‹ Faune des vertébrés de la Suisse (volume 4)Chapitre 107 sur 144 · C. 19 maj · texte numérisé non relu

C. 19 maj

Squ. 105 130. — R. brchst. 14—16.— Vert. (59). 60-63 8.

Esox Lucius, Linné , Syst. Nat. I, ëd. 12, p. 516. — Bloch , Fische Deutschl.

I, p. 229, Taf. 32. — Razoumousky , Hist. Nat. du Jorat, I, p. 129. — Schrank , Fauna Boica, p. 326. — J urine. Poissons du lac Lé man, p. 231, pl. 15. — Sleinmüller , Fische im Walensee, N. Alpina,

II, p. 341. — Hartmann, Helv. Ichthyol., p. 162. — Flemming . Brit. Au., p. 184. — Nilsson, Prod, Icht. Skand, p. 36. — N enning , Fische des Bodensees, p. 14. — Pallas, Zoogr. Ross. As. III, p. 336. — Holandre , Faune de la Moselle, p. 254. — Schinz , Fauna Helv., p. 159. — Yarrell , Brit. Fish., lre édit., I, p. 383. — Selys-Long champs. Faune Belge, p. 223. — Cuv. et Val., XVIII, p. 279. — Günther, Fische des Neckars, p. 107; Catal. of Fishes, VI, p. 226. — Rapp , Fische des Bodensees, p. 11. — Heckel et Kner , SüsSwasserfische, p. 287, lig. 157. — Fritsch, Fische Bohmens; Ceské Ryby, p. 35. — De Relia, Ittiol. veron., p. 112. — Siebold , Süsswasseriisehe, p. 325. — Jdckel , Fische Bayerns, p. 86. — Canestrini , Prosp. crit., p. 94, — Blanchard , Poissons d’eau douce de France, p. 483, lig. 128. — Paves i, Pesci e Pesca, p. 52. — Lunel , Poissons du bassin du Léman, p. 161, pl. XIX. — Moreau, Hist. Nat. Poissons de France, III, p. 466. — Mêla, Vert. Fennica, p. 355. — M’ôbius et Heincke, Fische der Ostsee, p. 134.

» Boreus, Agassiz, Lake Superior, p. 317 (Amérique).

» Estor, Depraudus, Günther , Catal. of Fishes, VI, p. 228-229 (Amérique).

Noms vulgaires : S. F. Brochet ; Brochet gris , B. doré B. noir, Brochet gentil (Neuchâtel); juv. Brocheton. — S. A. Hecht : juv. Schnàbeli (Constance). — Tessin Lusc, Luzzo ou Luccio.

Corps assez allongé, un peu comprimé et cle forme plutôt quadrangulaire, avec le dos plus ou moins carré ou aplati, parfois comme ensellé; le profil supérieur presque droit jusqu’à

1 Selon Heckel et Kner, 1. c. p. 288.

2 Jusque sur la base des ventrales.

3 55 à 57, selon Canestrini, Pesci d'acqua dolce d’Italia , p. 94.

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la dorsale ou parfois légèrement concave; l’inférieur quasiparallèle et plus ou moins convexe.

Hauteur maximale, volontiers devant la dorsale, parfois devant les ventrales, à la longueur totale du poisson, comme 1 : 6,5 à 5,5 , selon les individus jeunes, de taille moyenne ou adultes de grande taille; souvent comme 1 : 7,25 chez de très jeunes individus, et alors égale environ à la V2 de la longueur de la tête. L’élévation du corps très vite réduite à près de ’/3 de son maximum, derrière la dorsale. L’épaisseur la plus forte égale à peu près à l/2 de la hauteur maximale ou légèrement plus.

Anus ouvert, devant l’anale, à peu près aux 2/2 de la longueur totale.

