AUX
Les Reptiles et les Batraciens sont, sans contredit, parmi nos vertébrés, ceux dont l'étude présente le plus grand intérêt, tant par la multiplicité des formes que par la variété des genres de vie.
Le développement et les caractères divers, aussi bien que les mœurs et la distribution géographique de ces curieux animaux ont, depuis longtemps, attiré l'attention des naturalistes et fournissent encore matière à de nombreuses observations et à d'importants travaux.
Personne n'ignore que les Reptiles et les Batraciens sont des vertébrés à sang froid, ovipares ou ovovivipares, parfois même vivipares, à circulation plus ou moins incomplète et pourvus, généralement, de poumons, chez l'adulte. H est, sans doute, également inutile d'ajouter que les premiers se distinguent, d'emblée, par leur peau écailleuse et leur respiration constamment pulmonaire, des seconds d'ordinaire recouverts d'une peau nue et munis de
branchies durant le premier âge. Certains Reptiles habitent volontiers, comme le plus grand nombre des Batraciens, dans les eaux ou près des eaux; d'autres demeurent, par contre, sur le terrain sec. Enfin, les Batraciens passent, dans leur développement, par une série de métamorphoses, tandis que les Reptiles écailleux, ou proprement dits, naissent, au contraire, ou sortent de l'œuf, parfaits et à peu près semblables à leurs parents. Qu'il me soit donc permis de ne pas m'arrèter davantage sur la caractéristique générale de ce vaste groupe dont quelques représentants seulement devront nous occuper.
Placés, au troisième rang, entre les Oiseaux et les Poissons, les Reptiles et les Batraciens, ordinairement confondus sous le nom collectif de Reptiles , n'étaient pas encore assez bien connus du temps de Linné pour être toujours nettement séparés, dans leurs ordres inférieurs, des formes les plus voisines de la classe suivante. Les KankSy quatrième ordre des Afnpfiibia, tels qu'ils furent établis dans le Syslenia Naturœ ' , comprenaient encore quelques genres de Poissons qui n'en furent détachés que plus tard, dans l'édition que Gmelin* donna de cet ouvrage.
Aussi longtemps que les erpétologistes méconnurent la valeur des métamorphoses, la classification naturelle des Amphihia demeura fort insuffisante. Malgré la variété des points de vue où se placèrent successivement divers auteurs, l'on ne vit pas moins, souvent réunis confusément dans des ordres de création plus ou moins arbitraire, les diflférents Amphibies que nous distinguons maintenant sous les noms opposés de Reptiles proprement dits et de Batra-
* Linné, Sjstema Naturic; Amphiua, 4 ordres : EtptiUa^ SerpmU«y Muank» 9% NcmUê,
* Gmdin, Syst. Nat. (Linné), édit. Xin, 1788-1793.
ciens. C'est à Brongniart* qui, le premier, saisit Timportance da mode de développement, que Ton doit aussi le premier arrangement rationnel des Reptiles en quatre ordres.
La division en Chéloniens, Sauriens, Ophidiens et Batraciens fut, petit à petit, adoptée par un grand nombre de naturalistes, et, quoique souvent remaniée, n'en subsista pas moins longtemps à la base de la plupart des systèmes proposés dès lors. Cependant, forts des nouvelles découvertes de l'anatomie et de la paléontologie, divers auteurs ont successivement cherché, depuis Brongniart, tantôt à séparer plus franchement les Reptiles des Batraciens, tantôt à rapprocher, au contraire, ces deux formes d'Amphibiens, en faisant toujours plus ressortir certains points de contact et comme un mélange de caractères.
Je ne m'occuperai pas de discuter ces deux manières de voir, qui peuvent avoir chacune son bon côté. D est incontestable qu'il y a d'importantes raisons pour séparer nettement ces deux sortes de Reptiles, quel que soit le point de vue auquel on se place. Peu importe, en effet, que nous les distinguions, ainsi que de Blainville', sous les noms à^Écaitteux et de Nus^ en nous attachant aux différences que présentent leurs téguments, ou que nous nous basions, ainsi que Fitzinger ', sur le fait d'une respiration, simple chez les uns, et double chez les autres, pour les appeler Mmopncés et Dipnoés ; la présence d'un amnios et d'une allantoïde chez les premiers, comme chez les Oiseaux, et l'absence de ces deux organes chez les seconds, comme
* Brongniart, Essai d'une classification naturelle des Reptiles, 1799 et
* De BlainTîUe, Traité d*Anatomie comparée, 1822.
* Fitzinger, Neue Classification der Reptilien, 1826.
6 FAUNE DES YERTÊBRÊS.
chez les Poissons, en noos donnant la place naturelle de ces animaux dans Féchelle des yertébrés, snffit, nons semble-t-il. à montrer des différences d^affinité dans chacun de ces groupes.
Toutefois, s'il parait évident que le plan du développement des Batraciens s'éloigne généralement de celui des Reptiles proprement dits, il n'en subsiste pas moins que ces deux sortes d'Amphibiens se rapprochent pourtant, par certaines particularités de leur structure, dans quelques-unes de leurs formes, pour ainsi dire, extrêmes*.
Devrons-nous donc, comme Duméril et Bibron', rester fidèles à la classification de Brongniart, ou sépareronsnous complètement nos Heptiles dans deux classes différentes en les rattachant, comme Milne-Edwards ', les uns aux vertébrés Allantoidiens, les autres aux Anallantoïdiens? Ferons-nous, en réunissant ces animaux, deux sousclasses parallèles ; ou enfin, attribuant plus de poids à l'étude des esi)èces éteintes, augmenterons-nous, comme Owen*, le nombre des ordres avec la multiplication des formes ?
