FAINE DES VERTÉBRÉS
Fario Lemanus, Cuv. et Val., XXI, p. 300, pl. 617.
» Marsilii (Marsiglii), Heckel , Beitràge zurGattungen Salmo, Fario , Salar , etc., p. 348 et 354, Taf. III, fig. 6-8. — Heckel et Kner , 1. c. p. 267, tig. 149.
» Trutta, Rapp, Fische des Bodensees, p. 29, Taf. IV.
» Carpio Heckel et Kner , 1. c, p. 271, tig. 151 (?).
Trutta lacustris (a), Siebold, 1. c. p. 301. — Blanchard , 1. c. p. 465.
» Carpio, Canestrini , Prosp. crit., p, 87 (part.).
» Trutta, Pavesi , Pesci e Pesca, p. 47.
» v ariabilis, Lunel , Poissons du bassin du Léman, p. 146,
pi. XVI, XVII et XVIII.
Noms vulgair.es suisses : (S. F.) Truite , Truite du lac, Truite saumonée (part.). Truite verte. Truite blanche (part.). Truite noire (part.). — (S. A.) F or elle, F'ôrne ou Fume , Seeforelle ou Seeforne , Grundforelle ou Gr undfôrne (part.); ou aussi Laclisforelle ou Luchsfôrne : souvent Grauforelle ci Tlioune eL Brienz ; ou encore Rheinlanhe ; Illanke, au Kiiin sup. — Trota ou Truta , au Tessin, — Schild, Scarun, en Htü-Engadine .
B. Salmo Schiffermülleri, Bloch , 1. c. p. 157, Taf. 103. — Schrank , 1. c. p. 323.
» Trutta, Nenning , 1. c. p. 17.
» lacustris, Agassi z, 1. c. Tab. XIV et XV. — Günther , 1. c. VI,
Salar Schiffermülleri, Cuv. et Val., 1. c. p. 344. — Heckel, Beitràge 1. c. p. 349, Taf. III, fig. 1-3. — Heckel et Kner , 1. c. p. 261, tig. 145 (part.).
» lacustris, Heckel et Kner, 1. c. p. 265, fig. 147.
Fario lacustris, Rapp, 1. c. p. 27, Taf. III.
Trutta lacustris (b), Siebold , Süsswasserfische, p. 301 (302).
Noms vulgaires suisses : (S. F.), Truite argentée, Truite bleue, Truite saumonée (part.). — (S. A.), Schweb for elle ou Scluoebfôrne, Silberforcllel Blauforelle, parfois Griinforelle (Brienz), (false See et Grundforelle), ad. Forüde, Sprützerli, Schnapperli, juv., (part.), bas lac de Constance (sec. Laübli *) ; Brachteli, juv., lac de Constance (Hartmann); parfois Silberlachs (en Autriche Maiforelle).
Corps fusiforme, généralement moins élancé que celui du Saumon, bien que plus ou moins allongé ou ramassé et épais,
1 Statistiche und technische Darstellung der Fischerei im Bodensee
und Untersee, von G. Laübli Sohn (Intern. Fisch. Ausstellung zu Berlin,
1880; Schweiz., p. 78).
SÀLMO LACUSTRIS.
selon l’âge et les conditions d’existence; le profil supérieur médiocrement et à peu près graduellement convexe; l’inférieur assez semblable. La hauteur maximale, devant la dorsale, au poisson sans la caudale, parfois comme 1 : 3, 55 — 3,90, le plus souvent comme 1 : 4—4,80, selon l’âge, le sexe et les conditions ; les jeunes, suivant les localités, plus ou moins élancés que les adultes ; les mâles volontiers plus trapus que les femelles. L’épaisseur la plus grande, plus ou moins en avant entre la tête et le bout des pectorales, selon les individus jeunes ou vieux plus ou moins comprimés, variant généralement entre un peu moins ou un peu plus que la moitié de la hauteur du corps. — Pédicule caudal plutôt court et plus ou moins épais, mesurant d’ordinaire, du dernier rayon de l’anale au premier de la caudale, une longueur à peu près égale à la base ou à la hauteur de la dorsale (parfois un peu plus), avec une élévation minimale variant, selon l’âge, de 2/s à i/2 de la hauteur maximale du corps (parfois légèrement moins, chez des sujets à pédicule plus allongé, volontiers stériles). •
Tête plus ou moins forte, ainsi que plus ou moins conique et déclive, suivant l’âge, le sexe et les conditions ; d’une longueur latérale, sur le bord postérieur de l’opercule, au poisson sans la caudale, généralement comme 1 : 3,30 — 3,90 — 4,50, selon les sujets jeunes ou vieux ; parfois = 1 : 3,33 chez de vieux mâles du Léman, ou = 1 : 4,55 chez certaines femelles stériles de Zurich; par le fait, volontiers un peu peu plus grande que la hauteur du corps chez les adultes, mâles surtout, ou parfois à peu près égale à celle-ci chez certains jeunes et quelques femelles stériles. La hauteur à l’occiput variant, selon les individus, entre */5 et 2A la longueur. — Museau assez long, quoique relativement large et un peu écrasé chez les adultes, plus court et plus obtus ou arrondi chez les jeunes, plus conique ou acuminé chez certaines formes stériles; généralement un peu plus allongé chez les mâles que chez les femelles. — Narines doubles, bien plus près de l’œil que du bout du museau. — Bouche fendue jusque sous l’œil ou un peu au delà, fermant souvent imparfaitement sur les côtés chez de vieux sujets, par le fait d’une courbure plus accentuée des deux mâchoires.
Mâchoires égales ou subégales1 : T inférieure, toujours assez épaisse, pourvue d’un crochet terminal plus ou moins développé, chez les mâles adultes féconds ; parfois aussi un légçr crochet chez de très vieilles femelles. — Maxillaire supérieur plus ou moins arqué, selon l’âge, ainsi que plus ou moins élargi dans la partie postérieure, arrivant à peine au delà du bord postérieur de l’œil, chez bien des jeunes, dépassant par contré celui-ci de la moitié d’un diamètre oculaire ou d’un diamètre au moins chez beaucoup d’adultes, la bouche étant fermée; l’os supplémentaire appliqué en lame allongée contre le bord externe du maxillaire, depuis l’aplomb du bord antérieur de l’œil environ jusque tout près de l’extrémité postérieure. — Le museau s’allongeant avec l’âge, les rapports de longueur de l’espace préorbitaire et du maxillaire, depuis sa jonction avec l’intermaxillaire, varient constamment comme 1 : 1 3/4 chez des jeunes, à 1 ‘/a ou 1 '/s chez des adultes de taille moyenne, à 1 : 1, soit à l’égalité, chez de vieux sujets. Le maxillaire n’én demeure pas moins, à tout âge, à peu près égal à 2/â de la longueur latérale de la tète, un peu plus ou un peu moins.
Opercule lisse ou légèrement strié, rarement plus élevé que la moitié de la hauteur de la tête, subcarré, à angles plus ou moins arrondis et, selon l’âge et les individus, plus ou moins large vis-à-vis de ‘sa hauteur. — Préopercule parfois légèrement anguleux, d’ordinaire largement arrondi, avec un bord inférieur mal délimité généralement assez court, plus rarement de moyenne longueur, quelquefois de formes et longueurs différentes sur les deux côtés du même poisson, chez certaines formes stériles ou bâtardes surtout. — Les pièces postérieures de l’arcade sous-orbitaire plus ou moins striées en éventail, chez l’adulte.
Œil rond ou légèrement subovale, d’un diamètre relativement bien plus grand chez les jeunes que chez les vieux, soit, vis-à-vis de la longueur latérale de la tête, comme 1 : 4,50 — 9,50, voire même = 1 : 3,90 chez des jeunes de l’inn, en
1 L’inférieure paraît plus ou moins longue, selon que la boucbe est
«ouverte ou fermée.
S AL MO LACUSTRIS.
Engadine, ou = 1 : 10 chez de vieux sujets du lac Léman. — Espace préorbitaire, bien plus court chez les jeunes que chez les vieux, mesurant, selon l’âge, de 1 à 3 diamètres oculaires, parfois meme légèrement plus, comme chez certains grands sujets du Léman, et égalant alors un peu plus que un tiers de la longueur latérale de la tête. — L’espace interorbitaire à peu près égal au préorbitaire, soit légèrement plus large ou plus étroit, chez l’adulte; par contre d’ordinaire sensiblement plus large, relativement au préorbitaire plus court, chez les jeunes, parfois deVc à V3.
