‹ Faune des vertébrés de la Suisse (volume 2)Chapitre 39 sur 59 · PL III · texte numérisé non relu

PL III

D^ufi gris ardoisé^ Ueuûtrc^ verdùtre^ vert, roussâire, brun ou uoirùire, sans tadies on avec des marbrures brunes ou pioires, en lUissus; jaune ou rouge, en dessotis. D'ordinaire une bande claire etpointillée de noir, sur les côtés du corps et de la tête. Une crête dorso-raudale jaune et noire, basse, droite et non hvterrompuc, t'iwz le mâle en noces. Tronc arrofidi. Queue lancédêe, gradudl^ ment aeuminée et de la grandeur du corps avec la tête. Orteils moyens et toujottrs libres, Tuberctde du cinquième orteil, conique et appuyé en arrière à une sorte de proéminence tarso4ïbiale. Museau largemefU arrondi en avant et plus ou moins aplati en drssf(S, Lifpies dottées palatines longues, naissant entre les orifices nasaux, arqu/rs en arrière, réunies et droites en avant. Crâne snbdrndaire et presque uni en avant. Préfrof4auJC séparés. Apophyses susorbitaires bien découpées, quoique peu prolongées. Longueur totair, moifenne de Vadtdte, = PO"".

Salamandua AcjrATUA, Wwffbain, Salamandrologia, i».-ft4. » riNCTA, Latrt'iile, Hist. Salain. |». 31, 52. » KiNKA, liechfiteiiu Anmeivk. uiid Zus;iH/.e zu de la Cept^de's Naturg. dov

Amph.

rt RiMHfVENTRîs, Ikiiulin, llist. Ropt. VIII. p. 239. L\rEirrA pallstris, var. srnrrs igxea, /?arotow. Hist. nat. dniorat.

» AgiATicA, var. -y. L. i^vcistris, (hnel. Svst. Nat. p. 1066. Thitdn Ai>PE><Tiiis, Laïu't'utiy Syn. Hopt. p. 38. — Schranck, Schnrider, Du- //M*n7, Ole.

» SALAMANHIlOinKS, IaXUi'. S\ 11. Hcpt. p. 40

• WiHKHiMMi. Utur. Syn. Kopt. p. :i8.

* Au««8i la Salamandre ceinturée; en allemand, WurfTbainischerMolclu Mittlerer Salamander, Alpentriton, ou Hrunnentriton.

ut FAUNE Des VEHTEBHES.

Triton nyithemekus, MichaheUen, IsU, 1830, p. 800 {nec. Ihujèn}, — Bonap.

Faun. Ital. pi. 85 bis, n» 5 (fetn.) MoLOE WuRFFBAiMî, M. ALPESTRis, MeiTctn, Syst Ampli, p. 186 et 187.

» IGNEA, Gravenlwrst , Kept. Mus. zool. Vratisl. p. 81. LissoTRiTON ALPESTRES, Bonap. Failli, ital. pi. 85 bis, fig. â (fetn.)

» APUANt's, Bonap, Faun. ital. pi. 85 bis, fig. 3 (fiias.) Hemitriton alpestres, Dtigès^ Urodèles de Fi-aiice, Aiiu. Se. Nut. XVll, p. ilM.

Crftne presque uni ou faiblement granuleux en avant et plutôt court ou subcirculaire, soit d'un cinquième à un quart seulement plus long que large, mais de formes, du reste, assez variables. Ainsi : plat ou légèrement convexe, en dessus, et busqué à des degrés divers en avant, suivant Tftge plus ou moins avancé ; large et un peu carré en avant . chez de très- vieux sujets, ou, par contre, plutôt rétréci et conique ou subarrondi dans la moitié antérieure, chez de plus jeunes individus; enfin, plus ou moins largement voûté sur les pariétaux ou un peu pincé à la partie postérieure de ceux-ci. Une rigole, bien accentuée, naissant sur le bord de la m&choire, entre les narines, et séparant nettement les préfrontaux. Lies frontaux, plus ou moins élargis, formant des apophyses susorbitaires moyennes, bien que franchement découpées, et dirigées obliquement en arrière.

