Genre 1 : PLONGEON
COLYJIBUS Linné.
Doigts antérieurs complètement reliés par une niem-
braneun peu échancrée et sculellés ; l’externe le plus long; l'interne avec boi'dure assez large et bilobée au côté libre. Ongles mogens, beaucoup plus longs que larges, un peu déprimés ou légèrement arqués; le 'médian volontiers conique en avant.
Pouce court, sublatéral, ■un peu ramené en avant et faiblement lobé, avec ongle dépa.ssant. Tarse très ’pincé et largement réticulé, uni en arrière
(voy. flg. 116). Lorums entièrement emplwmés. Dec droit.
COLYMBIDKS
fendu jusque snus l’œil., emplumé sur la hase, siibœnique, comprime sur taule sa longueur et pointu, avec bords plus ou moins rentrants et tranchants ; l’angle mentonnier assez accusé et reculé, au tiers environ de la longueur du bec à lu com/nissure, ou un peu en avant; narines ovales ou elliptiques, légèrement opierculées dans le haut en arrière et presque basilaires, dans un sillon atteignant au moins la moitié de la mandibule sup., depuis la c.ommissui-e (voy. flg. 1 17). Queue courte et arrondie, composée ordinairement de 10 à 2(J rectrices assez i-igides et subarrondies. Ailes courtes, étroites et suraiguës, la i'" rémige la. plus longue; scapulaires n' atteignant pas le bout des grandes rémiges, demeurant même te plus souvent fort en arrière. Premières grandes rémiges légèrement échancrées ou rétrécies, près du bout. Plumage assez court et serré. Corps allongé, assez épais. Cou moyen. Tète moyenne ovalo-conique; yeu.v moyens, très en avant.
Œufs <au nombre ordinaire tle deux et relativement gros, de forme subelliptique à bouts arrondis et inégaux, ou ovoïde assez allongée, avec coquille passablement épaisse et poreuse, mais assez unie et un peu brillant(', duin brun plus ou moins olivâtre, semé de taches noires, éparses, moyennes ou petites.
Mue double, s’opérant parfois à des époques un peu variables chez différents individus. Les très vieux sujets quitteraient en outre plus tard et reprendraient plus tôt la livrée de noces que les individus d'âge moyen. Le mâle et la femelle portent le même plumage; la seconde est un peu plus petite que le premiei’. Les jeunes, notablement plus petits, .sont, pendant deux ans, très différents. Les ])0ussins, tout couverts d’un abondant iluvet, iiagent et plongent dès le jour de leur naissance. — Il est peu d'oiseaux chez lesquels la taille varie autant dans une même espèce, jusque chez des individus de même âge.
Les Plongeons, monogames, migrateurs et peu sociables en dehors des épo(pies de migrations, ainsi que j(‘ l’ai dit, sont des oiseaux farouches, parfois méchants, et plus marins que d'eaux douces, bien qu'ils s(' montrent souvent sui’ ces dernières. Us aboi'dent rai'oment aux rivages, où ils ne peuvent faille que quelques sauts mal équilibrés ou ramper maladroitement sur le venti'o. incapables
Iü04
UROPODES
qu’ils sont rie marclipr. avec ries jainbos en inajeui'e partie emprisonnées dans la peau du corps et tout à l'arrière de celui-ci. Ils ont souvent un peu de peine à s'envoler, mais, une fois lancés, ils filent assez vite, en battant très rapidement de leui-s ailes, très petites comparées au poids d'un corps lourd et alloufîé. Ce n'est que dans l'eau qu’ils peuvent déployer toute leur adresse et leui- activité. Leurs pieds, quand ils nagent, chassent l’eau de côté, et leur corps est alors plus ou moins submergé, parfois jusqu'au cou, quand ils sont poursuivis. En plongeant, ils peuvent demeurer très longtemps sous l’eau'. En (piété de noui'riture. ils tieniumt volontiers la tète enfoncée dans l’eau jusqu'au-dessus des yeux, de manière à voir plus facilement au-dessous d'eux la proie qui pourrait passer à portée de leur robuste bec. Us font surtout la chasse aux poissons, avalant les petits, déchiquetant les plus gros ; cepcmdant, ils alisorbent aussi, à l'occasion, des insectes et des larvi's, d(\s crustacés et des mollusques, au besoin même des débris végétaux. Comme les Grèbes, ils se prennent quelquefois aux bamei'ons amorcés des lignes profondes, ou s’embari'nsseut dans les fib'ts dormants.
