‹ Faune des vertébrés de la Suisse (volume 4)Chapitre 118 sur 144 · DES · texte numérisé non relu

DES

MARSIPOBRANCHES

MA RSIPOBRANCHll

Squelette cartilagineux, sans vertèbres, ni cotes, ni membres. Branchies fixes, en bourses et sans appareil PROTECTEUR. PAS DE VÉRITABLES MACHOIRES. UN SEUL ORIFICE NASAL. PAS DE VESSIE AÉRIENNE.

Les représentants peu nombreux de cette sous-classe ont été répartis dans deux ordres, selon que le conduit de leur narine unique se termine en cul-de-sac, comme chez les Lamproies , ou s’ouvre dans le palais, comme chez les Myxines. Nous ne considérerons ces deux groupes que comme deux familles de l’ordre unique des Cydostomes.

Ordre des CYCLOSTOMES

CYCLOSTOMl

Les poissons de cet ordre, avec une sorte de tube enveloppant la corde dorsale, sans vertèbres, sans côtes, sans pectorales, ni ventrales et sans mâelioires, ont un corps nu, subcylindrique allongé, avec des nageoires impaires, et une bouche arrondie en forme de ventouse, selon les cas, pourvue ou dépourvue de barbillons. Leur orifice nasal simple, perforé ou en cul-de-sac, peut se trouver à l’avant, de la tête ou en arrière sur le milieu de celle-ci.

L’ordre des Cyclostomes compte quelques espèces dans les mers et les eaux douces des divers continents. Les Myxines, type de la famille des Myxinidés, étant spéciales aux côtes septentrionales d’Europe et d’Amérique, nous n’avons à nous occuper ici que des Lamproies , représentant chez nous la famille des Pétromyzonidés.

Famille I. PÉTROMYZONIDÉS

l'I'TIUiM YZOMDK

Les membres de cette famille portent plusieurs orifices branchiaux en boutonnières, sur une ligne horizon-

PETR0MYZ0N.

taie latérale. Leur narine unique s’ouvre sur le milieu de la tête et se termine en cul-de-sac. Leur bouche circulaire est dépourvue de barbillons. Leurs nageoires sont soutenues par de nombreux petits rayons cartilagineux. Les produits des organes de la génération tombent chez eux dans la cavité viscérale et sont amenés dans le vestibule commun par les canaux péritonéaux.

Les Lamproies, type de la famille, se rencontrent dans les eaux salées ainsi que dans les eaux douces de l’ancien et du nouveau Monde, et sont, suivant les espèces, plus ou moins migratrices. Il en est qui présentent de singulières métamorphoses1.

Genre 1. LAMPROIE

PETROMYZON , Linné.

Bouche en ventouse arrondie, garnie à l’intérieur de plaques dentées de substance cornée. Langue dentelée. Corps serpentiforme, nu et allongé, avec deux nageoires dorsales sur la moitié postérieure du corps , la seconde reliée à la caudale. Sept orifices branchiaux s’ouvrant dans autant de cavités particulières. Intestin avec une valvule spirale. Œil recouvert par la peau.

Les espèces du genre Lamproie sont, à la taille et la couleur près, extérieurement assez semblables entre elles, tant dans les formes en général que dans les mœurs et les allures ; et cependant, on n’a point encore la preuve que les

1 On ne sait pas encore si les diverses espèces passent, comme le P. Planeri , par diverses transformations.

métamorphoses successives qui constituent chez la plus petite ( Branchialis ou Planerï) un fait exceptionnel dans la classe des Poissons, se présentent aussi dans le développement- des autres espèces plus grandes. Les organes de locomotion étant chez elles assez peu développés, elles ne nagent guère vite et se meuvent d’ordinaire plutôt en ondulant ou serpentant dans les eaux. Elles ont toutes également l’habitude de se fixer par leur ventouse buccale soit sur le corps d’autres poissons, soit contre, les pierres ; et c'est alors surtout que l’on peut voir fonctionner leur appareil respiratoire qui, indépendant de la bouche aussi bien que de la narine, tour à tour se gonfle ou se dégonfle de chaque côté en arrière de la tête. Leur ventouse, largement arrondie en état de succion, peut, en temps de repos, se fermer à peu près en fente triangulaire, par l’affaissement des deux bords latéraux. Les plaques dentaires, de substance cornée jaunâtre ou brunâtre, qui garnissent plus ou moins l’intérieur de leur bouche, peuvent tomber en se détachant de la muqueuse et se renouveler de temps à autre’. De Siebold a fait remarquer que les diverses espèces portent une petite tache blanchâtre caractéristique sur la tête, en arrière de la narine1 2.

On connaît quelques espèces de ce genre, partie marines, partie fluviatiles, en Europe, dans les parties ouest du nord de l’Amérique, dans le Japon et dans l’Afrique occidentale. Parmi celles qui habitent les mers ou les eaux douces de notre continent3, les dites P. fluviaUs et P. Planeri, très

1 Born : Bemerkungen über den Zahnbau der Fische (Heusinger’s Zeitschrift fur die organ, Pliysik, I, 1827, p. 183 et 194. Taf. VI, fi g. 5 et 9.

