‹ Faune des vertébrés de la Suisse (volume 2)Chapitre 21 sur 59 · LA VIPÈRE ASPIC* Die Redisohx Vipeb · texte numérisé non relu

LA VIPÈRE ASPIC* Die Redisohx Vipeb

ViPEKA AfiPiS, Linné

GrisCf rousse^ brune ou noire^ en dessus^ avec des macules irrégtdières sur la tête , et des taches ou de petites bandes transcerses noirâtres sur le dos; grise ou noirâtre, en dessous^ et souvent chinée de jaunâtre ou de rougeâtre. Queue courte^ de dianùire prèsque égal à celui du tronc à Vanus, et comptant génirciementy au milieu^ 8 squames en ligne transverse. Urostèges doubles. Préanale simple. Tronc comparativement trapu et subcylindrique, portant, au milieu, 21 écailles en ligtie oblique transverse. Cou étroit. Écailles dorsales sublancéolées, carénées et arrondies au bout. Tête pyrrhiforme^ aplatie^ couverte d'écaillés et de très-petites squames. Museau retroussé. Deux rangées de squames efdre VceQ et les suslàbiales. Longueur totale^ moyenne de VaduUe, =630^^.

CoLUBER Aspis, Linné, Syst. Nat. I, p. 378.

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T«te de forme ovoïde ou pyrrhiforme et un peu moins ramassée que chez Tespèce précédente; déprimée en dessus, re-

^ Vipère rouge dAoi la Suisse occidentale; Vipera dans le Tessin; Aspiee dans les vaiiées méridionales des Grisons.

OPHIDIENS. m

troussée en avant et élargie sur la région temporale ; la plus grande largeur égalant à peu près l'espace qui sépare le derrière de la tête, entre les angles des maxillaires, du bord postérieur des surciliaires. Les surciliaires ellesmêmes simples et un peu surplombantes. La moitié antérieure de la feice suscéphalique couverte de petites squames, parmi lesquelles six disposées sur le pourtour du museau, d'une surciliaire à l'autre. Des écailles carénées sur la partie postérieure de la tête. Assez souvent, entre les yeux, une ou deux squames un peu plus grandes que les autres et simulant de petites plaques ; celles-ci ne présentant jamais ni les dimensions, ni la disposition régulière des écussons du P. Berus (Voy. PI. Il, iSg. 24). Museau tronqué ou à peu près carré en avant et retroussé sans être prolongé ; du reste, assez court, comme chez l'espèce précédente, et mesurant, depuis l'œil, une longueur à peu près égale à la distance qui sépare les bords internes des surciliaires

La rostrale et les marginales les plus voisines dépassant sensiblement le niveau du museau en dessus (Voy. PL II, fig. 21 et 24).

ŒU latéral, de moyenne dimension et à pupille verticale. Narines simples, latérales et largement ouvertes en forme d'entonnoir.

SoDS-octtlaires rangées en deux séries entre l'œil et les suslabiales.

Préoculaires et postpculaires assez irrégulières et composant, avec les sous-oculaires, autour de l'œil, un demicercle de dix à onze petites plaques dont, assez souvent, trois ou quatre devant, trois dessous et quatre ou cinq derrière.

Susiabiales généralement au nombre de dix, mais assez irrégulières.

ScnteUes gulaires : une grande paire antérieure, suivie de trois ou quatre paires de squames beaucoup plus petites, à peu près semblables entre elles et rangées sur un ou deux rangs jusqu'à la première gastrostège.

Coa étroit et bien accentué, surtout du côté de la tête.

Tronc épais, principalement dans la seconde moitié, cylindriqae ou un peu cyclotétragone. Les m&Ies généralement plus petits que les femelles.

EcaiUes dorsales carénées, sublancéolées, légèrement bombées et arrondies à Textrémité; celles des flancs plus grandes, plus circulaires et moins carénées.

Une ligne oblique transverse comptant, généralement, 21 squames, au milieu du tronc.

Gastrostèges faiblement relevées sur le côté, et en nombre variable de 140 à 156.

Préanale simple (Voy. PL U, fig. 25).

Queue courte, quoique, en général, un peu plus allongée que chez le Péliade; i section parfois un peu triangulaire, et d'un diamètre, à Tanus, presque égal à celui du tronc. D'ordinaire plus grande chez le mUe que chez la femelle, mais avec des différences moins frappantes d'un sexe à l'autre que chez l'espèce précédente ; sa longueur entrant de six à neuf fois, au plus, dans celle du reste du corps.

Une rangée transverse au milieu de ce membre comptant généralement 8 ou parfois 9 squames.

Urostèges doubles, en nombre variable de 35 à 48.

