LE TRITON LOBÉ
Der Lappenmolcu
Triton lobatus^ Otth.
(PI. IV) (à gauche)
Blond ou (run brun jaunâtre, avec des taches noires et arrondies^ en dessus et sur les côtés y chez le mâle; moins maculé chez la femdle. Une large bande jaune ou rouge avec des taches noires, en dessous. Une crête dorso-caudcde assez Bevée, continue, droite^ otidulée ou légèrement festonnée etjauiiâtre^avec de petites macules
* Gray, Catal. of Brit. Mus. 1850, p. 28.
' Aussi : la Petite Salamandre ou Kleiner Wassersalamander.
558 FAUNE DES TERTÉBRÉS.
noires, chez letnâle en noces. Tronc subarrondi ou eydùtétragone. Queue haute, sutiUxivcédée et plus ou moins acuminee, dans les deux sexes. Orteils lobés, chez le mâle en noces. Tubercules plantaires et palmaires externes coniques et très-proémine^Us. Museau tronqué en avaiit et aplati en dessus. Lignes débitées palatines presque droites, naissaid en dessous des orifices nasaux, très-resserrées en avant, médiocrement prolongées et peu divergentes ett arrière. Crâne subconique, marqué en avattt d* arêtes et de sillons lofigitudiiUiux. Apophyses susorhitaires grandes, mais non réunies au temporal. Longueur totale, moyenne de Vadtdte- = 75"*.
Lacerta pedibus iNERMiBUS Fissis, etc. Linné, Fauna Svecica, p. 96, ii*i57.
» TAENIATA, Wolff, in Sturm^s Deutschl. Fauna, III Âbth. Hefl. 3, pi. 36, 37 et 38.
Salamandra exigua, Laur. Syn. Rept. p. 41. — Busconi, etc.
■ TAENIATA, S. PALUSTRis, Schneider, Hist. Amph. p. 58 et 60.
1 PUNCTATA, s. ADDOMiNALis, LotreiUe, Salam. de France, p. 53, pi. 6, fig. 6.
» ABDOMiNALis, S. ELEUANs, S. PL'NCTATA, Daudin, llist. Rept. VIII, p. Î50, 255 et 257.
MoLQE TAENiATA, Gravenh. Rept. Mus. zool. vratisl. p. 77.
» CINEREA (?) Merrem, Syst. Amph. p. 185. Triton palustris, T. parisinus, Laur. Spec. med. p. 39 et 40.
> LOBATUS, Otth, in litteris. — Schinz, Faun. Helvet.
» PALMATUS, T. LOBATDS, Bonap. Faun. ital. fasc. XXVI, tav. fig. 6 et 7. » PUSCTATi's, Dugès, Urod. de France. Ann. Se. Nat. XVII, p. 269. 1 PUNCTATUS ET PAi.MATUS^ de Betta, Monog. degli Amf. Urod. Ital. p. 52.
> TAENiATt's, Leydig, Molche der wûrteinb. Fauna, Ai-chiv. fur Naturg.
LissoTRiTON PUNCTATUS ET ExiGuus (junior), L. PALMATUS, Btmap. Fauna
ital. index nom. mod. et tav. ûg. 4 et 5. LoPHLNUS PUNCTATUS, Gray, Catal. of. Brit. Muséum. Bat. grad. p. 27.
Cr&ne subconique, fort dans la partie postérieure, gradueUement comprimé sur les côtés, tronqué en avant et plus long que large, d'un quart de sa longueur environ, ou légèrement davantage. Les pariétaux courts, déprimés sur le centre et carrément limités du côté de Tocciput. Un profond sillon longitudinal, antérieur et médian, prenant brusquement naissance au-dessus des narines et limité, i droite et à gauche , par des arêtes bien saillantes, de chaque côté desquelles une ou deux autres dépreasiooa
UUODÈLES. 559
plus petites, à peu près parallèles et plus ou moins convergentes en avant. Apophyses frontales susorbitaires, bien découpées et prolongées en arrière, mais n'arrivant point au contact du temporal (Voy. PL V, fig. 18).
Dents voméro-palatines sur deux lignes longitudinales, presque droites, disposées en V renversé, naissant, très-rapprochées, un peu au-dessous des orifices nasaux, médiocrement prolongées et comparativement peu divergentes en arrière. Cette dentition de T adulte précédée, chez la larve, par deux groupes antérieurs, latéraux, en forme de virgule et toujours bien séparés.
Tête plutôt allongée, soit d'un quart à un tiers de sa largeur moins large que longue, à Tocciput, ou de la moitié au moins de cette première dimension plus longue que large, mesurée sur la nuque, entre les saillies hyoïdiennes. La plus grande largeur se trouvant sur Tangle des mâchoires ou légèrement en arrière. Le profil généralement aplati. La région parotidienne, peu glanduleuse, bien que plus ou moins proéminente suivant les individus, portant le diamètre postérieur ou hyoïdien au plus à une valeur égale à celle du diamètre maxillaire.
Museau graduellement comprimé depuis les yeux et tronqué en avant.
Yeux peu saillants, très-distants, ou tout à fait latéraux, et généralement situés un peu plus près du bout du museau que de Tocciput.
Lobes suslabiaux très-étendus et embrassant une bonne partie de la lèvre inférieure, avant la commissure.
Queue sublancéolée, haute, bien comprimée dans la seconde moitié au moins et d'une longueur égale, en moyenne, à celle du corps y compris la tête, bien que parfois un peu plus courte chez les femelles dans la livrée de terre, ou, par contre, notablement plus longue chez les vieux m&les en robe de noces. Les lobes membraneux des tranches supérieures et inférieures toujours beaucoup plus développés chez le mâle que chez la femelle et au printemps qu'en automne ; celui de dessus légèrement onduleux, comme la crête dorsale à laquelle il fait suite
sans interruption. L'extrémité étirée ou atténuée, chez les vieux mfties en noces, mais jamais brusquement terminée en fil libre, comme chez Tespèce suivante (Voy. PL V, fig. 24).
Membres assez longs, comparés au tronc ; les antérieurs généralement un peu plus courts que les postérieurs ; les uns et les autres légèrement plus petits chez la femelle que chez le mâle. Ramenés étendus contre les flancs maintenus droits, le plus grand orteil atteint au coude che^ le mâle, ou reste peu en arrière; tandis que cette même extrémité parvient seulement à toucher le grand doigt ou à croiser un peu avec lui, chez la femelle.