Tête forte, carrée et aplatie en arrière, un peu creusée longitudinalement sur la ligne médiane en dessus, et déprimée en avant en large bec de canard; sa longueur latérale, à la longueur totale du poisson, comme 1 : 3,5 — 4, selon les sujets moyens ou grands ; sa largeur mesurant de V4 au moins à près de \3 de sa longueur latérale; selon les individus; sa hauteur à l’occiput, à peu près égale à l’espace postorbitaire. — Museau déprimé, large et arrondi eu avant, souvent comme légèrement retroussé ; sa largeur, vers le milieu de l’espace préorbitaire à peu près, égale à la largeur derrière l’œil et souvent un peu réduite devant celui-ci. — Narines doubles et largement ouvertes devant l’œil, au quart à peu près de la distance comprise entre le bord de l’orbite et le bout du bec, chez des sujets de taille moyenne; ce rapport variant assez avec l’âge. — Bouche largement fendue jusque sous l’œil; langue grande, subcarrée au bout et couverte de petites dents en velours. — Mâchoire inférieure non protractile, forte, dépassant un peu la supérieure, la bouche étant fermée, bordée d’une lèvre assez épaisse et présentant de chaque côté, en dessous, quatre larges pores quasi-équidistants. — Maxillaire supérieur droit, relativement étroit, doublé d’un os supplémentaire de forme allongée et acuminée; mesurant un peu moins que la hauteur de la tête et parvenant jusque sous la moitié de l’œil. — Opercule assez grand, à peu près carré, avec un angle postérieur

FAUNE DES VËKTÉBIIÉS.

inférieur subarrondi, et couvert de petites écailles dans sa moitié postérieure. — Sous-opercule en demi-croissant assez large. — Préopercule largement éckancré vers le milieu, volontiers avec quelques petites écailles au sommet. — Interopercule peu découvert.

Le premier sous-orbitaire allongé en avant sur les deux tiers du museau environ ; sa base, plus large et subcarrée, bordant en arrière P œil sur V3 ou i/2 de sa largeur; les trois os suivants (parfois 4 par subdivision) petits et eu chaîne assez étroite derrière l’orbite. — Susorbitaire assez surplombant. — Quelques larges pores et des canalicules plus ou moins apparents de chaque côté sur la tête, eu arrière et autour de l’œil en dessous.

Œil un peu ovale, placé très haut, à peu près au milieu de la longueur latérale de la tête, et d’un diamètre, à cette dernière, comme 1 : 7 — 9 — 10, selon les sujets jeunes, de taille moyenne, ou adultes grands. — Espace préorbitaire un peu moindre que la moitié de la tête. — Espace interorbitaire légèrement plus fort que le diamètre orbitaire chez les jeunes, égal à deux fois celui-ci chez des adultes.

Ouïes très largement fendues, avec 14 ou 15, plus rarement 16 rayons branchiostèges.

Dents : une rangée de petites dents de chaque côté sur les intermaxillaires. Cinq rangées parallèles de dents en cardes droites, mais inclinées en dedans, occupant en un groupe allongé toute la surface des palatins, à droite et à gauche de la ligne médiane, d’autant plus grandes qu’elles sont plus voisines de cette dernière. De nombreuses petites dents, de plus en plus réduites d’avant en arrière, sur le voiner, et, parmi celles-ci, deux ou trois (parfois une ou quatre) dents bien plus grandes et inclinées en arrière, de chaque côté sur la tête de cet os en avant. De petites dents aussi, plus ou moins serrées, sur la langue et les pharyngiens. Enfin, de chaque côté, sur le maxillaire inférieur : d’abord quelques petites dents inclinées en arrière, puis, sur un rang en arrière de celles-ci, de cinq à huit dents coniques de beaucoup les plus grandes de toutes (souvent une ou deux petites intercalaires). — Point sur le maxillaire supérieur.

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Nageoires : caudale assez échaucrée, à lobes subacuminés un peu convexes sur la tranche, et mesurant près de la moitié de la longueur latérale de la tête. — Dorsale très reculée, sur une voûssure du dos, ayant son origine à peu près au-dessus de l’anus, d’ordinaire un peu en avant des 2/3 de la longueur totale du poisson; sa hauteur h peu près égale h l’espace préorbitaire ou un peu moindre; sa longueur basilaire presque égale à sa hauteur ou un peu plus forte; de forme subcarrée, un peu convexe sur la tranche et peu réduite en arrière. — Anale naissant très près de l’anus, plus ou moins en arrière sous le quart, le tiers, ou la moitié de la dorsale; convexe comme celle-ci et presque de mêmes dimensions, bien que volontiers un peu plus étroite. — Ventrales implantées légèrement en avant du milieu de la longueur totale, de forme sub triangulaire arrondie, assez larges et d’une longueur généralement un peu moindre que la hauteur de l’anale, parfois de ‘/6 ou V* environ. — Pectorales subtriangulaires, plus ou moins largement arrondies et légèrement plus longues que les ventrales, soit à peu près égales à l’anale.

