LE SALUT Wels ou Waller
Silurüs Glanis, Linné.
Corps subcylindrique et trapu en avant , allongé et de plus en plus comprimé en arrière. Tête la rge et déprimée, à peu près égale à la moitié du corps du museau à l’anus. Bouche très large, ornée de 6 barbillons; un de chaque côté, sur le maxillaire supérieur, beaucoup plus long que la tête, et quatre beaucoup plus petits à la mâchoire inférieure. Dents vomériennes sur une bande transverse non interrompue* Peau lisse, couverte de mucus; un profond pli en fer à cheval sous la gorge, parallèlement aux branches de la mandibule. (EU très petit, en dessus de b angle de la bouche. Dorsale petite, sans rayon épineux et bien en 'avant des ventrales. Anale unie à la caudale et ne s’en distinguant que par une légère échancrure. Pectorales arec un rayon osseux irrégulièrement dentelé, notablement plus fortes que les ventrales, ellesmêmes un peu plus grandes que la dorsale. Caudale plutôt courte, convexe sur la tranche. — Manteau gris verdâtre, olivâtre ou noirâtre, marbré ou non, en dessus. — (Taille moyenne d’adultes et de vieux CP, 75 — lm,ôO à 2m,ôO.)
D. 1/3-4, A. 1-2/84-91, Y. l-(2)/ll-12, P. 1/14-17, C. 17 maj. jR. branchiostèges , 15-16. — Vertèbres , 68-70.
Silurus Glanis, Linné , Syst. Nat., tome I, éd. 12, p. 501. — Blochr Fische Deutschl., Th. I, p. 242, Taf. 34. — Razonmowsky , Hist. Nat. du Jorafc, II, p. 104. — Schrank, Fauna Boica, p. 319. — Hartmann , Helv. Ichthyol., p. 83. — Nenning , Fische des Bodeusees, p. 13. — Schinz. Fauna Helv., p. 157. — Cuv. et Val., XIV, p. 323, pl. 409. — Rapp , Fische des Bodensees, p. 12. — Ileckel et Kner , Süsswassertische, p. 308, fig. 165. — Fritsch , Fische Eôhmens: Ceské Ryby, p. 39. — Jeitteles , Fische der Marc-h, II, p. 19. — Siebold , Süsswasserfische, p. 79. — Jàokel , Fische Bayeras, p. 15. — Günther , Catal. ofFishes,. V, p. 32. — Mêla , Vert. Fennica, p. 310. — Môbius et Heincke , Fische der Ostsee, p. 123.
Noms vulgaires : Sâlut, lac de Morat; aussi Glane , à Neuchâtel. — Wels, Weller, Wellerfisch , Schaidfisch, lac de Constance.
Corps subcylindrique et épais en avant, avec dos et flancs arrondis, mais de plus en plus comprimé et atténué en arrière des ventrales, depuis la région anale. Le profil supérieur quasi-droit de l’occiput à la caudale, à l’exception d’un léger renflement plus ou moins accusé au-dessus des pectorales. La hauteur maximale, vers la dorsale, à la longueur totale du poisson, comme 1 : 7, chez des individus de taille moyenne, à 1 : 6 chez des vieux, relativement plus forte encore chez de très grands sujets; l’épaisseur à peu près égale à la hauteur, parfois même un peu plus forte vers la base des pectorales, par contre déjà sensiblement plus faible vers le bout de ces nageoires couchées.
L’anus, avec une petite papille postérieure, situé entre les ventrales, vers le tiers de celles-ci, soit un peu en arrière du premier tiers de la longueur totale du poisson.
Tête grande, large, passablement déprimée et arrondie en avant, d’une longueur latérale, depuis le museau, à la longueur totale, comme 1 : 5,33—6,5, selon l’âge, le sexe et les individus; par le fait à peu près égale à la moitié de l’espace compris entre le bout du museau et l’anus. Sa largeur de V5 à l/4 moindre que sa longueur (parfois '/6) ; sa hauteur à l’occiput à peu près égale à 3/4 de sa largeur.