Dents voméro-palatines disposées sur deux lignes longitudinales, convergentes et le plus souvent réunies entre les orifices nasaux, ainsi que prolongées assez lom sur les côtés du sphénoïde et légèrement arquées dans leur seconde moitié (Voy. PL V, fig. 16). Ces lignes dentées formées généralement de deux branches consécutives ; la première presque droite et fixée à Tos, la seconde infléchie en dehors, puis un peu rentrante en arrière et d'ordinaire attachée seulement dans la muqueuse palatine ^ Cette dentition de Tadulte remplacée, chez la larve, comme chez d'autres Tritons, par deux larges groupes séparés, latéraux et antérieurs (Voy, PI. V, fig. 17).

* Cette iiecondo moitié des ligneH dentées tombe suivent ave<* la moqueuse, lors de la préimnitton des crânei).

URODÈLES. 543

Tête presque aussi large que longue, à Pocciput ; mais, plus longue, d'un tiers de la largeur environ, mesurée sur la nuque, entre les saillies hyoïdiennes, et affectant, vue par-dessus, la forme d'un ovale assez court. La plus grande largeur sur Tangle des mâchoires; la région parotidienne moins proéminente que chez les espèces précédentes, bien que présentant quelques granulations, plus ou moins sensibles suivant les individus. Profil légèrement convexe en dessus et en avant, et plutôt aplati en arrière.

Museau largement arrondi et plus ou moins busqué.

Yeux moyens, très-séparés, surplombant à peu près le bord du maxillaire, et situés presque à égale distance du museau et de Tocciput.

Lobe suslabial ne recouvrant guère que la moitié de la lèvre inférieure, en arrière, la bouche étant fermée. Queue lancéolée, moyennement élevée, bien comprimée, et graduellement acuminée ; toujours plus haute au printemps et plus arrondie en été ou en automne. La longueur, depuis le bassin, égale environ à celle du corps, y compris la tête. Le lobe supérieur uni ou sans dentelures, chez le mâle en noces ; le lobe inférieur généralement moins développé, chez les femelles, que le supérieur ; de manière que la queue parait souvent chez celles-ci, au printemps, presque droite en dessous.

Membres antérieurs et postérieurs médiocrement distants et plutôt longs,bien qu'assez forts; les premiers plus minces et d'ordinaire très-légèrement plus courts que les seconds. Ramenés contre les flancs maintenus droits, le grand orteil arrive à peu près au coude chez les mâles ; tandis que les orteils et les doigts croisent seulement à fond, chez les femelles, ou demeurent môme assez distants les uns des autres, pendant l'état de grossesse de celles-ci*. Le bas de la jambe fortement élargi et renflé en arrière.

* Cette disproitortioD, entre les sexes, provient toujours, comme je l^ai dit, non-seulement du plus grand allongement du tronc chez les femelles, mais encore des dimensions un peu plus fortes des membres i)ostérieurs ches les mAles.

544 PAUNR DES VKRTÊBRÉS.

Deux tubercules palmaires et plantaires ; les premiers mousses et subcirculaires, les seconds assez différemment développés. L'un, à la base du premier orteil, arrondi et peu sensible; l'autre , à la base du cinquième orteil, oblique et toujours beaucoup plus apparent, mousse chez la femelle, souvent saillant en forme de cône chez le mâle en noces, et appuyé en arrière, dans les deux sexes, à une sorte de proéminence ou d'arête 4arso-tibiale plus ou moins apparente.

Doigts cylindro-coniques, médiocrement longs et plus ou moins déprimés, suivant les sexes et les époques. Le troisième le plus grand; le premier, à l'état normal, sensiblement plus petit que le quatrième.

Orteils de moyenne longueur, et toiyours libres, bien qu'un peu plus allongés, ainsi que notablement plus déprimés chez le mâle que chez la femelle, au moment da rut surtout. Le troisième et le quatrième, intacts, égaux entre eux; le premier normalement égal au cinquième, ou à peu près.

Tronc comparativement court chez les mftles,mais toujours notablement plus long chez les femelles, d'oi*dinaire plus grandes que ceux-ci, à âge égal. Arrondi en dessus et sur les côtés, et un peu raplati en dessous.

Une crête dorso-caudale peu élevée, droite ou sans dentelures, prenant naissance sur l'occiput et se continuant, sans interruption, jusque sur la queue, chez le mftle en noces; développement membraneux, au plus élevé de 2 Vs à trois millimètres, disparaissant, du reste, par le séjour sur ten-e.