Écailles enchâssées dans une peau assez épaisse et assez régulièrement distribuées sur des lignes quasi-verticales; les squames moyennes des lianes de forme subcarrée ou plus ou moins arrondies et généralement un peu plus longues que hautes, se recouvrant aux deux tiers environ, avec un à trois ou même quatre festons arrondis assez profondément découpés au bord fixe, correspondant à autant de rayons gagnant le nœud de l’écaille en avant du milieu de celle-ci, du côté du bord libre; des stries concentriques très fines sur toute la surface ; pas de rayons h découvert. Une squame latérale médiane volontiers un peu plus grande que la pupille, soit couvrant à peu près 7* ©n '/3 de la surface de l’œil, chez un individu de taille moyenne; égale au plus à 2/3 de la pupille chez des jeunes de petite taille. Les antérieures et postérieures plus petites; les dernières de forme un peu plus allongée. Les ventrales plus petites aussi et généralement plus arrondies. Des écailles plus petites encore, peu ou pas festonnées, sur le haut de l’opercule et du préopercule.

Enfin, sur la joue, des squames ovales ou arrondies, les plus petites de toutes et généralement dépourvues de festons.

La ligne latérale naissant vers l’angle de l’opercule, gagnant le centre de la caudale et passant, vers le milieu du corps, aux deux tiers environ de la hauteur de celui-ci. Les squames sur cette ligne sans véritable tubule, mais, de place en place, profondément découpées sur le centre du bord libre jusque vers le nœud, sur leur tiers environ. (Yoy. PI. IY, fig. 17.) Semblables écailles, ainsi bilobées en avant, ovales ou subcarrées et plus ou moins festonnées au bord fixe, se suivant rarement immédiatement, mais d’ordinaire séparées par quelques écailles ordinaires, interposées au nombre de deux, trois ou quatre, souvent plus en arrière qu’en avant de la région moyenne du corps.

Coloration d’un gris verdâtre, jaunâtre, brune ou olivâtre, ou encore noirâtre, en dessus; la nuque et les parties supérieures de la tête généralement les plus foncées; les côtés du corps plus clairs que le dos, quelquefois d’un gris argenté, plus souvent d’un gris jaunâtre plus ou moins doré, et plus ou moins couverts de grandes taches ou de larges marbrures foncées brunes, olivâtres ou noirâtres, souvent réunies en bandes transverses plus ou moins jointes par le haut et parfois si rapprochées que la teinte fondamentale claire n’apparaît plus que par places, comme de petites taches pâles ou comme des ligues intercalées qui assez souvent passent d’un côté à l’autre en travers du dos, dans le jeune âge principalement. Le ventre d’un blanc argenté, quelquefois un peu lavé de jaunâtre, souvent immaculé, parfois grisâtre ou légèrement pointillé de noirâtre. La joue et les pièces operculaires argentées, dorées ou jaunâtres et plus ou moins couvertes de taches ou de marbrures foncées ; les côtés du museau plus sombres, verdâtres, bruns ou noirâtres. Iris argenté ou jaune, plus ou moins mâchuré, avec un cercle doré autour de la pupille. .

Dorsale, anale et caudale d’un gris jaunâtre ou jaunâtres et plus ou moins lavées de brun rougeâtre, avec de grandes macules brunes ou noirâtres plus ou moins disposées en séries transversales. Pectorales et ventrales d’un jaune plus

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rougeâtre ou orangées, chez l’adulte, plus pâles chez le jeune, et plus ou moins mâchurées ou maculées, les secondes surtout.

Dimensions très variables , même à âge égal , la croissance pouvant être plus ou moins rapide, dans des conditions d’alimentation plus ou moins favorables. L’espèce semble atteindre ses plus fortes proportions dans les régions septentrionales de notre continent. On a cité des individus de 50 kilos et plus, comme se trouvant parfois en Suède et en Norvège. La moitié de ce poids est déjà rare dans nos eaux suisses, même dans les lacs de Bienne et de Morat qui, avec des parties marécageuses, semblent tout particulièrement propres au développement de ce poisson, et dont le Dr P. Vouga 1 dit qu’on y pêche quelquefois des individus de 20 à 25 kilos. Blanchet 2 3 4 5 attribue au Brochet, dans les marais de Villeneuve à l’extrémité orientale du lac Léman, le même maximum de 50 livres. Un poids de 15 à 17, au plus 1S kilos (30 à 36 livres), avec une taille de 1 mètre à ln\25 ou 35, passe pour assez élevé déjà dans la plupart de nos grands lacs. L’espèce ne dépasserait même pas le tiers ou la moitié de ce poids dans quelques-uns de nos petits lacs, incapables de suffire à son colossal appétit. Suivant De la Blauchère8, le Brochet mesurerait 0ra,20 — 30 à un an, 0m,36— 42 à deux ans, 0m,55 — 60 à trois ans, lm,00 à six ans, et lm,35 à douze ans. Selon Perrot et Droz \ ce poisson, dans le lac de Morat, pèserait 1 7* livre (750 grammes) à la fin de sa première année, 3 livres à la fin de la seconde et 6 livres à la fin de la troisième. J’ai vu, à Genève, un jeune Brocheton né de fécondation artificielle qui, bien nourri en aquarium, avait atteint une longueur de 0m,22 en Séjours.

