse, compte deux espèces en Europe; l'une, de la famille des Anisodontidje, est le Tarbophis vivaxÇDvan. et Bib.) qui se trouve en Russie, en Dalmatie et jusqu'en Grèce; l'autre, de la famille des DiPSADiDJi:, est le Gbelo* peltis insignitus (Wagler) du midi, d'Italie, d'Espagne, etc.
Parmi les Ophidiens qui habitent la Suisse, il est naturel de discerner d'emblée des Serpents inoffensifs ou non venimeux, et des Serpents nuisibles ou venimeux; les premiers étant vulgairement connus, chez nous, sous le nom collectif de Couleuvres, et les seconds sous celui de Yi-
* Je formerai seulement, pour nos genres Tropidomoiui et CoromOa^ deux tribus dans la famille des Syncrantéridés de Duméril et Bibron.
pères. Je reviendrai, plus loin, sur les signes distinctifs de ces deux grands groupes; voyons, pour le moment, quelles habitudes et quels caractères peuvent s'appliquer, d'une manière générale, à l'ensemble des espèces que l'on rencontre dans notre pays.
Dès les temps les plus reculés, les Serpents ont joué un grand rôle dans les légendes de tous pays, et ce n'est pas sans lattes que la science a, petit à petit, éliminé diverses croyances populaires aussi absurdes qu'invétérées. L'espèce de répugnance qu'éprouvent beaucoup de gens à la vue subite d'un Serpent a toujours fait de ce Reptile un sujet de terreur irréfléchie. La peur a, non-seulement prêté à cet objet d'eflfroi les formes les plus extraordinaires, des couronnes, des cornes', des pattes, des ailes, etc. , etc. , mais encore elle a étendu à toutes les espèces inoffensives la malédiction que ne méritaient^ jusqu'à un certain point, que les espèces venimeuses.
Je ne prendrai pas la peine de relever ici toutes les fables qui ont été contées et accréditées, en divers lieux, sur des Serpents qui s'introduisaient dans le corps de personnes endormies, tétaient les Vaches et les Chèvres % asphyxiaient par leur simple regard, ou encore exécutaient
^ Quelques espèces exotiques, les Oarattea par exemple, portent il est ▼ru de petites cornes; mais aucun Serpent de notre pays n'est orné de ces appendices, quoique j'aie entendu raconter maintes fois de semblables observations.
* Dépouime de lèvres charnues, la bouche de nos Serpents est incapable d'envelopper suffisamment le pis de la Vache ou de la Chèvre pour en extraire le lait. Du reste les dents de l'Ophidien, recourbées en arrière, pourraient difficilement lAcher prise après un écartement nécessairement aossî grand des deux mftchoires, et la béte tetée ferait certainement de belles ruades au sentiment des nombreuses piqûres produites par ces petits crochets acérés sur des parties aussi délicates.
T. ni. 8
114 FAUNE DES YERTEBRÊS.
mille autres manœuvres qui n'ont pas plus besoin de réfutation que ces premières.
Cependant, l'on fait aussi bien d'autres histoires qui, pour avoir plus d'apparence de vérité, n'en sont pas moins, pour la plupart, aussi fausses ou tout au moins fort exagérées. Après avoir longtemps administré, sous le nom de Thériaque et comme remède universel, des fritures ou des décoctions de Vipères, Ton a enfin reconnu que la principale utilité de cette pratique médicale était de détruire en grand nombre les Serpents dangereux. Longtemps aussi. Ton a enseigné que les Ophidiens exercent une si puissante fascination sur la proie qu'ils convoitent que le pauvre animal, devenu incapable de s'enfuir, se précipite de lui-même dans la gueule du Reptile ; que des Oiseaux ont même la complaisance de se déplumer eux-mêmes, auparavant .avec le bec et les pattes. Quoique des auteurs sérieux * aient rapporté des faits en apparence à l'appui de cette croyance, les expériences de plusieurs naturalistes, ainsi que quelques observations que j'ai eu l'occasion de faire, prouvent, au contraire, que la terreur inspirée par le Serpent aux petits animaux n'est pas plus instinctive chez ceux-ci que chez l'homme, et qu'elle s'acquiert par l'expérience ou par l'éducation. Un petit enfant, par exemple, gr&ce à son ignorance, ne s'efrayera en rien à la vue d'un Serpent; pas plus qu'une Souris, un Lézard ou un Oiseau ne craindront de se promener tranquillement à côté d'une Couleuvre ou d'une Vipère affamée et furieuse, de passer même sur le corps du Ileptile, jusqu'au moment où ils apprendront, à leurs dépens, quel danger les menaçait à leur insu.
* Pftr exemple, Dum. et Bib. £rpt*t. gên., voL YI, p. 114.
L'influence, pour ainsi dire magnétique, que l'on attribue généralement à la musique sur les Serpents, ne paratt pas plus confirmée que celle que le regard du Reptile devrait exercer sur sa proie. Les concerts variés que Lenz * a donné aux diverses espèces qu'il étudiait en captivité, ne lui ont jamais permis de voir chez ces animaux la moindre indication de perception ou de sensation quelconque. La crédulité des gens a été, sur ce point comme sur tant d'autres, largement exploitée par les jongleurs et les charmeurs de tous pays.
Je pourrais citer encore un grand nombre de fables, toutes plus ou moins répandues et accréditées; mais je n'en finirais pas, si je voulais relever ici toutes les idées erronées que des gens, plus remplis d'imagination que de courage, se plaisent à publier, le plus souvent pour s'excuser de leur couardise ou pour masquer leur ignorance. J'aurai l'occasion de revenir quelquefois sur ce sujet; je me bornerai donc, pour le moment, à renvoyer le lecteur curieux de savoir jusqu'où a pu aller et va encore la crédulité dans notre pays, aux diverses narrations de quelques ouvrages suisses *, et plus particulièrement aux réfutations deWyder *, qui, jusqu'ici, s'est le plus sérieusement occupé des Serpents sur notre territoire, et du IK Lenz *, le célèbre ophiographe allemand.