Faces palmaires et plantaires souvent un peu granuleuses et pourvues de deux tubercules bien accentués; Tun, plus petit, à la base du premier doigt et du premier orteil, Tautre, plus fort et plus saillant, à la base du quatrième doigt et du cinquième orteil. Ce dernier tubercule parfois assez fort, chez le mâle surtout, pour simuler comme une extrémité digitale surnuméraire, sur le côté exteine de la main et du pied.
Doigts cylindro-coniques, légèrement déprimés, et assez longs ; le troisième, normalement, de beaucoup le plus grand.
Orteils de moyenne longueur, libres, cylindro-coniques et comparativement peu déprimés, chez la femelle, en toute saison ; par contre, plus allongés et plus déprimés, ainsi que tous séparément enveloppés d'une membrane natatoire chez le mâle adulte, en livrée de noces. Ce développement membraneux qui borde les orteils du mâle, sans les réunir autrement, et qui rappelle la disposition très-analogue des pieds du Podiccps^ disparaissant du reste petit à petit après T époque des amours, pour ne plus guère laisser de trace sensible vers la fin de Tété ou en automne (Voy. PI. V, fig. 22). lie troisième, dans les deux sexes, souvent légèrement plus long que le quatrième.
Tronc plutôt court, bien que comparativement un peu plus allongé chez les femelles qui n'atteignent pas d'ordinaire.
URODELES. 56 t
comme nous Pavons dit, à une taille aussi grande que les mâles ; arrondi ou voûté en dessus et sur les côtés, chez les premières et chez la majorité des seconds, mais, quelquefois aussi, un peu renflé ou relevé longitudinalement au haut des flancs, chez certains mâles en noces, quoique ne formant jamais, sur ce point, une arête latérale aussi pincée et saillante que celle de l'espèce suivante (Voy, PL V, fig, 20 et 21, les sections verticales des troncs des deux espèces).
Une crête dorso-caudale assez haute, légèrement festonnée, onduleuse ou droite et se continuant, sans interruption, depuis Tocciput jusque sur la queue, chez le mâle en noces ; développement temporaire se rétractant presqu'entièrement durant le séjour sur terre.
Une ligne dorsale saillante ou une très-petite crête étendue, chez la femelle au printemps, de la nuque à la queue. Peau lisse, durant la vie aquatique, très-légèrement granuleuse après un séjour sur terre et un peu adhérente sur le crâne. De petits pores distribués au haut des flancs, le long du dos et de la queue, sur la région parotidienne et sur les joues, et formant, sur la tête, deux séries prenant naissance en arrière des yeux et convergeant sur le museau.
PU gulaire constant, mais peu profond, parfois même à peine sensible. Gorge un peu plissée en long. Faces supérieures, chez le nmlr en )ioces (PI. IV, à gauche en bas) : tantôt d'un gris jaunâtre ou bronzé, olivâtres ou encore franchement blondes, tantôt, au contraire, brunâtres ou presque noirâtres. Le bas des flancs, en général, plus pâle ou plus jaune et souvent comme parcouru, depuis les côtés de la tête jusqu'à l'anus, par une bande claire et dorée, plus ou moins accentuée. Les teintes fondamentales semées, sur le tronc, de taches noires, généralement arrondies et d'autant plus grandes qu'elles sont plus rapprochées du ventre ; ces macules assez souvent distribuées en séries parallèles dirigées obliquement du haut en bas et d'arrière en avant. Les parties latérales et moyennes de la queue partageant, d'ordinaire, la coloration des
faces supérieures du corps, volontiers avec un trait longitudinal, brun ou rougeâtre, sur la ligne médiane, et semées irrégulièrement de petites taches noires. Les membres et les extrémités digitales d'un jaunâtre, suivant les cas, clair ou rembruni, et plus ou moins maculés de noir ; les lobes membraneux des orteils noirs, noirâtres ou gris avec des points foncés.
Sur la tête, assez généralement jaune ou jaunâtre et plus ou moins dorée : d'abord, une tache noire, médiane et longitudinale, embrassée par deux lignes, de même couleur, naissant en arrière des yeux et convergeant, en forme de V, entre les narines ; puis, une autre bande noire et latérale, commençant à Fangle des maxillaires, traversant Toeil et joignant le museau ; enfin, une dernière ligne foncée étendue, parallèlement à celle-ci, sur le bord de la mâchoire.
La crête dorso-caudale, de la même couleur fondamentale que le tronc, bien que généralement plus pâle et parfois nuancée de bleuâtre; quelquefois sans taches, souvent avec de petites macules noires régulièrement disix)sée3 le long de la ligne basilaire et vers la tranche supérieure.
En automne^ et toujours plus depuis Tété : porte graduelle des développements membraneux et des colorations ornementales ; enfin, après un séjour sur terre, plus de lobes natatoires aux orteils, la crête dorso-caudale trèsréduite et très-basse, et, par le fait, la queue ln»aucoup plus arrondie ; les reflets dorés ou métalliques notablement atténués, parfois même entièrement fondus dans une teinte générale, suivant les conditions d'existence, brune, brunâtre, blonde ou d'un gris lé^'èrement lilacé; les flancs toujours plus clairs que le dos; les liirnes et taches noires moins apparentes, plus petites et, g<*nt'Talement, moins régulières. En somme, la livrée de terre du mâle se rapprochant un peu de celle de la femelle.
Chez la frmrlif* m mas (PI. IV, au milieu) : les faces supérieures d'un brun jaunâtre ou d'un gris jaunâtre, [Kirfois un peu bronzées, souvent fauves ou blondes, ou encore, selon les circonstances, beaucoup plus sombres et pre<<iue
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noirfttres; cela, sans taches, ou avec de petites macules foncées, plus sensibles et plus grandes sur les flancs, euxmêmes généralement plus pâles et plus jaunes que le dos. De chaque côté de la ligne dorsale, depuis la nuque jusqu'à la queue, une bande déliée, droite ou ^nueuse, grise, brune ou noir&tre et plus ou moins accentuée. Les parties latérales et moyennes de la queue, de même couleur, ou à peu près, que le tronc, et assez irrégulièrement tachetées de gris ou de brun. Les membres et les extrémités digitales comme le dos, ou comme les flancs.
Pas de lignes noires convergeant en forme de V sur la tête ; d'ordinaire un seul trait foncé, prenant naissance en arrière de Tœil, traversant cet organe et s' étendant plus ou moins vers le bout du museau.
La petite crête dorso-caudale de la vieille femelle, en noces, jaunâtre ou presque incolore.