Pas de sillon dorsal chez la femelle ; parfois même, chez de très-vieux sujets, un léger filet saillant, sur la seconde moitié du corps.

Peau ridée et plus ou moins lisse ou granuleuse, suivant l'habitat aquatique ou terrestre ; souvent comme chagrinée et rugueuse sur toutes les faces supérieures et latérales, après un séjour prolongé sur le sol. Des pores, assez nombreux, distribués sur le pourtour de la tête, en dessus, depuis la région parotidienne, derrière les yeux et

URODÈLES. 545

et jusque près des narines, ainsi que, de chaque côté de la ligne vertébrale, sur le dos et les côtés de la queue.

Un pli gulaire transverse peu profond, mais plus ou moins accentué, suivant les individus. La gorge un peu plissée longitudinalement, à la partie inférieure principalement.

Faces supérieures iniâie en livrée de noces, SLuprintemps et dans les eaux de la plaine (Voy. PI. III, au milieu) ; d'un gris ardoisé, bleuâtre , noirâtre ou brunâtre , parfois même roussâtre, avec ou sans marbrures plus foncées. La crête jaune et régulièrement marquée de bandes verticales noires ou de taches, de même couleur, symétriquement disposées le long des bords supérieurs et inférieurs, de manière à embrasser une ligne claire en zigzags arrondis. Les côtés de la tête et du tronc, depuis le museau jusqu'à l'anus, parcourus par une large bande dorée ou argentée et semée de petites taches noires. Sur le bas des flancs et directement au-dessous de cette première, une seconde bande plus étroite, grise ou bleue, généralement sans macules, et tranchant agréablement avec le rouge des faces inférieures. La queue participant, quant aux faces latérales, aux teintes grises du dos, avec un mélange de taches noirâtres irrégulières et de larges espaces nuageux blanchâtres ou bleuâtres ; la tranche supérieure annelée plus ou moins de noir et de jaune; l'extrémité souvent d'un brun rougeâtre. Les membres de même couleur que le dos, ou plus clairs, roussâtres ou jaunâtres et maculés ou pointillés de noir ; les doigts et les orteils souvent plus pâles encore et tachés aussi ou annelés.

La livrée de noces généralement moins brillante dans les Alpes : les faces dorsales de plus en plus sombres, et les deux bandes latérales souvent confondues en une, parfois même entièrement recouvertes par la couleur foncée du manteau. Les mâles, ainsi, suivant leur existence plus ou moins aquatique, tantôt comme ceux de la plaine, bien qu'avec des bandes latérales moins distinctes, ou bruns avec des marbrures noires et une seule ligne grise sur les flancs, tantôt noirs, sur toutes les faces supérieures

546 FAUNE D£S VKRTÉBItÊS.

et latérales, sans crête dorsale et avec quelques petits points blancs sur les côtés ( Voy. PL III,|sur terre, à gauche). Ce dernier mode de coloration, propre à des individus contraints à vivre sur terre,* presque invariable durant Tannée entière, et rappelant, jusqu'à un certain point, la livrée d'automne dej nos Tritons|.alpestres en plaine.

£n été, en plaine : les teintes dorsales de plus en plus rembrunies; en même temps, abaissement graduel de la crête et extinction de T éclat doré ou argenté de la bande latérale supérieure ; modifications à peu près parallèles à celles que Ton peut constater à différents niveaux dans les Alpes. Les mâles, dans ces conditions, souvent, comme les femeUes, marbrés de brun ou de noir, sur un fond gris verdâtre ou d'un brun clair, mais reconnaissables toujours à leur ligne dorsale encore un peu saillante et largement annelée de noir et de jaune.

£n automne^ et après un séjour plus ou moins prolongé sur terre : peau plus rugueuse, queue plus arrondie, crête entièrement déprimée et peu distincte, bandes latérales confondues ou presque effacées, manteau foncé et à peu près unicolore. Les mâles de la plaine rappelant ainsi, en arrière-automne, certains sujets de même sexe en livrée de noces, à de grandes hauteurs dans les Alpes.