Je reviens aux quelques faits généraux que nous a enseignés l'observation directe.
Noos avons, en Suisse, des Serpents qui, sans être ex-
^ Lenz, H.-O., Schlangen und Schlangenfeinde, 1870.
* Wagner, J.-J. Hist. Nat. Helv. cur. 1680. — Razoumowski, Hist. nat. dn Jorat, 1789.
' Wyder, J.-F., Hist. nat. des Serpents de la Suisse, 1823.
* Lenz, loc. cit.
1 i 6 FAUNE DBS TBRTÉBRB8.
clusivement aquatiques , vivent cependant volontiers dans l'eau ou près des eaux, et d'autres Serpents qui préfèrent, au contraire, les localités sèches et arides. Chacun se choisit, suivant ses goûts, un quartier convenable, auprès d'une mare, dans une prairie, dans les broussailles, ou encore dans les rocailles, et ne s'écarte guère de sa demeure que pour pourvoir à sa subsistance. Cependant, à l'approche de la mauvaise saison, l'on voit souvent une Vipère ou une Couleuvre exécuter de petits voyages, en quête tantôt d'une habitation plus confortable, tantôt de quelques-uns de ses semblables pour passer avec eux l'hiver en société. L'une s'introduira alors dans une fissure de mur ou sous un amas de pierres, l'autre se cachera sous des racines, dans un tronc d'arbre, ou encore dans la galerie d'un Campagnol.
Les petits animaux qui servent de nourriture à nos diverses espèces de Serpents, sont, conmie on le sait, avalés sans être mâchés, tout vivants, étouffés ou encore tués par un venin subtil. La ruse et l'adresse sont tour à tour employés par le Reptile qui veut arriver à ses fins. Une Vipère blottie inmiobile attendra patiemment que la Souris ou l'Oiseau qu'elle convoite vienne à passer à sa portée, et, projetant brusquement la tète sur sa proie, elle la mordra pour suivre ensuite les progrès rapides de l'empoisonnement qu'elle vient de consommer. Une Couleuvre, plus alerte, surprendra ou poursuivra, sur la terre ou dans les eaux, les proies variées que lui offrent ces deux éléments, qui lui sont également familiers. Grimpant adroitement dans les buissons, elle guettera, par exemple, le nid d'un Passereau, ou, nageant silencieusement dans quelque mare, elle happera tout à coup une pauvre Grenouille qui ne l'a pas entendue approcher subrepticement derrière elle ; quel-
qaefois encore, se glissant entre les pierres, au fond des eaux, elle attrapera lestement des Chabots ou d'autres petits Poissons.
Ces divers animaux, engloutis la tête la première et arrosés d'une abondante salive, s'engagent petit à petit dans la gueule fort distendue du Serpent, retenus qu'ils sont, en avant, par de nombreuses dents recourbées à cet effet, et lentement absorbés sous l'influence de fortes contractions musculaires. Us avancent ainsi peu à peu jusqu'à l'estomac de l'Ophidien, qui prend alors, dans cette région, des proportions d'autant plus volumineuses que les proies ont été plus grosses ou plus nombreuses ' . Fort empêché dans ses mouvements, le Reptile reste, d'ordinaire, assez longtemps dans une immobilité presque complète ; ou bien, il cherche quelquefois à vomir ce poids gênant, en ouvrant démesurément la gueule, si quelque danger le force à fuir.
Une Souris, un Oiseau ou un Lézard seront généralement étouffés par la Couleuvre avant que d'être avalés; mais la Grenouille ou le Poisson disparaîtront tout vivants. Beaucoup de gens connaissent les cris lamentables du Batracien happé par le Serpent, et plusieurs fois il m'est arrivé de rendre la liberté à une pauvre Grenouille que je retirais du fond du cou de la Couleuvre.
^ J'ai troQTé souvent de grandes Couleuvres qui, ainsi repues, mesuraient, vers le milieu du corps et sur un espace plus ou moins long, de 4 à 5 centimètres de diamètre. C'est à de semblables rencontres qu'il fiut, je crois, attribuer la plupart des citations erronées de Serpents monstrueux dans notre pays. Une personne craintive, qui n'aura vu d'abord que la partie la plus renflée du Reptile, aura bientôt fait, plutôt que d'aller voir, de calculer d'après l'épaisseur la longueur probable du Serpent. C'est ainsi qu'on parle de Serpents longs de 6 à 8 et même 9 pieds observés dans nos bois ou nos campagnes; tandis que l'on ne trouvera, en réaHté, aucune espèce indigène mesurant plus de 1"^,60.
1 i 8 FAUNE DBS VBRTÉBRÉS.
La progression des Serpents se fait, dans Tean comme sor la terre, an moyen d'inflexions latérales des diverses parties dn corps. Les côtes, mues par des muscles puissants, jouent, dans Pacte de ramper, un rôle à peu près analogue à celui des pattes. Tandis que la colonne vertébrale se courbe facilement à droite et à gauche, les côtes se meuvent d'avant en arrière, et, trouvant sur le sol une résistance pour les plaques abdominales en partie relevées comme autant de crampons, elles permettent successivement à chaque partie du corps de se porter en avant en se redressant. Dans Veau, le même mouvement se produit, et le poumon, plus ou moins gonflé d'air suivant la volonté de l'animal, permet à celui-ci de se maintenir à la surface ou de ramper au fond.
