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Faune des vertébrés de la Suisse

Les poissons qui de nos jours habitent les eaux de la Suisse ne peuvent pas être considérés comme les descendants directs de ceux qui les premiers ont vécu dans les mêmes régions. Les faunes se sont succédées sur notre sol aussi différentes que les conditions d’habitat des diverses époques géologiques. Beaucoup de types ont complètement disparu ; pour plusieurs autres, il faut aller chercher bien loin en dehors de nos frontières, parfois même en d’autres continents, les formes qui les rappellent aujourd’hui.

Dès avant l’époque jurassique, durant laquelle les mers couvraient la majeure partie du pays, et après avoir subi de profondes modifications dans la période crétacée, la faune ichthyologique de nos contrées s’est successivement transformée jusqu’aux temps de la molasse, où l’on voit les espèces marines, soit cartilagineuses, Squales, Raies et autres, soit osseuses, Labridés, Sparidés, etc., remplacées toujours plus par des poissons adaptés aux eaux douces et voisins de nos espèces actuelles.

Les molasses d’Œningen ont conservé les traces de nombreux poissons qui habitaient un grand lac à l’est de notre pays, du côté de celui de Constance, mais à un

1 Cette introduction générale à l’étude de nos Poissons, part. I et II, doit remplacer Y Avant-propos, en tête de la partie I, volume IV.

niveau notablement supérieur qui donnait à la faune d’alors un caractère d’extension géographique beaucoup plus grande. La plupart des genres représentés à Œningen se rencontrent actuellement aussi bien dans les régions méditerranéennes et même tropicales que dans les zones froides ou tempérées.

Les espèces du lac d’Œningen, déterminées au nombre de trente-deux environ et toutes poissons osseux, appartenaient à quinze genres, dont un seul (Gydurus) est éteint, tandis que douze, avec vingt-cinq espèces d’un habitat relativement étendu, sont aujourd’hui encore représentés dans nos eaux. Les Lebias, très nombreux alors, et les Poecilia, plus rares, ont disparu devant les modifications de nos conditions et ne se retrouvent plus, les premiers qu’en Italie, en Orient et dans le Nouveau-Monde, les seconds que dans les eaux marécageuses de la Caroline ou de l’Amérique du Sud. A part une Perça et un Cottus un peu différents des nôtres, les autres espèces d’Œningen, plus ou moins semblables aux actuelles mais en partie éteintes, étaient toutes Physostomes et en grande majorité de la famille des Cyprinidés, Tinca, Gobio, Bhodetis, Aspius ' et Leudscus surtout. 'L'Anguille, le Brochet et diverses Loches ( Acanthopsis et Cobitis ) s’y rencontraient aussi; mais on n’y a trouvé ni Brèmes, ni Lottes , ni aucun représentant de la famille des Salmonidés, probablement à cause de la nature des eaux qui, encore troubles ou à fond vaseux, étaient plus propres au développement des Loches, des Tanches ou des Bou-

1 Le genre Aspius (Agass.), qui n’est plus représenté dans les eaux suisses, se trouve encore dans divers cours d’eau de l’Europe moyenne, à un niveau inférieur, en particulier dans les bassins du Danube et du

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