En aiUomm*^ déjà même en été : queue plus ronde, principalement vers la base ; coloration, suivant les circonstances, plus brune, plus grise, ou plus blonde, avec des taches dorsales plus ou moins apparentes ; souvent, une ligne grise ou brune assez accentuée sur les côtés du dos et de la queue.
Iris doré ou orangé-doré et, dans les deux sexes, traversé par une bande noire horizontale.
Faces inféneures, chez le niâle en noces: grisâtres, jaunâtres ou d'un jaune doré, avec une bande médiane, longitudinale et plus ou moins large, d'un orangé rougeâtre ou rouge, sur le ventre. Des taches noires, arrondies et, d'ordinaire, aussi grandes que celles des flancs, irrégulièrement distribuées sur les faces abdominales; la gorge jaunâtre ou blanchâtre et également tachetée. Les membres jaunâtres ou grisâtres et plus ou moins maculés en dessous.
Le lobe inférieur de la queue souvent d'un rouge orangé, sur un espace plus ou moins grand à partir de l'anus ; puis d'un joli bleu de ciel, également plus ou moins étendu du côté de l'extrémité caudale, avec des taches ou de larges bandes verticales noires, distribuées, à intervalles à peu près égaux, sur la moitié basilaire de ce membre,
564 FAUNE DES VERTEBHES.
au moins. D'autres fois bleu&tre ou d'un bleu pftle avec quelques taches orangées.
En été : la brillante opposition des tons rouges, bleus et noirs de la queue de moins en moins franche et les taches ventrales , de même, petit à petit atténuées ; la bande abdominale rouge, par contre, assez souvent plus éclatante ou au moins aussi accentuée qu'au printemps.
En aiUomne^ après un séjour sur terre : les grandes taches plus ou moins réduites, ou remplacées par un semis irrégulier de plus petites macules. La bande médiane ne formant, d'ordinaire, plus qu'un trait ventral et sous-caudal jaune ou rougeâtre, parfois à peine sensible ; plus de bleu sous la queue.
Chez la fcmdle m noces : gorge, ventre, bas des flancs et lobe caudal inférieur jaunâtres ou d'un orangé clair et souvent à reflets dorés, avec quelques petites taches noires ou noirâtres, plus ou moins apparentes; une bande, comparativement étroite, orangée ou rougeâtre, sur le milieu du ventre et sous la tranche inférieure de la queue.
En été : la bande abdominale et sous-caudale souvent plus accentuée ou plus rouge.
En automne : la ligne médiane inférieure plus ou moins fondue dans une teinte générale jaunâtre ou d'un orangé très-pâle, et ne subsistant souvent plus que sous la queue; les taches, suivant les circonstances, plus ou moins efi'acées ou, au contraire, plus accentuées et plus nombreuses.
Larves : tête grosse, tronc haut et ramassé, membres trapus, queue graduellement accuminée en feuille de saule, nageoire dorso-caudale peu pigmentée ou presque incolore. D'un brun jaunâtre pâle ou d'un gris olivâtre, en dei>sus, souvent avec des points clairs sur les flancs ; jaunâtres et dorées ou rosées, en dessous.
Jeunes, sur terre ; assez semblables aux femelles, soit bruns ou blonds, en dessus, plus grisâtres sur les flancs, jaunâtres en dessous et, très-souvent, avec les deux raies dorsolatérales, grises ou brunes, de ces dernières ; cela quelque-
URODÈLES. 565
fois déjà depuis le dernier état larvaire et avant la rétraction complète des branchies.
Cette espèce varie beaucoup dans la coloration et dans les différentes proportions; non-seulement avec Tâge, le sexe et les saisons, mais encore suivant les diverses circonstances et les conditions d'existence. Nous avons vu, dans la description, les modifications qui s'opèrent, d'une saison à l'autre, chez un même individu, tant dans la livrée que dans le développement des appendices membraneux; nous pourrions également signaler, dans une même époque, des différences assez constantes entre sujets du même âge et de même sexe, selon l'habitat et la nature du milieu, soit dans la teinte fondamentale, la distribution plus ou moins régulière des taches et l'éclat des colorations, rouges et bleues, ventrales et caudales, soit dans les formes ^lus ou moins bombées ou carrées du dos, dans la hauteur de la crête festonnée ou droite, dans l'extension des lobes des orteils et dans le mode de terminaison de la queue. C'est même à cette grande variabilité que nous devons attribuer le fait que beaucoup de naturalistes ont confondu les deux Tritons Lobé et Palmé, faute d'avoir reconnu, entre ces espèces incontestablement voisines, des caractères plus solides que le mode de coloration et les formes extérieures. De Betta \ en particulier, s'est trompé, quand il a rapproché et réuni ces deux Tritons ; quand il a cru que l'extrémité, souvent atténuée, de la queue du T. pundatus (T. Idbatm) pouvait se réduire à un simple fil isolé, comme celle du T. pcimaUis^ et lorsqu'il a pensé que la palmure de ce dernier pouvait se diviser en lobes semblables à ceux des orteils du premier. J'ai conservé vivantes les deux espèces, et je n'ai jamais rien vu qui pût faire supposer l'une ou l'autre de ces transformations; jamais la queue du T. lof/atiis n'est franchement tronquée à la naissance du fil terminal, et la palmure du T. palmatus se retire graduellement vers l'angle interdigital, tandis que les lobes du dit Lobé se rétractent sur le côté de chaque orteil. U est fort probable que, si de Betta eût eu entre les mains les crânes des deux espèces, il eut attaché plus d'importance à l'extension des apo-
^ De B«tta, Monograiia degli Âmtibi Urodeli italiaui, ISGl.
566 FAUNE DES VERTÉBHES.
physes sosorbitaires qa'au développement variable des appendices membraneux ; car, bien qae ces saillies osseuses soient assez fortes chez le T. lobatus^ elles ne forment cependant jamais Tarcade fronto-temporale complète, qui caractérise le véritable T. palmatfis.
L'auteur de Texcellente Monographie des Urodèles italiens, pas plus que Bonaparte, n'a évidemment eu entre les mains, ainsi que Ta déjà supposé Leydig\ que le seul Triton lobé ou ponctué, l'autre espèce faisant, à ce qu'il parait, dé&ut en Italie. Aucune des figures que donne de Betta, pour expliquer le passage supposé de l'une des formes à l'autre, ne représente le véritable Triton poimatus de Schneider, ou T. Hdveticm de Leydig.