Faces supérieures assez variables quant aux teintes fondamentales et d'ordinaire plus claires chez les m&les que chez les femelles, quoique avec des différences moins frappantes, sous ce rapi)ort, que chez le P. Berus; la coloration générale étant, suivant les individus et les conditions, d'un gris cendré, olivfttre ou brun&tre, fauve ou rousse, d'un brun rouge, ou d'un brun foncé, ou encore quelquefois d'un noir profond. Sur ces fonds différents, des macules brunes ou noires, plus ou moins apparentes, distribuées, comme suit, sur le corps et la tête : sur le dos, des taches ou de petites bandes transverses di8i)osées à distances égales, tantôt alternativement sur les deux côtés de la ligne médiane, ou en face les unes des autres et réunies sur le centre ; tantôt, au contraire, plus ou moins obliquement, de manière à composer une ligne sinueuse, un peu comme celle de l'aspèce précédente.

quoique rarement aussi continue. Sur les flancs, des taches arrondies ou carrées, réparties d'ordinaire dans les espaces qui séparent, à droite et à gauche, les extré^ mités des bandes dorsales transverses. Sur la partie occipitale de la tête, deux taches souvent distinctes, quelquefois réunies en Y, d'autrefois convergeant en forme de V renversé ; sur la région pariétale, des macules arrondies volontiers au nombre de trois ; entre les yeux, deux petites lignes longitudinales ; sur le museau, une bande transverse (Voyez PL II, fig. 24). Sur la région temporale, une longue tache étendue depuis Toeil jusqu'aux côtés du cou ; enfin, les lèvres claires, avec ou sans taches foncées, ou encore marbrées de gris ou de noirâtre sur un fond blanch&tre, jaunâtre ou rougeâtre. Toutes ces taches céphaliques du reste assez variables; plusieurs d'entre elles faisant même souvent défaut. Iris rouge&tre ou d'un rouge sombre.

Faces inférieures d'un gris de plomb, noirâtres ou noires avec des chinures ou des marbrures blanchâtres, jaunâtres ou rougeâtres, principalement sur le bord des gastrostèges. La gorge d'un blanc jaunâtre, d'un jaune clair, grisâtre et parfois bleuâtre, volontiers chinée, ou semée de petites taches grises ou noirâtres. Le quart ou le tiers extrême de la queue souvent marbré de jaune ou de rougeâtre.

Jeunes, présentant une livrée assez semblable à celle des adultes, soit ornés des mêmes dessins sur un fond gris, verdâtre, blond ou roussâtre; le dessous de la queue souvent jaune. La tête, chez eux, comparativement forte.

Cette espèce offre, dans les deux sexes, des aspects très-différents, suivant l'habitat et les époques. Les naturalistes ont £eiit plusieurs fausses espèces avec ses formes diverses, et ont souvent confondu quelques-unes de ses variétés avec l'espèce précédente. Je me bornerai à signaler ici les formes les plus distinctes qui se rencontrent dans notre pays.

A. Sur des teintes fondamentales inditféremment grises ou rousses, l'on peut voir, suivant les individus, ou de simples ta-

m FAUNE DES VERTÉBRÉS.

ches plus ou moins confondues en bandes transverses, ou des bandes obliques plus ou moins réunies en ligne dorsale sinueuse irrégulière. L'on a alors, ou la V. Aspis de Merrem, ou la V. Bedi de Laurenti, ou encore la V. Chersea de Linné.

Avec ces ornementations diverses et une coloration générale qui les fait appeler tantôt Vipères grises, et tantôt Vipères rouges, ces différents sujets présentent encore indifféremment, entre les surciliaires, une, deux ou même trois petites plaques médianes, plus ou moins distinctes au milieu des squames environnantes. La présence et le développement variable de ces squames majeures ont fait distinguer, par certains auteurs, les individus qui les portent sous des noms différents. Quelques-uns les ont rapportés à leur Vip. Berus^ d'autres en ont fait des espèces particulières ; Schinz, entre autres, s'est servi de ce caractère pour distinguer ses Vip. Redii et Vip. Hugii.

B. Quelques naturalistes ont appelé également Vipera Prèster des variétés de VAspis^ d'un brun très-foncé, chez lesquelles les dessins sont i peine distincts, et des Aspics entièrement noirs. Cette identité de nom donné aux deux formes sombres du Pdias Berus et de la Vipera Aspis a souvent facilité, sur ce point, la confusion entre nos deux espèces. Du reste, il ne fiiut pas trop rapprocher la variété brune que l'on appelle souvent, à tort, la Vipère noire, de la véritable forme mélanienne de l'Aspic, soit de la Vipera aira de Meisner ; car, je ne crois pas que la coloration sombre de la première soit nécessairement un acheminement au noir profond de la seconde.