Ils voyagent en mars, ainsi qu'en novembre et décembre, de jour comme de nuit, volant haut, en petite .société, ou suivant les cours d’eau à la nage, ce qui souvent les amène très avant dans les continents. En s’abattant de haut, comme une fiècbe. emportés par leur poids, ils piquent la tête la premièrt dans l'ixui. pour reparaître bientôt, incapaldes qu'ils sont de prévenir le choc de l'arrivée. Leurs cris sont peu harmonieux, mais très sonores.
Ils SC reproduisent dans le nord, sur les eaux stagnantes, douces ou salées, volontiers sur des étangs herbeux et poissonneux, non loin de la mer. parfois dans les montagnes à une certaine distance de la côte, et luitissent leur nid. simple couche de végétaux divers, roseaux ou autres, entre les herbes sur le sol, tout près de l’eau, do manière à pouvoir s’y glisser rapidement. Ils ont grand .soin de leurs petits, qui souvent montent sur leur dos ; ils les défendent même au besoin énergiquement, et il ne fait pas bon avoir affaire <à leur terriiffe bec.
On trouve des Plongeons eu Europe, en Asie et dans l’Amérique du Nord. Des ciiu] espèces actuelles du genre, quati-e se trouvent sur notre continent, dont une, le Cohjinbus Adamsi Gray, du nord
* Hardy a avancé que Ick Plongeons pouvaient rester liiiit minutes sous l’eau; toutefois, ce maxinuira est fortement contesté -par des eliasseurs qui' assurent que deux minutes sont déjà un fort maximum, mais que l’oiseau peut faire dans ce temps jusqu’à 200 m. sous l’eau.
COLÏMlilUÉS
de l'Amérique et de l’Asie, voisin du Glacialis, avec bec jaune au lieu de noir, chez l'adulte en noces, et assez récemment découvert en Norwège, nous fait défaut.
357. — 1 ; PLONGEON CAÏ-MARIN Nord-Seetn iicher — Strolaga inccola.
COLY.MBUS SEPTENTRrON.\US Lillllé.
Bec droit, moyeu, médiocrement haut et moyennement comprimé, beaucoup plus couH que le tarse, nu front, à peu- qmès une fois et demie aussi haut que large au milieu des narines, avec bords très rentrants, comme roulés, chez ad.; l'arête sup. quasi-droite, légèrement déprimée sur les narines, et la mandibule inf, qiassablement relevée en avant de. Vangle mentonnier font paraître le bec légèrement retroussé. Médian avec ongle légèrement plus long que le bec aux commissures. Scapulaires courtes, atteignant environ moitié des grandes rémiges. 2™ et 2‘ rémiges un peu échanœées au bord interne, vers le bout; 3" et 5" légèrement rétrécies au bord externe.
— Tête et cotés du cou cendrés; devant du cou marron; nuque striée de noir et blanc; dos brun-noirâtre, presque immaculé; faces inf. blanches; bec noir, ad., en noces. Manteau brun-noirâtre, semé de petites macules blanches; faces inf. blanches, ad. en automne et jeunes.
Long. tôt. U'“,ü20 — 6!)5; aile ptliée U'“,29ü — 31ü; queue O'", 055 — 070; tarse O'°,O60 — 075; doigt externe 0'“,089 — 099; bec, au front 0'“,052 — 060, ad.
Mbrgus 6UTTURE RUBRo 'Brissoti, Omith., VI, p. 111, 1760. — M. septen- TEiONALis Tunst. ex Linné, Orn. Brit., p. 3, 1771.
CoLYMBUs Lumme, C. borbalis et C. STELLATüS Brünn., Oi'D. bor., p. 39, 1764.
— C. septenteionalis Linné, Syst. Nat., I, p. 220, 1766. Temminck, Man. Orn., II, p. 916, 1820. Bailly, Ornith. Savoir. IV, p. 429, 1854. liiva, Omit, ticin., p. 568, 1865. Begl. et Gerbe, Orn.eur., U, |). 594, 1867. Fritsch, Vfigel Europ,,Tab. 60, Fig. 1 ot S, 1871. Ogilvie-Grant, Cat. B. Brit. Mus.. XXVI, p. 487, 1898. Sharpe, llanil-list, I, p. 1 15, 1899. — C. mMEnBodd. (nec Linné), Tabl. PI. cnl., p. 58, 1783. — C. STRiAics Gmelin, Syst. Nat., I, p. 586, 1788. — C. rufogo- L.AP.IS Meyer u. Wolf, Taschenb., II, p. 453, 1810. Meisner u. Scli., Vôgel der Scbweiz, |). 259, 1816. Schinz, Fauna helv., p. 119, 1837. — C. microrhynchds Brelmi, Naunianiiia, 1865, j). 300.
Urinator SEi'TESTRiONALis Cuvter, Allât, coinp., I, tab. 2, 1799.