Museau largement arrondi en avant. — Narines doubles, composées, de chaque côté, d’une petite fente entre les yeux, un peu en avant, et d’une ouverture arrondie située
SILURUS GLANIS.
au bout d’une petite papille, à deux diamètres de l’œil environ en avant de la première, au-dessus du bord du maxillaire.— Bouche antérieure, grande, entourée de lèvres charnues, d’une largeur, suivant les individus, égale à 2/3 ou 4/5 ou 7s de la largeur céphalique maximale. — Langue courte, massive, et dépourvue de dents.
Maxillaire supérieur rudimentaire, portant de chaque côté, devant l’œil et au-dessus de l’angle de la bouche, un grand barbillon charnu parvenant, étendu en arrière, selon l’âge et les individus, aux Va aux 3/4 ou même à l’extrémité des nageoires pectorales couchées. — Un grand pore ovale en arrière de la base de ce barbillon. — Mâchoire inférieure arrondie en avant, dépassant la supérieure d’une quantité égale au diamètre de P œil au moins, et portant, de chaque côté, une paire de petits barbillons dont les postérieurs, un peu plus longs que les antérieurs, mesurent au plus */„ le plus souvent V* ou 7s de celui de la mâchoire supérieure, parfois moins encore.
Œil rond, très petit et placé assez bas, derrière la base du grand barbillon, avec une pupille ovalo-verticale ; d’un diamètre entrant 12 à 16, même 19 fois, dans la longueur latérale de la tête, chez des individus jeunes et de taille moyenne, bien moindre encore chez de très gros sujets. — Espace préorbitaire mesurant 3 à 4 diamètres oculaires, chez des sujets moyens, à la longueur latérale de la tête, souvent comme 1 : 3,5—4. — Espace interorbitaire à peu près double du précédent, chez des sujets de taille moyenne. — Pièces operculaires couvertes par la peau du corps ; opercule subtriangulaire et plutôt étroit, avec le bord postéro-inférieur concave. — Pas de sous-opercule.
Fente branchiale grande, ouverte en avant presque jusqu’au-dessous de la base du barbillon majeur et très largement bordée d’une épaisse membrane branchiostège soutenue par 15 à 16 rayons osseux. — Branchiospines plutôt petites et peu nombreuses.
Dents en cardes, recourbées en arrière, serrées et assez régulièrement distribuées sur plusieurs rangées, en une large bande sur les intermaxillaires, immédiatement derrière la
lèvre supérieure ; cette bande dentée interrompue sur un très petit espace au milieu, en avant. Derrière celle-ci, sur le vomer, une seconde bande en croissant, transverse mais continue et un peu plus courte, couverte de dents un peu plus petites. Sur le pourtour de la mâchoire inférieure, une autre longue et large bande de dents en cardes, assez fortes comme leurs opposées, quoique volontiers un peu plus irrégulières et, comme elles, légèrement séparées à la symphise mandibulaire, en avant. De chaque côté, sur les pharyngiens supérieurs, un assez grand groupe ovale de dents à peu près de mêmes dimensions que les vomériennes. Enfin, sur les pharyngiens inférieurs, d’autres petites dents encore, distribuées, à droite et à gauche, sur un dernier groupe de forme allongée. Ces groupes latéraux postérieurs réunis en avant et s’écartant en arrière, derrière le quatrième arc branchial, de manière à embrasser l’ouverture de l’œsophage.
Nageoires : caudale mesurant entre la moitié et les 3/5 de la longueur latérale de la tête, convexe et arrondie sur la tranche, avec dix-sept rayons, les externes légèrement plus courts que les médians. — Dorsale petite, étroite, acuminée et implantée entre les */3 et les 7* de la longueur du corps (du museau à l’anus), soit à peu près à égale distance de l’origine des pectorales et des ventrales, et au-dessus du dernier tiers des pectorales couchées. Sa hauteur à peu près égale à l’espace préorbitaire ou un peu plus forte; sa largeur à la base environ V4 de sa hauteur. Un rayon simple assez mou, non dentelé, le plus long, et trois ou quatre rayons divisés, souvent trois chez les sujets suisses que j’ai examinés. — Anale naissant immédiatement derrière la papille anale et prolongée, avec une hauteur à peu près constante, jusqu’à la caudale qui lui est unie et dont elle ne se distingue que par une échancrure de la profondeur d’un demi-rayon à peu près. Sa longueur notablement supérieure à la moitié de la longueur totale du poisson, chez des sujets moyens, parfois presque égale à celle-ci chez de grands individus. Sa hauteur moyenne mesurant d’ordinaire de Vio à Vo de sa longueur. Le premier des 85 à 92
SILUKUS GLANIS.
rayons le plus court, composé de deux axes réunis dans une épaisse gaine paucière; les autres tous plus ou moins épanouis dans le haut, les postérieurs volontiers légèrement plus longs que les antérieurs.