Toutefois, je dois dire, à la défense de de Betta, que le T. lobaius (Otth), soit T. pundatus (de Betta), offre en Italie, et déjà dans le Tessin, un faciès un peu difiërent de celui qu'il possède au nord des Alpes. Plusieurs individus mâles quej'ai capturés, en juin 1869, dans le Val Vedeggio, près de Lugano, dans le Tessin, quoique franchement lobés, étaient, il est vrai, plus petits que ceux que j'avais recueillis dans quelques-uns de nos cantons septentrionaux, et rappelaient assez, à première vue, les formes générales du T. poimatus ; les taches noires étaient, chez eux, rarement disposées en séries obliques et parallèles , la queue, bien que non réduite i un fil, était cependant très-atténuée i l'extrémité et, surtout, le dos était plus carré, plus plat en dessus et plus saillant au haut des flancs. Cette forme méridionale et trompeuse a été très-bien représentée par Rusconi, sous le nom de petite Salamandre (SaL exitfuai^ dans son admirable travail sur les Amours des Salamandres. Du reste, chez les sijgets du Tessin, tout comme chez des individus qui m'ont été aimablement envoyés de Pavie par le prof. Pavesi, j'ai toujours trouvé le même développement des apophyses susorbitaires non réunies au temporal.
A côté des premières causes de variabilité que nous venons de signaler, il en existe encore d'autres, plus ou moins puissantes, qui m'ont paru avoir la même action sur nos deux espèces du
* Molche der worteiiil). Faun., loc. cit.
UHODÊLES. 567
sous-genre; les unes sont plus lentes et pour ainsi dire anormales, les autres, plus instantanées, sont, par contre, plus habituelles. Nous verrons, à propos du T. palmatus, comment j*ai acquis expérimentalement la preuve que certains sujets, jeunes ou vieux, de Tun ou de l'autre de nos Tritons lisses, qui ont été accidentellement contraints à demeurer plus ou moins dans des conditions anormales et délétères, peuvent petit à petit prendre un faciès différent et passer peu à peu à un albinisme plus ou moins complet. (Comment, en particulier, sous Tinfluence d'une alimentation insuffisante, un individu fortuitement enfermé sur terre dans un réduit obscur (une cave, par exemple, où il serait tombé et d'où il n'aurait pu ressortir), ou forcé, au contraire, à demeurer dans une eau impure, non-seulement maigrit rapidement, au point de ressembler, par les formes, à une petite Salamandre, mais encore se décolore peu à peu, jusqu'à devenir d'un jaunfttre pftie et uniforme, après que toutes les taches ornementales se sont fondues dans une teinte, d'abord grisâtre et de plus en plus éclaircie (Voyez, à la sixième colonne du tableau de l'espèce, les proportions d'un adulte décoloré). C'est probablement de cette manière qu'ont dû se former certaines variétés claires et de petite taille, qui ont été prises, parfois, pour espèces différentes. Ainsi : divers auteurs ont distingué, sous le nom de Salamandra exigua ou de Triton cjiguus^ des jeunes, ou des adultes plus ou moins amaigris et décolorés, de l'une ou l'autre de nos espèces de Lissotriton. Le Triton exigmis de Bonaparte n'est, entre autres, pas autre chose qu'une jeune du du T. lobaius: tandis que le T, exiguus de Schinz, dans sa Fauna Hdvdicay repose plus probablement sur des individus pftles et réduits du T. pcdnmttiSy comme portent à le croire ces quelques mots : € Âuf der Erde, nicht im Wasser, unter Steinen, im Moos, unter Baumrinden. £r bleibt sehr klein und ist nicht haufig. > N'est-ce pas, peut-être, aussi à la trouvaille de quelque Triton lobé, dont la livrée s'est éclaircie sous l'influence d'une existence précaire, qu'il faut attribuer la formation de la Molge cinerea de Merrem ?
Enfin, dans de bonnes conditions, mais surtout dans l'eau, chaque individu, tant mftle que femelle, varie très-rapidement, quant i la coloration, soit sous l'influence des émotions ou des
impressions internes, soit sous Faction externe des changements de température et de lumière. Subitement efirayé ou plus ou moins excité par la passion, le Triton présentera tour à tour une livrée claire et brillante, avec des taches bien accentuées, ou, au contraire, une coloration plus fondue et plus sombre. Alternativement contractés ou dilatés, les chromatophores feront paraître ou disparaître telles ou telles taches ornementales. De même, en mettant successivement Tanimal dans des bocaux de diverses couleurs, ou en modifiant légèrement la température de Teau du vase, on verra assez rapidement, bien que d'une manière moins instantanée que sous Faction des agents internes, de profonds changements s'opérer dans les teintes et les macules, comme par une sorte d'accommodation au milieu plus ou moins forcée.
Màlt'S en noci's. tViuclles Atlt^te
Tes.sin. Ii;«Ie. on m'hcîî. 'i. < h-I .fv.
Lung. tôt. (du mus. au
bout de la queue). 0",072 -0™,074 à()'",ODS -()'»,()71 îH>"',()'^o -()'»,nfWi » de la tète (à rocc.j. 0,()()H — 0,')0H5 0,010 — 0,0 :s ojnrj — 0j>>^ » > (entre les saillies
hyoïdienmvs) . 0,010 — 0,')11 0,01i>5— O.OIO.") 0,011:»— O.olo
> memb. ant. (du pli
deTépauleaubout
du :$"»*• doi^'t) . 0,014 —0,015 0,01i> — 0,Oi:J.'> 0,014 —0,0125
> du monib. post. (de
Paine au bout du
3— orteil) ..0,015 —0,0155 0,020 —0,014 0,014 —0,011
> du S"" orteil (au
côté externe) ...,0,0045—0,005 0,0055—0,004 0,CH4 — (»,<«);> » delà queue (dep. le
baissin, au-dessus
de Tamis) .. 0,03i) — 0,o:M) 0,053 —0,030 0,040 — 0.0S2
Haut, maxim. queue. 0,0105—0,011 0,01G — 0,0O05 0,04W — 0,003
» cnHedora. 0,(K)35— 0,004 0,005 — 0,(HM)5 0,0<il —
Le Triton lobé est répandu, en Europe, depuis l'Italie et le midi de la France jusqu'en Suède; toutefois, il parait assez irrégulièrement distribué dans les divers pays et fait, en particulier,
URODELES. 569
défaut à beaucoup de nos cantons, dans lesquels il est remplacé par l'espèce suivante.