Cette question est très-diversement résolue par les nombreux erpétologistes * ; aussi me contenterai-je de dire que
* Les TypMops, en particulier, dans les Ophidiens aglyphodontes, et les CéciUes, dans les Batraciens ophiomorphes.
' Duméril et Bibron, Erpétologie générale, ou Histoire naturelle complète des Reptiles, 1834-1854.
* Milne- Edwards, Ann. des Se. nat., 3"»« série, t. I, 1844.
* Owen, Report on british fossil Reptiles, 1842. — Monog. of the Fossil Reptilia of the London Clay, etc., 1849.
^ A la suite des (juelques naturalistes que je riens de citer en passant, je deTrais nommer encore ici un grand nombre d'auteurs qui, chacun dans son temps et à sa manière, ont illustré ou fait progresser la science erpétologique ; ainsi : Laurenti, Schneider, Lacépède, Latreille, Daudin, Curier, Duméril, Schlegel, Oppel, Merrem, Kuhl, Gray, Boié, Wagler, Bell, Bonaparte, Tschudi, Gervais, Gûnther et bien d'autres, dont j'aurai, chemin faisant, l'occasion de signaler quelques-uns des travaux.
je suivrai, dans cette faune, la même classification générale qae Harting ', reconnaissant, avec lui, une seule classe de Reptiles divisée en deux sous-classes correspondant aux MoNOPNOA et aux Dipnoa de Fitzinger.
Les premiers, que je regarderai comme les REPTILES proprement dits, renfermeront les trois ordres anciens des Chéloniens {Ghdonii)y des Sauriens (Sauriï) et des Ophtoeens (Ophidii); les seconds, les véritables BATRA- CIENS, divisés également en trois ordres, comprendront les Batraciens proprement dits, ou Anoures {Bairachii vd Afmra)y les Saurobatraciens'ou Urodèles (Saurobatrachii vd Urodd,iu) et les Cécilides ou OPfflOMORPHES {Ofphiomorpha) * .
De ces six ordres, le dernier seul, ne comprenant que la fomille des Cécilies, fait entièrement défaut à notre pays.
Quoique la Suisse soit, en réalité, de nos jours, assez pauvre en Reptiles, et ne nourrisse guère que des espèces de petite taille, elle n'en a pas moins possédé, dans les époques passées, un bien plus grand nombre de représentants de cette classe, et souvent des animaux de dimensions comparativement fort considérables. Il n'entre pas dans mon plan d'aborder ici l'étude des formes que nous avons perdues. D suffira, je pense, à chacun, de jeter un coup d'œil sur quelques-uns des travaux paléontologiques qui traitent de cette matière, dans notre pays ', pour se faire une idée
* Harting,Leerbock van de Grondbeginselen der Dierkunde, II, 3, 1864.
* Voyez, sur des tableaux, la classification de nos espèces, en tête des deux sous-classes.
" Voyez, entre autres : Cuvier, sur les Tortues de Soleure ; Ossements fossiles, vol. V.
n.de Meyer,Die fossilen Saûgethiere, Reptilien und Vôgel aus den Mollasse-Cjebilden der Schweiz; Verhandl. der schweiz. naturf. Gesellsch. 1838.— Leonh. and Bronn, Neues Jahrbuch fQr Minéralogie, diverses corn-
de la quantité de Reptiles qui se sont succédé, dans différentes conditions, sur notre sol, avant l'époque glaciaire qui ne nous a plus laissé que les quelques espèces que nous nous proposons d'étudier dans cette faune de la Suisse actuelle.
Les milieux ont considérablement changé, et, avec les modifications successives qui ont peu à peu converti la surface du terrain et l'état climatérique du pays, notre faune a été petit à petit appauvrie. Combien de Reptiles n'avonsnous pas perdus, dans les deux sous-classes, et surtout dans la première; que de belles espèces, dans divers ordres, dont on ne retrouve maintenant plus que les restes ou les traces seulement ! Ils sont bien éloignés les temps où la Suisse possédait encore de nombreux Chéloniens et de gigantesques Sauriens, soit dans les formes étranges
munications, en particulier dans les années 1837, 38, 39, 43, 45, etc. — Zur Fauna der Vorwelt, 1847. . . etc.
F.-J. Pictet, Matériaux pour la paléontologie suisse. Cinq séries et de nombreuses liyraisons, publiées à partir de 1854 jusqu'à aujourd'hui, parmi lesquelles plusieurs observations et descriptions ayant trait à différents genres de Reptiles de divers étages, et faites, en partie, avec la collaboration de quelques naturalistes suisses ; voyez principalement, pour ce qui nous regarde ici : Pictet, Gaudin et De la Harpe, Mémoire sur les animaux vertébrés trouvés dans le terrain sidérolithique du canton de Vaud, 1857. — Pictet et Humbert, Monographie des Chéloniens de la molasse suisse, 1856. — Pictet et Campiche, Description des fossiles du terrain crétacé de Sainte-Croix, 4 parties, 18G0 à 1871. — Pictet et Jaccard, Description des Reptiles et Poissons fossiles de l'étage virgulien du Jura neuchâtelois, 1860.
Biedermann, Die Schildkrôten Winterthurs, 1862.