Le Brochet pouvant atteindre à un âge très avancé, il n’est pas étonnant qu’il arrive avec le temps à mesurer de très fortes dimensions, dans un milieu favorable ".

1 Bull. Soc. Zool. Acclimatation, 13 juillet 1866.

2 Hist. nat. des environs de Vevey, 1843.

3 Dict. gén. des Pêches, 1868, p. 116.

4 Notes manuscrites, 1811.

5 D’après le Tagblatt , les habitants d’Au (St-Gall) auraient capturé,

Les mâles sont généralement plus petits que les femelles, à âge égal.

Les jeunes sont plus effilés, avec un œil bien plus grand. Vertèbres au nombre de 60 — 62, plus rarement 59 ou 63 L — Tube digestif formant deux grands coudes et mesurant, selon les individus, un peu plus ou moins que la longueur du poisson; l’estomac large et descendant jusqu’à la première courbure, presque au bas de la cavité abdominale. — Ovaires et testicules doubles. — Pas de véritables pseudobranchies. — Vessie aérienne grande et simple, occupant toute la longueur de la cavité viscérale et reliée en avant à l’œsophage par un conduit court à ouverture assez étroite.

Ce poisson varie beaucoup avec l’âge et les conditions d’habitat, température et revêtement du fond des eaux ou alimentation, non seulement dans ses diverses proportions, comme on peut le voir dans notre description ci-dessus, mais encore quant à la teinte fondamentale et aux dessins ornementaux de sa livrée. Nos pêcheurs, en Suisse, suivant l’uniformité ou la variété des conditions d’habitat que présentent les eaux de leur région, ne reconnaissent qu’une seule espèce de Brochet ou en distinguent au contraire deux ou trois différant à la fois par leurs mœurs, leur coloration et leur époque de frai. C’est ainsi que, sur les rives de quelques-uns de nos lacs, beaucoup distinguent des individus foncés, dits Brochets noirs , frayant généralement eu mars dans les marais, d’autres plus pâles, grisâtres ou jaunes, dits Brochets gris ou Brochets dorés, frayant plus tard, principalement en mai, dans les eaux plus profondes, plus claires et plus froides des lacs. Certains pêcheurs du lac de Neuchâtel distinguent même, sous le nom de Brochet gentil, des

en janvier 1873, un grand nombre de Brochets dans un canal latéral du Rhin, et l’un de ces poissons aurait pesé un quintal et demi (150 livres!). Je ne saurais dire quelle part il faut faire ici à l’exagérationmais il me paraît probable que le correspondant du journal a dû voir double, ou triple.

1 Canestrini (Prosp. Crit., 1865, p. 94) ne donne que 55 à 57 vertèbres au Brochet des eaux douces de l’Italie. Cette différence présenterait quelque intérêt, si elle était prouvée constante.

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représentants de l’espèce qui, agréablement ornés de macules ou de marbrures rouges, frayeraient vers la tin d’avril, au lac, du côté d’Yvonand, principalement sur les herbes delà beine, à cinq ou six brasses de profondeur. Inutile de répéter que ces diverses formes constituent au plus des variétés locales, et qu’on ne doit pas plus leur attribuer une importance spécifique qu’aux différences de proportions comparées de l’œil vis-à-vis de la tète, de la tête vis-à-vis du corps, de la hauteur de ce dernier en regard de sa longueur, etc...., toutes divergences pouvant résulter des conditions d’habitat, de la rapidité relative du développement, en particulier; divers individus pouvant être d’âges très différents, quoique de taille semblable.

J’ai vu, le 25 juin dernier, à Genève, un Brochet femelle de 6 kilos provenant du Léman près Coppet, qui était entièrement noir, corps, tête et nageoires, jusqu’au bas des lianes, avec la gorge et le ventre grisâtres.