C. Enfin, j'ai rencontré, une fois, près de BonneviUe en Savoie, et une autre fois non loin de Brusio, dans les Grisons, au midi des Alpes, une dernière variété qui, quoique assez semblable, au premier abord, à la Vipère dite vulgairement noire, me semble cependant en différer foncièrement. Elle est presque entièrement d'un brun noirâtre foncé ; mais ce n'est plus, chez elle, la teinte fondamentale qui, en s'assombrissant, a dissimulé les dessins ; ce sont, bien au contraire, les taches dorsales et latérales qui ont pris une extension extraordinaire, et ne laissent plus apparaître la couleur du fond que par petites lignes trans verses irrégulières et jaunâtres. Cette livrée particulière semble en opposition, dans son mode de coloration, avec ce que

nous avons observé jusqu^ici sur le mélanisme d'autres Serpents. Un séjour même prolongé, dans Talcool, ne fait pas reparaître, comme dans le cas opposé, les dessins normaux de l'espèce.

Màle Femelles Rare

Longueur totale 0«,550 — 0",620 à 0"»,680 à 0"»,700

> de la tête (à l'angle des m&choir.) 0,023 ~ 0,025 0,027 » delà queue 0,079 — 0,066 0,090

Largeur maximum de la tête 0,015 — 0,015 0,017

Diamètre vertical (au milieu du tronc). 0,016 — 0,018 0,024

La Vipère Aspic habite principalement les contrées méridionales de notre continent, certaines parties de la France, l'Italie, la Grèce et la Dalmatie ; toutefois, il semble qu'eUe se trouve aussi çà et là plus au nord, en Belgique et dans quelques localités favorables de la Prusse, par exemple.

En Suisse, où elle est vulgairement connue sous le nom de Vipère rouge, à cause de la couleur souvent d'un roux de rouiDe de ses faces supérieures, elle ne se rencontre guère que dans les cantons occidentaux et méridionaux, et dans la chaîne du Jura jusqu'à Bftle. Elle est, en particulier, commune dans les cantons de Genève, de Vaud, du Valais et de Neuchâtel, amsi que dans le Tessin et dans les vallées méridionales des Grisons. Cette espèce manque à la Suisse centrale et orientale, où elle semble, en grande partie, remplacée par la précédente ; c'est à peine si l'on en cite quelques rares captures dans les plaines de Soleure et de Berne ^

La Vipère Aspic ne s'étend pas aussi loin vers le nord que le P. Bems^ et reste également dans notre pays à un niveau bien inférieur. Il est vrai qu'on la trouve quelquefois assez haut dans le Jura; mais je doute qu'elle ait été nulle part observée audessus de 1600 mètres. C'est une espèce plutôt de plaine, et qui

> L'on m'a signalé une capture de cette espèce au Brflnig, dans les montagnes au centre de notre pays; mais je dois dire que j'ai parcouru, à plusieurs reprises, cette localité et que je n'y ai jamais trouvé que le P. Benu^ même peu communément.

226 PAUNB DBS VERTÉBRÉS.

ne s^élève pas volontiers dans les Alpes comme la précédente. £lle m^a para surtout abondante dans certaines côtes rocailleuses du Jura, près d'Yverdon et de Neuchfttel, ainsi que, près de Genève, au pied du mont Salève et le long des terrasses gnir veleuscs qui bordent le Rhône. D'après ce que nous avons vu de leurs distributions géographiques, nos deux Serpents venimeux ne se trouvent donc guère côte à côte, en Suisse, que dans certaines parties du Jura, dans le Valais et dans les vallées méridionales du Tessin, où le Berus descend plus bas qu^au nord des Alpes.

La Vipère dite rouge atteint, dans notre pays, à des dimensions un peu plus fortes que la dite brune ou Bénis. Elle se tient de préférence dans les lieux arides et chauds, rocailleux, sablonneux ou buissonneux ; sortant, selon les circonstances, à toute heure du jour ou de la nuit. Sa nourriture consiste principalement en petits Mammifères et en Oiseaux qu'elle empoisonne d'un coup de dent avant que de s'en emparer. Ses petits, comme ceux de l'espèce précédente, s'attaquent d'abord aux Vers et aux Insectes.

C'est d'ordinaire dans le courant du mois de mars, et plus ou moins vite suivant les années et les conditions locales, que l'Aspic se réveille et sort de ses quartiers d'hiver. Deux i trois semaines plus tard, à la fin du même mois, ou, le plus souvent, en avril seulement, les sexes se recherchent et s'aocouplent. Environ quatre mois après, généralement dans le courant d'août, la femelle met au monde de 8 à 15, parfois même 20 petits \ mesurant, à leur naissance, de quatorze à dix-neuf centimètres. Enfin, c'est vers la fin d'octobre, ou en novembre, suivant les localités, que Vipères et Vipereaux se retirent dans quelque galerie souterraine, ou bien dans un trou d'arbre ou de vieux mur, pour y attendre, volontiers roulés en paquets avec quelques-uns de leurs semblables et plongés dans une profonde léthargie, que le printemps vienne les rendre à la vie.

1 Jasqu*à 25 ou 30, suivant certains auteurs.

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