Fenuiles en noces, au printemps^ dans les eaux de la plaine : moins brillantes, mais tout aussi variables que les mâles (Voy. PI. III, dans Teau, à gauche et à droite) ; toutes les faces supérieures de la tête, du corps, des membres et de la queue, grises, brunes, verdâtres, roussâtres ou d'un joli vert plus ou moins clair et brillant, parfois presque sans macules, le plus souvent tachées ou largement marbrées de brun ou de noir. Sur les côtés de la tête et du corps, du museau a l'anus, et souvent même jusque sur la queue, une bande étroite griAe ou bleuâtre plus ou moins accentuée, marquée de petite» taches noires et volontiers semée aussi de points blancs. Quelques femelles, parmi les plus grandes, d'un gris verdâtre et sans taches ; d'autres ornées d'une ligne donale,

UROOÉLES. 547

jaune ou rouge, depuis Tocciput jusqu'au bas du dos. La livrée verte marbrée de noir plus spéciale à la plaine.

Dans les Alpes : les femelles d'un gris uniforme, ou grises et marbrées de brun, ou encore brunes et marbrées de noir. A de grandes hauteurs, et avec un habitat forcément plus terrestre, les deux sexes presque semblables. Iris doré ; souvent sans taches chez le mâle en noces, en plaine, mais d'ordinaire marqué d'une bande transverse, horizontale et noire, ainsi que plus ou moins mâchuré vers le bas, chez les femelles et même chez les premiers en dehors du moment des amours.

Faces inférieures : dans les Alpes comme en plaine, et en toute saison, jaunes ou d'un orangé rougeàtre, et constamment plus pâles chez les femelles que chez les mâles ; souvent, en particulier, d'un beau rouge orangé chez les derniers, et, par contre, d'un jaune citron chez plusieurs des premières. Ces faces volontiers sans taches, en plaine et au printemps ; mais très-souvent semées, chez les deux sexes, dans les Alpes à toute saison et en automne en plaine, i la gorge et à la poitrine, de macules noires formant parfois comme un collier. Le dessous des membres , comme les parties supérieures et latérales ou, par contre, jaune ou rouge et plus ou moins tacheté. La tranche inférieure de la queue, d'un jaune plus ou moins orangé ou rougeàtre, avec des macules noires, plus grandes et plus espacées chez le mâle.

Larves : tronc subcylindriqué et plutôt long; membres trapus; une crête dorso-caudale bien développée, prenant naissance entre les épaules et largement arrondie ou brusquement conique vers l'extrémité de la queue. D'abord tachées de brun sur fond grisâtre, avec le dessous du corps d'un nankin pâle; plus tard marbrées de brun sur fond verdâtre, avec un teinte rosée en dessous. La membrane natatoire plus ou moins semée de petites macules brunes ou noirâtres.

Jeunes : dans leurs première et seconde années, suivant les cas, gris ou roux et marbrés de brun, ou tachés de gris sur un fond brun, en dessus ; jaunes ou rougeâtres, en dessous,

UKODELËS. 549

Nous avons montré, plus haut, comment c'est probablement aussi à la trouvaille de certaines grandes femelles marbrées de cette espèce quMl faut attribuer la citation, par Schinz, du Trir ion marmoratus en Suisse. Ajoutons que desijndividus rencontrés, sur terre, avec le manteau sombre de l'automne, ont pu également être quelquefois confondus, à première vue, avec la forme dite T. camifex du T. cristatus ; la planche que donnent Reider et Hahn ' du T. cdpestris^ représente l'espèce sous ce dernier aspect EnlGui, les figures de la Deutschlands Fauna de Sturm, bien que montrant ce Triton sous diverses faces, ne peuvent, pas plus que les planches et les descriptions de la majorité des auteurs, donner une idée exacte de Téclat de la livrée de noces du mâle en plaine, et de Teffet agréable que font à Tœil les couleurs superposées rouges, bleues et dorées ou argentées du ventre et des bandes latérales de celui-ci \

M&les en noces. Femelles en noces.

Plaine. Alpes. Plaine et Alpes.