Le Brochet est très répandu dans toutes les eaux douces de l’Europe, dans le nord et dans le sud, dans quelques parties de l’Asie et jusque dans l’Amérique septentrionale. En Suisse, on trouve le Brochet dans tous les lacs d’une certaine importance, au nord comme au sud des Alpes, ainsi que dans la plupart des cours d’eau, par l’intermédiaire desquels il réussit quelquefois à gagner, durant les hautes eaux, bien des marais en apparence isolés et où sa présence soudaine paraît parfois inexplicable au premier abord. Il ne semble pas remonter de lui-même au delà de 7 à 800 mètres dans nos courants de plus eu plus pauvres et accidentés. Le prof. Brügger de Coire m’indique (in lût.) sa présence dans le Rhin jusqu’à Ilanz, à 720 mètres au-dessus de la mer. L’espèce a été cependant artificiellement implantée à de plus grandes hauteurs, dans plusieurs petits bassins où elle prospère et grandit d’autant plus qu’elle y trouve une nourriture plus abondante. On signale le Brochet dans divers petits lacs et étangs de la région montagneuse, exceptionnellement même jusque sur la limite inférieure de notre région alpine, cela, pour bien des cas, dans la proximité d’une vieille abbaye ou des ruines d’un ancien château. De Tschudi cite notre poisson dans le lac du Klonthal, à 804 mètres au-dessus de la mer, et jusque

dans le Thalalpsee, au canton de Glaris, à 1102 mètres environ. Je l’ai trouvé moi-même très abondant dans le lac Noir ou Domeinaz, à 1056 mètres dans le canton de Fribourg, où il parvient. dit-on, au poids de 12, voire même 15 kilog. On le rencontre aussi sur d’autres points élevés dans le bassin du Rhin, dans les Grisons entre autres, au lac Grond (Laaxer-See) en particulier où, à. 1040“ s/m, il atteint encore parfois le poids de 13 kilos, avec un mètre de longueur. Enfin, le Brochet se trouve encore, à ce que m’écrit le prof. Brügger, dans un étang près du château, à Tarasp, à 1400 mètres, dans le bassin de l’Inn en Engadine.

Le Brochet est un terrible carnassier ; sa fécondité, la rapidité de sa croissance et son prodigieux appétit en font le plus dangereux ennemi des habitants divers de nos eaux. Tout lui est bon ; aucun poisson n’échappe à sa large gueule et, si cette nourriture de prédilection vient à lui manquer, grenouilles, crapauds, rats d’eau et oiseaux aquatiques y passeront tout aussi bien. Prompt comme l’éclair et rusé comme un chat, tantôt il se lance comme un trait à la poursuite de la proie qu’il a choisie, tantôt il reste fixe et immobile comme un morceau de bois, guettant les innocents qui circulent h sa portée. Quand l’eau est claire, il manque rarement son coup et il mène bonne chère; mais si quelque orage ou crue subite vient troubler son élément, il peut être condamné quelquefois à un ou deux jours de jeûne et d’inaction. Il est à la fois si glouton et si osé que bien souvent son appétit lui fait commettre d’irréparables imprudences. Tantôt, s’étant attaqué à un poisson trop gros et empêché de regorger par ses dents, il se voit condamné à mourir la gueule ouverte avec sa proie malheureuse; c’est ainsi que l’on peut voir quelquefois, se débattant, au large sur le miroir de nos lacs, un brochet et une truite, la seconde, souvent la plus grande, enfoncée la tête la première dans la gueule trop distendue du forban qui expie lentement son péché de gloutonnerie. Tantôt, passant trop rapidement et sans réflexion des profondeurs aux couches superficielles d’un lac, sous une bien moindre pression, à la poursuite d’un poisson, il se voit arrêté net et paralysé par la rupture des fibres élastiques de sa vessie aérienne, trop rapidement distendue pour la mince ouverture

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qui lui sert d’exutoire et incapable de se réduire, aussi bien que de se vider dans de pareilles conditions. Il flottera longtemps renversé et balancé par la vague à la surface, se retournant d’abord de temps à autre pour essayer, mais en vain, une nouvelle plongée ; puis bientôt on le verra, ballotté comme mort, et immobile à l’exception d’un soulèvement pénible et intermittent de l’ouïe oppressée. Un passant le ramassera quelques heures plus tard échoué sur la grève.