Branchiospines généralement au nombre de 17 à 22, le plus souvent 18 à 20, sur le premier arc branchial, et d’ordinaire courtes, quoique plus ou moins allongées suivant l’âge et les individus ; les plus grandes, vis-à-vis de l’arc, volontiers comme 1 : 10—14, chez des adultes de diverses formes féconds ou inféconds ; parfois == 1 : 7 — 8 plus effilées et bien denticulées, comme chez quelques petites Truites de l’Inn et du Tessin ; d’autres fois par contre = 1 : 17 — 20 plus trapues, comme rognées et peu denticulées, ainsi que chez quelques gros sujets des lacs de Lucerne et de Zurich. Il n’y a pas lieu cependant à attacher ici une très grande importance à semblables disproportions; car les branchiospiues sont souvent tellement usées, probablement par frottement lors de l’ingurgitation de proies volumineuses, qu’elles sont en majorité très réduites, parfois même presque rasées ; ce qui ^arrivé guère chez des poissons à petite bouche absorbant de plus petites proies. J’ai trouvé quelquefois, chez de petites Truites du Rhône, comme chez quelques autres formes fécondes et chez une assez grosse femelle stérile du lac de Constance, les premières épines de l’arc du côté de la langue, mousses, comme tuberculeuses et un peu en brosse au sommet. — Ordinairement 10 à 12 épines sur le quatrième arc (plus rarement 9), parfois jusqu’à 14 ou 151.
1 Les chiffres constamment inférieurs indiqués par Heckel et Kner pour les branchiospines sur le dernier arc branchial (suivant les espèces 6—7 ou 7—8, ou 9—10) ont dû être relevés, non sur le quatrième
Rayons branchiostèges au nombre de 11 à 12, plus rarement de 10 ou de 13 (exceptionnellement de 9); parfois en nombres différents sur les deux côtés d’un même animal.
Dents en une rangée sur les deux mâchoires, plus ou moins fortes et nombreuses, ainsi que plus ou moins courbées ou inclinées en arrière et en dedans, suivant l’âge et les individus ; pouvant paraître quelquefois sur deux rangs, à cause de leur caducité et de la présence fréquente de petites dents de remplacement croissant en dedans, un peu en dessous des premières. Des dents aussi sur les palatins, sur la langue (pas sur l’hyoïde), sur le vomer, et en petits groupes de peu d’importance sur les pharyngiens supérieurs et inférieurs.
Généralement 5 à 7 dents intermaxillaires assez fortes, des deux côtés, parfois 3 à 4 debout seulement. D- ordinaire 14 à 16, parfois jusqu’à 1S ou 19 chez des jeunes, plutôt moins grandes ainsi que moins recourbées, sur le bord du maxillaire supérieur, de chaque côté ; quelquefois 12 debout seulement1. (Les dents maxillaires postérieures souvent un peu moins longues que les antérieures, parfois égales en longueur, ou même légèrement plus hautes, comme chez quelques individus de la petite Truite à taches bleues de l’Engadine supérieure). Souvent 10 à 14 dents plus fortes et plus espacées, parfois jusqu’à 17 ou même 18 2, en comptant 3 à 4 alvéoles vides, sur la mâchoire inférieure, des deux côtés; quelquefois 8 ou 9 debout seulement. Sur une rangée aussi, des dents d’ordinaire un peu plus courtes, sur les palatins de droite et de gauche ; celles-ci souvent au nombre de 8 à 12 d’un côté chez des adultes, parfois de 15 à 18 chez des jeunes, par suite de la présence de quelques petites dents de renouvellement à côté d’elles3. Sur la langue, en avant, 3 à 5 (plus rarement 6) dents fortes et recourbées en ar-
arc, mais sur la branche suivante reliée aux pharyngiens inférieurs, où elles sont toujours plus irrégulières et moins nombreuses.
1 Jusqu’à 30 chez le Salar dentex de Dalmatie, selon Heckel et Kner, Süsswasserfisclie, p. 257.
2 Jusqu’à 19 ou 20 chez le S. dentex , selon Heckel et Kner.
3 Jusqu’à 20 ou 21 chez le meme S. dentex , selon Heckel et Kner.
PALMO LACUSTRI?.
rière, de chaque côté; assez souvent en nombre différent à droite et à gauche; parfois 3 grandes avec 3 petites intercalaires des deux côtés.
Tous ces chiffres et leurs limites, en demis comme en dessous, du reste très variables à divers âges et en différentes conditions, n’ayant donc pas ici grande valeur spécifique.
Par le fait de rallongement, graduel du museau avec l’âge, l’extrémité antérieure de l’arc denté palatin, qui chez les jeunes arrive de chaque côté plus ou moins en contact avec la ligne transverse des dents de la tête du vomer, semble se séparer et reculer de plus en plus chez les vieux.
Vomer composé d’une tête, chevron ou plaque antérieure, triangulaire ou subtriangulaire, plus ou moins conique et élevée ou surbaissée et écrasée, et d’un corps généralement plus court que chez le Saumon, bien que plus ou moins allongé selon l’âge, faisant suite à celle-ci en arrière. La hauteur du triangle de la tête de l’os parfois égale à la base, souvent beaucoup moindre. La largeur du corps de l’os, vers son milieu en arrière, parfois égale à Celle de la tête ou chevron, souvent moindre, chez les jeunes surtout. La longueur totale de l’os variant, avec les conditions et l’âge plus ou moins avancé, entre 3 '/2 et 5 2/3 fois la largeur maximale. Le col, entre le chevron et le corps de l’os, généralement plus rétréci chez les vieux sujets que chez les jeunes. La carène dentée longitudinale médiane de la face inférieure du corps de l’os plus ou moins saillante, selon l’âge; la face postérieure ou supérieure plus ou moins droite ou convexe.
Des dents coniques assez fortes, plus ou moins courbées ou inclinées en arrière, disposées en travers sur le bas de la tête du vomer, au nombre de 4 à 5, souvent en partie tombées, plus rarement de (>, parfois de 2 à 3 seulement ; d’autres, assez fortes aussi, courbées tantôt en arrière, tantôt latéralement en divergeant, parfois même en avant, distribuées en long sur l’arête médiane du corps de l’os, volontiers au nombre de 12 à 18 souvent aussi en partie tombées, parfois au nombre de 8 à 10 seulement ; ne tombant
Jusqu’à 20 chez le S. dentex de Dalmatie, selon Ileckel et Kner.
cependant pas toutes ni régulièrement avec l’âge, d’arrière en avant, comme chez le Saumon, ni même comme chez la Truite de mer. Ces dents d’ordinaire disposées sur deux rangées chez les jeunes, mais tendant à se rapprocher de plus en plus avec l’âge sur la ligne médiane, soit sur le milieu de l’arête, de telle sorte qu’elles paraissent, chez l’adulte et les vieux sujets, tantôt en quinconce ou quasi-alternantes, tantôt sur un seul rang plus ou moins régulier h — Nous verrons, en parlant de quelques races locales, combien les formes de la tête du vomer, ainsi que la disposition des dents peuvent varier, non seulement avec l’âge, mais encore avec les lacs et les conditions d’existence; comment, en particulier, des Truites de 10 à 15 kilos peuvent, dans certains cas, afficher encore en partie l’arrangement sur deux rangs, propre ailleurs au bas âge seulement, et comment certains individus inféconds présentent des formes plus étroites de la tête de l’os dans le bas et, par le fait, d’ordinaire moins de dents antérieures. (Voy. PI. III, fig. 8 à 16 et 17 à 23.)