2 Siisswasserfische, p. 367.

3 Quatre, si l’on considère le P. Omalii (y. Bened.) comme espèce

PETR0MYZ0N.

voisines, peuvent seules être considérées comme appartenant à la faune suisse. Le P. marinus, beaucoup plus grand, qui de la mer du Nord remonte dans le Rhin, n’arrive généralement pas dans ce fleuve jusqu’à nous.

Jusqu’aux intéressantes observations de A. Millier', en 1856, les naturalistes ont génériquement distingué, sous le nom d’ Ammocoetes, une petite forme de Lamproie aveugle et à lèvres séparées que l’on sait maintenant ne représenter qu’une phase du développement du Pet. Planeri. La découverte de Millier, en signalant les curieuses métamorphoses de ce petit poisson, a naturellement effacé de la nomenclature un nom générique qui n’avait plus de raison d’être. Il est difficile de dire aujourd’hui si nos autres Lamproies passent aussi par toutes les mêmes phases de développement. Millier dit avoir trouvé une larve du Pet. fluviatilis très semblable à celle du P. . Planeri ; par contre, Môbius et Heine'ke J racontent qu’une jeune Lamproie marine {Pet. marinus) a été capturée dans le port de Kiel qui, avec tous les caractères de l’individu parfait, ne mesurait que 25 centimètres de longueur totale, alors que les adultes atteignent à 0ra,75 (jusqu’à lm), dans les mêmes conditions de milieu.

J’ai dit plus haut que les Lamproies dites P. fluviatilis et P. Planeri sont très voisines. En effet, les quelques caractères appelés à distinguer la première de la forme adulte de la seconde sont de si petite valeur et si inconstants, qu’à part la différence de taille, dépendant peut-être de l’habitat, il est difficile d’y trouver des raisons bien sérieuses d’une distinction

distincte du P. fluviatilis; deux seulement si, avec quelques auteurs, on rapproche spécihquement les P. fluviatilis , P. Omalii et P. Planeri.

1 Ueber die Eutwickelung der Neunaugen; Müllers Archiv, 1856.

2 Fische der Ostsee, 1883, p. 161.

vraiment spécifique. C’est Schneider qui, en 1879, a le premier contesté la validité de l’élection spécifique de ces deux Lamproies, en déclarant qu’il ne les considérait, ainsi que le P . Omalii , que comme des formes d’une seule et même espèce h Depuis lors, ‘en 1884, Waygel a repris en détail la question, au point de vue purement zoologique, et publié sur le sujet une note dans laquelle, comparant de points en points les divers traits censés distinctifs des deux poissons, il arrive à la même conclusion 1 2.

Malgré l’autorité des auteurs anciens et récents qui ont sanctionné la distinction spécifique, ou qui, jusqu’à 1879 encore, l’ont acceptée sans conteste, je ne puis me défendre de partager jusqu’à un certain point ropinion de Schneider, et de voir dans mes observations propres des données qui militent en faveur du rapprochement. L’inconstance des caractères différentiels tirés de la séparation plus ou moins franche des nageoires dorsales, ou de la forme plus ou moins pointue des dents, est bien faite pour susciter des doutes sur la valeur de la distinction, et il semble que l’idée d’une origine commune nous donne une raison naturelle de l’extrême pauvreté de nos connaissances sur le développement du Petromyzou dit Fluviatilis.

Cependant, considérant qu’il existe encore quelques lacunes dans les degrés de l’échelle morphologique et biologique qui devrait unir spécifiquement les deux Lamproies en question, je décrirai ici séparément les deux poissons, sous leurs anciennes dénominations, pour bien accuser les quelques particularités qui concordent chez eux avec des habitats différents. Si je ne les range pas, dès à présent, sous le nom spécifique commun de Petromyzou Jiuviatilis, comme l’a déjà fait a priori Benecke3,

1 À. Schneider : Beitrage zur vergleiehenden Anatomie und Entwickelungsgeschichte der Wirbethiere. Berlin, 1879, p. 34-102, PI. I-XI.

2 L. Waygel : die Zusammenzichung der zwei Arten von Petromyzon (P. Planeri und P. fluviatüis) in eine; Yerliandl. der K. K. zool. bot. Gesell. in Wien, XXXIII, 1884, p. 311-320, pl. n° XVII.

3 Benecke (Nat. und Leben der Fisclie, 1886) admet, sans discussion, l’opinion de Schneider, et range sous le même nom de P. fluviatüis les deux formes ici en litige.

PETROMYZON PLANER! .

du moins je leur attribue le même numéro d’ordre répété, pour afficher jusqu’à un certain point leur parenté probable.

Nous distinguerons donc, jusqu’à nouvel ordre, deux formes (espèces très voisines, sous-espèces ou variétés) : l’une ( mimr ), plus petite et plus localisée dans les eaux douces; l’autre (major), passablement plus grande, remontant de la mer pour frayer dans les cours d’eau du continent et y séjournant plus ou moins.