Le D' Otth a trouvé, le premier, cette espèce dans notre pays, aux environs de Berne; Schinz * ne cite, en 1837, que cette seule trouvaille. Depuis lors, ce Triton a été observé sur d'autres points en Suisse: MM. du Plessis et Combe ^ l'ont signalé dans le district d'Orbe (canton de Vaud),et je l'ai reconnu moi-même, soit dans le Tessin, au sud des Alpes, soit à Baie, à l'extrême nord de notre territoire. Je ne l'ai jamais rencontré dans les montagnes, et n'ai pu jusqu'ici constater sa présence nulle part dans les cantons purement alpestres du versant septentrional. Il semble liabiter de préférence la plaine suisse et les parties plates et basses des contrées voisines du Jura ; cela depuis le canton de Vaud, car je ne l'ai jamais trouvé dans les environs de Genève, où ses trois congénères et, tout particulièrement, le Triton palmé, sont pourtant partout très-communs. Près de Lugano, le T. lohdfns habitait seul, avec le T. crisfatu^^ les petits bassins du Val Vedeggio; près de Bàle, par contre, il vivait côte à cote, dans de petites mares, au bord du bois dit Langenherle. avec le Palnmins. le Crii<f(ififset VAIprsfris,
Cette espèce s'accouple dans les fossés, les étangs et les marais, quelquefois dans des eaux trouble>, le plus souvent dans les eaux claires. Les sexes se recherchent, suivant les circonstances, depuis le mois d'avril ou de mai. Les œufs sont déposés, par petits groupes, sur des végétaux aquatiques ou des débris flottants, ou quelquefois simplement abandonnés libres au fond du liquide. Les larves terminent leurs métamorphoses quatre mois environ après la ponte, généralement dans le courant du mois d'août. Les petits quittent les eaux de suite après leur transformation, et vont vivre dans les endroits ombrés et humides, sous les pierres, dans la mousse ou sous l'écorce des arbres malades, jusqu'à ce qu'ils soient capables de reproduction, pendant deux ans au moins. Beaucoup d'adultes se retirent sur terre, vers le milieu ou, suivant les circonstances, seulement vers la fin de la belle saison, et se rencontrent alors dans les
' Fauna Hel vêtira.
• Faune des vertébrés du district d*Orbe, loc. rit.
URODÉLES. 571
stUons lofigitudinaux. Apophyses susorbitaires formant une arcode fronto-tetnporàle complète. Longtœtir totale ^ moyenne de VaduUe = 68"^.
Lacerta paradoxa s. HELVETirA. Razoutnmvsky^ Hist. nat. du Jorat, I, p. 3.
pL. 2, lig. 5.
SALAMANDK.V PALMATA, Scfwrider, Hist. nat. Amph. fasc. I, p. 72, n» 8. » PALMiPE<, LatrelUe, Snlam. de Fi-ance. — Dautt. Hist. nat. Rept. VHI, p. 253.
MOLGE PALMATA, Mei^^em, Spec. Syst. Amph. p. 186. Triton Exiori'S, Schhn^ Faun. Helvet. p. 147.
» PALMATrs, Dugès, Urod. de France; Ann. Se. Nat. XVH, p. 270.—
Dum, et Bib. etc.
» iiELVETicus, Leydig, Molche der wurtemb. Fauna; Archiv. fur Naturg. 1867, I, p. 220.
lx>PHiKus PALM.\Ti:s, 6Vot/, Catal. cf. Brit. Mus.; Batrac. grad. p. 28.
Crftne subconique, fort dans la partie postérieure, graduellement comprimé dans la partie antérieure, carré en avant et un peu plus ramassé que chez Tespèce précédente ; soit, au plus, d'un quart de sa longueur plus long que large. Les pariétaux moyens, déprimés et plus ou moins anguleux du côté de Toccipital. Un sillon longitudinal prenant naissance un peu en arrière des narines et s'eifaçant graduellement sur les frontaux, à droite et à gauche de la ligne médiane, elle-mt^me un peu proéminente sur le centre du crftne ; d'autres larges dépressions, également encadrées d'arêtes plus ou moins saillantes, sur les côtés de celui-ci. Apophyses frontales susorbitaires soudées au temporal, de manière à former une arcade fronto-temporale complète fVoy. PI. V, fig. 19).
Dents voméro-palatînes sur deux lignes longitudinales, légèrement arquées, disposées en V renversé, très-rapprochées en avant, prenant naissance un peu en dessous des orifices nasaux, médiocrement prolongées et assez divergentes en arrière. Cette dentition de Padulte précédée, chez la larve, par deux groupes antérieurs, latéraux, en forme de virgule et toujours bien séparés.
Tête comparativement plus forte que chez l'espèce précédente ; un peu plus longue que large, a l'occiput, mais de la
572 FAUNK DES VEHTKBRKS.
moitié de sa largeur plus longue que large, mesurée sur la nuque, entre les saillies hyoïdiennes. La plus grande largeur, quelquefois sur l'angle des mâchoires, souvent un peu en arrière de ce point, parfois même sur les cornes de r hyoïde chez les individus en bon état et principalement chez les femelles. Le profil un peu convexe. La région parotidienne peu glanduleuse, quoique plus ou moins renflée.
Museau graduellement comprimé depuis les yeux et tronqué en avant.
Yeux plutôt grands, bien que peu saillants, tros-distants ou tout à fait latéraux, soit surplombant le maxillaire, et à peu près à égale distance du museau et de Tocciput.
Lobes suslabiaux très-étendus et embrassant complètement la lèvre inférieure, lorsque la bouche est fermée. Queue lancéolée, grande, haute, bien comprimée et munie, en dessus comme en dessous, de lobes natatoires membraneux toujours beaucoup plus développés dans la livrée d'eau que dans celle de terre, et généralement plus fort chez le mâle que chez la femelle, bien qu'avec une différence totale, sous ce dernier rapport, d'ordinaire moindre que dans l'espèce précédente, par le fait de la plus i)etite élévation de la crête dorso-caudale chez le mâle. La longueur, depuis le bassin, au-dessus de l'anus, égale environ au corps, y compris la tête, chez la femelle ; volontiers passablement plus grande, chez le mâle en noces. Ce membre graduellement acuminé ou simplement un peu émoussé à l'extrémité dans les deux sexes, durant le séjour sur terre ; mais, depuis le premier printemps, durant l'époque des amours et jusque dans le courant de la belle saison, par contre, carrément tronqué près du bout, chez le mâle adulte en noces, et terminé par un fil ténu, libre et de longueur un peu variable (continuation caduque de Taxe vertébral, en moyenne de 4 à h—), qui se retrouve parfois, bien qu'avec de beaucoup plus petites dimensions, chez de très-vieilles femelles, et qui disiKiratt peu à peu, en même temps que les autres ap|>endices or-
UHODELES. 573
nementaux propres à l'habitat aquatique (Voy. PI. V, fig. 25).