Ceppiius septentriokalis et C. stelbatos Pallas, Zoogr., II, p. 342 et 344, 1811-31,
UROPODES
Eudytes septrntbionams Illiger, Prndr., p. 283, 1811. Deutsche
Vôgel, 4e é(]., p. 711, Tuf. 37, Kig. 7 et 8, 1891.
Noms yulg. S. F. : Plongeon, Cat-marin. Lorgne, Petit Ijorgne, Grèbe marin, Genève, Grandsoii. — S. A.: Seetaucher. Gesprenkelter Seetaucher, Klei- , nere Halbente, Halbgrehe (juv.), sec. Meisner. — - S. I. : Ouga, Ouga piccola.
Adultes, en noces: Tête, fiors'o et côtés du cou cendrés; occiput et derrièro du cou noirs, striés de hlunc ; devant du cou d’un heau roux marron. Dos d'un l)run noirâtre, légèrement moucheté de Idancliâtre dans le liant, sur les épaules et les couvertures. Grandes rémiges noirâtres. Rectrices hrunes, bordées de roussâtre au bout. Faces inférieures blanches, avec le bas du cou et les côtés de la poitrine mouchetés de noir; le haut des flancs plus ou moins taché de brun; une bande transversale brune sur l'anus; sous-caudales variées de lu-un et de blanc. Bec noir, avec membrane sou.s-maxillaire rougeâtre. Tarse d’un noir verdâtre en dehors, un peu rosé au milieu de la face interne ; doigts bruns et verdâtres ; membranes grises et jaunâtres. Iris d’un rouge lie de vin. — Femelle un peu plus petite que le mâle.
Adultes, en automne et en hiver: Dessus de la tête d'un cendré brun, varié de noirâtre, sur la ligne médiane; derrièro du cou maculé longitudinalement de blanchâti'o et do noir. Faces dorsales d’un brun noirâtre semé de petites macules blanches. Joues, gorge, côtés du cou et toutes faces inférieures d’un blanc pur. avec de longues taches noirâtres sur les flancs; une bande brune transversale sur l'anus et (luehiues macules aux .sous-caudales. Bec plombé, brun-noirâtre en dessus. Pieds liruns en dehors, livides en dedans et nuancés de brun sur les membranes. Iris brun-roux.
Jeunes, avant la mue: Dimensions en tout notablement moindres. D’un cendré moucheté do noirâtre sur la tête et le cou, d'un brun un peu cendré sur toutes les faces dorsales, sus-caudales y comprises, avec un plus grand nomliro de petites macules blanches; celles-ci oblongues et obliques, dessinant plus ou moins des V. Faces inférieures blanches, maculées de noir sur les flancs et variées de l)run en travers de l’anus, ainsi que sur la région crurale; avec de petites mouchetures brunâtres, assez espacées sur la partie postérieure des joues, plus seri-ées sur le devant du cou. Rémiges secondaires et rectrices noirâtres, bordées à l’extrémité de blanchâtre ou de jaunâtre. Bec notablement plus petit, plus bas, à bords moins rentrants et plus pâle, soit gris-brun en dessus et grisâtre en dessous. Pieds bruns, grisâtres au côté interne et sur le milieu des membianes. Iris brun.
COLYM BIDES
A Ja naissance: Couverts d’uii duvet en grande partie brun, noirâtre sur le manteau, un peu moins foncé sur la tète et plus pâle sur les lianes, le cou et la poitrine; ventre cendré-blancliâtre. Un bandeau blanc autour des yeux; une pc-tite. tache de même couleur au-dessus des commissures. Bec brun do corne, avc'c marteau blanc. Pieds noirâtres sur le côté e.xterne du tarse et sous la plante, marbrés ailleurs de jaune et de brun. Iris brun-roussâtre (sec. Vian).
Var. ou hybride: Stôlker (Vogol-Fauna, Nacbtrag, 1872) a luyn, du lac de Constance, un Colyinhas présentant les formes et le bec de Se2Jtentrinnalis jeune, avec la livrée (VArdieiis jeune, et se demande si ce ne serait pas un liâtard des deux espèces.