Le Brochet croît très rapidement, la femelle surtout ; si donc un jeune de deux ou trois mois peut devenir déjà un terrible pillard, qu’en sera-t-il d’un adulte dans la force de l’âge, toujours aiguillonné par un appétit insatiable et, comme le tigre, mordant à droite et à gauche pour le simple plaisir de tuer. Ou a calculé qu’un individu de 10 kilog. avait dû consommer plusieurs 100 kilog. d’autres poissons. Le Brochet pouvant atteindre ce poids déjà dans sa sixième ou huitième année, quelle consommation n'aura pas faite, avec l’accroissement do sa taille et de ses besoins, un de ces gloutons sur la tin de ses jours; puisque l’on attribue généralement à notre requin d’eau douce une assez grande longévité, 15, voire même jusqu’à 20 ou 30 ans, dans des conditions favorables, beaucoup plus encore, si l’on ajoute foi à certaines histoires plus ou moins légendaires.

On aurait pris, en 1616, à Constance, sous le pont du Rhin, un très grand Brochet dans l’estomac duquel se seraient trouvés 64 Corégones (Gwigfische) \ On parle aussi d’un Brochet pris dans la Meuse, en 1610,- avec un anneau de cuivre à l’opercule portant la date de 1448; et d’un autre, de 19 pieds et de 300 livres, pêché dans l’étang de Keyserweg en 1497, avec un anneau d’or datant du 5 octobre 1230; le premier aurait vécu 162 ans, le second 267 ans.

Très fécond, avec cela, le Brochet n’a guère besoin de protection ; il est même sage de combattre sa prodigieuse multiplication et de l’exclure des bassins de culture où il ne tarderait pas à devenir le seul occupant, dévorant d’abord les autres poissons, puis ses frères et sœurs ainsi que ses enfants, faute d’autres proies, crevant enfin de plus en plus décimé et amaigri.

1 Hübners Besch. der Stadt Salzburg, I, 526.

FAUiNE DES VEHTÉBHÉS.

L’époque du frai peut varier, comme nous l’avons dit, du milieu de février à la fin de mai, parfois même aux premiers jours de juin, avec les conditions locales et la température de l’eau. Les Brochets frayent ordinairement par paires; cependant ou voit quelquefois deux ou trois mâles à la poursuite d’une femelle* Les œufs, très nombreux, 120 à 150,000 environ, et mesurant d’ordinaire 2 à 2 i/2 millimètres, sont déposés généralement sous les herbes aquatiques, dans les endroits les plus retirés ; parfois dans la végétation de la beine de nos lacs, à une profondeur pouvant aller jusqu’à cinq ou six brasses, plus fréquemment dans des endroits marécageux, et souvent alors suides places où l’eau est si peu profonde que l’on peut voir au ras delà surface le dos des brochets quasi-immobiles sur leur lieu de frai. L’éclosion se fait, selon les conditions de lumière et de température, dix à quinze, voire même dix-huit jours après la ponte, et, après un temps à peu près égal, la vésicule étant résorbée, les alevins se séparent eu quête de leur première nourriture, vers, larves, petits insectes, etc. Nous avons dit que la croissance est très rapide; ajoutons que, dès leur seconde année, dans de bonnes conditions, ces petits brochetons seront souvent déjà capables de reproduction, les femelles étant généralement plus précoces que les mâles.

La chair du Brochet est blanche, ferme et savoureuse, aussi fait-on partout une chasse active à ce poisson, avec divers engins et mille moyens différents. On le tue souvent à coup de fusil dans les endroits peu profonds, particulièrement durant l’époque du frai. On le prend aussi avec des nasses et des filets dormants, ou avec l’épervier, ou encore, à la main, avec des collets ou lacets tendus au bout d’une perche, pendant qu’il fraye ou qu’il repose immobile. Cependant, grâce à son extrême voracité, c’est surtout à la ligne pourvue d’amorces vivantes qu’on le pêche avec le plus de succès, particulièrement en automne, de septembre à tin décembre, alors qu’il est surtout en chasse. Les lignes doivent être très solides et les hameçons à plusieurs pointes. On emploie beaucoup un engin que l’on appelle le Torchon, soit un petit paquet de roseaux portant une ligne amorcée dont une bonne partie est enroulée autour du torchon flotteur et qui peut ainsi se dérouler d’elle-même, sous la traction

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du Brochet qui a mordu. Quand le fuyard est fatigué, le torchon revient immobile à la surface, et l’on peut alors ou retirer la ligne avec le captif, si celui-ci est assez las, ou ajouter une nouvelle ligne et un nouveau torchon au premier, pour redonner du champ au prisonnier.