Long. tôt. (du museau au bout

de la queue) 0-,072 à 0«,084 à 0«,092 -0»,089 à0«,ll7

> de la tête (à l'occiput) 0,009 0,010 0,011 —0,010 0,0125

> de la tête (8ur la nuque) 0,0115 0,0125 0,014 —0,0125 0,017

> du memb. ant. (de P épaule

au bout du 3»« doigt) 0,0155 0,0175 0,019 —0,017 0,0195

» du memb. post. (de Taine au

bout du 3— orteil) 0,0165 0,018 0,0195—0,017 0,020

» du3'**ort. (au côté externe). 0,004 0,005 0,005 —0,0045 0,005

> de la queue (depuis le bassin,

au-dessus de Tanus) 0,037 0,042 0,046 —0,044 0,055

Haut, maxim. de la queue 0,008 0,0105 0,006 —0,0075 0,009

» de la crête dors, 0,002 0,0025

Le Triton alpestre habite TEurope moyenne et méridionale ; la France, la Belgique, rAUemagne, TAutriche, la Suisse, la Savoie et Tltalie. Il est, suivant les localités, plus commun dans

^ Fauna Boica, pi. 13.

' La liTrée, à la fois si variable et si brillante du TriUm djpofrû, mériterait certainement de faire conserver cet Urodèle dans un aqnariom, à tout aussi juste titre que des Tortues, des Axolotls ou des Poinoiia rouges.

S50 PAUNE DES VERTEBRES.

la plaine on, au contraire, plus fréquent dans les montagnes. Quoique cette espèce s'élève très-haut dans les Alpes, eOe ne semble cependant pas s'étendre bien loin vers le nord. M. GoDin, de Copenhague, ne la signale pas dans la liste des Beptiles du Danemark qu'il a bien voulu me communiquer, et m'assure, en mCme temps, que Nilsson a dû se tromper, quand il a cité le Tritm olpestris dans sa Faune de Scandinavie.

En Suisse, ce Triton se trouve presque partout, depuis le fond des vallées jusqu'à 2600 mètres environ au-dessus du niveau de la mer ; soit dans les étangs, les marais et les fossés de la plaine, soit dans les flaques et les petits lacs alpestres. On le rencontre quelquefois dans les mares croupissantes, troubles et réchauf» fées ; cependant, il semble rechercher plutôt des eaux plus pures, plus froides et plus claires. Les parties basses du Tessin m'ont paru les seules localités où cette espèce soit véritablement rare dans notre pays ; je l'ai trouvée, dans la plupart des autres cantons, toujours seule au-dessus de 1200 mètres, quelquefois isolée dans certaines régions plus basses \ le plus souvent côte à côte, en plaine, avec telle ou telle de nos autres espèces.

Le moment des amours varie beaucoup avec l'habitat et les saisons. Ainsi : j'ai vu, à plusieurs reprises, dans certaines mares des envnrons de Genève, les Tritons alpestres nager alertes et les sexes commencer à se rechercher, déjà dans la seconde moitié de février, l'accouplement ayant lieu alors avant le milieu de mars; tandis que, d'autres fois, l'époque du rut était retardée, au contraire, dans les mêmes localités, jusqu'à la fin d'avril. L'élévation graduelle, et, avec elle, la modification de la température, reculent toujours plus les amours dans les Alpes ; de manière que la ponte ne peut avoir lieu que vers la fin de mai, souvent en juin, parfois même seulement en juillet.

Comme chez nos autres espèces, le mâle flatte alternativement ses propres flancs et ceux de sa compagne au moyen d'un mouvement vibratoire de la queue, et la femelle va déposer ses œufs, par petits groupes, sur des végétaux aquatiques ou sur des débris flottants '.

^ Par exemple, dans certaines flaqnes du Valais qoe noos avons dit, d« reste, aitsez panvre en Tritons.

• Voy. p. 453 à 456.