En s'appuyant sur la queue et une partie du tronc, un Serpent peut relever et dresser une partie plus ou moins grande de son corps; cependant, il en est peu, surtout parmi les venimeux, qui, suspendus par la queue, puissent remonter avec la tête jusqu'à cette extrémité. Nos C!ouleuvres sont, sous ce rapport, beaucoup plus fortes que les Vipères ; elles peuvent retirer en arrière ou de côté, et maintenir en l'air un quart ou un tiers environ de leur longueur totale, pour projeter subitement et avec vigueur cette partie antérieure de leur corps contre une proie ou un ennemi. Jamais je n'ai vu aucune de nos espèces, venimeuses ou non, pouvoir quitter entièrement le sol pour bondir en avant, ainsi que le croient beaucoup de gens, qui vont jusqu'à prétendre avoir été poursuivis par des Vipères qui sautaient sur le bout de la queue. «Tai, par contre, toujours vu nos Serpents fuir plutôt devant l'homme, à moins qu'ils ne fussent surpris ou arrêtés de manière ou d^autre, et contraints à se défendre.
Avec les premières ardeurs du soleil de printemps, à une époque variable suivant les espèces, les années et les localités, du commencement de mars, en plaine, à la fin de mai, dans les Alpes, nos Serpents se réveillent de leur torpeur hivernale et sortent de leurs cachettes. Depuis ce moment, jusqu'en automne, ils changent cinq à six fois de peau, soit d'épiderme, parfois même plus souvent, suivant les circonstances. Cette enveloppe externe, qui recouvre tout le corps, y compris Tœil, se soulève et se détache petit à petit, puis se fend largement vers les lèvres. L'animal, qui cherche à se débarrasser de cette tunique devenue inutile, passe et repasse, à cet e£Fet, au travers d'herbes serrées, de pierres ou de racines entrelacées, pour y laisser cette enveloppe gênante * . Plus un Serpent est près de changer d'épiderme, plus sa coloration est sombre, plus, par contre, il est près du moment où il a perdu sa vieille tunique, plus sa livrée est claire et brillante.
C'est, d'ordinaire peu après la première mue, en avril ou en mai, que les amours commencent et que les sexes se recherchent, plusieurs individus se réunissant parfois sur un point donné. Le mâle et la femelle jouent ensemble, tantôt étendus immobiles l'un à côté de l'autre, tantôt s'embrassant de leurs anneaux £i s'entrelaçant amoureusement. L'accouplement dure quelquefois plusieurs heures, pendant lesquelles les deux Serpents demeurent étroitement unis ; les doubles verges du mâle, fortement tuméfiées et pourvues d'épines cornées recourbées en arrière,
^ Da Seq)ent8, en partie seulement dégagés de leur peau enroulée on lacérée, ont para soorent, à certaines gens, munis d'ornements ou d'appendices Taries auxquels la peur prétait bien vite des formes et des dimensions extraordinaires.
iSO FAUNE DES VERTÈBRES.
rendent difficile une prompte séparation. Trois à quatre on même cinq mois après, et généralement une seule fois par an, la femelle dépose, sous le sol, sous un amas de pierres ou de débris végétaux, ou simplement sous la mousse dans quelque endroit humide, soit des œufs blancs, ovales et à coquille plus ou moins résistante, soit des petits vivants. Le nombre des œufs peut varier suivant les espèces, les conditions et Tàge des parents, de six à trentecinq environ ' ; celui des petits nés vivants demeure dans une limite bien inférieure^ et ne s'élève guère audessus de douze à quinze. Quelques auteurs ont raconté avoir observé, chez de grandes espèces exotiques, une sorte d'incubation de la femelle qui demeurerait enroulée autour de ses œufs; je n'ai rien remarqué de pareil dans notre pays, et j'ai toujours trouvé les paquets d'œufs abandonnés à eux-mêmes. Pondus, suivant les cas ou les espèces, à un degré de développement un peu diflférent, ceux-ci éclosent après un temps variable de trois à huit semaines. La mère, qui a mis au monde des petits vivants, ne m'a pas paru davantage s'inquiéter bien longtemps de sa progéniture, quoique certains auteurs se plaisent à raconter que la Vipère surveille ses Vipereaux et les avale au moindre danger, pour les rendre ensuite, le péril une fois passé '. Les petits d'une même portée demeurent, il est vrai, assez souvent, jusqu'à l'année suivante, réunis dans la localité qui les a vu naître ; mais , malgré leur taille très-minime
' CertAines espèces exotiques en font plus encore.
* Palissot de BeauTois (Trans. Phil. amer. Soc. IV, p. 368) raconte avoir tu un Serpent à sonnettes menacé par lui, rappeler ses petits an son de ses grelots, puis les avaler les uns après les antres, poor les rendn ensuite à la liberté, une fois le danger passé. Ogérien (Hitt. Nat. du Jm, m, p. 305) a cm pouvoir attribuer la même faculté, peu vraisemblable, à la Vipère du Jura.
encore, ils prennent bien vite les allures dégagées des adultes, et se mettent en quête, chacun pour soi, de l'aliment qui leur convient. Les animaux qui servent de nourriture aux parents étant disproportionnés à l'ouverture possible de la bouche des petits, ceux-ci doivent s'adresser plus volontiers, pendant les premiers temps, aux Vers, aux Insectes et aux Mollusques. Les jeunes Serpents croissent lentement; ce n'est d'ordinaire que dans leur quatrième année qu'ils sont capables de reproduction, et ce n'est même qu'à six ou sept ans qu'ils atteindront la taille moyenne de l'adulte, les mâles demeurant généralement plus petits que les femelles.
Les diverses variations atmosphériques ont une assez grande influence sur les Ophidiens. La plupart de nos espèces se montrent de préférence par la chaleur et le beau temps; toutefois, celles du genre Tropidonote, qui vont surtout à l'eau, craignent moins que les autres la pluie et le mauvais temps.