Membres plutôt longs ; les antérieurs gi-^les et presque égaux aux postérieurs. Ramenés étendus contre les flancs maintenus droits, le plus grand orteil atteint au coude, chez le mâle, tandis qu'il arrive seulement à se rencontrer ou, au plus, à croiser à fond avec le doigt majeur, chez la femelle.
Faces palmaires et plantaires souvent légèrement granuleuses et pourvues, également , de deux tubercules toujours assez saillants; l'un, plus petit, à la base du pouce et du premier orteil, l'autre, plus fort et plus proéminent, en arrière du quatrième doigt et du cinquième orteil. Ces seconds tubercules souvent assez développés et acuminés pour simuler chez le mâle, au moment du rut surtout, comme un cinquième petit doigt à la main et comme un éperon au pied.
Doigts assez longs et cylindro-coniques, bien que légèrement déprimés; le troisième, normalement, de beaucoup le plus long.
Orteils de moyenne longueur, à peu près cylindroconiques, quoique un peu déprimés, et libres, en toute saison, chez la femelle ; par contre, plus allongés, plus acuminés, toujours notablement déprimés et généralement palmés, chez le mâle en livrée de noces. La membrane natatoire temporaire réunissant et embrassant entièrement tous les orteils, bien que plus ou moins échancrée entre les extrémités, et rappellant ainsi la disposition des pieds chez le Co)moratu4s (Voy. PI. V, fig. 23). Cette palmure s'eiiaçant peu à peu, après l'époque des amours, en se retirant de plus en plus, durant l'été, vers l'angle interdigital, pour ne plus laisser, en automne, d'autres traces qu'une pigmentation volontiers plus foncée entre les orteils. Ces derniers, chez les vieux mâles au moment du rut, souvent aussi terminés par une petite pointe semicornée et recourbée en forme d'ongle crochu, qui disparaît plus tard dans la saison.
Le troisième égal au quatrième, ou légèrement plus grand.
Tronc plutôt court, mais comparativement plus allongé chez les femelles que chez les mâles, bien que les seconds atteignent, d'ordinaire, à une longueur totale plus forte que les premières. Le dos arrondi ou faiblement déprimé, chez la femelle, en tous temps ; par contre, presque carré, ou aplati à droite et à gauche de la Ugne médiane et relevé vers le haut des Hancs, chez le mâle en noces ainsi orné d'une triple crête. Depuis les omoplates jusque sur le train postérieur, chez ce dernier, la tranche latérale du dos pincée, de chaque côté, en un pli cutané bien saillant et un peu sinueux qui surplombe les flancs et se rétracte en été, pour disparaître plus ou moins en automne (Voy. PI. V, fig. 21).
Une crête dorso-caudale médiane, comparativement basse, droite, continue, naissant sur la nuque et croissant graduellement jusque sur le milieu de la queue, chez le mâle en noces ; appendice ornemental, de plus en plus réduit, par le séjour sur terre.
Un trait clair ou une ligne dorsale un peu saillante, en guise de petite crête, chez la femelle, au moment des amours.
Peau lisse, plutôt mince et assez adhérente sur le crâne, de manière à dessiner plus ou moins les diverses arêtes et dépressions osseuses de celui-ci. De petits pores sur la queue, sur le haut des ilancs, le long du dos, sur la région parotidienne, sur les joues, derrière les yeux et sur le pourtour du museau ; ces derniers orifices glanduleux céphaliques généralement moins nombreux et moins régulièrement distribués que chez l'espèce précédente.
Pli gulaire peu profond, bien que plus ou moins accentué. Peau de la gorge un peu plissée en long.
Faces supérieures, chez le mâle en uoees fPl. IV à droite en haut) : d'un brun jaunâtre ou verdâtre clair, fauves, olivâtres ou blondes et plus ou moins mélangées de tons jaunes et dorés, sur les flancs principalement. Le dessus de la tête, du museau à la nuque, vermiculé
URODÊLRS. 575
de bran ou de noir sur un fond jaune ; ces dessins linéaires irréguliers formant plus ou moins un V central. Un large trait noir prenant naissance au bout du museau, traversant Toeil et joignant, au-dessus de Tépaule, le pli dorso-latéral, se détachant lui-même, suivant les cas, en clair ou en foncé. Quelques petites taches irrégulières brunâtres ou noirâtres sur la partie plane du dos. Les côtés de la tête maculés de noir. Les flancs marqués de taches plus grandes, brunes, noires, noirâtres, violacées ou bleuâtres , souvent distribuées sans ordre , quelquefois groupées en forme d'X. Les membres grisâtres et jaunâtres, et tachetés de noir.
La queue plus jaunâtre que le dos au milieu, brunâtre en dessus, plus claire ou plus blanchâtre en dessous; une ligne médiane rougeâtre laissant voir, par transparence, la vma caudal is. Enfin, une série longitudinale de taches arrondies brunes, noirâtres ou noires, régulièrement disposées le long du quart supérieur et inférieur de ce membre; ces macules, suivant les cas, isolées ou réunies par un trait foncé.
La crête dorso-caudale d'un gris jaunâtre ou olivâtre et sans taches. Les palmures et le fil caudal noirâtres.
En automne et depuis Tété, ou pendant le séjour sur" terre : le ton fondamental, selon les circonstances, plus sombre ou plus clair, et de plus en plus dé])ouillé de ses brillants reflets métalliques ; dans le premier cas, les macules presque dissimulées dans la couleur du fond ; dans le second, les taches plus sensibles ou, au contraire, plutôt grisâtres, s'effaçant même quelquefois complètement, chez certains individus. Les deux sexes, dans ces conditions, beaucoup moins dissemblables, à tous les points de vue.
Chez la f'cmrllr m tmrs (PI. IV, à droite en bas): les faces supérieures d'un brun jaunâtre ou olivâtres, mais généralement plus rembrunies ou moins mélangées de tons dorés que chez le mâle, parfois même un peu roussâtres. Les taches dorsales et latérales, par contre, plus claires, grises ou brunes et plus étendues ou un peu disposées en marbrures, formant même quelquefois une
rw6 FAINE DKS VERTÈBRES.
ligne assez franche, vers le bas des flancs. Les macules de la queue, quoique plus fondues que chez le mâle, distribuées cependant en séries plus ou moins régulières, vers le haut et vers le bas de ce membre, en dessus et en dessous d'une ligne médiane brune, plus légère, continue ou composée de petites taches successives.