Nageoires : caudale assez échancrée, avec des lobes quasi-égaux arrondis ou subarrondis dans le bas âge, de moins en moins creusée chez l’adulte, avec des extrémités déplus en plus acuminées, quelquefois un peu recourbées en crochet en dedans chez de vieux mâles; droite sur la tranche, parfois légèrement convexe chez certains adultes, souvent même déjà rectiligne chez des mâles féconds de taille au-dessous de la moyenne; d’une longueur, sur son plus grand rayon, très variable à tout âge, dans des conditions différentes, soit, à la
1 11 est impossible (le se rendre compte de la disposition réelle des dents sur l’arête vumérienne, sans dégager parfaitement l’os de la muqueuse; car l’alternance des extrémités de celles-ci, déjetées tour à tour à droite ou à gauche, peut aisément .faire croire à l’existence de deux rangées parallèles là où les bases se trouvent, cependant sur une même ligne. Il arrive souvent que des dents peu solides ou prêtes à tomber restent dans la muqueuse à l’enlèvement de celle-ci; des alvéoles vides, parfois avec une dent de remplacement au fond, montrent cependant presque toujours, comme dans mes figures, les places qu’elles occupaient.
SALMO LACUSTRIS.
longueur totale du poisson, selon l’âge plus ou moins avancé et les individus, comme 1 : 6 — 7,80 (plus rarement 8 ou 5,60) ; les rayons médians mesurant, selon la forme plus ou moins échancrée de la caudale, la 72, les 7* ou même les 7* des plus longs. — Dorsale ayant son origine légèrement, mais, suivant les individus, plus ou moins en avant de la moitié de la longueur du poisson sans la caudale, parfoispresque au milieu, chez des jeunes surtout; peu ou médiocrement déclive, quasi-droite ou très légèrement concave sur la tranche et, par le fait, moins ou plus anguleuse au sommet (exceptionnellement légèrement convexe), volontiers un peu plus haute et souvent relativement un peu plus étroite chez les jeunes que chez les vieux sujets. Sa hauteur, au plus grand rayon, variant de 7 5 à peu près à 73 de la longueur latérale de la tête, selon l’âge et les individus ; sa base souvent égale à sa hauteur ou à peu près, parfois cependant un peu plus grande, même de 1/5 chez certains vieux sujets, ou assez fréquemment, chez des jeunes surtout, par contre un peu plus courte, même de '/4 ou '/3 du plusgrand rayon. — Anale d’une hauteur, suivant les individus, à peu près égale à la base ou à l’élévation de la dorsale, parfois légèrement plus forte que cette dernière, exceptionnellement, jusqu’à y6, souvent un peu moindre, même de Va & 7e ; sa base le plus souvent moindre que sa hauteur de '/5 — V4 — V? 011 presque de V2, quelquefois par contre à peu près égale, ou même légèrement plus forte, chez certains jeunes, surtout; de forme, suivant les individus, assez ou médiocrement déclive, légèrement concave ou quasi-droite et plus ou moins acuminée (exceptionnellement faiblement convexe). — Ventrales implantées sous le milieu de la base de la dorsale ou, plus souvent, un peu en arrière sous les 2/3 ou les 7* de celle-ci, parfois même sous le dernier ou l’avant-dernier rayon dorsal ; d’une longueur généralement un peu moindre que la hauteur de la dorsale, souvent de Vio à Vc, parfoismême de V4, quelquefois au contraire très légèrement plus, grande; triangulaires plus ou moins larges et arrondies ou subacuminées, demeurant, rabattues, à une distance de l’anus variant, suivant l’âge et les individus, de '/a à peu
près à 7* ou parfois à presque égalité de leur longueur. — Pectorales plus fortes que les ventrales, généralement un peu plus grandes que la hauteur de la dorsale, parfois légèrement. moindres chez certains jeunes, atteignant le plus souvent, renversées en avant, à la moitié de l’œil ou près du bord antérieur de celui-ci, ne dépassant quelquefois pas le bord postérieur de l’orbite ou même l’extrémité du maxillaire, chez certains vieux sujets. — Adipeuse variant beaucoup dans les deux sexes à tout âge, avec l’habitat et même d’individu à individu; plus ou moins droite ou recourbée, ainsi que plus ou moins allongée ou ramassée et plus ou moins étranglée vers la base ; naissant en dessus du ou des derniers rayons de l’anale et d’une longueur oscillant entre un peu plus de 1 et près de 2 diamètres de l’œil.
Écailles généralement petites et nombreuses, subarrondies sur les parties antérieures supérieures du corps, plus ovales, allongées et plus grandes sur les parties moyennes et postérieures, plus ou moins solides, ainsi que plus ou moins apparentes, suivant la saison et l’état des individus; plus noyées, en particulier, dans la peau durant le temps des amours et presque dissimulées sous une abondante couche de mucus, chez les mâles en rut. Une squame médiane sur la ligne latérale, sous la dorsale, un peu en dessus de la moitié de la hauteur du corps, généralement ovale, plus longue que haute, plus ou moins découpée au bord fixe, ainsi que plus ou moins raplatie sur les cotés et subconique dans sa partie libre, non rayonnée, avec des stries concentriques assez fines et un tubule assez large plus ou moins allongé suivant l’âge plus ou moins avancé et les individus, souvent légèrement incliné vers le bas à l’extrémité; d’une surface égale, suivant l’âge plus ou moins avancé, à 8/*i V2, V3Î 7s 011 1h de celle de la pupille, parfois même 7g 011 7i» chez des jeunes h yeux relativement grands, ou A/b chez de très vieux sujets (voy. PI. IV, fig. 15). Les écailles latérales postérieures, au-dessus de l’anale, également ovales et légèrement plus fortes ou de même dimension, quoique paraissant plus grandes par le fait qu’elles se recouvrent un peu moins. Les latérales antérieures supérieures, par contre, plus
SALMO LACUSTUIS.
petites et plus arrondies. J’ai compté de 108 à 132 écailles distribuées en long sur la ligne latérale (le plus souvent 112 à 125) et 45 à 59 squames en ligne transverse de l’avant de la dorsale à la base des ventrales (moyenne 50-56), la proportion en dessus et en dessous de la ligne latérale toujours assez variable; le plus souvent une ou deux de plus en dessus qu’en dessous, jusqu’aux ventrales, parfois le contraire. Les maxima et minima parfois dans un môme lac. — Assez souvent, intercalation, par places, d’écailles sans tubule sur la ligne latérale, chez certaines Truites stériles.
Coloration excessivement variable à tout âge dans les deux sexes et en diverses saisons, dans des conditions différentes ; non seulement quant aux teintes fondamentales du manteau, mais encore quant au nombre, à la forme, à la disposition et à la couleur des taches ornementales. Le manteau peut être gris, jaunâtre, brunâtre, olive, vert, bleu, violacé ou presque noir sur le dos, d’un argenté plus ou moins brillant, jaunâtre, cuivré ou doré, gris, verdâtre ou brunâtre, voire même noirâtre ou parfois encore violacé ou rougeâtre sur les côtés. Les taches sont : tantôt entremêlées jaunâtres, rouges et noires, ou violettes, ou bleues, et plus ou moins nombreuses en dessus ou en dessous de la ligue latérale, avec ou sans auréole claire ou sombre, tantôt noires seulement ou brunes, arrondies, carrées, en X, ou en lignes sinueuses et plus ou moins serrées sur le dos ou les côtés du corps et de la tête, ou encore presque complètement effacées. L’iris argenté, doré, plus ou moins mâchuré ou brun, volontiers avec un cercle doré autour de la pupille.
Impossible de décrire toutes les livrées que peut offrir la Truite en différentes circonstances, jusque dans un même milieu, étant donné qu’à part l’éclat métallique, la pigmentation a son siège dans la peau très sensible aux influences extérieures.
Les jeunes présentent généralement des bandes sombres qui, du dos de couleur variable et plus ou moins foncé selon les eaux, s’étendent assez bas sur les flancs et disparaissent avec l’âge ; les côtés du corps et de la tête sont, avec cela, chez «eux grisâtres, argentés, verdâtres ou dorés et semés
de taches noirâtres, brunes, jaunâtres ou rouges, plus ou moins nombreuses et apparentes ; leurs nageoires sont volontiers jaunâtres ou verdâtres, la dorsale avec de petites macules foncées. Certaines petites Truites de Plan, en Engadine supérieure, présentent souvent, avec des formes un peu plus effilées et une tête un peu plus forte, des taches peu nombreuses et assez grandes, noires et bleues, entremêlées sur des flancs gris et argentés. Celles qui habitent les deux petits lacs du col de la Bernina, à 2220 mètres dans les Grisons, sont très pâles ou très sombres, suivant qu’elles se trouvent dans le lac dit Blanc, à fond graveleux, que desservent les eaux sablonneuses et froides du glacier de Cambrena, ou, à quelques pas de là, dans le lac Noir, à fond sombre et tourbeux. Chaque petit lac alpestre et pour ainsi dire chaque ruisseau peut présenter de nouvelles variétés, sans qu’il y ait lieu d’attacher la moindre importance, ni à la teinte générale, ni à la couleur et au nombre ou à la forme des taches.