Ventrales arrondies, de 1/A h 2/5 plus longues que la dorsale, et mesurant entre 2/5 et 3/5 des pectorales ; implantées un peu en avant de l’anus et couvrant rabattues les premiers rayons de l’anale; avec un rayon simple et onze à douze divisés. À la base dudit premier simple, qui mesure environ a/3 des plus longs divisés, se trouve, sous la peau, un autre petit rayon osseux et arqué permettant de porter à deux le nombre des rayons non divisés.
Pectorales assez grandes, larges et arrondies, parvenant, rabattues, à peu près sous la moitié de la dorsale couchée ; d’une longueur un peu plus forte que celle de la caudale, avec un premier rayon non divisé et quatorze à dix-sept divisés, dont les 2ta0, 3n,° et 4me les plus longs. Le premier rayon, gros, osseux dans ses deux tiers inférieurs, mou dans le haut et généralement dentelé sur son bord inférieur, au côté postérieur ; les petites dents rigides distribuées partie sur la moitié supérieure de la portion osseuse, partie sur la moitié inférieure de l’extrémité molle.
Peau nue, lisse et couverte de mucosité sur tout le corps et les nageoires. Un profond pli simulant sous la gorge une fente en fer à cheval parallèle aux branches de la mandibule; une étroite ouverture en communication avec une petite cavité sous-cutanée, en arrière et un peu au-dessus de la base des nageoires pectorales; un large pore ovale en arrière de la base du grand barbillon supérieur.
Ligne latérale assez droite, naissant à l’angle de l’opercule, passant à peu près aux 2/a de la hauteur du corps, sous la dorsale, et assez distincte tout le long sur les côtés, comme une gouttière légèrement saillante, sous la peau; celle-ci, sur cette ligne, percée çàet là de petits pores ou de petites fentes, particulièrement sur la partie antérieure du tronc, où elle est plus renflée et où l’on remarque comme deux boutonnières longitudinales en partie enveloppées par un épaississement dermique.
Coloration : faces supérieures noirâtres, d’un noir olivâtre, ou d’un gris verdâtre foncé, marbrées ou non, plus sombres en avant et parfois avec de légers reflets bleuâtres; côtés du corps un peu moins foncés, marbrés ou tachés de noirâtre sur fond gris jaunâtre, ou couverts de marbrures verdâtres ou jaunâtres sur fond gris, parfois avec reflets rosâtres ou légèrement irisés; faces inférieures blanchâtres ou jaunâtres, parfois d’un gris rosâtre et plus ou moins mâchurées, ou marbrées de gris noirâtre. Nageoires noires ou noirâtres; anale et caudale souvent un peu bleuâtres ou violacées ; pectorales et ventrales généralement plus ou moins nuancées de rosâtre ou de jaunâtre vers le milieu; dorsale parfois rougeâtre à la base. Le barbillon supérieur noirâtre en dessus, grisâtre en dessous; les inférieurs grisâtres, jaunâtres ou rougeâtres. L’iris couvert de petites macules entremêlées d’un gris-noir et dorées, avec un cercle doré autour de la pupille.
Dimensions moindres, semble-t-il, dans nos eaux suisses que dans celles de certaines régions d’Autriche et de Bavière. Heckel et Kner citent des Silures de 4 à 500 livres dans le Danube; par contre, des individus de 200 livres passent déjà chez nous pour de très grands sujets \ J’ai vu des Silures du lac de Morat mesurant lm,500 à lm,750, avec un poids de 65 à 80 livres ; même de six pieds ou 2 mètres environ, avec un poids de 50 kilog., ou 100 livres, à peu près. Un individu de 125 livres (62 i/2 kilog.), pris dans la Broyé, mesurait près de 2m,28 de long, avec une circonférence de lm,14. Des sujets de 200 livres peuvent mesurer près de 8 pieds, soit de 2m,55 à 2m,60. Du reste, passé une certaine taille, l’augmentation de poids se traduit plus par un élargissement que par un allongement proportionnel du corps. La majorité des individus capturés est de 10 à 25 kilog.