Le Brochet est sujet à une maladie particulière qui, surtout en été, de lin mai à septembre, affecte et fait souvent périr beaucoup d’individus grands et moyens. C’est d’abord comme une enflure plus ou moins durable du pédicule caudal, où un liquide s’accumule sous l’épiderme soulevé; puis ce sont de larges taches grisâtres ou rougeâtres, parfois sur diverses parties du corps, le plus souvent du côté de la queue. Les écailles tombent facilement partout oii les téguments ont été tuméfiés; enfin, peu avant la mort, on voit apparaître une petite mousse blanche sur les taches et jusque sur les branchies. Le poisson est de plus en plus lent dans ses mouvements, jusqu’à ce qu’il vienne périr à la surface. Beaucoup de Brochets dans ces conditions ont été ramassés morts ou mourants et livrés à la consommation, sans que j’aie appris qu’il en soit résulté d’inconvénients.

Une épizootie semblable a sévi au printemps et dans le courant de l’été 1886, à la fois dans les eaux du Léman et dans quelques parties du canton de Berne, au lac de Thoune en particulier. Il est probable que ce fut la même maladie qui occasionna la mortalité du Brochet signalée par Hartmann1, en 1777 au lac de Constance et en 1790 au lac des Quatre-Cantons. La cause de mortalité des poissons de l’étang de Saint-Gratien en 1822, poissons dont les corps, en grand nombre à la surface de l’eau, présentaient des taches rouges, selon Valenciennes2, doit avoir été probablement aussi la même que celle qui vient de décimer nos Brochets en 1886.

Les femelles m’ont paru affectées en plus grand nombre que les mâles; la plupart portaient encore leurs œufs, bien des semaines, des mois même, après l’époque normale de leur frai; les ovaires et les parois abdominales étaient tellement gonflés et durcis que ce pouvait être, chez elles, la cause d’une

' Iielvetische Iclitliyologie, 1827, p. 168.

* Hist. des Poissons, 1846, t. XVIII, p. 320.

forte inflammation et de désordres mortels. Pour 110s pêcheurs, la maladie est due seulement à un empêchement accidentel de la ponte, résultant d’une température trop basse, de la persistance de vents violents ou d’un trouble dans les places de frai. Pour le prof. Blanc', qui a trouvé des mâles morts vides de leur laitance, le retard signalé dans la ponte serait non la cause, mais le résultat d’une maladie engendrée, dans des conditions de frai anormales, par l’envahissement du mycélium des petits champignons dits Saprolegnia ferax et Achlia 'proliféra. Je ue suis pas convaincu de la supériorité de l’explication deM. Blanc. Quoiqu’il en soit, il n’y arien là d’épidémique; il peut y avoir simultanéité de circonstances délétères dans différentes localités, mais, la cause ayant cessé, la maladie disparaît rapidement avec la mort successive des individus de prime abord affectés.

Comme le commun des poissons, le tyran de nos eaux, le Brochet, est affecté, aussi de nombreux parasites, beaucoup (P Helminthes 1 2 3 et quelques Crustacés \ Les vieux sujets, surtout dans

1 Sur une mortalité exéeptionnelle des Brochets du lac Léman en 1887, par le Dr H. Blanc (Bull. Soc. vaud. sc. nat., XXIII, 96).

* On a trouvé, en diverses régions et conditions, chez le Brochet, les : Ascaris acus (Bloch), dans l’intestin. As. adiposa (Schrank), dans la cavité abdominale, à la surface de l’intestin. As . mucronata (Schrank), intestin. As. cristata (v. Linstovr), intestin. — Cucullanus elegans (Zeder), intestin. — Echinorhynchus tuberosus (Zeder), intestin. Ech. an gustatus (Rud.), intestin. Ech. Protens (Westr.), intestin et surface du péritoine. — Diplozoon jp aradoxum (Nordm.), sur les branchies. — Dactylogyrus monenteron (Wagen.), branchies. — Gasterostomum fimbriatum (Siebold), intestin. — Distomum folium (Olfers), dans la vessie urinaire. Dist. tereticolle (Rud.), dans l’estomac. Dist. appendiculatum (Rud.), estomac et intestin. Dist. nodulosum (Zeder), intestin. Dist. Lucii (Rud.), intestin. Dist. campanula (Duj.), dans le mucus intestinal. Dist. luteum (Baer), intestin. Dist. rosaceum (Nord.), dans l’œsophage. — Tylodelphis clavata (Nordm.), dans l’œil. — Ligula digramma (Creplin); cavité abdominale. Lig . monogramma (Creplin), cavité abdominale. — Tnœnopliorus nodulosus (Rud.), dans le foie, le mésentère et l’intestin (dans des kystes). — Cephalocotyleum Esocis Lucii (Dies.) (Tænia truncata, Pallas), au pylore. — Bothriocephalus infundïbuliformis (Rud.), app. pyloriques. — Tænia ocellata (Rud.), intestins.