Les adultes, avec des livrées assez variées aussi dans divers milieux, diffèrent généralement moins d’un sexe à l’autre en dehors du temps des' amours que durant ce dernier : d’un gris ardoisé, brunâtres, olivâtres ou bleuâtres en dessus, la tête souvent plutôt verdâtre, et d’un argenté plus ou moins grisâtre sur les côtés, avec des taches brunes ou noires plus ou moins grandes et éparses sur le corps et les pièces operculaires, ils deviennent alors plus hauts en couleur et plus ornés, les mâles surtout. Ceux-ci prennent en effet, à l’approche du rut, des couleurs souvent très sombres ou foncées sur presque tout le corps ; le ventre, d’ordinaire blanchâtre, devient chez eux volontiers gris, parfois même noirâtre ou noir, par places ou en entier. Les nageoires, plus ou moins enfumées, prennent des teintes olivâtres, d’un noir bleuâtre, ou violacées. La dorsale est d’ordinaire plus ou moins marquée de petites taches foncées brunes ou noires ; cependant celles-ci font quelquefois presque complètement défaut. — Les points rouges de la robe 11e sont pas le propre exclusif du jeune âge; on trouve, dans les courants d’une certaine dimension, des Truites déjà de belle
SALMO LACUSTRIS.
taille qui, selon que les eaux sont plus ou moins transparentes, en même temps que plus ou moins froides, sont : ou ornées aussi de jolies macules de couleur rouge ou rougeâtre, ou presque entièrement grises et quasi-immaculées , ou , au contraire , toutes couvertes de taches arrondies ou de chamarrures irrégulières brunes ou d’un brun rougeâtre.
Beaucoup des Truites que j’ai examinées provenant du versant sud des Alpes, des cours d’eau du Tessin et du nord de l’Italie., étaient foncées, brunâtres en dessus, et comme entièrement marbrées de taches brunes en zigzags sur les côtés de la tête et sur les lianes presque jusqu’au ventre. J’en ai vu d’assez semblables de quelques rivières de France, de la Loue, en particulier, tributaire de la Saône et du Rhône dans le bassin de la Méditerranée.
Le retour et le séjour dans les lacs éclaircissent du reste généralement les teintes des faces supérieures et inférieures, et ramènent les reflets argentés sur les flancs, en même temps qu’ils font pâlir les nageoires inférieures, diminuent le nombre des taches noires ou brunes et effacent plus ou moins les macules rouges.
Les individus qui, par suite d’un défaut de développement des organes de la reproduction, sont demeurés dans les eaux calmes des lacs durant une ou plusieurs années deviennent, avec des formes un peu plus élancées, d’un gris-bleu ou bleus sur le dos et très brillamment argentés sur les flancs, ne présentant plus que quelques rares petites taches noires, principalement au-dessus de la ligne latérale et en avant, avec des nageoires inférieures blanches ou à peine mâchurées.
La couleur de la chair , blanche, jaunâtre, rose ou rougeâtre, paraît dépendre soit de Palimentation, soit de l’état des individus ou de leur origine. Les Truites qui habitent des cours d’eau riches en petits crustacés semblent avoir plus souvent la viande rose, et celles qui, pour certaines raisons, ne peuvent pas concourir à la multiplication annuelle de l’espèce ont aussi la chair généralement saumonée.
Dimensions très variables à âge égal, non seulement dans des eaux et des conditions différentes, mais encore jusque dans
un même milieu, selon l’abondance de la nourriture; variant même du simple au double, jusque entre sujets issus d’une même ponte.
Les individus confinés dans des eaux courantes de peu d’importance, ou emprisonnés dans de petits lacs alpestres, semblent croître bien moins rapidement que ceux qui habitent, au moins une partie de l’année, les eaux calmes plus réchauffées et plus riches de nos grands lacs, et peuvent circuler, en temps de frai, dans des fleuves ou des rivières plus larges et plus profondes. La Truite croît, du reste, en eau douce beaucoup moins vite que le Saumon dans la mer, et l’augmentation de poids, passé une certaine taille, se traduit chez elle plus par un accroissement de la hauteur et de la largeur du corps que par un allongement correspondant. J’ai vu des Truites du Léman importées à l’état d’alevins dans un bassin de quelques cents mètres carrés, avec une nourriture assez précaire, dont les plus grandes ne dépassaient pas 0ra,370, plusieurs même Om, 268 de longueur totale, après 9 années d’existence; alors que bien des Truites de même provenance mesurent facilement jusqu’à 0m,200, même 0m,240, à 18 mois, dans les eaux plus vastes et plus riches du Rhône ; dimensions qui ne sont par contre atteintes, en liberté complète, qu’à l’âge de 3 ou 4 ans, dans des milieux moins propices. Les premières, quoique beaucoup plus âgées, présentaient encore en partie les formes et la livrée du jeune âge, voire même, pour quelquesunes, les bandes latérales caractéristiques de l’enfance.
L’augmentation de taille et de poids étant plus ou moins rapide dans des conditions différentes, on trouve des Truites qui ont atteint l’âge de puberté, les unes avec un poids de 400 à 500 grammes environ et une longueur de 35 à 40 centimètres, les autres avec une longueur de 25 à 30 centimètres et un poids de 180 à 250 grammes seulement. Les mêmes disproportions entre l’âge et la taille peuvent s’accentuer encore par la suite. Cependant, l’on compte assez généralement qu’une Truite adulte, à l’état libre dans un milieu favorable, augmente en poids de 500 grammes à peu près par an (parfois beaucoup plus, richement nourrie en
SALMO LACUSTRIS.
captivité); de sorte qu’un individu de 15 kilos (non artificiellement poussé) 'devrait compter 30 à 35 ans environ (abstraction faite de mille exceptions possibles).
De même que dans des courants d’importances différentes et plus ou moins riches, les Truites grandissent plus ou moins vite, ainsi celles auxquelles l’accroissement de leur taille interdit l’accès des ruisseaux et qui doivent rester dans les grandes eaux, courantes ou tranquilles, atteignentelles, à âge égal, dans nos divers lacs, à des dimensions très différentes; sans parler ici des disproportions que l’on remarque, dans chacun de ces derniers, entre Truites fécondes ou infécondes, les dernières demeurant généralement plus petites, sauf, paraît-il, dans le lac de Constance.
La Truite qui, dans le lac Léman, ainsi que dans le lac de Lugano au sud des Alpes selon Pavesi, arrive au poids de 15 à 20 kilogr., exceptionnellement peut-être un peu davantage, avec une longueur de lm,15 à l®^1, semble dépasser rarement : 14 à 15 kil. dans les lacs de Zurich et Constance; 12 à 14 kil. dans ceux de Lucerne et Zoug, ainsi que dans ceux de Neuchâtel, Bienne et Morat; 11 à 13 kil. dans celui de Thoune; même 9 à 10 kil. dans ceux de Brienz, Wallenstadt, Égeri, Sarnen et Lungern; 6 à 7 kil. dans celui de Joux, à près de 1000 mètres dans le Jura; 1 V2 à 2 kil., exceptionnellement 3 à 5 kil. dans les petits lacs plus élevés des Alpes, restant même le plus souvent bien au-dessous 2.
1 Certaines données anciennes, un peu sujettes à caution, attribuent à la Truite du Léman des proportions bien supérieures. Wagner (Hist. nat. Helvetiæ curiosa 1680, p. 220) parle d’une Truite de 62 livres. Grégoire de Tours (Journal helvétique, juin 1741) attribue à ce poisson jusqu’à 100 livres de poids. Selon Hartmann (Helv. Ichthyol., 1827, p. 105), la Truite pèserait dans le lac de Genève jusqu’à 40 à 50 livres. Bien des auteurs, se basant sur ces diverses données, ont répété que notre Truite arrive au poids de 50 à 60 livres, qui paraît aujourd’hui assez exagéré. — Heckel et Kner (Süsswasserfische, p. 269) attribuent aussi jusqu’à 50 à 60 livres à leur Fario Marsiglii , dans certains lacs d’Autriche.