La croissapce n’étant pas très rapide, ce poisson doit arriver à un âge assez avancé. Selon un pêcheur de Morat 2, le
1 Yoir plus loin citation douteuse au lac de Brienz.
2 Perrot et Droz : Notes manuscrites, 1811; informations sur le lac de
Morat.
SILURUS GLANIS.
Silure arriverait à un poids de 2 à 3 livres dans sa première année, de 5 dans la seconde, où il commencerait à frayer, et de 10 dans la troisième. Cependant, les conditions d’existence doivent influer beaucoup sur le développement plus ou nïoins rapide de l’individu. Un Silure du lac de Constance, de 5 V4 livres, et probablement âgé de 2 ou 3 ans, mesurait 0m,794; tandis qu’un jeune sujet du lac de Morat, introduit dans le petit aquarium de M. Covelle, à Genève, avec une taille de 0m,17, en décembre 1877, ne mesurait, quoique bien nourri, au 23 mars 1885 (jour de sa mort), soit après 7 ans et 3 mois de réclusion, que 0m,70, avec un poids de 1\700 gr.
Vertèbres au nombre de 68 à 70 : 17 costales et 53 caudales, chez un Silure de lm,490, du lac de Morat. — Tube digestif présentant quelques courbures et mesurant, selon les sujets, près de la longueur totale du poisson, ou les 7a seulement, avec un estomac èn sac assez large, sans appendices pyloriques. — Vessie natatoire fixée aux longues premières vertèbres, occupant presque toute la cavité viscérale, reliée à l’œsopliage par un petit canal, et composée de deux lobes allongés ne communiquant que par le haut, mais réunis dans un même sac membraneux blanchâtre et assez épais. — Ovaires et testicules doubles. — Pas de pseudobranchies.
Ce poisson varie passablement quant aux proportions et à la coloration dans des conditions différentes ; il y en a de plus ou moins ramassés ou allongés, ainsi que de plus ou moins clairs ou foncés, avec ou sans marbrures. J’ai vu un individu adulte du lac de Morat, chez lequel le gros rayon pectoral n’était pas du tout dentelé; chez un autre, de même provenance, les petites dents de ce rayon se trouvaient au bord postéro-supérieur de celui-ci. M. Covelle, à Genève, qui a conservé pendant plusieurs années de jeunes Silures en aquarium, m’a fait remarquer que ceux-ci étaient toujours beaucoup plus pâles de nuit que de jour, que leurs faces inférieures devenaient, en particulier, parfaitement blanches.
Le Salut se rencontre dans quelques parties de l’Europe
centrale et orientale, clans certains tributaires du Rhin, de l’Elbe et du Danube, et jusque sur les bords de la mer Baltique, ainsi que dans quelques contrées de l’Asie occidentale. On le trouve çà et là en Allemagne et sur différents points en Autriche, mais il semble faire complètement défaut ^ la France \ l’Espagne, l’Italie, la Belgique et l’Angleterre.