UR0DÈLE3. 55 f

Avec la diversité des conditions et des époques , varient naturellement aussi non-seulement la durée du développement, mais encore, jusqu'à un certain point, le mode d'accouplement. Les œu& pondus, dans les eaux de la plaine, entre le milieu de mars et la fin d'avril, se transforment en quatre ou cinq mois, de manière que les larves passeront assez généralement à l'état parfait, et que les petits pourront se retirer sur terre, déjà vers la fin de juillet, dans le courant d'août ou, au plus tard, en septembre. Mais, pour les œufs pondus à de grandes hauteurs, sur les Alpes, )e temps nécessaire au développement différera considérablement avec la nature et la température des eaux auxquelles ils auront été confiés. Ainsi, émis au plus tôt au milieu de mai, le plus souvent dans le courant de juin, ou seulement quelquefois en juillet, ils donneront, comme nous l'avons vu, naissance à des larves qui se transformeront complètement durant la même année, ou qui ne termineront leurs métamorphoses que dans l'été suivant. S'ils ont grandi dans quelque flaque annuelle, peu profonde et rapidement réchauffée par l'insolation, les jeunes Tritons pourront changer d'élément en septembre, ou en août, et parfois même avant que leurs branchies soient entièrement réduites, lorsque le soleil, qui a élevé la température de l'eau et par là hâté leur développement, vient, comme cela arrive souvent, dessécher prématurément les petites mares qu'ils habitaient*. Si, par contre, les germes doivent se développer dans un bassin plus vaste, plus profond et par là moins facilement réchauffé, les larves, qui croissent plus lentement, sont surprises souvent par le retour des frimas, avant de s'être transformées, et doivent demeurer alors emprisonnées sous la glace, conservant leur pleine activité, ainsi que grandissant et se perfectionnant durant l'hiver, malgré la persistance de leurs branchies, jusqu'à la prochaine belle saison. J'ai déjà parlé, à ce propos, de l'observation de de Filippi% qui trouva, dans un petit lac du val Formazza, en Italie, de grandes larves du Triton alpestre, qui devaient avoir passé l'hiver dans

* Le dessèchement par trop hâtif de ces petites flaques fait périr souvent, dans les Alpes, un grand nombre de ces jeunes Tritons.

' Salla larra del 7Vt'(on aipe^iris, Ârchivio per la Zoologia, etc. Dec. 1861, p. 206.

552 PAUNE DBS VERTÉBRÉS.

ces conditions et qui, bien que branchiées, présentaient déjà un développement fort avancé des organes de la génération.

Un an plus tard, dans les premiers jours de juin 1862, je constatai également le fait de Thivernation des larves du Triton alpestre, dans un petit lac du Saint-Gothard, en Suisse; toutefois, les larves que je trouvai alors, bien qu'évidemment hivernées, puisque c'était, pour la localité, à peine Tépoque de la ponte, ne me montrèrent pas, comme celles de de Filippi, un développement bien avancé des organes générateurs. Elles mesuraient près de 60°"° de longueur totale, et portaient une livrée marbrée, en dessus, de brun et de verdfttre, et d'un nankin lavé de rose , en dessous , avec une crête dorso-caudale étendue jusque sur les épaules. Leurs branchies étaient réduites à trois rameaux plus courts que la tête ; leur dentition était encore larvaire; enfin, l'estomac de quelques-unes renfermait les restes de différents petits Insectes aquatiques.

J'ai dit, plus haut, que la diversité des conditions n'influait pas seulement sur l'époque de la ponte et la durée du développement, mais qu'elle semblait aussi faire varier quelquefois le mode d'accouplement et précipiter alors les métamorphoses. Voici sur quelles observations repose cette opinion : J'ai trouvé, à plusieurs reprises et sur divers points, dans nos Alpes, vers la fin de juin, de deux à quatre petits Tritons alpestres, vivant en famille, avec un ou deux adultes de leur espèce, sous des pierres^ dans la mousse, ou sous quelque tronc renversé, et dans des localités très-écartées de toute espèce d'eau.

Les vieux, que je suppose avoir été les parents, portaient, i cette époque, qui est celle des amours aquatiques dans les Alpes, le manteau sombre et rugueux des individus qui viventdepuis longtemps sur terre. Les jeunes, bien que dépourvus de rameaux branchiaux, présentaient cependant encore ou de faibles restes de ces organes flétris, ou une trace linéaire noire à l'endroit de la résorption de ceux-ci ; leur livrée était celle des individus qui viennent de terminer leurs métamorphoses ; leur taille était beaucoup moindre que celle des divers petits dont j'ai suivi le développement normal, et que j'ai vu arriver à l'état parfait, soit dans l'eau, soit après avoir été retirés sur terre avant leur transformation complète.