Le dessus de la tête de teinte presque unifoiine ou faiblement vermiculé. Un trait foncé, ainsi que chez le mâle, depuis le museau, au travers de l'œil et jusque sur Tépaule. Assez souvent, comme chez l'espèce précédente, une ligne sinueuse, grise, brune ou verte, de chaque côté du dos, sur le haut des flancs. Les membres participant, d'ordinaire, à la coloration du tronc. La ligne dorsale, plus ou moins saillante, d'un brun olivâtre, ou simplement indiquée par un trait jaunâtre.
Dans les deux sexes, mais chez la femelle suiiout, une petite bande claire et verticale, au-dessus et en arrière du membre postérieur, sur la saillie latérale du bassin.
En (iidomtie, et depuis l'été : les faces supérieures, suivant les circonstances , plus blondes ou plus brunes et généralement moins franchement maculées, mais souvent encore avec une ligne sinueuse dorso-latérale, gri^e ou verte, de chaque côté de la ligne médiane, elle-même volontiers jaune ou jaunâtre.
Iris doré et traversé horizontalement par une bande noire.
Faces inférieures, chez le mâle en mcrs^: du bout du maxillaire au mamelon anal, d'un blanc argenté pur, sur les côtés de la tête et du corps, mais plus ou moins lavées à la gorge et au ventre, d'une légère teinte jaunâtre, citront^ ou orangée ; une bande plus accentuée, jaune ou orangée, étendue, sur la ligne médiane, depuis la poitrine jusqu'aux environs de l'anus. Toutes ces faces, sans macules ou semées seulement de petits points noirâtres sur les côtés de l'abdomen. Le mamelon anal, suivant les individus, d'un blanc argenté avec de grandes taches d'un noir bleu ou violacé, ou jaune maculé de noir, ou encore presqu'entièrement noir.
URODBLBS. ^n
Le lobe inférieur de la queue, d'un gris olivâtre ou jaunâtre sur la tranche, mais marqué, au-dessus de cette dernière, d'une ligne longitudinale d'un blanc argenté ou bleuâtre, tantôt continue, tantôt formée de larges taches arrondies intercalées au-dessous des macules noires dont nous avons parlé plus haut.
En automne^ même en été : de moins en moins de blanc pur et de reflets métalliques, la teinte devenant gêné* ralement plus jaunâtre ; les petits points noirâtres, suivant les cas, effacés ou, au contraire, plus accentués. La ligne médiane orangée également de plus en plus éteinte ou réduite.
Chez la femdle^ en noces : les faces inférieures d'un jaune orangé pâle et un peu dorées, avec de petites taches grises ou noirâtres, parfois disposées sur une ligne de chaque côté du corps ; une bande d'un orangé plus ou moins rougeâtre sur le milieu du ventre et souvent sur la tranche inférieure de la queue. Cette dernière ne présentant jamais les macules blanches que nous avons signalées chez le mâle en noces.
£n automne : le ton général jaunâtre ou blond, peu ou pas d'éclat métallique, de petites taches foncées ou pas de macules, la bande orangée médiane de plus en plus réduite et insensible.
Larves : assez semblables à celles de l'espèce précédente ; tête forte, tronc ramassé, membres trapus, queue en feuille de saule, crête dorso-caudale peu pigmentée; blondes ou brunâtres en dessus, avec ou sans taches ; jaunâtres et dorées ou rosées en dessous.
Parfois, chez quelques-unes des plus grandes, une faible indication du pli latéral, un très-petit fil caudal, des lignes se détachant en clair ou en foncé sur le haut des flancs et les côtés de la queue, enfin, la tranche caudale inférieure légèrement orangée.
Jeunes : rappelant ceux de l'espèce précédente, bien que de taille plus petite à âge égal, et assez semblables aux femelles en livrée d'automne. Jaunâtres, blonds ou brunâtres et sans macules ou plus ou moins tachés en dessus, ainsi
578 FAUNK DES VERTÊBKÉS.
qu'avec ou sans lignes dorso-latérales ; jaunâtres ou d'un rougeâtre clair, uniforme ou maculé, en dessous. Un trait foncé sur les côtés de la tête et au travers de rœil.
Cette espèce varie beaucoup, comme la précédente et d<* même que tous les Tritons, tant au point de vue des formes qu'à celui de la coloration, soit avec Tftge, le sexe et les saisons, soit selon les diverses conditions d'existence. Nous avons signalé rabaissement graduel de la triple crête du mâle après Tépoque des amours, et nous avons fait également observer comment la queue de celui-ci, raccourcie par la perte du fouet terminal propre à la livrée de noces, s'émousse assez vite, pour paraître, après la réduction des lobes natatoires supérieurs et inférieurs, subconique à Textrémité, au lieu de carrément tronquée qu'elle était. Rappelons encore, comment l'écbancrure interdigitale plus ou moins profonde de la membrane qui réunit les orteils du T. judnkjttus mâle, au printemps, a pu tromper quelques auteurs, qui ont cru voir, chez certains sujets de ce Triton, une palmure semblable à celle du T. lobitus, faute d'avoir suivi le mode de rétraction de la dite membrane natatoire chez les deux espèces. Le Triton palmé, déjà le plus petit du genre en livrée de noces, se réduit encore notablement par la perte des divers appendices membraneux, durant le séjour sur terre ; c'est, comme nou> l'avons dit, à quelque individu ainsi rétracté et en partie décoloré par une existence terrestre et précaire qu'il faut, en particulier, rapporter le Triton rxitjtuis dont parle Schinz dans Sii Fauna Uclvctlca,
Je n'ai jamais trouvé, en Suisse, de Triton palmé mesurant les onze centimètres de longueur totale que certains auteurs, Daudin entre autres, attribuent à cette espèce. Les nombreux échantillons de tout âge que j'ai collectés, en divers lieux, dans notre pays, n'ont jamais dépassé la taille maximum de s(i millimètres. Y a-t-il eu encore ici une confusion avec le 1\ iubtùn^, généralement passablement plus grand, ou bien res|>èce demeure-t-elle peut-être, chez nous, dans de moindres proiiortions qu'ailleurs V £n tout cas, Cresi)on ' a tort, quand il pense n'avoir
^ Cres|N)n, Kaiino méridionale, H44f vol. H, p. 271
UHODELES 579
pas eu entre les mains des adultes de Tespèce, qu'il nomme TAssotritm pnlmipes^ parce que les sujets qu'il a trouvés ne mesuraient que six centimètres, et quand il applique également la description de Latreille à de jeunes sujets, par le fait que cet auteur ne donne à ce Triton que sept centimètres de longueur totale. Ces deux dimensions sont, au contraire, dans la moyenne des adultes.