L. Rûtimeyer, Quelques notes préliminaires, dans les Verhandl. der schweiz. naturf. Gesellsch. 1859, et dans le Jahrb. fur Minéralogie, 1859. — Une liste de Reptiles éocènes, dans les : Kocaene Saûgethiere ans dem Gebiete der schweizerischen Jura ; Denksch. der schweiz. naturf. Gesell. 1862. — Die fossilen Schidkrôten von Solothuru; Denksch. der schweiz. naturf. Gesellsch., 1867.
Os. Heer, Die Urwelt der Schweiz, 1865.
qui n'ont plas de pareilles de nos jours , soit dans les genres qui comptent encore, sur d'autres continents, des espèces analogues. Abondants surtout dans les contrées chaudes du globe, les Reptiles ne sauraient prospérer, en grand nombre, dans un pays qui, accidenté comme le nôtre, ne leur offre plus maintenant qu'un climat tempéré, froid même sur une forte proportion de son sol.
Je ne répéterai pas, ici, ce que j'ai dit, au commencement de mon premier volume, à propos des Mammifères, sur la division verticale de notre patrie en quatre régions superposées * . Sans m'attacher à une délimitation exacte de ces différentes zones, je me contenterai de rappeler comment, en nous élevant graduellement sur les flancs des montagnes qui recouvrent la majeure partie du pays, nous remarquons, avec l'abaissement croissant de la température, la diminution successive, soit de nos espèces^ soit de leurs représentants. Comment, partis de notre niveau inférieur avec 29 Reptiles et Batraciens, nous voyons, petit à petit et plus ou moins vite suivant l'orientation septentrionale ou méridionale des versants, la plupart de ces animaux nous abandonner, déjà dans la première moitié de la région alpine. Gomment enfin, montant encore, nous ne retrouvons plus, çà et làj près des neiges étemelles *, entré les pierres ou dans les eaux de ces contrées désolées, que six espèces, parmi celles qui s'étendent le plus loin vers le nord, ou semblent préférer, plus généralement, les localités montagneuses. Il est très-rare de rencontrer, à 2000 mètres, autre chose que le Lézard vivipare (Lacerta
^ La région des plaines et vallées basses, jusqu'à 800 mètres au-dessus de la mer ; la région montagneuse, de 800 à ISOO m. ; la région alpine de 1300 à 2600 m., et la région des neiges et glaces, de 2600 à 4600, et audeasns.
* En moyenne, à 2500 mètres au-dessus de la mer.
vivipara, Jacqain), le Péliade Bérus (Pdias Berus ^ Linné), le Crapaud commun {Bufo vulgaris, Laur.), la Grenouille rousse (Rana tempcraria, Linné), ou encore la Salamandre noire {Salamandra alra^ Laur.) et le Triton alpestre {Triton alpeslris, Laur.)*. Le Crapaud, la Grenouille et le Triton nous ont continuellement accompagné depuis la plaine où ils abondent; tandis que, sauf sur un ou deux points de notre pays, où ils trouvent des conditions particulières * , nous n'avons commencé à rencontrer le Lézard vivipare, le Péliade Bérus et la Salamandre noire qu'assez haut dans la région montagneuse, souvent même seulement en approchant de la limite alpine.
Certainement, si les Reptiles de nos vallées basses sont moins privilégiés que ceux qui habitent des pays plus méridionaux, et s'ils sont contraints par nos frimas à passer, plus ou moins engourdis, quatre à cinq mois d'hiver dans leurs retraites souterraines, ils ne sont pourtant pas si disgraciés, sous ce rapport, que leurs congénères de la région alpine. En effet, c'est tout au plus si ces derniers ont trois ou quatre mois de belle saison pour pourvoir à
^ Déjà au-dessus de 1500 mètres, il est rare de rencontrer d'autres Reptiles que les six signalés ci-dessus. Cependant, il m'est arrivé quelquefois de trouver, dans des vallées alpestres bien exposées ou sur des versants méridionaux, quelques espèces de la plaine et de la région montagneuse qui, profitant de ces conditions favorables, s'étaient élevées un IMU plus haut. Ces cas exceptionnels portent sur les : Laceria muraUs (Laur.), Anguis fragilis (Linné), Trop, natrix (Linné), Coron, Uevia (Lacép.). Ftp. Aspis (Linné) et Alytes obstetricans (Laur.).
' Je signalerai, en particulier, la présence exceptionnelle dans la plaine, en Suisse, du Lézard vivipare, près des marais d'Orbe et de Belp, dans les cantons de Yaud et de Berne. Nous verrons, plus loin, que le Péliade- Bérus et la Salamandre noire se montrent également, quelquefois, au-dessous même de la limite inférieure de la région montagneuse, le premier dans le Tessin, la seconde sur les pentes qui avoisinent le lac des Quatre- Cantons.
leur nourriture et aux besoins de leur reproduction. A peine ont-ils le temps de jouir de la vie avant que d'être forcément repoussés par le froid dans leurs cachettes et replongés pour longtemps dans la torpeur hivernale.
Une existence aussi précaire et monotone agissant naturellement sur le tempérament et l'économie, nous ne serons pas étonnés de voir, chez ces quelques habitants de nos Alpes, un genre de vie parfois assez différent de celui des hôtes de la plaine, et souvent certaines modifications dans les formes et la livrée * .
Cependant, la nature, qui semble ainsi maltraiter ces espèces^ a pourtant paré aux difficultés de la situation, en accordant aux trois (Lac. vivipara, Pel. Berus et Soi. atra) le plus exclusivement attachées à la montagne * , la viviparité qui soustrait leurs petits aux dangers du premier état, et en permettant aux trois autres, qui vivent également dans nos vallées, de se développer dans les Alpes autrement que leurs congénères en plaine, tantôt en demeurant plus longtemps à l'état larvaire au fond des eaux, tantôt en accomplissant, dans certaines conditions, une sorte de parturition à l'état presque parfait ' .