Petromyzon (fluviatilis) minor, (Branchialis et Planeri).

1. LA PETITE LAMPROIE Querder ou Kleines Neunauge l. — Piccola Lampreda.

Petromyzon Planeri, Bloch.

Bouche armée, chez V adulte, d’un cercle de plaques dentées : une grande plaque maxillaire supérieure très largement creusée au milieu et relevée, de chaque côté, en une forte dent subconique arrondie ; une grande plaque maxillaire inférieure découpée en sept dents subconiques arrondies, les externes les plus grosses ; trois plaques beaucoup moindres, ovales et transverses, avec un, deux, ou trois petits cônes dentaires, à droite et à gauche dans la joue ; une rangée de plaques subarrondies, moindres encore sous la lèvre supérieure, et souvent quelques autres très petites, irrégulièrement distribuées au-dessus de celles-ci. Pas de plaques dentées à la lèvre inférieure. Les deux nageoires dorsales très voisines, souvent reliées par une légère carène, parfois franchement séparées et à tranche subarrondie. — Manteau, en dessus, d’un gris plombé, ardoisé, olivâtre ou verdâtre et immaculé, avec un cer-

1 Le nom vulgaire Neunauge attribué à cette Lamproie, ainsi qu’aux suivantes, doit peut-être provenir du fait qu’un petit pli en creux de la peau, entre l’œil et le premier trou branchial, simule plus ou moins comme un huitième orifice latéral et qu’ainsi le poisson peut paraître, à première vue, pourvu de neuf yeux sur chaque côté de la tête ; cela surtout chez la larve à demi-développement, alors que l’œil apparaît.

tain éclat argenté , sur les côtés et en dessous . — (Taille d} adultes : 0m,12—0m,20 à 0m,30).

(a) Forme adulte ou parfaite :

Petromyzon Plane ri, Bloch , Fische Deutschl. III, p. 47, Taf. 78, fig.

— Lacép., I, p. 30, pl. 3, fig. I. — De Selys-Longchamps , Faune belge, p. 226. — Günther , Fische des Neckars, p. 135 (359). — Heckel et Kner, Süsswassertische, p. 380, fig. 203- — De Betta, Ittiol. veron., p. 125. — De Siebold , Süsswasserfische, p. 375 ( a ), fig. a, b, n, o. — Jàckel, Fische Bayeras, p. 101. — Canestrini , Prosp. crit., p. 142. — Blanchard , Poissons de France, p. 517, fig. 138, 148, 149. — Pavesir Pesci.e Pesca, p. 72. — Moreau, II. N. Poissons de France,. III, p. 606. ,

» SANGUISUGA, SEPTOCtJLLA, NIGER, Lacép., II, p. 101 ; IV, p~

667, pl. 15, fig. 1 et 2.

» bicolor, plumbeüs, Shaio , Zool., V, 2, p. 263.

» branchialis, Günther, Catal. of Fishes, VIII, p. 504. — Mêla , Vert. Fennica, p. 371, fig. 214.

» fluviatilis, Beneche , Naturg. und Leben der Fische, 1886r

p. 193, fig. 199 et 200.

Lampetra Plane ri, Gray , Chondrop., p. 144.

(b) Forme larvaire ou imparfaite :

Petr.omyzon branchialis, Linné , Syst. Nat., éd. 12, p. 394. — Blochr Fische Deutsche III, p. 45, Taf. 78, fig. 2. — Schrank , Fauna Boica, p. 304. — Hartmann, Helv. Ichthyol., p. 35.

» ruber, Lacép., II, p. 99, pl. 1.

» lumbricolis, Pallas, Zoo g. Ross. As. III, p. 69.

» caecus, Couch, Lond. Mag. Nat. Hist. V, p. 23, fig. 10.

Ammocoetes branchialis, Holandre , Faune de la Moselle, p. 264. — Yarrell , Brit. Fishes, p. 609. — Schim, Fauna Helv.r p. 165. — De Selys-Longchamps t 1. c. p. 227. — Günther, Neckar, p. 135 (359). — De Betta, 1. c. p. 126. — Heckel et Kner , 1. c. p. 382, fig. 204.

Ammocoetes admis comme forme larvaire du Pet. Planeri, par : de

Siebold , 1. c. (b), fig. a-m. Jàckel, 1. c. Canestrini, 1. c. Blanchard, 1. c..

Moreau, 1. c. Beneche , etc. ...et, quoique sous le nom de P. branchialis r

par : Günther, 1. c. Mêla , 1. c., etc.

Noms vulgaires : S. F. Perce-pierre , Petite Lamproie , Lamproie de ruisseaux, Lamproyon , Sucet ; aussi Petite Anguille, à Neuchâtel. — S. A, Neunauge, Kleines Neunauge , Steinbeisser, Pricker Querder ; aussi Heine Bigler, Steinpicer, à Bienne et Morat r. Stei'nbrecher, Steinbisser à Thoune et Brienz.