Nos Serpents inoffensifs sont principalement diurnes ; mais nos espèces venimeuses paraissent être, dans certains cas, aussi bien nocturnes que diurnes. Plusieurs observateurs affirment que la lumière exerce sur ces dernières, dans les ténèbres, une attraction tout à ùÀt analogue à celle qu'elle produit sur d'autres animaux incontestablement nocturnes; que les Vipères déploient, par exemple, de nuit, une activité bien différente de l'apathie qui semble les écraser souvent durant le jour. J'ai constaté, quant à moi, à maintes reprises, que la nutrition et l'accouplement s'opèrent volontiers en plein jour chez nos Serpents venimeux, et je suis fort porté à croire que leurs habitudes doivent varier alors avec les conditions. S'ils ne craignent pas, en effet, l'obscurité des nuits dans les pays chauds, comme
ISS FAUNB DBS VERTÉBRÉS^
peut-être aussi dans quelques-unes de nos vallées basses, ils doivent, me semble-t-il, Téviter dans les régions supérieures de nos Alpes, où l'abaissement nocturne de la température les appesantirait, au contraire, puisqu'un froid de deux à trois degrés au-dessus de zéro suffit souvent à les engourdir, et que deux ou trois degrés au-dessous les tuent inévitablement, s'ils sont exposés à l'air libre.
Les Serpents, auxquels on prête tant de ruse et de finesse, ne paraissent pourtant pas avoir des sens bien délicats.
La vue seule semble assez développée, et l'œil est, chez eux, l'organe le mieux exercé. L'absence de conduit auditif externe ne doit pas donner à l'oreille une bien grande sensibilité, et s'accorde difficilement avec la réputation de mélomanie que l'on fait gratuitement à ces animaux. L'odorat, de même, parait être assez peu délicat, puisque les odeurs les plus violentes ne semblent pas faire éprouver le moindre désagrément à ces Reptiles. Le tact paucier est également peu sensible, car l'on voit souvent de petits animaux se promener sur le corps d'un Serpent sans que celui-ci ait l'air de s'en apercevoir le moins du monde. Enfin, le goût doit être de tous les sens le moins développé, puisque tous les aliments sont avalés sans être mâchés, et que la langue se retire généralement dans sa gatne pendant l'acte de la déglutition.
La langue, cependant, loin d'être inutile, joue un grand rôle dans la vie de l'Ophidien ; non pas qu'elle soit l'instrument qu'il emploie pour piquer j comme disent beaucoup de gens, puisqu'elle est souple et molle, mais elle lui sert, tout à la fois, d'organe de tact des plus délicats et d'appareil de langage muet des plus expressifs.
En toute circonstance et en face de chaque nouvel objet, le Serpent darde sa langue, comme pour se mettre en
correspondance avec le monde extérieur ; il touche même quelquefois avec les bouts effilés de cet organe les corps dont il veut reconnaître la nature et les propriétés. En outre, comme je l'ai dit, le mouvement de la langue que ce Reptile sort, au travers de l'encoche de sa lèvre supérieure, exprime tous les sentiments qu'il ressent dans diverses circonstances. Tous ses instincts et toutes ses passions se traduisent par un mouvement de cet organe, d'autant plus prompt que les impressions sont plus violentes, et d'autant plus lent que l'animal est plus insensible, engourdi ou malade. Aux expressions de la langue se joint, suivant les cas, et particulièrement dans la colère, une sorte de petit sifflement strident et prolongé, produit probablement par la sortie rapide de l'air chassé au travers de l'encoche rostrale ; je n'ai, du moins, jamais entendu aucune de nos espèces produire ce bruit la bouche ouverte.
Les Serpents ont beaucoup d'ennemis parmi les Mammifères et les Oiseaux. Au nombre des seconds, les Aigles, les Faucons, les Hiboux, les Corbeaux, les Cigognes, les Hérons, quelques Canards, etc. ; parmi les premiers, les Chats, les Chiens, les Fouines, les Putois, le Hérisson, le Cochon, etc. L'on assure même que ces trois derniers animaux ne souffrent en rien des piqûres de la Vipère qu'ils croquent à belles dents.
EInfin, à une époque plus ou moins tardive suivant les années et les conditions, entre la fin d'octobre et celle de novembre, parfois même en décembre seulement, tous nos Ophidiens se retirent petit à petit dans leurs quartiers d'hiver, sous le sol ou dans quelque trou bien abrité. Une léthargie profonde s'empare d'eux et les retient enfouis jusqu'à un nouveau printemps, groupés en famille ou en nombreuses sociétés et enchevêtrés ou roulés ensemble. L'on
1 Si FAUNE DBS VERTÉBRÉS.
trouve quelquefois, dans ces paquets de Serpents engourdis, des espèces mélangées; mais, dans la majorité des cas, celles-ci se réunissent plutôt, chacune de son côté. Malgré la petitesse de notre pays, nous aurons cependant l'occasion de constater d'assez grandes inégalités dans les répartitions horizontales et verticales de ces Reptiles, entre la plaine et 3000 mètres environ au-dessus de la mer. Le Valais, au nord des Alpes, et le Tessin, au sud, m'ont paru, en particulier, nos cantons les plus riches en espèces.
Examinons maintenant, chez nos Serpents, les formes et la structure de différentes parties qui seront appelées à nous fournir des caractères. Je néglige ici certams points invoqués par quelques auteurs, pour ne m'occuper que de ceux qui m'ont paru les plus utiles dans Tétude de nos espèces.