Si nous jetions maintenant un rapide coup d'œil sur la faune erpétologique de la plaine et de nos vallées basses, nous remarquerions encore des différences assez importan-
' Voyez, en particulier, dans les descriptions des Lac. vivipara, Bana iemporaria et TriUm alpestris, aux détails de la variabilité de l'espèce.
* En attribuant certaines espèces plas exclusivement à la montagne, je crois devoir rappeler que je ne parle ici que de la Suisse, et que, dans d'antres contrées plus septentrionales ou dans d'autres conditions, ces mêmes Reptiles se retrouvent aussi en plaine, parfois avec des allures un peu différentes.
* Voyez, par exemple, le développement de la Grenouille rousse dans les Alpes, aux généralités des Anoures, et la parturition du Triton alpestre, à la description de cette espèce.
tes dans la distribation horizontale de nos Reptiles et de nos Batraciens, soit entre l'orient et l'occident de notre petit pays, soit entre le nord et le sud, sur l'un ou l'autre versant des Alpes.
Nous verrions, en particulier et de prime abord, que nos cantons occidentaux et méridionaux sont de beaucoup les plus riches en Reptiles écailleux ou proprement dits ' . L'on y rencontre en effet, plus ou moins communément, six espèces qui semblent faire défaut au reste de la Suisse* : le Lézard vert' (Lacerta viridis, Daud.),rÉlaphe d'Esculape (Elaphis JEsctdapii, Host.), le Tropidonote vipérin {Trqpid. viperinus, Latr.), le Tropidonote tessellé* (Trop,
^ Je considère comme vraiment occidentaux nos cantons de Genève, de Vaud, de Fribourg et de Neuchâtel ; toutefois, je dois souvent leur joindre, sous le rapport de la distribution des espèces, une partie des cantons de Berne, de Soleure et de Bàle, qui, quoique en réalité au nord-ouest, présentent, pourtant, des conditions- d'existence assez semblables. Le midi de la Suisse est, pour moi, au nord des Alpes, le Valais, et au sud le Tessin, ainsi que les vaUées grisonnes de Mesocco, Bregaglia et Poschiavo.
* Quoique la Cistude européenne (Oistudo Europœa, Schneid.) ne se rencontre plus guère que dans le bassin du Léman, j'en fais cependant abstraction ici, comme d'une espèce dont Tautochthonéité est encore fort discutable.
' Le Lézard vert présente, à l'occident de notre pays, un habitat assez restreint, puisqu'il ne se trouve déjà plus dans la partie du canton de Vaud qui avoisine la limite neuchàteloise. Toutefois, il semblerait, suivant une communication que me fit le prof. J.-F. Meisner, que cette espèce se montre, çà et là, dans quelques localités chaudes des environs de Bàle, où elle formerait, par conséquent, une curieuse petite colonie.
* Je n'ai moi-même trouvé, jusqu'ici, le Tropidonote tessellé, en Suisse, que dans le Tessin, au sud. Toutefois, je ne puis passer ici sous silence deux faits qui sembleraient indiquer la présence de ce Serpent, dans notre pays, au nord des Alpes, quoique méritant cependant quelques commentaires. Premièrement, Schinz {Fauna Helvetica) a cité le Trop. iessélîahÂS à la fois dans le Tessin et le Valais; mais comme il ne parle pas, en même temps, du Trop, viperinus qui habite ces deux cantons, tout me porte à croire qu'il aura confondu les deux espèces. Secondement, deux individus du Trop, tesséllcUua se trouvent an Musée de Berne, avec le nom de cette viUe sur l'étiquette ; mais, comme il paraît que ces échantillons
tessdlatuSj Laor.), le Zamenis vert et jaane (Zamenis viridiflavus j Wagler) et la Vipère Aspis* {Vip. Asjpis^ Linné)*.
Je pourrais encore, entrant plus avant dans le détail, signaler, tantôt l'isolement curieux où se trouvent quelques Reptiles dans certaines localités'; tantôt, par contre, la répartition assez singulière de certains Batraciens qui, sans raisons apparentes, sont refusés à tel ou tel canton, tandis qu'ils prospèrent dans la majorité du pays et dans des conditions très-diverses *. Enfin, je pourrais indiquer les limites parfois assez différentes de l'habitat, en Suisse, d'espèces souvent très-voisines*; ou bien décrire, au con-
proviennent de la collection de feu le D' Otth qui avait recueilli bien des espèces dans le Tessin, et que Schinz, qui a largement profité des observations de ce naturaliste, ne parle nulle part d'une pareille trouvaille dans cette partie du pays, il me semble bien possible qu'il y ait, encore ici, quelque erreur. Ni Wyder, ni Meisner, qui ont étudié les Serpents de la Suisse et ont, en particulier, collecté l'espèce en question dans le Tessin, ne signalent sa présence au delà des limites de notre zone méridionale.
' La Vipère Aspis, ou rouge, habite, plus ou moins abondamment, toute la chaîne du Jura.
' Je signalerai, également, que le Lézard de murailles (Lcui, muràliSy Linné) m'a paru surtout abondant dans les cantons occidentaux, qu'il m'a semblé même faire complètement défaut à certaines parties orientales de la Suisse.