2 Ogérien (Hist. Nat. du Jura), qui distingue un Salmo Fario et un S. alpinus , dit que le premier atteindrait le poids de 10 à 20 kilos dans le lac Châlin.
Les lacs alpins de la Haute-Engadine (Saint-Moritz, Camfer, Silvaplana et Site), à 1800 mètres sur mer environ, semblent devoir à leurs dimensions relativement très grandes à pareil niveau, de faire exception à. la règle ordinaire de décroissance. On y verrait parfois, non pas des Truites de 45 livres comme l’a avancé Bansi \ au commencement du siècle, mais bien des individus ayant atteint le poids de 12, 13 et même 16 kilogr. à un âge très avancé 2.
Mâles adultes volontiers moins nombreux que les femelles et plus trapus que celles-ci, avec une tête d’ordinaire plus forte, un museau un peu plus long, un crochet retroussé plus ou moins dur et saillant au bout de la mâchoire inférieure, chez les sujets féconds (parfois un léger crochet aussi chez de vieilles femelles), des dents souvent moins nombreuses et un peu plus fortes, et une caudale plus vite rectiligne sur la tranche. Ils portent aussi, durant le temps des amours, une livrée généralement plus sombre, et ont à cette époque les écailles plus noyées dans la peau et plus dissimulées sous une abondante couche de mucus.
Jeunes de formes et couleurs très variables dans des eaux différentes, même à taille égale, jusque dans un même milieu et selon l’état du développement des organes de la reproduction, comme je l’ai dit. Généralement cependant un peu plus comprimés que les vieux, avec une tête plus grosse, un museau plus court, plus ou moins arrondi, un œil plus grand, des dents souvent comparativement plus longues, une caudale plus échancrée, à lobes moins acuminés et souvent relativement un peu plus courte, une dorsale souvent plus étroite, des squames plus petites relativement à l’œil. Leur robe, d’abord traversée de quelques bandes sombres ou taches transversales ovalaires, volontiers au nombre de 8 à
' Beit. zur Topog. und Naturbesch. des Ober-Engadins : Alpina III,
2 M. Coaz, inspecteur fédéral des Eaux et Forêts de la Confédération, m’a avisé, le 7 février 1889, qu’une Truite du poids de 16 kilos et mesurant 1 mètre de long, sur 0m,60 de circonférence, avait été prise, le 19 août 1888, avec un filet, dans le lac de Sils, à 1795 mètres s/m, en Engadine.
SALMO LACUSTIVIS.
12, sur les côtés, est d’ordinaire plus marquée de taches arrondies orangées, rouges, violettes ou bleues. — Le vomer, chez eux peu ou pas étranglé au col, sous le chevron, ainsi que plus allongé et moins large ou moins convexe en arrière, sur les côtés du corps de l’os, porte aussi des dents plus régulièrement disposées sur deux rangs (voy. PL III, fig. 10, 13 et 16). — Quelques individus temporairement inféconds ont parfois le museau plus conique, ainsi que la robe plus argentée et moins tachetée.
Vertèbres le plus souvent au nombre de 57 à 59 (plus rarement 56 ou 60 *), dont 32 à 33, parfois 31 ou 34 costales.
Appendices pyloriques en nombre très variable. J’en ai compté souvent 56 à 62, les antérieurs les plus longs, chez bien des Truites, jeunes et adultes de diverses provenances suisses. Lunel a trouvé des totaux inférieurs chez plusieurs Truites du bassin du Léman, soit 34 à 54. Rapp, pour le lac de Constance, donne par contre 60 à 74, pour son Fario lacustris. et 48 pour son Fario Truffa (=F. Marsiglii , Heckel); tandis que Heckel et Kner donnent 80 et plus poulie même F. Marsiglii . Je ne crois pas que semblables écarts dépendent nécessairement des développements différents des organes de la génération; car j’ai trouvé, à diverses reprises, les mêmes chiffres, entre 58 et 62, chez des Truites, les unes fécondes, les autres infécondes, des lacs de Neuchâtel et de Zurich. Les minima et maxima, au-dessous et au-dessus de la moyenne, tiennent peut-être à des influences de milieu ou d’alimentation. Il peut en tout cas y avoir des différences de 15 à 20 entre individus de même provenance et autrement tout semblables. — Estomac formant en arrière une courbure en sac. Intestin généralement court et droit, volontiers plus court que la longueur du poisson,
1 Je n’ai pas trouvé le minimum de 56 indiqué par Agassiz et Yogt, ainsi que par Giinther dans ses poissons du Neckar. Le maximum 60, attribué par Rapp à son Fario lacustris du lac de Constance, me paraît plutôt rare dans nos eaux, alors qu’il serait plus fréquent dans la forme Scandinave du Salmo Fario (S. Fario Gaimardi , Giinther, Catal. YI,
comme chez les Salmonidés, eu général? — Vessie aérienne reliée à l’œsophage, simple, subcylindrique et grande. — Une rangée de petites pseudobranchies pectinées derrière le post-orbitaire. — Ovaires et testicules doubles; les œufs mûrs, assez gros, tombant dans la cavité viscérale.
La grande variabilité de la Truite, à tout âge ainsi qu’en différentes conditions et circonstances, a de tout temps sérieusement embarrassé les ichthyologistes de tous pays ; si bien que divers naturalistes ont successivement et spécifiquement distingué bien des variétés qui, peu à peu, ont dû être groupées et rapprochées de quelques formes principales. Après avoir compté, abstraction faite des véritables Saumons et des Ombles, un graud nombre d’espèces censément différentes dont il 11e reste plus à faire justice, les eaux douces de l’Europe moyenne semblent aujourd'hui n’en posséder plus que deux ou trois, même encore assez discutables. L’insuffisance des descriptions ne permettant pas toujours des comparaisons qui eussent autorisé des rapprochements, il a fallu des travaux consciencieux comme ceux de Heckel et Kner, en 1858, et de Siebold, en 1863, d’abord pour préciser certaines différences, puis pour réduire à leur juste valeur ces différences elles-mêmes. De Siebold a rapporté à deux : Trutta lacustris , Seeforelle {cl et b) et Trutta Fario, Bachforelle, les Fario Marsiglii, Salai' Schiffermülleri, S. lacustris et Salar Ausonii de Heckel et Kner, qui eux-mêmes avaient aussi rapproché de ces quatre dernières bon nombre de prétendues espèces de Linné, de Bloch, de Cuvier et Valenciennes et de bien d’autres, dans le détail desquelles [il serait superflu d’entrer ici. L’opinion de Siebold se rapproche beaucoup de celle d’Àgassiz qui, déjà en 1835 *, émettait l’idée que les divers Saumons dentés d’Europe pourraient bien n’être que des variétés locales des S . Fario , S. Trutta, S. lacustris S. Salar, S. Hiicho et S. Umbla , les trois derniers 11’entrant pas ici en discussion.
1 Remarks on the different species of the genus Salmo, etc. (Report ofthe fourth meeting of the British association; London, 1835, p. 617), ou Wiegman’s Archiv., 1835, II, p. 265.
SALMO LACUSTRIS.
Les études consciencieuses de F auteur des Süsswasserjische von Mittéleuropa semblaient avoir fait faire un grand pas à la question, quand, en 1866, Güntlier, dans son riche Calai . of Fishes , vol. VI, releva de nouveau six espèces dans la région alpine de FEurope centrale, les Salmo Fario Ausonii, S. Carpio , S . Lemanus, S. Bappii, S . lacustris et S. Marsilii , sur lesquels je serai contraint de revenir ici plus ou moins, laissant pour le moment de côté la discussion de bien d’autres prétendues espèces orientales, méridionales, britanniques et septentrionales plus ou moins douteuses.