Nous avons dit que plusieurs des pièces céphaliques osseuses sont mobUes les unes sur les autres ; ajoutons que la mâchoire inférieure présente aussi un agencement tout spécial, pour donner, suivant les cas, une plus ou moins grande extension à la cavité buccale et lui permettre d'engloutir des proies démesurées comparativement à la tête du Reptile. Non-seulement, les deux branches du maxillaire inférieur ne sont pas soudées entre elles, mais encore, au lieu d'être dkectement articulées sur le cr&ne, elles jouent à l'extrémité d'un os particulier, mobile et plus ou moins allongé, nommé os tympanique (os tympanicum vd quadrattifn) et correspondant à l'os dit carré des Oiseaux.
La dentition offre, comme nous le verrons, des caractères de première importance. Les dents, en forme de crochets penchés ou recourbés en arrière, peuvent être, en effet, réparties en rangs simples ou doubles, sur les deux maxillaires ou sur l'un seulement, sur les palatins, sur les ptéry goïdiens , ou encore quelquefois, quoique beaucoup plus rarement, sur l'intermaxillaire K La répartition de ces crochets sur les divers os, leur ordre,
^ Les Pythons et les Rouleaux portent, par exemple, des dents sur ce dernier os.
leurs dimensions comparées, les rapports qu^ils soutiennent entre eux, leur forme et quelquefois même leur nombre, pourront servir à distinguer des groupes d'importances différentes. Tantôt, par exemple, les dents seront toutes égales, comme chez notre Élaphe ; tantôt, au contraire, les postérieures ou les antérieures seront les plus grandes, ainsi que cela se voit, dans le premier cas, chez nos Tropidonotes, notre Coronelle et notre Zaménis, dans le second cas, chez nos Vipères. Quelquefois encore, elles seront distribuées, ou à égale distance en série continue, comme chez les Tropidonotes et les Coronelles, ou en deux séries séparées par un espace vide, comme chez le Zaménis. Parmi les dents des Serpents venimeux nous distinguerons de grands crochets destinés à conduire le venin dans les morsures ; ceux-ci seront ou fixés en arrière des autres dents, comme chez les Glyphodontes qui n^ont pas à nous occuper, ou disposés en avant, comme chez les Toxodontes ^ Après cela nous remarquerons que les crochets venimeux antérieurs peuvent être aussi ou simplement marqués d'une rainure en avant, comme chez les Elaps et les Naya, par exemple, ou percés par un canal interne, comme chez nos Vipères. Avec cette dernière disposition propre aux Vipérides et aux Crotalides, GoXnddera aussi une forte réduction du maxillaire supérieur qui ne portera pas d'autres dents, ainsi qu'une grande mobilité de cet os, afin de permettre un mouvement de projection et de rétraction de ces armes redoutables. Tandis que les grands crochets à venin, couchés en temps de repos dans un repli de la gencive, ne serviront qu'à blesser, les dents suivantes, beaucoup plus petites, palatines ou autres, ne s'employeront, chez ces Serpents venimeux comme chez tous les autres, qu'à retenir la proie et nullement à la m&cher (Voy. PL II, fig. 10 et 21).
L'étude minutieuse de la tête ' peut, à son tour, présenter de nombreux traits distincti&. Ses formes comprimées ou déprimées
^ Avec ces dispositions différentes des crochets à venin, les Glyphodontes n^empoisonnent leur proie que lorsqu'elle est déjà parvenne dans leur arrière-bouche ; tandis que les Toxodontes la blessent ayant que de s'en emparer.
* L'on rencontre quelquefois de jeunes Serpents bicéphales. Les deux téCes de ces êtres monstrueux présentent souvent la même Tivacité, et semblent servir quelquefois alternativement à la nutrition.
1 â6 FAUNE DIS VERTÉBRÉS.
et plus OU moins allongées ou ramassées, ainsi que sa largeur comparée à celle du cou, donnent d'emblée un faciès particulier à chaque espèce. De même, le développement de quelques-unes de ses parties et son écaillure fournissent aussi des caractères de grande valeur. Des extensions différentes du maxillaire inférieur permettront, entre autres, une ouverture variable de la bouche, ainsi fendue plus ou moins en arrière, et correspondront naturellement à une alimentation et, par là, à un genre de vie différents. Sans sortir même du cadre de ce travail, nous pourrons observer déjà une divergence assez sensible à ce point de vue, entre nos Tropidonotes et notre Coronelie, par exemple.
Les yeux, petits ou grands et enfoncés, ou à fleur de tête, sont aussi plus ou moins près du museau, de même que plus ou moins rapprochés sur la tête ou écartés sur les côtés. La pupille est arrondie ou allongée verticalement; mais cette dernière disposition en fente verticale semble plutôt spéciale aux Toxodoutes solénoglyphes, à nos Vipères entre autres, et souvent d'accord avec un genre de vie en partie nocturne.
Les narines peuvent être, comme les yeux, petites ou grandes et en dessus ou sur les côtés de la tête. Enfin, entre l'œil et la narine, se trouve quelquefois une fossette qui, par sa constance chez certaines espèces, a pu servir à l'établissement de la famille des Crotalides.
Passant de là à l'examen de l'écaiUure, nous distinguerons, dès l'abord, des têtes protégées par de grandes plaques écaiUeuses et des têtes couvertes de petites écailles (Voy. PI. II, fig 7, 18, 23 et 24). Beaucoup de Serpents venimeux présentent cette dernière disposition, tandis que la majorité des inoffensi& affecte au contraire la première. Cette distinction est à peu près constante entre nos espèces; cependant, il ne faudrait pas vouloir trop généraliser, car elle soufre bon nombre d'exceptions, et une trop grande confiance dans ce caractère a amené quelquefois des accidents fâcheux *. Le nombre et les formes des
' Le TngomHxphaluê Halyê fait, en Europe, une écUUnte exception à cette prétendue règle; et, comme nouB le verrons, la Vipère comnane (Pchoê Benu) se distingue constamment de Tespèce dite rouge ( Viperm Aâpit) par la présence de trois petites plaques sur le centre de la tète.