PETROMYZON PLANEIU .

(a) Forme adulte.

Corps long, subcylindrique en avant, de plus en plus comprimé en arrière, et couvert d’une peau nue et lisse, quoique plus ou moins marquée de petits plis entrecroisés, sans ligne latérale. La hauteur maximale, au-dessus des derniers orifices branchiaux, ou plus en arrière du côté de la dorsale, suivant les individus, à la longueur totale, comme 1 : 12 à 18, môme 20 chez des sujets amaigris très effilés. — L’anus un peu en arrière des deux tiers de la longueur totale.

Tête allongée, subconvexe et un peu pincée, comme projetée en large groin oblique en avant, plus épaisse et plus cylindrique en arrière, avec sept orifices branchiaux en boutonnières ovales, à doubles valvules et à peu près équidistants, en arrière de l'œil (voy. PL IV, fig. 22* ; sa longueur, jusqu’au dernier trou branchial, vis-à-vis de la longueur totale du poisson, souvent comme 1 : 4,3 — 5,5. La distance entre le bout du museau et le premier trou branchial, bien plus grande que chez la larve, souvent V10 à ’/7 de la longueur de l’animal. — Bouche oblique ou inférieure, en large ventouse arrondie, parfois ovale ou en fente subtriangulaire au repos, avec une seule lèvre circulaire finement frangée sur le bord, et d’une largeur très variable, suivant les cas, un peu plus ou un peu moins forte que celle de la tête au niveau de l’œil. — Œil rond,. recou vert par la peau du corps et d’un diamètre, vis-à-vis de l’espace préorbitaire (au bord supérieur de la lèvre), volontiers comme 1 : 2,90 — 3,50, parfois même = 1 : 4,50 (le plus souvent = 1 : 3—3,50) ; vis-àvis de la longueur de la tête au premier trou branchial, ordinairement comme 1 : 5,50 — 6,50, parfois 7. — Orifice nasal unique, médian, saillant en petit tube un peu en avant des yeux.

Dents sur diverses parties de la bouche : en guise de mâchoire supérieure, une grande pièce cornée, transverse et en demilune, relevée en une forte dent subconique arrondie, de chaque côté d’un profond sillon médian au moins aussi large que l’une des dents. Pour mâchoire inférieure, une autre

grande pièce cornée, horizontale et incurvée, découpée en sept dents subconiques arrondies, les externes les plus grosses. A gauche et à droite, sur les côtes charnus de la ventouse, trois autres plaques ovales beaucoup plus petites, disposées transversalement les unes au-dessus des autres, avec un, deux ou trois cônes dentaires obtus, volontiers trois sur la médiane. En avant, entre la pièce maxillaire supérieure et le bord antérieur de la lèvre, une rangée de quelques petites plaques subarrondies, avec un ou parfois deux petits cônes dentaires ; souvent, en outre, au-dessus de celles-ci et plus près du bord de la lèvre, comme un second rang irrégulier de plaques beaucoup plus petites encore. En arrière de la pièce maxillaire inférieure, ou plus au fond, une autre petite barre mamelonnée et finement dentée. Plus profondément encore, la langue échancrée en croissant et légèrement dentelée sur le bord. Enfin, sur le pourtour de la bouche, dans une rainure un peu en arrière des franges labiales, une rangée continue de très petits tubercules cornés. — Généralement pas de plaques dentées entre la plaque maxillaire inférieure et le bord de la lèvre, en dessous (voy. PL IV, fig. 23) l.

Comme l’a déjà fait remarquer de Siebold, Heckel et Kuer se sont trompés quand ils ont attribué douze dents à la plaque maxillaire inférieure du P . Planer i. Je n’en ai jamais trouvé que sept : cependant la bifurcation accidentelle de l’une ou des deux dents majeures externes à leur sommet, signalée chez certains jeunes par Waygel2, pourrait faire compter parfois à tort huit ou neuf saillies dentaires inférieures.

Nageoires : deux dorsales très voisines et une caudale soutenues

1 La figure, n° 198, de Benecke (Nat. und Leben der Fisclie, 1886) ne peut pas donner une idée exacte de la dentition, ni du P. Planeri , ni du P. fluviatilis. La pièce maxillaire sup. est beaucoup trop petite vis-à-vis des cônes dentés latéraux et les neuf dents maxillaires inférieures représentent un cas exceptionnel; la règle étant 7 dents, les externes, les plus grosses, parfois subdivisées au sommet.

2 Verliandl. der K. K. zool. bot. Gesell. Wien, XXXIII, p. 311-320, pl. XVII.

PETROMYZON PLANERI.

par de petits rayons mous; la dernière simulant plus ou moins une anale, en se prolongeant sur la ligne médiane en dessous, principalement chez la femelle au moment du frai.