Valenciennes 1 a certainement rendu un grand service, quand il a attiré l’attention sur les différentes dispositions des dents de l’os vomer ; mais, il est allé un peu trop loin, en basant sur un caractère aussi variable les trois genres : Salmo , Fario et Salar, adoptés dans la suite par Heckel et Kner. Nous avons vu que les Truites se distinguent bien des vrais Saumons par la présence de dents en travers de la base de la tête du vomer qui manquent à ces derniers ; mais nous avons vu aussi que la disposition des dents du corps même de l’os, sur un ou sur deux rangs, qui devrait différencier les genres Fario et Salar, varie beaucoup avec l’âge et dans diverses conditions. Je réunis donc les genres Salar et Fario sous le titre commun de Salmo (au lieu de Trutta, Siebold); je vais même plus loin que de Siebold, en réunissant ses deux Trutta lacustris et T. Fario dans une seule et même espèce, avec diverses formes locales.
A (a), Forma fecunda, minor.
La Truite de ruisseaux, Bachforelle, à différentes tailles, soit le Salmo Fario de Linné ( Salar Ausonii Cuv. et Val., Heckel et Kner, etc., Trutta Fario Siebold, Salmo Fario Güntlier), n’est pour moi qu’une forme jeune, ou parfois retardée par les conditions de milieu, de la Truite des lacs et des grands cours d’eau, soit du Salmo lacustris de Linné {Salar Schifferndüleri et Fario Lemanus Cuv. et Val., Salar Schiffermülleri, S. lacas-
Hist. nat. des poissons, XXI, p. 163 (1848).
tris, Fario Marsiglii , F. Carpio ?, Heckel et K lier, Salmo, Lemarms, JRappii , lacustris, Marsilii, Carpio % Günther.
Jurine, eu 1825, et Lunel, en 1874, ont déjà fait pareil rapprochement pour les Truites du Rhône et de ses tributaires et celles du lac Léman, le dernier sous le nom de Trutta variabilis l. Pavesi (Pesci e Pesca, p. 47) a fait la même chose pour les Truites du Tessin, sous le nom de Trutta Trutta . La comparaison de nombreux individus de toutes tailles, des rivières et des lacs des différents bassins suisses, m’amène à généraliser la conclusion de ces auteurs, en continuant ici, soit l’opinion que j’avais déjà émise en lettre à Pavesi sur ce sujet, en 1871 2, soit les observations faites, depuis lors et dans le même sens, en d’autres pays 3. La question de taille, pas plus que celle de la livrée, n’a rien à faire dans la discussion. On sait que les proportions du vase, et surtout les conditions de température et d’alimentation, influent beaucoup sur le développement et les dimensions de l’individu, abstraction faite des exceptions artificielles que peut produire en champ clos une nourriture exceptionnellement abondante. La Truite grandit plus ou moins vite selon la capacité, la température et la richesse en éléments nutritifs du cours d’eau où les circonstances l’ont placée; et il n’y a rien que de naturel dans le fait que les Truites remontent d’autant moins haut dans nos rivières et nos ruisseaux, de plus en plus réduits et accidentés, qu’elles ont atteint une taille plus forte, leur interdisant l’accès de ces derniers.
La Truite de ruisseaux , Bachforelle , malgré la taille relativement grande qu’elle peut atteindre avec l’âge, en conservant plus ou moins ses prétendus caractères spécifiques, dans certaines rivières ou dans quelques lacs élevés de nos Alpes, n’est pas autre chose que la Truite de nos grands lacs ( Trutta locus tris, Siebold) n’ayant point encore subi les transformations qu’amène plus ou moins vite le séjour dans les grandes eaux; grandes
1 Poissons (lu bassin du Léman, p. 138—146.
- Voyez : I Pesci e la Pesca nel cantone Ticino, 1871-72, p. 52.
H Klunsinger a, en particulier, très savamment discuté les prétendus caractères spécifiques des Truites de lacs et de ruisseaux, dans un intéressant travail paru, en 1885, sous le titre : Ueber Bach und Seeforelle , dans les Jahreshefte des Vereins für vaterl. Naturk. in Würtemberg.
SALMO LACUSTR1S.
eaux dans lesquelles elle affichera toujours plus les formes propres à son bassin. Si Günther a cru pouvoir établir, au profit de la distinction spécifique, une distinction entre le Salmo Fcirio , avec une aire géographique étendue, et les grandes espèces de nos divers lacs, avec une aire géographique limitée, c’est précisément parce que les différences de formes, qui donnent le faciès local, ne s’accusent d’une manière un peu tranchée qu’ alors que, plus ou moins vite refoulés vers leur centre de rayonnement par les circonstances de lieu, par le fait d’une alimentation devenue insuffisante, par la taille acquise ou par un défaut de développement interne, les différents représentants de l’espèce reviennent de divers côtés au grand courant ou au lac qui achèvera de les transformer dans le sens de l’adaptation locale; que ce lac soit inférieur, comme ceux de Constance, de Lucerne, de Neuchâtel, du Léman, de Lugano, etc., ou à la fois élevé et assez grand, comme ceux de la Haute- Engadiue, ou encore élevé et restreint comme quelques-uns de nos petits lacs alpins dans lesquels la Truite de ruisseaux emprisonnée acquiert parfois, avec des formes quasi-intermédiaires, des proportions assez respectables.
Il n’y a rien de surprenant dans le fait de petites différences entre Truites vivant au nord ou au sud des Alpes, ou habitant des eaux tributaires de la mer du Nord, de l’Adriatique, de la Méditerranée ou de la mer Noire ; il n'est pas étonnant non plus que, confinées dans une aire d’habitat plus limitée, les Truites des lacs de Constance, au-dessus de la chute du Rhin, et du Léman, au-dessus de la perte du Rhône, également barrières infranchissables, présentent des faciès différant un peu de celui des Truites d'autres bassins plus ouverts ou étendus. Les jeunes, quoique à des degrés d’accentuation plus ou moins sensibles, présentent déjà souvent aussi, sous la forme de Truite de ruisseaux (S. Fario), quelques-uns des caractères locaux propres à leurs parents de grande taille : certains rapports de proportions, certaines formes de dentition, voire même certaines analogies dans les formes du vomer, de la tête de l’os en particulier (voy. PI. III, fig. 9 et 10 ainsi que 14 et 15 comparées). Les divergences entre Truites de divers lacs ne vont toutefois pas jusqu’à prendre l’importance de celles que nous
avons reconnues chez différents Corégones de même espècemère, depuis des siècles confinés dans les conditions différentes, mais plus stables, des divers lacs où ils sont emprisonnés.
Tous les caractères de forme et de livrée attribués jusqu’ici à la Truite de ruisseaux ( S . Fario) sont ceux que nous avons vus le propre du jeune âge, plus ou moins accusés par un séjour plus ou moins prolongé en eau courante, ou modifiés par des circonstances particulières d’habitat. La dentition vomérienne, qui se transforme peu à peu, n’a pas non plus l’importance prépondérante qu’on a cru pouvoir lui accorder, pas plus que les dimensions relatives des dents en général; et l’on peut en dire autant des caractères tirés soit des proportions de la tête et du museau, soit des nageoires ou des écailles, soit encore des formes et dimensions du maxillaire ou des pièces operculaires et de la livrée.
Qu’il me suffise de renvoyer ici aux détails de ma description dans laquelle j’étudie et compare à tous égards les caractères de l’espèce à divers âges et dans différentes conditions. La variabilité est telle qu’il est impossible de soutenir la distinction spécifique non-seulement entre Scdmo Fario (Linné), S. alpinus (L>loch), S. saxatüis (Schrank), S. Baüloni (Cuv.), et S . marmoratus (Cuv.), etc., mais encore entre ceux-ci et divers représentants du Salmo lacusiris de plus grandes dimensions.
Le développement plus ou moins précoce ou retardé des organes de reproduction peut enfin modifier aussi, jusqu’à un certain point, le faciès des individus jusque dans un seul ruisseau, et paraître justifier alors la croyance à deux espèces remontant simultanément le même cours d’eau; cependant, avec des formes plus ou moins effilées, un museau plus ou moins conique, des nageoires plus ou moins grandes et une livrée plus ou moins maculée, ces individus différents peuvent provenir d’une même mère. On rencontre, en effet, souvent, chez la Truite des ruisseaux et rivières, des individus inféconds ou temporairement stériles des deux sexes qui, comme l’a déjà signalé de Siebokl, se reconnaissent en temps de frai, non seulement à leurs nageoires plus faibles ou à leur museau moins obtus, mais encore à leurs écailles plus apparentes par le fait de l’absence d’enfiure et de sécrétion muqueuse de la
SALMO LACUSTRIS. 347
peau, ainsi qu’au moindre développement des muscles basilaires de l’anale et de la papille uro-génitale.