' L'Élaphe et le Zamenis, en particulier, semblent ne se trouver chez nous, au nord des Alpes, que dans une partie de la vallée du Rhdne; peat-étre y ont-ils été importés autrefois, comme dans bien d'autres localités, par les Romains.
* L'Alyte accoucheur et le Triton lobé, font, y.c&r exemple, défaut au canton de Genève ainsi qu'à l'ouest du canton de Yaud, tandis qu'ils habitent, non loin de là, le premier près de Lausanne, le second dans les marais d'Orbe. L'Anoure en question vit pourtant dans plusieurs de nos cantons et jusqu'à 1500 mètres dans les Alpes; et l'Urodèle, qui nous manque, paraît cependant avoir un genre de vie assez semblable à celui da Triton palmé qoi abonde dans presque toutes les mares du canton de Genève.
* Je signalerai, entre antres, les Triton lobé et Triton palmé (TrUxm
U PAUNE DES VERTÉBRÉS.
traire> les variations de forme et de livrée qu'apportent, chez quelques-unes, leur existence au nord et au sud delà grande chaîne ' .
Toutefois, je ne veux pas anticiper sur des considérations qui ressortiront naturellement des observations consignées dans ce travail. Il m'importe plutôt d'établir, ici, quelques rapports et quelques oppositions dans les conditions de certaines parties de notre pays, pour pouvoir rechercher les causes probables de la distribution géographique de nos espèces, dans chaque sous-classe, et de l'abondance comparée des individus dans chacun des divers groupes.
Le bas Valais, situé entre les Alpes pennines et les Alpes bernoises, représente, comme je l'ai dit, le midi de la Suisse au nord de la grande chaîne. Quoique entourée de montages neigeuses, la vallée du Rhône doit, en effet, à son bas niveau et à son orientation favorable, de posséder un climat comparativement chaud et, par là, bien des espèces de différentes classes qui y trouvent des conditions qu'elles n'auraient, ailleurs en Suisse, que de l'autre côté des Alpes, dans le Tessin.
La chaîne du Jura, qui sert de frontière naturelle à notre pays du côté de l'ouest et du nord-ouest, et qui s'élève au plus à 1700 mètres au-dessus de la mer, compte pourtant, à la fois, les divers Reptiles des Alpes, sur ses hauteurs,
lobatus^ Otth. et Triton paJmatttêy Schneid.). Le premier se trouve, en eff(*t, à U fois, dans le Tcbiiin au sud, et çà et là, en plaine, dans quelques cantons jurassiens, à roccident et au nord du pays; tandis que le second, beaucoup plus répandu dans le pays, au nord des Alpes, manque, par contre, au sud, dans le Teshin comme dans le nord de T Italie.
* Voyez, entre autres, au Triton à crête {Triton cmfoiitf, Laur.) la description des formes op|>o8res qu'affecte cette espèce, suivant qu'elle habite dans les environs de Lugano ou de Genève.
et la plupart des espèces de la Suisse dans les plaines et les vallées qu'elle arrose de ses eaux.
Deux grandes causes influent, tantôt simultanément, tantôt isolément, sur la répartition de nos espèces, ainsi que sur leur abondance et leur prospérité comparées dans les diverses localités. Si j'attribue ces influences majeures d'un côté au climat ou à la température moyenne et de l'autre à la nature des eaux, c'est assez dire qu'il faut, d'emblée, distinguer entre nos Reptiles écailleux qui vivent et se multiplient en majorité sur terrain sec, et nos Reptiles nus ou Batraciens qui recherchent plutôt l'élément liquide et s'y développent.
Je n'ai pas besoin, ce me semble, de relever l'importance du climat quant à la distribution d'animaux qui, ainsi que les Reptiles proprement dits, recherchent, comme on le sait, la chaleur, et prospèrent surtout dans les contrées chaudes de notre globe; mais je crois devoir appuyer davantage sur l'influence de la nature des eaux et de leurs sources, quant à l'abondance comparée, des Batraciens surtout.
Je pense que l'on doit attribuer à la température assez basse de la majorité de nos eaux encore trop près de leurs sources glaciaires, ainsi qu'à la pauvreté en éléments nutritifs végétaux ou animaux qui en est la conséquence naturelle, soit l'absence, en Suisse, de quelques espèces qui se trouvent non loin en Italie, ou plus au nord en France et en Allemagne , soit l'inégale répartition de beaucoup de Batraciens dans les diverses parties du pays.
Le Tessin, qui doit à sa position sur le versant méridional des Alpes de posséder tous les Reptiles de la Suisse , est, cependant, comparativement pauvre en Batraciens, à cause de ses eaux évidemment encore trop froides et trop
16 PAUNB DBS TERTÊBRB8.
pauvres. Par contre, le Jura, riche aussi eu Reptiles, compte, à son tour, presque tous les Batraciens du pays, grâce à la nature différente de ses eaux qui. en bonne partie pluviales, se chargent, en passant dans un sol moins dénudé, d'une plus forte dose d'éléments nutritifs.
Une simple excursion erpétologique, de Genève à Sion, dans les bassins du Léman et du Rhône^ suffirait du reste à montrer, d'une manière plus frappante encore que des exemples pris à droite et à gauche, comment les Batraciens diminuent dans les eaux, au fur et à mesure que celles-ci se rapprochent de leurs sources glaciaires, sans changer pourtant sensiblement de niveau. Je dirai même que les influences du climat et de la nature des eaux sont opposées dans le Valais, puisque nous y rencontrons plus de Reptiles qu'à Genève, tandis que nous y trouvons, par contre, infiniment moins de Batraciens. J'ai été, en effet, souvent frappé, en parcourant, de Villeneuve à Sion et audessus, les grands marais qui s*étendent dans la vallée de chaque cAtédu Rhône, de voir combien, sauf sur quelques points plus favorables, entre autres dans quelques mares isolées et fortement insolées, je trouvais comparativement peu d'Urodèles, et, en particulier, peu de Tritons •.