Le Plongeon cat-marin ou à gorge rousse n’est pas rare, aux époques des migrations et en hiver, sur la plupart de nos lacs et principaux cours d’eau.au nord des Alpes suidout. non seulement en plaine, mais aussi jusqu'en Haute Engadine, à 1800 m. s/m., au moment du passage. C'est la plus petite des trois espèces qui se montrent en Suisse, en même temps que la plus régulière et la plus fréquente, bien que sa ]jroi)ortionnalité vis-à-vis d'Arctirus semlde varier un peu avec les années et les localités. 11 nous arrive isolé, par paires ou en petits groupes, le plus souvent en novendire ou au commencement de décembre, parfois déjà à la tin d’octobre, et repart ou repasse plus ou moins tôt ou tard dans le courant de mars ou au commencement d'aviàl. Ce sont pour la plupart des jeunes qui hivernent sur nos ('aux, et il leur arrive (pielquefois de s’y oublier jusqu'en mai. La collection locale du IMusée de Genève en possède trois jeunes tués sur b' Léman, dont deux on mai. l’un même le 28 mai, en 1872. Les adultes sont plus i-ares. et ce n'est que très exceptionnellement (pCon a vu ou capturé dans le pays dos sujets en livrée de noces. Schinz l'ecjut ct'pendant. en juillet 1828, du lac de Constance, un mâle dans sa plus belle livrée, et le naturaliste préparateur Revon, à Genève, m’a assui'é avoir re(jai, du Léman, un ou deux adultes en noces de cette espèce. Malgré la captui'e tout à fait exceptionnelle d'un ou peut-être deux suj(ds égarés en i'té sur nos eaux, je ne crois pas que ce Plongeon niche dans le pays. J'ai (h^à dit qm; s'abattant pai-fois de haut, avec une rapidité extrême, sur les ('aux (pi’il rencontre dans scs migrations, et incapable de prévenii- le choc, il pique d'ordinaire la tète la première dans le liquide, pour ressorti)- un i)(')i plus loin.
C’est un oiseau assez fai'ouche qui. comme ses congénèi-es, vole à coups d'ailes pi-écipités et qui. dans l'impossibilité de bien mairhei'.
UROPODES
ivaiiipe le plus souvent sur le sol. couché en avant, poussant avec les pattes et hattant des ail(‘s. Ce n'est (jiie dans l'eau qiril retrouve tous ses moyens, faisant cojistamment la chasse aux poissons ()u'il guette souvent depuis la surface, en tenant alors la tête plongée dans l'eau jus(iu’au-dessus des yeux. Ainsi que ses congénères, il avale ou déchiquète les poissons, suivant leur taille, et ajoute au besoin d’autres éléments à son alimentation, des insectes et des larves, des crustacés, des mollusques, etc.
Quoique .sa fourrure n’ait pas gi-ande valeur et (pie sa chaii' ait assez mauvais goût, il fait souvent, comme le Grèbe, l'objet d'une chasse assez mouvementée et intéressante sur quebpies-uns de. nos lacs, sur le Léman en particulier. Son endurance, ses longues plongées. quand il a renoncé à voler, et ses ru.ses variées donnent .souvent bien du mal aux chasseurs. Ne sortant depuis longtemps plus que la tête hors de l'eau, à bout de forces, .sur le point de se rendi’o et contraint, pour iTprendre baleine, de s’exposer à bout portant aux coups de fusil, on l’a vu, par exemple, gagner quelquefois le des.sous du bateau chasseur et là. se re]Josant inapeiru, le bec à l’air, prendre une ample provision de souffle, pour ri'commencer la lutte avec un nouveau courage, après avoir dérouté ses persécuteurs. Son cri. peu barmonimix et très sonore, semble exprimei' les syllalies cmch-amh, ak-ak ou f/ng-ffdf/, parfois gaggarau.
Il niche .sur les rives d'étangs ou de petits lacs, d'eau douce le plus souvent, parfois a.ssez haut au-dessus du niveau do la mer, mais rarement très loin de celle-ci. Son nid consiste en un amas de plantes aquatiques, luseaux et autres, .sur le .sol. entre les bei-bi's et assez près de l'eau pour qu'il puisse facilement se glisser jusque dans son élément favori. La jamte a lieu généralement vers la bu de mai. et un mois après les pidits .sont à l'eau. Le [lère et la mère couvent tour à tour et entoui'ent leurs rejetons ib's pilus grands soins, les portant .souvent sur bmr dos. comme les Grèlies.
Ses œufs, au nombre de 2 et relativement gros, sont de forme ovoïde allongée, à coquille assez épaisse et lisse, d’un brun olivâtre, tirant plus ou moins sur le verdâtre ou le rous.sâtre. avec taches éparses noires ou d’un brun foncé, généralement petites ou moyennes. Ils mesuivnt d'ordinaire 0’".071 — 076 .sur 0”, 044— 017.
L’espèce est très répandue en Europe, en Asie et en Amérique, où elle se reproduit très avant dans le nord, soit jusqu’au 80" degré environ et rarement au-dessous du 60°. à part une ou deux exceptions. Elle hiverne dans le centre et le sud de l’Europe, de l’Asie et de l’Amérique du Nord.
COLYMBIDKS