En Suisse, il paraît plus particulièrement confiné dans le lac de Constance et dans celui de Morat, beaucoup plus petit, plus particulièrement, pour ce dernier, dans le voisinage de l’embouchure de la Broyé, par laquelle il parvient quelquefois accidentellement jusque dans les lacs voisins de Neuchâtel et de Bienne. Quelques vagues citations, dont je dirai deux mots plus bas, pourraient faire supposer qu’il s’est trouvé ou se trouve encore, eu nombre beaucoup plus réduit, dans quelques-uns de nos autres lacs; toutefois, aucune capture avérée n’est venue jusqu’ici confirmer ces suppositions, à ma connaissance. Selon Hartmann et Rapp, le Silure aurait été autrefois beaucoup plus rare dans le lac de Constance qu’aujourd’hui, et il n’y serait arrivé qu’à la faveur d’inondations, mettant momentanément celui-ci en communication avec certains petits lacs voisins en pays allemand ; maintenant, on y prend souvent ce poisson, et parfois d’assez beaux échantillons, principalement du côté de la rive allemande. En 1864, des pécheurs en prenaient, d’un seul coup de filet, cinq assez grands individus, dont l’un pesait plus de 100 livres. Quelques Silures capturés dans le Rhin suisse, près de Bâle et de Laufenbourg, sont probablement des sujets égarés provenant du lac de Constance. Du lac de Morat, il se répand, comme je l’ai dit, par la Broyé, soit jusque dans les parties avoisinantes du lac de Neuchâtel, plus rarement sur l’autre rive et vers l’autre extrémité du lac, soit, par l’intermédiaire de la Thièle, jusque dans le lac de Bienne, où un vieux sujet a été pris encore il y a sept ans. On s’explique difficilement la présence de cette espèce dans le lac de Morat, où elle est géographiquement isolée; cependant, cet habitat paraît
1 Ogérien (H. N. du Jura, p. 365) dit qu’accidentellement des Silures remontent du Rhin dans le Doubs, par le canal. Il cite la capture d’un individu de 6 '/2 kilog., le 1er oct. 1858, près de Dole.
SiLURUS G LANI S.
lui couvenir, car elle continue à prospérer dans ce petit bassin, où Ton prend tous les ans encore bon nombre d’individus petits et grands.
Hartmann rapporte ime citation de Cysat, concernant un Silure qui aurait été capturé, en 1601, dans le lac des Quatre- Cantons, où, depuis lors, aucun individu de cette espèce n'a été vu. Un essai d’importation a été fait, vers la tin du XVHme siècle, dans le lac de Zurich, mais aucun de ces poissons n’y a été également revu depuis cette époque. Quelques pêcheurs du lac de Brienz m’ont assuré avoir vu, de temps à autre, près de la surface, de très grands poissons qui bientôt redescendaient dans les profondeurs, pour ne réapparaître qu’à de rares intervalles, généralement par quatre à cinq ou six ensemble. En aoûl 1874, le journal Anzeiger d’Interlaken rapportait aussi que diverses personnes dignes de foi avaient vu, en diverses places, dans le même lac de Brienz, de très grands poissons (jusqu’à 25 pieds de long !) qui jamais ne restaient longtemps visibles près de la surface. L’ancien propriétaire du château d’Iseltwald, le général Sinetti, ayant, paraît-il, jeté autrefois de jeunes Silures dans le lac, il n’y aurait rien d’impossible à ce que les monstres signalés fussent de cette espèce, et que ce poisson ait prospéré sur ce point, bien que les conditions de fond ne ressemblent guère à celles qu’il recherche d’ordinaire; cependant, on n’a jamais pris un de ces poissons, auxquels l’imagination s’est plu probablement à donner des dimensions surnaturelles.
Enfin, un pêcheur de Sierre, en Valais, ayant entrevu et signalé dernièrement un poisson censément énorme dans un petit lac voisin de cette ville (lac Gét'onde ), je me transportai sur les lieux, en été 1886; mais, faute de pouvoir apercevoir l’animal et à défaut d’une description suffisante, il me fut impossible de décider s’il s’agissait véritablement de Silures ou peut-être seulement de Lottes de très grande taille. Comme à Brienz, de gros poissons se montreraient de temps à autre à la surface, par 4 à 5 individus, quand le temps est parfaitement calme. Le seul vu à courte distance par M. Zutirey aurait mesuré environ lm,50; sa tête serait à la vérité forte et son corps rapidement atténué, mais sa livrée aurait été jaunâtre,
avec des marbrures et des bandes brunes. Ici encore, il faudrait une capture pour pouvoir décider de l’espèce. Le lac Géronde, à un quart d’heure de Sierra, sur la rive gauche du Rhône, peut avoir 20 minutes de tour, avec 30 pieds de profondeur environ; ses bords sont en bonne partie garnis de roseaux, et son écoulement très réduit semble se faire surtout par filtrations. Le Silure, si Silure il y a, y aurait donc été nécessairement importé, ainsi que les quelques autres poissons qui s’y trouvent L
Le Salut ou Silure est le plus grand carnassier d’eau douce de notre continent; sa taille, la largeur de sa bouche et sa voracité l’ont rendu souvent l’objet d’histoires fabuleuses et d’une crainte exagérée de la part des baigneurs. On est allé même jusqu’à croire que celui qui avait vu un de ces poissons était condamné à une mort prochaine. Heckel (Süsswasserfische) raconte, il est vrai, que l’on a trouvé un petit chien dans l’estomac d’un vieux Silure; une autre fois même, à Pressbourg, les restes d’un enfant. Cependant, semblables cas sont exceptionnels, et le grand appétit du Salut n’offre d’ordinaire de réels dangers que pour des proies plus petites, pour les animaux, poissons et autres, qui vivent dans les mêmes conditions que lui.