OPHIDIENS. iâ7
plaques varient assez, avec les genres et les espèces ; toutefois, tous les Serpents moffensi& de notre pays comptent également le nombre maximum de neuf plaques sur la face supérieure de de la tête.
Tous nos Aglyphodontes suisses présenteront donc normalement, à la face céphalique supérieure : premièrement et en avant, quatre petites plaques disposées par paires, les antérieures étant dites inteniasales et les suivantes préfrontales ; secondement, au milieu de la tête, un écusson médian et impair dit frontal^ flanqué de chaque côté, au-dessus de Tœil, d'une plaque dite surcir liaire on sttëorbUaire ; troisièmement et en arrière, deux grandes plaques formant la paire des pariétales (Woj. PI. Il, fig. 7 et 18).
A Textrémité antérieure du museau , Ton remarquera une plaque simple nommée rostrale plus ou moins profondément encochée pour livrer passage à la langue. Après cela, sur les côtés de la tête, Ton distingue une série de plaques sudabiales en nombres différents, ainsi qu'en contact avec Tœil ou séparées de celui^i par quelques squames plus petites ; puis, entre la rostrale et rœil et au-dessus des suslabiales. Ton reconnaîtra encore des nasaleSy des frétiales et des préoculaires. Derrière les yeux sont disposées, en demi-cercle, A&& pbstoculairesy comme les précédentes en nombre un peu variable avec les genres et les espèces, et même avec les individus. Plus en arrière, enfin, sont des plaques obliques nommées temporales^ et nous verrons que le nombre et la position de ces dernières sur une ou deux files, acquièrent aussi, souvent, une certaine valeur (Voy. PL n, fig. 14 et 20).
L'on attache généralement, et jusqu'à un certain point avec raison, une assez grande importance à la forme et au nombre des plaques céphaliques. Toutefois, je dois dire que ces lames écailleuses varient souvent à ce double point de vue, et qu'elles peuvent ainsi facilement embarrasser ou induire en erreur, si on n*a pas soin de les étudier sur un grand nombre de sujets de la même espèce, ou si on ne les soumet pas au critérium des autres caractères. Les plaques latérales, en particulier, sont, plus encore que les supérieures, sujettes à certaines modifications accidentelles qui en réduisent ou en augmentent le nombre, en en changeant la forme, soit par sutures, soit par subdivisions.
L'on peut encore tirer des caractères utiles des petites squa-
128 PAUNB DIS TERTÉBRÉS.
mes, dites scutéUes gulaires^ qui, suivant Taxe du coips, sont disposées par paires sons la gorge. Toutes nos espèces non venî* meuses portent, par exemple, deux paires de scutelles gulaires principales, s'approchant plus ou moins des premières gastrostéges ; tandis que nos Vipères n'ont qu'une paire de scutellea majeures suivie de squames plus petites.
Le cou, large ou étroit, est plus ou moins distinct, suivant les genres et les espèces, de la partie postérieure de la tête et de la portion antérieure du tronc.
Le tronc lui-même varie, à son tour, beaucoup, soit dans les formes, soit dans les dimensions. Ses diamètres comparés donnent des sections très-différentes et d'ordinaire en rapport avec le genre de vie de l'animal, et sa longueur, mise en regard de celle de la queue, présente souvent des proportions relatives bien caractéristiques (Voy. PL n, fig 8 et 17). Les femelles parviennent, généralement, à une taille plus forte que les mâles.
Le corps est cerclé, en dessus et sur les côtés, par des lignes obliques d'écaillés, quelquefois juxtaposées, mais le plus souvent plus ou moins superposées ou imbriquées. Le nombre et la forme de ces pièces varient avec les genres et les espèces, et sont ainsi d'une grande utilité dans la détermination ^ Les écaiUes sont, selon les cas, ùvaUs et courtes ou rhoinboidales^ ou encore lancéolêes et plus ou moins allongées. Elles peuvent être, en même temps, lisses et plates ou carénées, soit relevées sur le centre par une crête longitudinale; elles seront, en outre, arrondies ou acaminées, ou encore légèrement encochées i l'extrémité ou sur le bord externe (Voy. PI. II, fig. 9, 11, 13, 15, 16, 19 et 22). Celles des flancs sont, suivant les espèces, analogues i celles du dos, ou plus ou moins différentes et souvent un peu plus grandes.
Les larges pbiques qui protègent, cbez beaucoup de Ser^ pents, les faces inférieures du tronc sont dites abdominales ou gastrostèges. Elles sont disposées transversalement et se recouvrent plus ou moins les unes les autres (Voy. PL n, fig. 12 et 25). Leur largeur, ainsi que leur forme plus ou moins brusque-
* Je considère les écailles comme disposées en li^iiMoMisiiei tandis que la plupart des antenrs les regardent comme rangées en «Mai VmgitMMXn. Le résultat est le mine poor leur évalnation.
ment relevée sur le bas des flancs, suivant la compression var riable du tronc, donnent à chaque genre un faciès bien particulier. Comptées depuis la première petite, sous la gorge, jusqu'à la dernière, à Panus, leur nombre fournira un caractère spécifique souvent utile ; cependant, elles sont assez variables en quantité, selon les individus, pour qu'il ne faille se fier, sous ce rapport, qu'à une moyenne seulement.
En avant et au-dessus de la fente de Tanus se trouve une plaque plus longue que les autres et dite préande. Celle-ci peut être, chez nos espèces, simple ou divisée obliquement par le milieu (Voy. PI. n, fig. 12 et 25). Ici, je ferai remarquer que, chez certains Serpents, cette subdivision n'est pas complète, mais parfois seulement indiquée.