URODÈLES. 553

Le grand éloignement de Peau, Tépoque de Tannée, la livrée des adultes et des jeunes, le nombre toujours très-réduit des petits et les dimensions si minimes de ces derniers, tout me porte à supposer qu'il peut y avoir, chez le Triton alpestre, contraint par les circonstances à mener une existence de véritable Salamandre, un accouplement parfois terrestre, comme chez celle-ci, un abouchement des ouvertures cloacales et une fécondation intérieure permettant le développement, en partie interne, de quelques œufs seulement. L'humidité d'une retraite obscure et fraîche suffirait à un prompt accroissement des quelques larves pondues dans ce nouveau milieu, et la transformation des organes respiratoires se ferait très-rapidement, ainsi que permet de lie supposer la facilité et la promptitude d'accommodation des larves retirées sur terre avant la rétraction entière de leurs branchies ^

Faute d'avoir surpris jusqu'ici des femelles en état de grossesse, sur terre, non-seulement je ne saurais avancer aucune preuve palpable à Papp^i de mon hypothèse, mais encore je ne pourrais fixer ni l'époque de cet accouplement terrestre ni la durée du développement dans ces conditions anormales. La croissance est-elle assez rapide pour faire supposer des amours souterraines, en février ou en mars ? ou bien doit-on, par analogie avec les Salamandres, faire remonter à l'automne précédent la fécondation, sur le sol, de la femelle? Voici, plus bas, sur un tableau, une comparaison des proportions des larves et des petits, dans diverses conditions et à différents âges, qui, en montrant la marche de l'accroissement, ainsi que le recul de la taille^ lors du passage à l'état parfait et de la perte des attributs pauciers de la larve, fera comprendre comment les dimensions de l'animal peuvent, jusqu'à un certain point, entrer aussi en ligne de compte dans cette question.

^ Voy. Fatio, Rept. et Batr. de la Haute-Engadine. Archiv. des Se. Phys. et Nat. XXI, p. 286.

554 FAUNR DES VERTEBHÉS.

Plaine. Alpes.

Larves. Petits. Petit né Laire

- — "^*^- -^ ^ ' ■' - sur terre? hiveniee.

ISJotUet. 6 Août. 5 Sept. IS Odob. Miil suivant. 2SJym. 6iain.

Grandes Branchies Restes de Traces de Plus trace Trac^ de BrmrhiM branchies, en retrait, branchies, branchies, debrsnch. branchies, eo retnit.

Long. tot.*.0",038 -0»,048 -0»,044 -0«,060 -0™,073 -0-,031 -<^,059

• tétefocc). 0,0065 0,0045—0,008 » » (nuque). 0,008 —0,009 —0,0085—0,009 —0,011 —0,0055— 0,01 OS y crAne 0,0043—0,0075 » memb ant. 0,008 —0,0095-0,010 —0,0125—0,0135—0,007 —0,010 » memb.post. 0,0075— 0,010 —0,0095—0,013 —0,014 —0,0065—0,010 » 3™ orteil. 0,003 0,0015—0,003

• queue 0,019 —0,024 —0,021 —0,030 —0,035 —0,013 —0,030

Haut.queue. 0,006 —0,008 —0,004 —0,0045—0,050 —0,002 —0,0095 Haut, crête. 0,0015—0,002 — —0,003

Le petit, qui a terminé ses métamorphoses, abandonne bien vite les mares qui l'ont vu naître, de sorte qu'il est très-rare de trouver, dans Teau, de très-jeunes sujets parfaits. Le Triton alpestre demeurant, ainsi que les autres espèces du genre, sur le sol, jusqu'à ce qu'il soit capable de reproduction, l'on ne voit guère jouer, au printemps dans les eaux, que des individus ftgés de trois ans au moins. L'on rencontre, comme je l'ai dit, dans les Alpes, des adultes sur terre durant toute la belle saison ; cependant, ce n'est d'ordinaire que dans le courant de l'été oo, suivant les localités, seulement à l'approche de l'automne, que beaucoup de parents quittent les bassins théâtres de leurs amours, pour se mettre en quête de quelque retraite humide et sombre. On les retrouve, alors, sous la mousse, dans une fissure naturelle ou dans quelque trou souterrain, sous les pierres ou les troncs renversés, ou encore sous l'écorce des arbres pourris ^ C'est, généralement, dans de semblables conditions que beaucoup de Tritons alpestres passent l'hiver à demi engourdis ; car, la proportion des sujets qui hivernent dans la vase, au fond des eaux, me paraît moindre chez cette espèce que chez la plupart des autres. La nourriture du Triton aljKstris consiste, comme celle de ses

^ Toutes les dimensions sont prises ici de la même manière que pour les antres tableaux.

' Voy. plus haut, p. 444, l'hivernage du Triton alpestre dans une serre.