Première dorsale naissant presque au milieu de la longueur totale, ou un peu en avant, et occupant un espace, visà-vis de celle-ci, comme 1 : 6,5 — 8; décrivant une courbe un peu raplatie, avec une élévation maximale, vers le premier tiers ou plus près du milieu, selon les sujets, V5 ou V7 ou Vio de sa base.

Seconde dorsale toujours très voisine, quoique, suivant les individus, naissant à un ou deux millimètres de la première, ou reliée à celle-ci par une petite carène membraneuse, et joignant la caudale en arrière après une dépression bien accentuée ; décrivant une courbe écrasée, avec une longueur Va ou Va plus grande que celle de la précédente et une hauteur, vers son milieu ou un peu en avant, V* à 3/4 plus forte, parfois presque double. — Caudale lancéolée, faisant suite à la seconde dorsale abaissée, avec une hauteur maximale généralement beaucoup moindre: dépassant légèrement l’extrémité du corps et revenant, en dessous, un peu plus loin que la dépression dorso-caudale supérieure, pour se prolonger plus ou moins en légère carène du côté de l’anus. Son élévation totale, d’un lobe à l’autre, volontiers presque égale à la moitié de sa longueur en dessus; celle-ci mesurant à peu près ‘/12 à Vu, de la longueur totale. De Siebold 1 a fait remarquer que la carène inférieure, se relevant un peu tout près de l’anus, semble former, chez les femelles, comme une petite nageoire anale dépourvue de rayons.

Coloration d’un gris ardoisé ou plombé, d’un gris brun ou olivâtre, ou d’un vert bleuâtre, en dessus; les flancs plus pâles, d’un gris plus ou moins argenté ou nacré; le ventre blanchâtre, jaunâtre ou rosâtre, pourvu également plus ou moins d’un éclat argenté; les nageoires grisâtres, jaunâtres ou rosâtres, parfois d’un jaune orangé.

Dimensions très variables. On trouve des individus complète-

1 Süsswasserfische, p. 376.

ment transformés beaucoup plus petits que certaines larves encore aveugles. La plupart des adultes du pays que j’ai étudiés mesuraient 0m,140 à 0m,160; cependant, j’ai eu l’occasion d’examiner un mâle adulte parfait qui n’avait que Om,115 de longueur totale. Heckcl et Kner donnent, comme taille maximum, 7 à 9 pouces; de Siebold, de 4 Va & 10, même 13 pouces. Je ne sais si l’espèce arrive quelquefois à de pareilles dimensions dans nos eaux; cependant, on m’a signalé aux environs de Lucerne, aux embouchures de quelques petits cours d’eau dans le lac, des individus de 0m,20 à 0m,25, taille maximale de ce poisson en France, selon Blanchard. Pour Hartmann, dans son Helvetische Ichthiologie, le Pet. branchialis mesure au plus 7 pouces, avec l’épaisseur d’un très gros ver de terre.

Ovaire et testicule simples et sur la ligne médiane ; le premier comme plissé ou multilobé, le second feuilleté ou segmenté. — Une papille uro-génitale, conique acuminée, entre les lèvres de l’anus, dans les deux sexes, mesurant 4 7a mm. chez un mâle adulte de Om,125, jusqu’à o,I1IU ou 6m,n chez des sujets de 0m,15 à 0m,16. — Reins s’étendant sur toute la longueur de la cavité viscérale et embrassant l’organe de la génération de droite et de gauche. — Tube digestif droit, de la bouche à l’anus. — Pas de vessie natatoire.

Le Petromyzon Planeri varie assez à l’état adulte, comme on vient de le voir, non seulement quant, à la taille, mais encore quant aux divers rapports de ses- proportions, pour qu’il soit difficile de trouver dans ceux-ci des caractères distinctifs bien déterminés. Les nageoires dorsales plus ou moins hautes ou basses, peuvent être en particulier, suivant les individus et leurs dimensions, ou reliées par une légère carène membraneuse, ou, quoique très voisines, franchement séparées par un petit espace entièrement plat. Nous verrons plus loin que l’inconstance de l’union des dorsales chez le P. Planeri et la variabilité des dents plus ou moins acuminées chez le P. jluviatïlis, semblent rapprocher beaucoup ces deux Lamproies. (Voyez plus bas, à la discussion du P.fliiviatilis.)

PETROMYZON PLANER I.

(b) Forme larvaire.

Durant son développement et avant de revêtir la forme adulte que je viens de décrire, la petite Lamproie de Planer subit, comme je Fai dit, d’assez grandes métamorphoses pour avoir, jusqu’en 1S56, passé pour représenter un genre particulier, sous le nom de Ammocoetes branchial is. Nous avons vu que c’est à Aug. Millier que l’on doit la constatation de l’identité 'spécifique des deux formes et le premier exposé des transformations successives reliant l’une à l’autre. Depuis lors, bien des naturalistes ont vérifié le fait si longtemps méconnu, et moimême j’ai pu, sur des individus recueillis en Suisse à différents états de développement, suivre pas à pas les transformations indiquées.