La queue présente, sur ses faces supérieures et latérales, une écaillure assez semblable à celle du tronc. Toutefois, les petites écailles qui la recouvrent, en dessus et sur les côtés, sont quelquefois légèrement carénées, quand celles du tronc ne le sont pas. Les plaques inférieures ou sous-caudales, nommées urostèges^ peuvent être, suivant les genres, doubles ou simples, ainsi qu'en quantités assez variables avec les espèces. Le nombre de ces pièces ne doit être, comme celui des gastrostèges, considéré que sur des moyennes ; il ne faudrait donc pas attacher une trop grande importance à une irrégularité dans la disposition, car il arrive parfois que quelques plaques sont simples sur on individu d'une espèce qui les a généralement doubles, ainsi que cela se voit, par exemple, assez souvent chez notre Tropidùtwtus viperinus (Voy. PL H, fig. 12 et 25). La queue, de dimensions et de formes très-diverses, est généralement un peu plus épaisse et souvent un peu plus allongée chez les mfiJes que chez les femelles, peut-être à cause de la place nécessitée par les doubles verges des premiers engatnées dans ce membre an-dessous de l'anus. L'extrémité caudale présente des aspects très-diffërents ; cependant, nos Serpents indigènes n'offrent jamais ni la forme brusquement tronquée de l' Uropdtis^ ni la série de grelots du Crotàlus. La queue, plus ou moins conique ou effilée, se termine d'ordinaire, chez eux, par une petite écaille conique et pointue.
A côté des rapports de longueur de ce membre, il faut encore
190 PAUNE DES VERTÉBRÉS.
tenir compte de ses diverses sections verticales. La qaeue peut être, en effet, ronde, triangulaire ou plus ou moins fortement comprimée, suivant Thabitat et le genre de vie des espèces. Nous voyons déjà un peu ces différences chez nos Serpents ; mais elles deviennent bien plus frappantes si Ton compare, dans la seule division des Protéroglyphes, la queue aplatie latéralement en véritable nageoire des Platycerques, d^un Hydnh phis entre autres, avec la queue ronde et conique des Conocerques, d'un Naja par exemple ; ces animaux vivant également dans les régions chaudes de notre globe, les premiers dans les eaux, les seconds sur le sol.
La coloration varie, comme toujours, assez avec les conditions, jusque dans une même espèce. La teinte fondamentale change de ton et d'intensité avec Tftge, le sexe et Thabitat; elle est de même, ainsi que je Tai déjà dit, généralement d'autant plus sombre qu'U s'est écoulé plus de temps depuis le dernier changement d'épiderme. Les lignes et taches ornementales varient également un peu, non-seulement d'individu à individu, mais encore avec r≥ les dessins particuliers, qui sont quelquefois le propre des jeunes, s'effacent, en effet, souvent entièrement chez l'adulte. Chez plusieurs espèces et principalement chez les femelles, qui m'ont toujours paru plus variables que les m&les, l'on rencontre aussi, de temps à autre, des variétés mélaniennes d'un noir plus ou moins profond.
Enfin, les jeunes se distinguent, assez généralement, des adultes par une tête comparativement plus forte, par une queue d'ordinaire un peu plus courte, et, chez plusieurs espèces, par une livrée particuUère.
L Sous-ordre des AGLYPHODONTES
AGLYPHODONTA
Les Aglyphodoûtes sont pourvus, sur les deux mâchoires ou sur Tune seulement, de dents constamment fixes, coniques, recourbées et lisses, soit sans canal, ni rainure.
Ce sous-ordre ne contient que des espèces înoflfensives ou non venimeuses, et embrasse plus de la moitié des Serpents connus. Ses nombreux représentants, de formes trèsvariées, sont répandus dans les divers continents et mènent des genres de vie très-différents.
Les Aglyphodontes peuvent être répartis dans deux séries ou divisions, les Stenostomi et les Eubystomi, d'après diverses particularités de leur structure et, tout spécialement, d'après le développement de leur ouverture buccale.
La première division, dite des Sténostomes, qui ne figure point dans notre pays, renferme des espèces à bouche peu fendue et peu extensible, ainsi qu'à tête petite et yeux souvent fort minimes. Les formes cylindriques de quelques-unes rappellent, jusqu'à un certain point, l'apparence extérieure de nos derniers Sauriens, des Orvets, par exemple.
L'Europe ne compte qu'un seul Sténostome, le Typhlops vermicularis (Merrem) de l'Archipel grec.
1 32 FAUNE DBS YERTÉBRÉS.
Division des EURYSTOMES
EURYSTOMI
Les Agl}7)hodontes eurystomes sont beaucoup plus nombreux que les Sténostomes. Malgré la grande variabilité des formes extérieures, la bouche est cependant, chez eux, constamment plus développée et plus extensible que chez les représentants de l'autre division, par le fait d'une plus grande mobilité des diverses pièces osseuses.
Ds portent, sur les deux mâchoires, des dents toutes également lisses qui, par leurs dispositions différentes, ont permis leur répartition en groupes de diverses importances. Chez beaucoup se voient encore des traces internes plus ou moins accusées de membres postérieurs rudimentaires. La queue est parfois allongée et prenante, d'autres fois courte et incapable de préhension.
Les Eurystomes sont répandus dans les divers continents et répartis dans huit familles : Peropodidje, Acro-
CHORDIDiï:, PLAGIODONTID^, LEPTOGNATHIDiE, ISODOX- TIDiE, LYCODONTIDiE, SYNXRANTERID-aS et DUCRANTE- RIDiE.
Sur quatre de ces familles représentées dans notre continent, trois figurent en Suisse. Celle des PEROPODiD-a:, qui nous est étrangère, compte une espèce en Europe, YEryxjaculHS (Daudin) de Grèce, de Turquie, d'Egypte et de Tartarie.