C'est touj(mrs la même raison qui fait que, jusque dans la région alpine, le développement et, par là, la multiplication sont retardés dans les eaux glaciaires, tandis que nous voyons souvent grouiller, au même niveau et en grande quantité, des têtards d'Anoures et dTVodêles dans des flaques de formati(m annuelle, peu profondes et facilement réchauftV'es par le soleil.
Au reste, ce n est ims seulement sur la distribution des
' Je ne trouvais mAme, le plus souvent, que le Triton alpestre.
espèces et sur le nombre de leurs représentants que s'exerce l'influence de la nature des eaux ; elle agit également beaucoup sur la taille que peuvent acquérir les individus, et d'autant plus que ceux-ci mènent un genre de vie plus exclusivement aquatique. Quoique vivant, en Suisse, dans la plaine ou à une faible élévation dans la montagne, la Grenouille verte {Bana esculefUaj Linné), par exemple, n'atteint jamais, dans notre pays, aux proportions énormes qu'elle mesure, au nord de l'Allemagne entre autres, dans des eaux dont la source ne remonte pas au niveau de la glace, ou qui, pour avoir plus coulé, sont plus riches en éléments nutritifs.
En un mot, abstraction faite des nombreux Reptiles et Batraciens propres aux contrées purement méridionales et orientales de notre continent, et, à l'exception de quelques espèces qui, comme le Pdobates fusons * (Wagler), le Pdodytes pundaim (Dugès), le Triton marmoratus (Lat.)* et le Triton Blasii (de l'Isle), se trouvent pourtant dans des contrées comparativement voisines, la Suisse compte à peu près toutes les espèces de l'Europe moyenne et centrale. Toutefois, sa faune erpétologique tire, comme nous l'avons déjà remarqué, de l'élévation de son niveau moyen, un cachet plutôt septentrional.
Ainsi, la Suisse ne peut revendiquer ni un Reptile, ni un Batracien qui lui soit propre ; toutes les espèces qui s'y trouvent habitent également les pays circonvoisins, et y ont été, dès longtemps, plus ou moins bien étudiées. Je
' Xoas Terrons, plus loin, que certaines personnes ont cru, à tort, trouver le Pélobate dans notre pays, trompées qu'elles étaient par l'aspect de certains gros têtards de la Grenouille verte.
' De même que le Pélobate, le Triton marbré a été cité dans notre pays; mais également à tort, comme nous aurons l'occasion de le relever dans la suite.
18 PAUNB DES VERTÉBRÉS.
ne puis donc espérer apporter, dans ce travail, beaucoup de nouveautés. Cependant, la science exigeant maintenant toujours plus d'exactitude et de minutie dans les observations, en vue de l'étude si intéressante de la variabilité de l'espèce, je pense qu'une description consciencieuse des divers caractères, des mœurs et des variétés de nos Reptiles ne peut manquer de présenter quelque intérêt.
Notre patrie ne possède jusqu'ici aucun ouvrage descriptif sur le sujet ; je dirai même que j'ai regretté souvent de ne pas trouver, dans les publications des pays qui nous environnent, un travail récent assez complet pour me servir de guide dans les nombreuses recherches nécessitées par rétablissemedt de cette faune erpétologique suisse.
Après les données plus ou moins fabuleuses de Gessner, de Cysat, de Wagner et de Scheuclizer, l'erpétologie de la Suisse, toujours entourée d'une ceitaine auréole de superstition, demeura, pendant longtemps, passablement obscure. Cette science ne fit même que peu de progrès jusque dans la seconde moitié du XMII"* siècle. Alors seulement furent publiés quelques travaux spéciaux, zoo- . logiques et anatomiques * qui, petit à petit, remirent en faveur cette branche de la zoologie, trop longtemps négligée au profit de Tétude plus facile ou plus attrayante d autres classes d'animaux.
Successivement Ton vit paraître soit quelques monographies partielles, soit quelques catah>gues plus ou moins complets*. Je signalerai plus particulièrement : les if nVrâV/e
* L'on pourrait citor, entre autres, les rerherches anatomiqaes de Bonnet^ de Mcùtntr^ de Emmtrt, de HocfènUtt^r, de Bruch^ de Eckcr et de quelques autres.
' Une ou deux pauvres listes d*esi>èces obber^ées en divers cantons, dans quelqucb- uns des petits >oluni(*s de Tllelvetischer Almanach ; en
mr Naturgeschickte des Schweizerlandes^ de Wîttenbach, en 1775; la Faunula der Schweiz^ dans les Oooœ Travds^ El, 1789; YKi^tme naturelle du Jorat, par Razoumowski, en 1789 ; le Muséum der Naturgeschickte Hdvetiens (n^ 6 y Lacerta smaragdina et n"^* 11 et 12 ^ Die in der Schwdz lebmden Scklangen)y par Fr. Meisner, 1820; la Kurze Noturgeschichte dergemeinen Viper y der RingdncMer und der Blindsekléchej par G.-L. Hartmann, dans la NeueAlpinay 1, 1821 ; VMdoire naturelle des Serpents de la Suisse^ par Wyder, en 1823; la Monographie der schweizerischen Echsenj par J.-J. Tschudi, en 1837; la Faurui Hdveticaj de Schinz, en 1837 ; enfin, dans un genre plus romantique, le Thierleben der Alpenwdty par F. de Tschudi, 8 édit. et 2 trad. franc, de 1853 à 1870 *.