Barfurth 1 attribue la stérilité de la Bachforelle au fait que les produits des organes reproducteurs n’ont pas pu être émis en temps voulu; peut-être provient-elle aussi, dans certaines circonstances, de croisements fortuits avec le Saumon.
Nous verrons plus loin, à l’article B, Forma sterüis, lacustris , qu’une stérilité plus prolongée peut amener des modifications plus profondes, et donner à des Truites plus grandes et toujours plus sédentaires, non seulement des formes différentes du corps, de la tête et des nageoires, avec une livrée particulière, mais encore une dentition du vomer et des proportions de cet os passablement différentes aussi.
La Truite de ruisseaux plus petite, ou Bachforelle (S. Fario ), n’en déplaise à la plupart de nos pêcheurs, qui veulent toujours distinguer deux espèces, n’est donc pas, pour moi, spécifiquement différente de la Truite des lacs (S. lacustris) plus grande, quelle que soit sa provenance ou quel que soit son aspect et le nom qu’on lui donne.
À (6), Forma fecunda, major.
Les considérations émises ci-dessus relativement aux questions d’âge, d’habitat et de fécondité, doivent nous permettre d’abréger maintenant la discussion des diverses prétendues espèces basées sur des variétés locales ou biologiques de notre Truite féconde plus grande, dans les bassins : du Rhin en dessous et en dessus de la chute, du Rhône au-dessus de la perte, de l’Adige et du Tessin, bassin du Pô, au sud des Alpes, et de l’Inn, bassin du Danube, en Engadine; en renvoyant plus bas, sous la lettre B, l’étude de la forme stérile, assez différente, de nos divers lacs.
1° Var. Rhcnana.
Si l’on considère les Truites fécondes de nos lacs et cours
1 Biologische Untersuchungen liber die Bachforelle (Archiv fiir mikroskopische Anatomie, XXVII, 1, 1886, p. 128-179, PL VII et VIII).
d’eau reliés au -Rhin, au-dessous de la chute, comme représentant une forme du Rhin ( forma ou var. Rliencina), typique pour le pays en tant que la plus répandue, et si l’on tient compte en même temps de la constante variabilité de ces poissons en diverses conditions, il est impossible d’attribuer une importance spécifique aux quelques prétendus caractères sur lesquels Günther (Catal. VI, p. 82) se fonde pour distinguer, sous le nom de Salmo Rappii , la Truite féconde du lac de Constance, si bien décrite et figurée sous le nom de Fario Triitta par Rapp, dans ses Fische des Bodensees. Les proportions de la tête, vis-àvis du poisson sans la caudale (comme 1 : 4,30 à 4,50 chez des sujets de taille moyenne), sont celles de beaucoup de nos Truites dans d’autres lacs. Les formes et dimensions du museau sont aussi celles de la moyenne. La disposition des dents vomériennes sur une seule série irrégulière et leur persistance durant la vie entière se retrouvent dans bien d’autres lacs dépendant du Rhin. Les nombres d’écailles et de rayons aux diverses nageoires, ainsi que des appendices pvloriques, sont ceux de la majorité de nos Truites. Enfin, les taches de la livrée sont toujours trop variables pour pouvoir être prises en sérieuse considération. Peut-être les dents du corps du vomer sont-elles plus souvent sur un rang, dans l’adulte, chez nos Truites du Rhin, aussi bien au-dessus qu’en dessous de la chute du fleuve, que chez celles d’autres bassins relativement méridionaux (comparez PI. III, fig. 8, 11, 9 et 14); cependant cette différence est, comme je l’ai dit, trop inconstante pour avoir ici grande valeur.
Les traits distinctifs permettant de reconnaître un Fades Rodemis particulier résideraient donc uniquement : dans une forme souvent un peu plus voûtée du dos en avant, dans une légère dépression de la tête en arrière, dans un plus grand élargissement de la partie postérieure du maxillaire, dans une accentuation plus forte du bord inférieur du préopercule et dans un total de vertèbres parfois de une supérieur à la moyenne. Or, nous avons vu qu’avec une nuque plus ou moins convexe, bien des Truites ont aussi des hauteurs relatives de la tête à l’occiput assez différentes, et que les formes du préopercule peuvent varier passablement jusque sur les deux côtés d’un même individu. Nous verrons qu’un fort élargissement du maxillaire en arrière se retrouve ailleurs que dans le lac
SALMO LACUSTRIS.
de Constance. Enfin, je ne pense pas, devoir attribuer à la présence, inconstante du reste, d’une vertèbre de plus que la moyenne, une importance plus grande qu’au fait d’une vertèbre en moins chez d’autres en d’autres conditions. Il n’y a rien dans tout cela, à mon avis, qui puisse permettre d’élever au rang d’espèce la Truite depuis longtemps isolée dans le lac de Constance et ses affluents, au-dessus de la chute du Rhin.
Il y a si peu de différences entre ledit 8 . Rappii de Günther et le Fario Marsiglii (Heckel) des lacs d’Autriche, que Rapp lui-même n’a pas hésité à rapporter à ce dernier son F. Trutta (S. Rcqypii Güuther) du lac de Constance.
2° Var. Lcmani .
La Truite du Léman, également emprisonnée depuis des siècles dans le lac Léman et ses affluents, tributaires de la Méditerranée, a pris aussi, dans les conditions d’isolement que lui procure la perte du Rhône, un faciès particulier qui l’a faite ériger en espèce par Cuvier, sous le nom- de Salmo Lemanus . De Siebold, Blauchard et Lunel ont déjà fait rentrer dans la synonymie de la Truite ordinaire des lacs cette prétendue espèce; Günther, par contre, a conservé à cette forme locale le titre spécifique que lui avait attribué Cuvier.
Pour ne pas revenir sur la discussion des caractères, pour la plupart de peu de valeur, invoqués par l’auteur du Catal. of Fishespour la distinction de l’espèce, sur les formes et proportions, en particulier, de l’opercule et du préopercule toujours très variables avec l’âge, je me bornerai à indiquer les principales différences que cette variété locale m’a paru présenter, en face de notre type du Rhin, après l’examen d’un grand nombre d’individus d’âges différents : Tête forte, parfois chez de vieux mâles, vis-à-vis du poisson sans la caudale, comme 1 : 3,33, avec un grand crochet mandibulaire ; œil plutôt petit et préorbitairc relativement grand, chez l’adulte; maxillaire plus ou moins large en arrière, dépassant parfois le bord postérieur de l’œil d’un fort diamètre oculaire chez des vieux; livrée plus ou moins tachetée selon l’âge, la saison et l’habitat momentané dans l’eau courante ou dans le lac; les vieux mâles en noces souvent bruns ou noirs sur toutes les faces supérieures
et inférieures ; appendices pyloriques en nombre variable : 34 à 54 selon Lunel, jusqu’à 58 selon mes observations; écailles en nombre très variable sur la ligne latérale. (C’est parmi les Truites du Léman que j’ai trouvé, eu effet, soit le minimum 108, déjà signalé par Lunel, soit le maximum 132 chez une petite Truite bleue). Vomer, chez l’adulte et les vieux sujets, de forme et dentition souvent assez particulières : la tête de l’os triangulaire, à la fois longue ou élevée et large à la base, le col au-dessous passablement étranglé, le corps de l’os relativement étroit ; généralement 4 dents, plus rarement 3 chez des vieux ou 5 chez des jeunes, en travers de la première ; les dents distribuées en dessous sur l’arête médiane plus ou moins sur deux rangs ou en quinconce chez les jeunes, en partie sur deux rangées ou sur une ligne et alternantes chez l’adulte: assez souvent sur deux rangs en avant, puis alternantes ou sur une ligne et assez caduques en arrière (voy. PL LU, tig. 9, le vomer d’un adulte de 3 kilogr., ffg. 10, celui d’un jeune).