Il habite également les cours d’eau calmes et les lacs, et recherche de préférence les eaux à fond vaseux plus ou moins couvertes de végétation. Il est rare qu’il poursuive sa proie, mais il se tient volontiers caché à l’affût de celle-ci, soit sous les herbes ou entre les roseaux, ou sous quelque racine, soit immobile sur la vase, avec laquelle sa couleur le confond presque complètement, et, simulant comme des vers avec l’extrémité de ses longs barbillons seuls alors en mouvement, il attire ainsi de plus en plus près de sa large gueule tous les amateurs de cet appât trompeur. C’est ainsi qu’il happe, non seulement
1 Chabot, Lotte, Barbeau , Carpe, Cheveine , Tanche , Goujon , Vairon et Fera (Palea) ? selon M. Juffrey. Cette dernière aurait été importée, dit-on, du lac de Neuchâtel, il y a quelques années, mais elle y grandirait peu; tandis qu’elle arriverait par contre au poids de une livre dans un lac voisin plus petit où elle aurait été importée en même temps?
SiLURUS GLAN1S.
quantité de poissons et de grenouilles, mais encore beaucoup d’oiseaux aquatiques, tels que Raies, Poules-d’eau, Bergeronnettes, Canards, etc... Il prend aussi volontiers des Rats d’eau au passage, ou bien cueille à la surface les fruits qui ont pu tomber ou être jetés à l’eau \
C’est, en général, en juin ou, suivant les localités et les conditions, déjà en mai ou encore assez tard en juillet, que le Silure vient déposer, près du bord, surtout dans les endroits garnis de plantes aquatiques, ses œufs jaunâtres, de moyennes dimensions et passablement nombreux : 60 à 100,000, de 3mm de diamètre, dont les petits se dégageraient déjà après 8 ou 10 jours 1 2.
Avant le dessèchement des marais du Seéland , et quand les eaux étaient suffisamment hautes, le Silure venait volontiers du lac de Morat pour frayer dans les roseaux de ceux-ci, de même qu’il frayait aussi très volontiers sur les bords et dans les fossés de la Broyé, avant rendiguement de celle-ci. Maintenant que les frayères de l’espèce ont été en bonne partie détruites dans ces lieux, ce n’est plus guère que dans les parties marécageuses du lac qu’il peut procéder à sa multiplication. Ce ne serait pas du reste une bien grande perte, si les conditions nouvelles qui lui sont faites contribuaient à entraver la propagation de ce poisson, plus nuisible qu’utile.
On prend le Sâlut au filet, ou au hameçon amorcé d’une proie vivante, ou encore à la truble et au trident , principalement à l’époque de la fraye et de nuit. Doué d’une très grande force, il rompt souvent les mailles et les lignes destinées à le retenir; il ne fait pas du reste, en Suisse, l’objet d’une pêche
1 Le prof. Th. Studer, de Berne, m’écrit, le 23 octobre 1889, qu’il élève en aquarium un petit Silure de 10 à 11 centimètres, qui provient de Morat, et qui est tout noir avec des barbillons blancs qu’il porte dans une direction perpendiculaire à l’axe du corps. Ce jeune Sâlut se tient tout le jour immobile dans une position presque verticale, avec la tête cachée dans les plantes aquatiques qui couvrent l’eau du vase, le museau presque au ras de la surface.
2 Selon : Gemeinfassliche Beléhrung über die Süssivasserfisclie des Elbgebietes (Schriften des Sachsischen Fischereivereines, 1884), n° 1, p. 15.
spéciale, à cause de son peu d’abondance et surtout de la médiocrité de sa chair. Ailleurs, comme sur les bords de la mer Caspienne, on prépare sa graisse et l’on fait usage de l’enveloppe très résistante de sa vessie aérienne.