OPHIDIENS. i33
FamiUe I. ISODOOTIDÉS
ISODONTIDiE
Cette famille comprend les Aglyphodontes eurystomes chez lesquels toutes les dents sont semblables entre elles et disposées à distances égales.
Malgré ce rapprochement dans leur dentition, les diverses espèces présentent des formes et des mœurs assez variées. Le corps, quoique généralement allongé, est tantôt à peu près cylindrique et tantôt plus ou moins comprimé; la tète, couverte de grande plaques céphaliques, est étroite et allongée, ou courte et large. La pupille est généralement arrondie. Enfin, la forme des écailles, les dimensions de la queue et la disposition des narines offrent des différences assez notables pour avoir permis rétablissement de plusieurs genres bien distincts.
Certaines espèces se tiennent de préférence sur les arbres; d'autres habitent plus volontiers dans les prairies ou près des eaux.
Dnméril et Bibron ont reconnu neuf genres dans cette Êunille; trois d'entre eux^ représentés par six espèces, figurent en Europe. Un seul, celui des Élaphes, se trouve dans notre pays; les deux autres ne comptent chacun qu'une espèce sur le continent, le Bhinechis scalaris (Bonap.) d'Italie et du midi de la France, et YAblabes quadrUineatus (Pallas) du midi de la Russie, de Dalmatie, de Morée et de Sicile.
i3i PAUNE DES VERTÉBRÉS.
Genre ÉLAPHE
ELâPHIS, Dum. et Bib. >
Dents susmcmUaires semblables entre elles et disposées à égales distances. Tête allongée, plus ou moins étroite ^ et généralement peu distincte du cou. Neuf plaques suscéphnliques. Bouche médiocrement fendue. Museau mousse. Pupille ronde. Narines latérales. Tronc allongé et légèrement comprimé, au moins dans sa partie postérietire. Écailles ovalo-losangiques et plus ou moins carénées j quelquefois parfaitement lisses. Queue de proportions moyennes.
^ Gûnther et Jan rapprochent tous deux le genre Elaphis de celui des Zamems, dans leurs familles des Colubbidjb.
' Duméril et Bibron (Erpét. gén.) ont réparti dans deux sous-genres les diverses espèces d'Élaphes, soivant qu'elles vivent plus constamment sur le sol on qu'elles grimpent plus volontiers sur les arbres. Us se sont basés pour cela, principalement sur la forme plus ou moins carénée des écailles et sur le redressement des gastrostèges au bas des flancs plus ou moins comprimés. Cependant, les caractères invoqués par ces auteurs pour distinguer les Élaphes proprement dits de leurs Compsosomes me paraissant, dans quelques cas, assez peu tranchés, et la Suisse ne comptant qu'une seule des quinze espèces d'Élaphes maintenant reconnues, je crois devoir conserver ici le genre compact.
Giknther (Catal. of B. Mus.) a démembré en partie le genre Eiaphis de Duméril et Bibron et distribué plusieurs de ses espèces dans les genres CMubfr et Spihte^. Notre Elaphis ACsculapii rentre, en particulier, pour lui, dans le premier de ces genres.
Jan (Elenco syst.) a conservé le genre Élaphe de Duméril et Bibron, moins quelques espères ; mais il a repoussé la division en deux sous-genres et mélangé leurs divers représentants. S'attachant plus spécialement à Tétude des plaques préoculaires et au nombre des écailles du tronc, il opère de nouveaux rapprochements, et indique plusieurs petites subdividons.
Des dents toutes lisses et recourbées en arrière sont disposées sur les maxillaires, les palatins et les ptérygoïdiens ; celles de la mâchoire supérieure, comme les autres, sont toutes semblables entre elles et situées à intervalles égaux.
La tète, le plus souvent allongée, étroite et par là peu distincte du cou, présente neuf plaques suscéphaliques (\^oyezPl.II,fig. 7).
Le maxillaire est de moyenne longueur et la bouche médiocrement fendue.
Le museau est plutôt mousse, et la rostrale peu ou pas relevée ; les narines sont latérales.
Les yeux sont de moyenne dimension ; la pupille est arrondie.
Le tronc est allongé, rarement parfaitement cylindrique et souvent légèrement comprimé; dans ce dernier cas, les plaques abdominales ou gastrostèges sont plus ou moins carrément relevées sur le bas des flancs (Voyez PI. H, fig. 8).
Les écailles des faces supérieures et latérales sont ovalolosangiques, souvent assez courtes et plus ou moins carénées, cela quelquefois sur la partie postérieure du corps seulement; elles varient en nombre, vers le milieu du tronc de 19 à 29 sur une même ligne transverse oblique.
La plaque préanale est simple ou divisée.
La queue est peu distincte du tronc à sa base et présente des proportions moyennes, quoique avec des formes et une longueur un peu variables suivant les espèces.
Les sous-caudales ou urostèges sont doubles.
Les Ëlaphes habitent également le nouveau et l'ancien monde et mènent des existences assez différentes. On les rencontre tantôt dans les plaines arides et sablonneuses , les
rocailles et les vieux bâtiments, tantôt dans les prairies, dans les buissons ou sur les arbres, quelquefois enfin dans les marais. Tous semblent également ovipares. Quoique parfois irritables, ils sont cependant tout à fait inoifensifs. Quelques-uns atteignent à une assez grande taille.
L'Europe compte quatre espèces dans ce genre; une seule, VElaphis JEsculapii (Host,.), se rencontre dans la Suisse; deux, les Elaphis Dione (Pallas) et E. Sauronmtes (Pallas) ne se trouvent que dans Textrème Orient ; la quatrième, VEl<iphis quaterradiatus (Gm.), est plus particulière à la Grèce, à Tltalie et au midi de la France.