Les principales différences qui, abstraction faite de la taille très variable, distinguent extérieurement la forme larvaire (&) de la forme adulte (a), sont les suivantes :

Corps marqué de nombreux plis verticaux tr ans verses. Tète notablement plus courte; beaucoup plus ramassée dans sa partie antérieure et plus renflée dans sa partie branchiale. Bouche bordée en avant et sur les côtés par une g rosse lèvre supérieure \ avec une petite lèvre inférieure bilobée entre les pans latéraux de la première . Pas de dents (plus tard quelques dents molles peu développées). Œil absent (ou df abord pas apparent). Orifices branchiaux ouverts au fond d'une rainure. Toutes les nageoires simplement membraneuses , réunies ou confluentes et plus basses. — Manteau dépourvu d'éclat argenté. (Voyez PI. IV, fig. 21.)

J’ai trouvé des larves entièrement aveugles et à tous égards au même point de développement, qui mesuraient, les unes 0m,70, les autres 0m,160 de longueur totale1 2; de même que j’ai examiné des adultes parfaits variant entre Om,115 et 0m,160. Ce poisson pouvant vivre, selon la majorité des observateurs, trois

1 Cette grosse lèvre qui pend un peu à droite et à gauche de la bouche de la larve a été quelquefois prise à tort pour tentacules ou barbillons latéraux.

2 Benecke (1. c.) parle de larves de 0m,20.

à quatre ans sous la forme larvaire, il paraît probable que la croissance et les dernières transformations peuvent être, suivant les conditions, plus ou moins rapides, et que les larves peuvent se métamorphoser à des tailles très différentes, pour former des adultes de dimensions aussi fort différentes.

La tête s’allonge peu à peu en s’amincissant, surtout dans sa partie antérieure; l’œil, d’abord remplacé par un mamelon, puis par une tache dans une légère dépression, se forme petit à petit et grandit sous la peau; l’orifice nasal recule un peu; les lèvres se soudent graduellement par leurs bords, pour composer une ventouse circulaire de plus en plus large; les plaques dentées se développent peu à peu dans la bouche. La rainure branchiale devient de moins eu moins profonde. Les nageoires s’élèvent, en même temps que de nombreux petits rayons mous se forment entre leurs deux parois ; elles se distinguent de plus eu plus par rétablissement, d’une dépression séparatrice; la terminaison caudale devient plus lancéolée. La fente anale se développe. La pigmentation argentée se montre enfin sous la peau du ventre et des flancs, avec les dernières transformations et l’apparition de la papille uro-génitale.

La hauteur maximum du corps sur les branchies, chez des larves de 0m,070 à 0m,160, bien qu’ également aveugles, m’a paru varier, vis-à-vis de la longueur totale, comme 1 : 10,5 à 15 ; la longueur de la tête au dernier trou branchial, vis-à-vis de la même longueur, comme 1 : 5,20 à 5,75; l’espace compris entre le bout du museau et le premier trou branchial, comme 1 : 12 à 16, toujours vis-à-vis de la même longueur.

La Lamproie de Planer est très répandue dans toutes les eaux douces, et jusque dans les moindres ruisseaux de l’Europe presque entière \ au midi comme au nord, en Italie et jusque sur les rives de la mer Baltique. On la trouve fréquemment en Suisse, dans différents cours d’eau, dans le canton du Tessin, au sud des Alpes, aussi bien que dans beaucoup des tributaires

1 Probablement aussi dans l’ouest de l’Amérique du Nord, sous le nom de Ammocoetes Niger , Raf.

PETROM'YZON PLANER I.

du Rhin, au nord : dans les environs de Neuchâtel, de Bieiine, de Fribourg, de Soleure, d’Aarau, de Bâle, de Berne, de Thoune, de Brienz, de Lucerne, d’Altorf, de Zoug, de Zurich, etc. Je ne sache pas qu’elle ait été rencontrée dans le bassin du Rhin, au-dessus de la chute; Nenning et Rapp n’en parlent pas, et le I)r Brügger ne la cite pas dans son catalogue des poissons des environs de Coire1 * 3 4. Pas plus que Jurine et Lunel, je ne l’ai observée dans le bassin du Léman, où elle semble faire aussi défaut \ Je n’ai pas connaissance que l’espèce ait été observée dans le pays au-dessus de GOO â 700 mètres sur mer.

La petite Lamproie, dite Lamproyou , passe généralement la mauvaise saison plus ou moins profondément enfouie dans la vase; quelquefois dans les lacs, d’où elle regagne l’eau courante au printemps, plus souvent semble-t-il dans le fond des rivières ou des ruisseaux, voir même dans les fossés, les mares ou les étangs. Son existence sous la forme larvaire dure, suivant les auteurs et probablement selon les conditions, trois ou quatre, parfois même cinq ans8, pour se terminer d’ordinaire à l’approche du printemps, au moment où les individus des deux sexes métamorphosés sont arrivés h maturité pour la reproduction; l’époque du frai étant généralement en avril, pour beaucoup de cours d’eau en Allemagne, selon Müller et de Siebold.