On trouve chez le Silure bon nombre de parasites, Helminthes 1 et Crustacés 2 3.
Famille
MURÆNIDÆ
Les Murænidés ont le corps très allongé, pins ou moins cylindrique ou comprimé, et nu ou avec des écailles rudimentaires; l’anus étant généralement très distant de la tête. Le maxillaire forme chez eux le côté de la mâchoire supérieure; l’interm axillaire est plus ou moins réuni au vomer et à l’ethmoïde Ils n’ont pas de nageoires ventrales. Les pectorales, plus ou moins développées, font défaut dans quelques genres. Les nageoires verticales, quand ils
1 On a trouvé, en divers pays, chez le Silurus Glanis , les : Ascaris Siluri (Gmelin), dans l’intestin. — Cucuïlanus truncatus (Zeder), intestin; Gucul . elegans , intestin. — Nematoideum Siluri Glanidis (Rud.), estomac. — Filaria bicolor (v. Linstow), sous l’enveloppe péritonéale de l’estomac. — Echinorhynchus globuJosus (Rud.), intestin; JEchin. Proteus (Westr.), intestin. — Dactylo ggrm Siluri Glanidis (Wagener), branchies. — Distommi torulosum (Rud.), intestin. — Tccnia osculata (Goeze), intestin. — Ligula digramma (Crépi.) ; Lig. monogranima (Crépi.), cavité abdominale — et une Hirudinée, Ichthyobdella fasciata (Kollar), à la surface du corps.
8 Ergasilius trisetaceus (Nord.), sur les branchies. — Trachéliastes stellifer (Kollar), sur les branchies et dans la bouche.
3 Malacoptèry giens apodes de Cuvier.
* Le développement souvent assez différent de l’intermaxillaire et les formes variées que peut affecter le maxillaire sont ici la cause d’une fréquente confusion dans le diagnostic de cette famille par différents auteurs, qui ont tour à tour attribué au maxiPaire ou à l’intermaxillaire la formation du côté de la mâchoire supérieure.
ANGUILLA.
en ont, sont unies à la caudale ou distinctes de la partie prolongée de celle-ci. Ils ne portent pas d’adipeuse. L’arc huméral n’est pas chez eux rattaché au crâne. L’estomac est développé en forme de cul-de-sac. Us n’ont pas d’appendices pyloriques. Leur vessie à air est simple. Leurs organes de reproduction sont dépourvus de canaux évacuateurs.
Les nombreux poissons de cette famille habitent les mers et les eaux douces des régions tempérées et tropicales. On les partage généralement en deux sous-familles, Platyschistæ et Engyschistæ, selon qu’ils ont les ouvertures branchiales dans le pharynx en fentes larges ou étroites.
L’Anguille commune, qui seule représente la famille dans notre pays, appartient à la première de ces tribus et au groupe dit Anguillina, caractérisé'par un système musculaire et osseux bien développé, par une partie caudale du corps plus longue ou à peine plus courte que le tronc, par des pectorales et des nageoires verticales bien développées, les dernières enveloppant le bout de la queue, par une langue libre, enfin par des ouvertures branchiales bien séparées.
Genre 1. ANGUILLE
ANGUILLA, Thnnberg.
Bouche armée de petites dents en cardes ou en brosses disposées en bandes. Mâchoire supérieure ne dépassant pas l’inférieure, la bouche étant fermée. De très petites écailles de forme allongée incrustées dans la peau. Une fente branchiale courte , devant la base des nageoires pectorales.
Tronc quasi-cylindrique. Partie caudale du corps très allongée. Tête subconique. Dorsale très distante de l’occiput; dorsale et anale unies à la caudale.
Les espèces de ce genre, bien que cosmopolites, ne s’étendent guère dans les régions arctiques. La plupart sont étrangères à l’Europe. Les Anguilles qui, sous différents noms, remontent des mers du nord, de l’Océan, ou de la Méditerranée et de l’Adriatique, dans les différents cours d’eau de notre continent, semblent n’être que des variétés d’une seule et même espèce.