3 Ergasilius Sieboldii (Nord.), sur les branchies. — Lerneocera csocina

SILURIDÉS.

de mauvaises conditions, sont aussi assez souvent plus ou moins couverts d’une sorte de Byssus, ou mousse blanche très semblable à celle signalée ci-dessus sur les plaies des malades, sans être pour cela forcément condamnés à une mort très prochaine.

Famille VI. SILURIDÉS

SILURÏDÆ

Les Siluridés, avec une tête généralement assez large, déprimée et ornée de barbillons plus ou moins nombreux, sont revêtus d’une peau assez épaisse, souvent nue, parfois avec de petites scutelles, mais toujours dépourvue de véritables écailles. Le bord de la mâchoire supérieure est formé, chez eux, par les intermaxillaires seulement; le maxillaire est tout à fait rudimentaire. Us ne possèdent pas de sous-opercule. Ils portent ou 11e portent pas, suivant les genres, de nageoire adipeuse. Leurs nageoires pectorales présentent, en général, un très fort premier rayon osseux plus ou moins dentelé. Leur doi-sale présente ou non, selon le cas, un l'ayon épineux en avant. L’ouïe est très largement fendue. La vessie natatoire existe chez la plupart.

Les représentants de cette riche famille habitent les eaux douces des régions tempérées et tropicales; quelquesuns entrent plus ou moins dans les eaux salées, sans cependant s’écarter jamais beaucoup des côtes. La plupart sont carnassiers.

(Burm.), sur la joue et les branchies. — Argulus foliaceus (L.), sur les branchies.

Günther, dans son Catal. of FisJies, vol. Y, répartit les nombreuses espèces de Siluridés dans huit sous-familles, comprenant divers groupes et caractérisées par les développements comparés ou les particularités des différentes nageoires, ainsi que par l’extension variable des membranes de l’ouïe.

L’espèce qui représente la famille en Suisse et en Europe fait partie de la tribu des Heter optera, caractérisée par une dorsale rayonnée peu développée et située au-dessus de la région abdominale du corps, quand elle existe, par un faible développement ou absence complète de l’adipeuse, par l’extension de l’anale presque égale à la partie caudale de l’animal, enfin, par le fait que les membranes de l’ouïe passent par-dessus l’isthme et demeurent plus ou moins séparées. Elle rentre en outre dans le groupe des Sïlurina propre à l’ancien monde, dont les divers membres ont les nageoires ventrales au-dessous ou en arrière de la dorsale, la partie dorsale de la colonne vertébrale beaucoup plus courte que la partie caudale, et les vertèbres antérieures réunies en une de grande dimension.

Genre 1. SILURE

SILURUS, Linné.

Bouche large , ornée de 4 on de 6 barbillons. Dents en cardes et groupées en bandes, sur les inter maxillaires, la mâchoire inférieure, le vomer et les pharyngiens. Peau entièrement nue. Corps assez large et trapu, jusqu’à l’anus, allongé et de plus en plus comprimé dans sa partie caudale. Tête forte, plus ou moins déprimée; le prof l supérieur droit. Narines écartées. Nageoire dorsale sans épine, petite

SILURUS GLANIS.

et située plus ou moins en avant des ventrales. Pas d’adipeuse. Anale très longue , réunie à la caudale , ou se terminant très près de celle-ci. Caudale arrondie ou subarrondie. Ventrales comptant plus de huit rayons.

Les espèces de ce genre peuvent être différemment, groupées, selon qu’elles portent quatre ou six barbillons. Elles habitent les eaux douces des régions paléarctiques tempérées, en Asie surtout. Une seule, le Silurus Glanis, se rencontre dans quelques lacs et cours d’eau de l’Europe moyenne.

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