A dater de la faune de Schinz, Ton ne vit, en Suisse, au point de vue de l'erpétologie, aucun travail complet ou vraiment zoologique '. Du reste, ce catalogue helvétique,
particulier, die Âmphibien des Canton V^aadt, Âlmanach fur das Jahr
Quelques faunes cantonales, généralement assez incomplètes, dans les Gem&lde der Schweiz; entre autres, Aargau, von Bronner, 1, 1844. Glarus, Ton Heer und Blumer, 1846, et Waadt, yon Yulliemin, I, 1847.
Uebersicht der im Canton Schaffhausen vorkommenden Thiere, von A. Seller; Yerhandl. der schweiz. nat. Gesell., 1847.
St-6aUens Katuralien*Cabinet, von B. V^artmann; sans date.
Reptiles et Batraciens de la Haute-£ngadine, par Y. Fatio; Arch. des Se. phys. et nat., 1864.
Faune des Yertébrés du district d'Orbe, par G. du Plessis et J. Combe ; Bull, de la Soc. vaudoise des Se. nat. n® 59, 1868, — etc., etc.
^ Le Thierleben de de Tschudi, qui dépeint d'une manière si aimable le genre de vie de nos Reptiles dans les Alpes, me semble moins propre à faire progresser la science qu'à la répandre, en faisant connaître les observations des divers naturalistes.
* Si je ne parle pas ici du Thierreich der Schweiz, de Moesch, paru en 1869, c'est que l'auteur me semble s'être borné à reproduire, avec ses erreurs, la liste des Reptiles signalés par Schinz en 1837.
20 PAUNC DES TCRTÊBRÊS.
dépourvu de descriptions suffisantes, ne permet pas, non plos que les autres travaux généraux ou les petites faunes partielles, de constater l'exactitude des déterminations d'espèces.
Si l'on considère que Wyttenbach ne comptait, en 1789, que 16 Reptiles en Suisse *, l'on est cependant forcé de reconnaître que l'étude erpétologique de notre patrie a fait, durant 48 ans, d'assez sensibles progrès, pour qu'en 1837 Schinz ait pu porter à 33 ce total de nos espèces.
Il y a 34 ans, en effet, que Schinz publiait son Verzeichniss der in der Schweiz vorkommenden Wirbelthiere {Fauna Hdvetica). Appuyé sur les travaux de ses prédécesseurs et de ses contemporains, et tout particulièrement sur les observations du docteur Otth qui s'occupait activement de l'étude de nos Batraciens, il composa alors le catalogue raisonné qui sert encore de guide à tous ceux qui s'occupent de l'histoire naturelle de notre pays.
Cependant, la somme d'espèces signalées par Schinz a dépassé la vérité et trompé, ainsi, la plupart des auteurs qui l'ont admise, d'après lui, sans un mûr examen. La grande multiplicité des formes que peut présenter un Reptile ou surtout un Batracien, suivant les conditions d'existence dans lesquelles il se trouve, a été, le plus souvent, la source de ces erreurs; aussi me suis-je appliqué à collecter moi-même, dans nos divers cantons^ et à étudier sérieusement, pendant plusieurs années , toutes nos espiTes et leurs variétés, pour me prémunir, autant que possible, contre les apparences trompeuses de la variabilité.
Sur ses 33 espèces, Schinz compte 14 Reptiles et 19 Ba-
* Dans les notes qa*il fournit à la Fawmda d» Coxc Travels, III.
INTRODUCTION AUX REPTILES ET AUX BATRACIENS. îl
tradens : 6 Sauriens, 8 Ophidiens, 10 Anoures et 9 Uro* dèles. n refuse à la Suisse la Cistude européenne ou bourbeuse (Œstudo Eurqpœa, Schneid.), dont il ne peut enregistrer qu'un nombre trop restreint de trouvailles. Il a peut-être raison, sur ce point, quoique j'aie été forcé de traiter, pour ma part, plus longuement de cette espèce, à cause de l'abondance comparée des captures qui ont été portées à ma connaissance.
Si je fais abstraction de la Cistude, je n'ai plus, sur les espèces de Schinz, que 26 Reptiles et Batraciens certainement indigènes en Suisse. Je retranche de la Fatma HdveUca 7 espèces, pour les raisons suivantes : les Lacerta mantana (Mikan) et Lac. nigra (Sturm) ne sont, pour moi, que deux formes d'une même espèce dite Imc. vivipara (Jacquin) ; la Vipera prester (Laur.) n'est qu'une variété noire du PdiM Berus ' (Linné) ; la Eana àlpina (Schinz) n'est, également, qu'une variété alpestre de la Bana temporaria (Linné); le Bufo alpinus (Schinz) n'est qu'une forme alpine du jeune Bufo vtdgaris (Laur.) ; le Triton marmoratus (Laur.) a été cité par erreur dans le pays, probablement par quelque confusion avec des variétés du IVUan cristatus (Laur.) ; enfin, les Triton camifex (Laur.) et T. exiguus (Schinz) ne sont encore, pour moi, que des formes de terre, le premier du T. cristatus et du T. aUpesft^(Laur.), le second du T. paimatus (Schneid.).