URODÉLES. 555

congénères, principalement en Vers, petits Mollusques et Articulés de diverses sortes. Nous avons signalé, plus haut, le cri bref et guttural que fait entendre cet Urodèle' ; nous avons également parlé des effets morbides que peut exercer, sur de petits animaux, Thumeur subtile et incolore que sécrète sa peau et dont Todeur assez persistante devient facilement irritante pour les muqueuses nasales ^ Ce Triton, bien qu'habile nageur, m'a paru cependant moins vif que d'autres dans ses mouvements ; peut-être est-ce pour cette raison qu'il se laisse si souvent pincer ou amputer les doigts et les membres par les petits Bivalves qui habitent les mêmes bassins que lui '.

Sous-GENRE 3. TRITONS LISSES

LissoTRiTON, Bonap.

Le crâne est, dans son ensemble, à peu près conique, large en arrière et comprimé en avant, bien que tronqué à l'extrémité. Les frontaux portent des apophyses susorbitaires toujours bien développées et prolongées, quoique, suivant les espèces, libres en arrière ou jointes au temporal, de manière à former une arcade fronto-temporale complète. Un profond sillon longitudinal et médian est creusé, sur la partie antérieure, entre deux fortes arêtes naso-frontales. Les pariétaux sont déprimés sur le centre et plus ou moins anguleux ou carrément limités en arrière. (Voy.pl. V,lig. 18 et 19.)

Les dents voméro-palatines sont disposées sur deux lignes à peu près droites, prenant naissance un peu en dessous des orifices nasaux, très-resserrées bien que non

^ Voyez, p. 444 et 445.

* Voy. p. 258, texte et note 1, ainsi que p. 448 à 450, et p. 451, n. 1.

» Voy. p. 461.

réunies en avant et comparativement peu prolongées en arrière.

La langue est petite, elliptique ou subcirculaire et détachée sur les côtes seulement.

La région parotidienne est comparativement peu glanduleuse et médiocrement proéminente, quoique plus ou moins relevée latéralement par les cornes hyoïdiennes.

Les orteils sont lobés ou palmés, chez le mâle, au moment des amours. (Voy. pi. V, fig. 22 et 23.)

Le pli gulaire est peu profond.

Le tronc est plus ou moins carrément aplati sur le dos et sous le ventre, soit, selon les cas, tétragone ou subarrondi. Une crête membraneuse est étendue, sans interruption, sur le dos et la queue des mâles, à l'époque des amours principalement. O^^J- P'- ^^j fig- 20 et 21.)

L'anus, fortement tuméfié en mamelon arrondi, chez le mâle, s'ouvre, chez la femelle, dans une saillie elliptique, raplatie et granuleuse au sommet, mais comprimée longitudinalement vers la base.

Les lobes suslabiaux sont très-étendus le long du maxillaire, bien que médiocrement proéminents, et recouvrent plus ou moins la lèvre inférieure.

Les téguments sont généralement lisses, comparativement peu épais et assez adhérents sur le crâne, principalement en avant.

Les larves ont la tète grosse, le tronc haut et ramassé, et les membres trapus. La membrane dorso-caudale, peu pigmentée, est, comme la queue qu'elle embrasse, graduellement acuminée en feuille de saule.

Les espèces de ce groupe sont parmi les plus petites du genre. Les femelles sont, à âge égal, souvent plus petites que les mâles, au printemps surtout.

URODÈLES. 557

Les Tritons lisses semblent vivre, suivant les conditions, plus ou moins sur terre ou dans les eaux, et paraissent rechercher plutôt les eaux transparentes et pures, dans les mares ou les fossés. Ces petits animaux, très-lestes et alertes, hivernent indifféremment sur le sol, dans quelque recoin obscur, ou dans la vase, au fond des eaux.

Ce sous-genre renferme les deux espèces dites : Triton lobatus (Otth.), et T.paimatus (Schn.), que Gray a cru devoir séparer, dans un genre particulier, sous le nom de Lophinus. N'ayant jamais eu entre les mains la forme dont ce dernier auteur a fait son Ommatotrifon vittatus * et dont j'ai parlé plus haut, je ne saurais décider si ce Triton doit réellement former un groupe à part, ou s'il ne doit pas, plutôt, rentrer, à titre d'espèce ou de variété, dans l'un de nos sous-genres ; probablement, comme semblait le penser Duméril, dans celui des Tritons lisses (Lissotriton).

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