Malgré la grande variabilité des livrées de nos deux Tritons lisses, le dernier se distinguera cependant assez généralement du premier, au seul point de vue de la coloration, par T absence des grandes taches abdominales, par la plus grande régularité des macules caudales et par le moindre développement de la bande ventrale, qui, bien que tournant quelquefois au rougeâtre, demeure cependant chez lui toujours plus restreinte et moins apparente. Quoique les mâles arrivent à ressembler assez aux femelles durant leur séjour sur terre, une trace noirâtre, autour de la fente anale, servira, d'ordinaire, à les faire reconnaître, durant l'été, souvent même jusqu'en automne.
L'action des chromatophores est, chez le T. pcdmatus^ plus évidente encore, si possible, que chez les Tritons précédents. Lies mêmes influences amènent les mêmes modifications ; mais les mouvements de couleurs sont plus frappants, sur la queue surtout, par le fait de la plus grande transparence de ce membre chez le mâle de cette espèce, pendant le séjour dans l'eau.
Enfin, c'est tout particulièrement sur ce Triton que j'ai fait l'expérience de l'albinisme plus ou moins parfait, résultant, chez certains individus, du défaut de nourriture et de la réclusion prolongée dans l'obscurité sur terre, ou dans l'eau lorsque ces animaux auraient dû en être sortis. Plusieurs sujets ainsi maintenus forcément, pendant deux â trois mois, dans ces conditions anormales, devinrent, petit à petit, d'une teinte grise ou blonde dans laquelle les taches se fondaient graduellement et qui, eu s'éclaircissant toujours davantage, amenait peu à peu à un blanc jaunâtre uniforme. Faute d'aliment, les cellules pigmentaires s'étaient presqu'entièrement réduites (Voy. PI. IV, en haut, un individu en voie de décoloration).
580 FAUNE DES YERTÊBRÉS.
Mâles en noces. Femelles en noces. Adulte
^ (Rare.) décolore.
Long. toUle *.0-,059 à 0-,074 à 0»,086-0»,058 àO-,067 àO-,073-0^,056
»tête(occ.) 0,0075 0,0095 —0,0075 0,009 —0,007
» » (nuque) 0,0096 0,0105 —0,0095 0,011 —0,009
» membr. antér. 0,014 0,015 —0,012 0,0125 —0,012
» memb. poster. 0,0145 0,0155 —0,012 0,013 —0,012
>3"«orteU 0,004 0,0045 —0,0025 0,0035 —0,002
» de la queue •. 0,033 0,040 0,049—0,029 0,033 0,036—0,028 > du fouet caud 0,008 0,005 — 0,0005 — -
Haut.max.queue. 0,0095 0,008 —0,0045 0,008 —0,002
» crête dorsale. 0,0015 0,0010 —0,0005 — — —
Le Triton pcimatus^ notre plus petit Triton, estasses répandu dans les parties moyennes du continent, en France, en Suisse et en Allemagne. Je ne Pai point trouvé dans le Tessin, où il semble remplacé, comme dans le nord de Pltalie, par son congénère le T. lobatus; par contre, je Tai rencontré, assez communément, dans plusieurs de nos cantons, au nord des Alpes; cela, toutefois, rarement à un niveau plus élevé que 850 mètres audessus de la mer. J'ai constaté moi-même sa présence dans les environs de Genève, de Lausanne, de Neuchâtel, de Soleure, de Berne, de Bâle, de Constance et de Coire. Suivant Heer et Blumer ', il se montrerait aussi dans le canton de Glaris, avec le T. cristattts, jusqu'à la région montagneuse.
Cette espèce semble rechercher les eaux claires, dans les mares et les fossés, et s'établit plus rarement dans les eaux croupissantes et parfois si sales de nos carpières. Ses mouvements sont, dans le liquide, brusques et très-rapides ; elle chemine également assez vite sur le sol. Sa nourriture consiste, principalement, en Vers, Mollusques, petits Crustacés, Myriapodes et larves de diverses sortes. Le Triton palmé émet, de temps à autre et comme ses congénères, un petit cri guttural ; je ne lui ai pas remarqué d'odeur bien particulière.
Le mftle se rapproche, au printemps, de la femelle, en bat-
^ Les mesures sont prises, pour cette espèce, de la même manière que chez les précédentes.
' La queue est mesurée avec le fouet.
* Gemftlde der Schweiz. Canton Glarus, 1846.
UR0DÉLE8. 581
tant Teau contre ses flancs et ceux de sa compagne par des mouvements, souvent très-rapides de la queue, qu'il tient volontiers pliée en deux. Parfois, Panimal étant parfaitement immobile. Ton voit le fil terminal s'agiter seul, à la façon d'un fouet susceptible de traduire les sentiments les plus intimes.
L'époque des amours varie, selon les années et les localités, du commencement de mars à la fin de mai. La femelle fécondée pond ses œufs, comme nous Pavons décrit plus haut S par un, deux, trois ou au plus quatre dans des feuiUes pincées de plantes aquatiques, ou sur des débris flottants, ou encore par petits cordons rompus, de quelques germes seulement, qui tombent bientôt au fond de l'eau. Les petits, qui ont terminé leurs métamorphoses en quatre mois environ, abandonnent les mares où ils sont nés, suivant les cas, dès la fin de juillet, en août, ou seulement vers la fin de septembre. Les jeunes, sitôt qu'ils sont transformés, se retirent sur terre et recherchent alors les endroits obscurs et humides, pour y vivre, comme leurs congénères, pendant deux ans au moins et jusqu'à ce qu'ils soient capables de reproduction. Bon nombre de parents quittent aussi les eaux, en été, pour aller vivre, comme leur progéniture, sous un amas de pierres ou de détritus, sous la mousse ou encore sous l'écorce soulevée des arbres malades. J'ai dit comment ces Urodèles prennent, dans ces nouvelles conditions, un faciès tout différent.
n me semble, enfin, que beaucoup d'adultes reviennent hiverner dans la vase au fond de l'eau; j'ai reconnu, en efiet, à plusieurs reprises, dans certaines mares des environs de Genève où Tespèce abonde, des Tritons palmés nageant pleins de vivadté, déjà vers le milieu de février, souvent même quelques jours avant que parussent les premiers Tritons alpestres habitant, avec eux, les mêmes localités.
^ Voyez, p. 453, 454 et 455, les modes ordinaires d'accouplement et de ponte, ches nos Tritons.
ANOURES ET URODÈLES