Lunel signale la caducité des dents de l’arête vomérienne chez les vieux sujets du Léman, et, en parlant de l’irrégularité de la disposition des dents à différents âges, il indique comme fréquent un arrangement sur deux rangs à la partie postérieure de l’os qui m’a semblé se présenter moins souvent que le contraire chez l’adulte1.
Pour Günther, les dents vomériennes du S . Lemanus seraient rangées sur une seule série. On rencontre donc aussi, chez la Truite féconde du Léman, à divers âges, les dispositions différentes des dents vomériennes qui devraient servir à distinguer la plupart des espèces de Heckel et Kner.
Fades arvemis : Je ne dois pas négliger, avant de clore ce qui a trait au prétendu Salmo Lemanus, de mentionner que j’ai trouvé dans l’Arve, qui se jette dans le Rhône au-dessus de la perte, tout près de Genève, mais dont les eaux, plus voisines de leur source glaciaire en Savoie et encore très chargées de sable, sont plus troubles, plus pauvres et plus froides que celles
1 La figure de cet auteur ( Poissons du bassin du Léman , PL XVII, 1 et 1 à) me paraît rappeler plutôt le vomer grossi d’une jeune Truite du Rhône.
SALMO LACUSTRIS.
du Rhône, des Truites au premier abord passablement différentes : plus effilées et moins colorées que celles de ce dernier. Un individu de 2 k. 500 gr., capturé le 1er juillet 1887, dans l’Arve et mis frais côte à côte avec un sujet de même poids pris le même jour dans le Rhône, était sensiblement plus long et moins élevé, avec un pédicule caudal à la fois plus allongé et plutôt plus haut, relativement à l’élévation moindre du tronc. Sa tête, grande et longue, portait des dents plus fortes. Sa livrée était beaucoup plus pâle, grise en dessus, grisâtre et argentée sur les flancs, avec fort peu de taches; ses nageoires étaient aussi très peu colorées. L’habitat prolongé dans des conditions différentes avait, quoique dans un même bassin, opéré des modifications bien plus profondes qu’entre Truites de lacs différents.
3° Var. meridionalis .
Les ichthyologistes qui ont parlé des poissons des lacs du Tessin et de la Lombardie, au sud des Alpes, n’ont pas résolu la question de savoir si la Truite des lacs de Lugano, Majeur et Corne, est de même espèce que celles qui habitent nos lacs des bassins du Rhône et du Rhin, ou si elle se rapproche plutôt de celle qui, sous le nom de Salmo Carpio (Linné), se trouve dans le lac de Garda, tributaire, comme ceux du Tessin, du Pô et de l’Adriatique.
Les auteurs italiens, deBetta1 et Canestrini2 3 4, en particulier, distinguent, sans autre, deux espèces lombardes : Salmo {Traita) Carpio et S. Fario ; ceux qui ont traité plus spécialement du Tessin n’y reconnaissent qu’une Truite : la Trota selon Monti Via Traita Trutta selon PavesiL Günther, en conservant
1 Ittiologia Yeronese, 1862, p. 110. Le S. Carpio de de Betta atteindrait le poids de 16 kilogr. et descendrait jusqu’à la mer.
2 Prospetto critico dei Pesci d’acqua dolce, 1865, p. 87. La Trutta Carpio de Canestrini irait aussi à la mer.
3 Notizie dei Pesci delle provincie di Como e Sondrio e del cantone Ticino, 1864, p. 68, XXII.
4 I Pesci e la Pesca, 1871-72, p. 47. Pavesi, réunit les T. lacustris et T. Fario , et semble les rapprocher de la Truite de mer Trutta Trutta Linné.
le titre spécifique de Salmo Carpio à la Truite du lac de Garda, rapproche sans discussion celle du lac Majeur du S. Lemanas. De Siebold, dans une note sur les poissons de la Haute-Engadine \ signale beaucoup de ressemblance entre les Truites stériles de nos lacs, au nord des Alpes, et la dite Carpio des lacs lombards, au sud, et propose de désigner cette dernière sous le titre de Trutta lacastris , varietas Carpio.
Le fait est que les caractères extérieurs attribués au S. Carpio du lac de Garda varient assez avec les auteurs qui en parlent, pour qu’il soit difficile de les fixer exactement et pour donner à présumer que ce lac lombard doit héberger aussi, dans son espèce quelle qu’elle soit, les deux formes, féconde et stérile, que nous reconnaissons en d’autres bassins. Günther décrit une Truite non migratrice à nageoires immaculées ; tandis que de Betta parle d’un poisson qui va jusqu’à la mer et qui présente quelquefois, avec un dos très foncé, des nageoires pectorales, ventrales et caudale, du plus beau noir1 2. Heckel et Kner basent surtout la distinction spécifique de leur Fario Carpio sur le fait que le vomer porte 3 dents presque en triangle sur le chevron et 13 en une série sur le corps de l’os, ainsi que sur la grosseur des écailles du côté du ventre en avant.
N’ayant pas eu la Truite du lac de Garda entre les mains, je ne puis apprécier l’importance du dernier prétendu caractère. Cependant, ayant trouvé dans nos eaux du Tessin ainsi que dans le lac de Poschiavo tributaire de l’Adige, des Truites avec des écailles de proportions très différentes, souvent assez grandes (parfois au nombre de 22 au-dessus de la ligne latérale, et de 24 ou 22 seulement au-dessous jusqu’aux ventrales), je ne saurais attribuer une bien grande valeur spécifique à un caractère aussi constamment variable chez les Truites de tous nos lacs 3. Quant à la position des dents du corps du vomer, j’en ai dit assez plus haut pour ne plus m’y arrêter ici, et, si le nombre et rarrangement des dents sur le chevron de cet os, selon
1 Ueber die Fisclie des Ober-Engadins. Verhandl. der Sclnv. Naturf. Gesell., 1863, p. 188.
2 Materiali per una Fauna Veronese, p. 138.
3 J’ai trouvé une fois 21 squames seulement entre la ligne latérale et la ventrale, chez une petite Truite bleue de Neuchâtel.
SALMO LACUSTR1S.
les auteurs des Süsswasserfische, ne concordent pas avec ceux que j’ai observés chez quelques Truites fécondes de Poschiavo, de Lugano, de Cômo et de l’Arao, peut-être cela tient-il à ce que ces auteurs ont eu quelque individu stérile sous les yeux (comparez PL III, les fig. 14, 15 et 19, 20 et 22).
Selon de Betta et Canestrini, le Salmo ou Trutta Carpio frayerait entre novembre et janvier dans le lac de Garda ; tandis que, d’après les données plus récentes de Pavesi, en 1884 \ la même Truite frayerait surtout en été, entre la fin de juin et le commencement d’août, dans le même lac. Ce caractère biologique différentiel amène ce dernier auteur à distinguer deux espèces dans les lacs lombards et tessinois : une Truite plus répandue, frayant en hiver, qu’il rapproche, a priori , du S . Lemanus de Cuvier, et une Truite d’habitat plus restreint, frayant en été, qui serait le véritable Carpione (S. Carpio) du lac de Garda. Les matériaux me manquent malheureusement pour pouvoir apprécier la constance et l’importance au point de vue spécifique de cette différence dans l’époque de frai, et pour décider s’il s’agit peut-être ici de Truites temporairement stériles, chez lesquelles le développement des ovaires s’est fait à une époque anormale, comme cela se voit parfois, ou s’il ne faut voir là que des pontes exceptionnellement hâtées par des conditions ou circonstances particulières, ainsi que cela se rencontre quelquefois aussi chez nos Truites au nord des Alpes. Renvoyant aux ichthyologistes italiens la discussion de cette prétendue espèce du lac de Garda, hors nos frontières, je me bornerai à signaler les quelques différences que me semble présenter, dès le bas âge, au sud des Alpes, notre Truite féconde {Salmo lacustris A. 6.), de même espèce dans nos lacs du nord et dans ceux du Tessin au sud.
Les Truites qui voyagent dans les cours d’eau se déversant dans l’Adriatique ou la Méditerranée présentent, comme celles qui habitent nos divers bassins en relation avec la mer du Nord, des formes et des livrées assez différentes, selon leur âge et selon qu’elles ont vécu plus ou moins longtemps dans les eaux
1 Brcini biologici di due célèbrati pesci nostrali di acque dolci , del prof. P. Pavesi; R. Istituto Lomb. 6 marzo, 1884.