Malgré le dire du Dr CI. Schoch, qui donne mars et avril comme temps de frai dans la Reppisch près de Zurich \ je crois cependant que cette époqué doit être passablement plus tardive, en mai ou même en juin, pour beaucoup de nos eaux re-

1 Naturgeschiclitliche Beitriige zur Kenntniss (1er Umgebung von Chur, 1874, p. 149 et 150.

* Quelques personnes m’ont raconté avoir vu parfois près de Genève, dans le Yengeron en particulier, un petit poisson nageant comme une Anguille, qu’elles supposent pouvoir être peut-être une Lamproie; cependant, il est fort possible qu’elles aient rencontré, ou une petite Anguille égarée provenant de l’étang de Feraey ou peut-être simplement une jeune Couleuvre.

3 Maximum de cinq ans, suivant Benecke (Naturg. und Leben der Fiscbe).

4 Fischfauna des Cantons Zurich; 1879, p. 18.

lativement froides, dans lesquelles il est rare de rencontrer des individus en activité avant le milieu d’avril ou le commencement de mai. A partir de ce temps on peut voir, en effet, tantôt des larves plus ou moins transformées serpentant dans une rivière ou un ruisseau, tantôt des sujets adultes nageant à la façon de l’Anguille, ou fixés par leur ventouse buccale contre quelque pierre et ondulant sous l’action du courant. Selon quelques pêcheurs d’Yverdon et de Bienne, la petite Lamproie ( Perce pierre) frayerait en mai, dans les ruisseaux; plusieurs individus se fixant côte à côte sur la même pierre. J’ai reçu, le 20 mai, des adultes mâles et femelles de 14 à 1(3 centimètres, pris ensemble dans un petit ruisseau près d’Altorf, et qui, ayant laite et ovaire très développés, approchaient évidemment beaucoup de l’époque de leur frai. Deux individus parfaits, de taille moyenne, capturés les premiers jours de juin, dans l’Aar près de Berne, étaient vides, très flasques et amaigris, comme s’ils avaient tout récemment frayé. Enfin, le Dr Th. Studer, de Berne, m’écrivait dernièrement, qu’il avait vu, le 31 mai 1889, une grande quantité de P. Planeri en train de frayer dans l’Aar, au débouché des égoûts, près du pont d’Altenberg; alors que dans certains canaux en relation avec la rivière, celui de la Matte en particulier, beaucoup de larves n’avaient pas terminé leurs métamorphoses, les yeux commençant seulement à paraître. La fin de mai et le commencement de juin comprendraient donc les époques de frai les plus communes, dans nos eaux ; et cependant, il est bien probable que le moment de cette opération peut être, suivant les années et les conditions, plus ou moins avancé ou retardé \

Plusieurs auteurs affirment que les métamorphoses de la larve se font très rapidement ; et, pour Benecke, les transformations s’opéreraient entre août et janvier. Ces dernières épo-

3 Perret et Droz (Informations manuscrites sur les Poissons des lacs de Neuchâtel, Morat et Bienne, 1811) rapportent le dire de quelques pécheurs de Port-Alban, d’Estavayer et d’Yvonand sur les rives du lac de Neuchâtel, selon lesquels on verrait assez souvent en été, particulièrement en juillet, sept à huit petites Lamproies fixées côte à côte sur la même pierre et en train de frayer, dans les ruisseaux.

PETROMYZON PLANER!.

ques me semblent s’accorder difficilement, soit avec les observations du Dr Studer à Berne, soit avec celles que j’enregistre ci-après.

J’ai capturé dans une petite mare dépendant du Vedeggio, dans le Tessin, des larves à moitié transformées à la fin de juin. J’ai reçu de la Maggia, dans le même canton, par le prof. Pavesi, divers individus dont une partie présentant déjà des yeux et des dents assez développés, le 24 juillet. J’ai reçu de la Suhr, en Argovie, avec des larves d’assez grandes dimensions quoique plus ou moins avancées, un sujet femelle quasi-transformé, ayant déjà des ovaires passablement développés, au mois de septembre. Enfin, le D'' Suidter m’envoyait, le 13 février 1885, dans de la mousse humide, un certain nombre d’individus retirés ensemble de la vase du fond d’un ruisseau en curage, près de la station de Littau,’ dans le canton de Lucerne; il y avait des larves complètement aveugles, des individus à moitié transformés et des adultes parfaits, dont un mâle de 0m,115 à testicules bien développés. Les larves avaient parfaitement supporté un stage de près d’une journée hors de l’eau et se montrèrent très alertes, bien vite après avoir été replongées dans leur élément; les adultes, par contre, êtres supérieurs et par là beaucoup plus délicats, survécurent peu ou pas au voyage; ils étaient en partie morts déjà avant le départ.