Par contre, je reporte à 28 ce catalogue ainsi réduit, en y ajoutant deux espèces; premièrement, en dédoublant le livpidonotus tesseUatus (Wagler) sous le nom duquel Schinz a confondu, comme nous le verrons, le véritable Trop, tessdlatus (Laur.) et le IVop. viperinus (Latr.) ; seconde-
^ L^on a ansn appelé Ftp. prmier la ▼ariété noire de la Vip, A^pU,
ment, en inscrivant la Rana offilis (Thomas) que j'ai rencontrée, pour la première fois en Suisse, en 186 P.
Sans modifier, au fond, le plan que j'ai adopté dans le premier volume de ma faune, j'ai cependant dû entrer, pour la classe des Reptiles, dans beaucoup plus de détails, soit à cause de la grande multiplicité des formes que peuvent affecter ces animaux, soit à cause du peu de connaissances exactes que l'on a, généralement, dans notre pays, sur leurs mœurs et leurs genres de vie.
Je n'ai pas pu, comme précédemment, placer toujours quelques observations générales en tête de chaque ordi*e, et j'ai été contraint, pour éviter une foule de détails superflus, de me résigner quelquefois à un certain aspect de décousu. C'est ainsi que, retranchant des considérations inutiles sur les Sauriens en général, j'ai cru devoir donner une extension particulière à l'étude des caractères et des mœurs des Lézards, seuls représentants de ce grand ordre, dans notre pays.
Forcé de décrire plus ou moins, pour les faire mieux connaître chez nous, quelques Batraciens qui avaient été cités, par erreur , en Suisse, ou qui, se trouvant non loin de nos frontières, pourraient être une fois rencontrés sur notre sol, je conserve ici la même méthode que dans mon étude des Mammifères. Je n attribue de numéro d'ordre qu aux es])èces que j'ai reconnu moi-même habiter dans les Uinites assez naturelles de notre patrie, et que j ai pu étudier et décrire d'après drs échantillons véritablement suisses. En citant, à propos de chaque groupe, les subdivisions et les espt'ces europé(»nnes qui nous manquent, je cherche à donner, en même temps, une liste des Uepti-
' f>bsorvations sur lo Jiana ofjtUs do Thoma'*, par V. Fatio ; Rrvuo pt MafraMU de Zoologie, mars l^(<>2.
INTRODUCTION AUX REPTITeS ET AUX BATRACIENS. ' 23
les de notre continent et une idée de la richesse ou de la pauvreté comparée de la Suisse, dans chaque subdivision de la classe.
J'ai orné ce volume de cinq planches originales et exécutées avec la plus grande exactitude. Trois d'entre elles sont coloriées et destinées à figurer, soit le Trop. tesseUatus volontiers confondu avec le T. viperinus, soit les formes les plus frappantes des Triton alpestrisj T lobatus et T. palmatiis, généralement assez mal connus. Deux, en noir et renfermant 50 figures, toutes dessinées avec soin, d'après nature, doivent servir à faire ressortir, chez les Reptiles comme chez les Batraciens , plusieurs des caractères employés dans mes descriptions.
Je souhaite que cette étude erpétologique de la Suisse puisse rendre quelques services à la science, en dirigeant les recherches et les études de nos collectionneurs et de nos observateurs. Je serais, en particulier, heureux si ce travail pouvait aider à la formation, dans chacune de nos villes, d'une collection helvétique ou même seulement cantonale; car je dois avouer que nos divers Musées laissent, sur ce point, énormément à désirer * .
Enfin, je ne dois pas oublier de remercier ici quelques personnes qui, dans notre pays, ont bien voulu m'aider,
^ J'ai été, en effet, péniblement surpris de trouver à peine une seule donnée exacte à recueillir dans nos différents Musées, qui auraient pourtant pu, à si peu de frais, faciliter singulièrement mes recherches. Il est à regretter que l'on s'attache souvent à posséder, dans une petite collection, quelques misérables représentants de familles ou de genres exotiques, | plutôt qu'à conserver et faire connaître les animaux de son propre pays. Dans quelques Musées cantonaux, j'ai trouvé peu ou pas de Reptiles du pays; dans plusieurs j'ai rencontré un désordre complet; dans la majorité, enfin, j'ai observé soit une absence impardonnable d'étiquettes, soit, quand il y en avait, ou des déterminations souvent fausses, ou le défaut des dates et des provenances, pourtant si importantes.
Si FAUNE DES VERTÉBRÉS.
chacune selon son pouvoir, dans cette étude de nos Repti* les; les unes en me signalant certaines observations, les autres en m'envoyant quelques animaux. Je me plais, en premier lieu, à rendre un juste hommage à la mémoire de feu G. Théobald, prof, à Coire, et de feu J.-F. Meisner, prof, à B≤ je prie, ensuite, ADI. Os. Heer, prof, à Zurich; L. RUtimeyer, prof, et G. Schneider, conserv. à B&le ; Th. Studer, D'-méd. à Berne; B. Wartmann, prof, et von Gonzenbach, à St-Gall; Ambros, pharm. à Constance; A. Chavannes, prof., J.-B. Schnetzler, prof, et Bastian, conserv. à Lausanne ; G. du Plessis, doct. et J. Combe, véter. à Orbe; F. Roux, pharm. à Nyon; L. Coulon, à Neuchàtel; Olph. Gaillard, à Bulle; de Riedmatten, direc. du Musée, à Sion; M. Thury, prof, et Ph. Privât, inst. à Genève; P. Pavesi, prof, à Lugano, et J. Sarraz, présid. à Pontrésina, de vouloir bien agréer l'expression de ma sincère reconnaissance.