Les organes de reproduction se développent chez la larve pendant ses dernières transformations, et celles-ci paraissent devoir être plus ou moins rapides dans différentes conditions. On trouve des larves qui ont déjà un ovaire multilobé passablement développé, avec des oeufs de un dixième à un septième de millimètre, alors que l’œil commence seulement à apparaître chez elles. D’autres plus avancées, ou peu avant les dernières métamorphoses, portent des œufs passablement plus gros; et cependant, il ne paraît pas probable que la larve puisse être jamais capable de reproduction, car elle ne porte point encore la papille uro-génitale sexuelle propre de l’adulte. Laite et ovaire n’atteignent leur maturité parfaite qu’après transformation complète de l’individu, dans les dernères semaines qui précèdent l’époque du frai. Les œufs mûrs mesurent alors un millimètre environ.

olO

Millier donne d’intéressants détails sur les amours de la petite Lamproie. Plusieurs individus se réuniraient pour jouer ensemble, de préférence dans l’eau bien courante; les mâles se fixeraient par leur ventouse sur la nuque des femelles, et celles-ci déposeraient leurs œufs dans de petits creux du fond, les premiers se courbant en dessous pour féconder ce précieux dépôt. Les nouveau nés, éclos après trois semaines selon certains observateurs, et présentant l’aspect d’un ver, s’enfoncent bien vite dans le sable ou la vase, d’où ils 11e ressortent le plus souvent que trois ou quatre ans plus tard, transformés ou près de l’être.

Le fait que l’on ne voit plus guère d’adultes en été, après l’époque de la reproduction, que ceux-ci semblent disparaître bientôt des ruisseaux où ils ont frayé, qu’ils sont partout plus rares que les larves, et qu’on trouve difficilement chez eux des œufs en voie de développement, a fait supposer à Millier et à divers auteurs après lui, que le I\ Planeri parfait doit mourir peu après avoir contribué à la multiplication de son espèce. Les quelques données que j’ai fournies plus haut, quant aux dates de capture et à l’état de développement de beaucoup des individus que j’ai examinés, semblent jusqu’à un certain point corroborer cette opinion, partagée par de Siebold ; cependant, je ne vois pas là de raisous suffisantes pour condamner nécessairement à mort ce pauvre poisson, qui 11’aurait que de deux à trois mois de vie à l’état parfait.

Je 111e demande s’il ne serait pas possible qu’après avoir frayé, la plupart des adultes quittassent bientôt le théâtre de leurs amours pour gagner de plus grandes eaux, les uns la mer, les autres le fond de nos principales rivières ou de nos lacs, où ils passeraient quelques mois inaperçus, 11e se montrant plus que de nouveau mûrs pour la reproduction. On rencontrerait moins d’adultes que de larves, parce qu’ils resteraient moins longtemps à portée de vue ou de capture, et cela expliquerait, semble-t-il, les immenses disproportions de taille constatées en divers lieux, soit entre larves, soit entre adultes parfaits dont j’ai vu un mâle de 0m,115, tandis que de Siebold a trouvé parfois des sujets de 13 pouces, soit 0m,35 environ.

Benecke qui partage l’idée de la mort de l’adulte après la

l’ETROMYZON PLANERI.

saison des amours et qui admet l’opinion de Schneider relativement à l'identification des P.fluviaiilis et Planeri, raconte que les larves (Ammocoetes branchialis) descendraient avant la tin de leurs transformations jusqu’aux embouchures des fleuves dans la mer, où elles continueraient à croître et se développer, jusqu’à, la taille maximum de l’espèce, Oro, 30-50. Si le fait est avéré pour quelques larves dans certains cours d’eau d’Allemagne, il ne me paraît par contre guère acceptable pour la plupart de nos ruisseaux, où l’on voit le Planeri terminer ses métamorphoses et se reproduire en abondance. Quoiqu’il en soit, que les petites Lamproies descendent à la mer parfaites ou imparfaites, le simple fait d’une migration possible de la forme dite P. Planeri vers la mer pourrait constituer un argument important en faveur du rapprochement spécifique de ce dernier plus petit et du P. ftùviatïlis plus grand, qui morphologiquement est si peu différent.

La nourriture de cette espèce paraît consister surtout en vers, petits crustacés, petits insectes, larves diverses et menus débris animaux enfouis dans la vase. L’adulte, dont nous avons dit qu’il se fixe volontiers par sa ventouse buccale contre les pierres, qui même doit à cette habitude ses noms de Perce-pierre e n français et de Sieitibeisser en allemand, s'attache aussi souvent sur le corps d’autres poissons, voire même sur leurs branchies, pour en sucer le sang. Par contre, la conformation différente de la bouche de la larve ne permet point à celle-ci de se fixer contre des corps étrangers, et ses lèvres séparées lui interdisent toute espèce de succion.

Il ne se fait pas chez nous de pêche spéciale de ce petit poisson. On le prend le plus souvent à la truble avec d’autres petites espèces, ou accidentellement dans les filets, ou encore dans la vase qu’on retire des étangs ou des fossés ; il ne sert guère, par le fait, à l’alimentation, et les pêcheurs en [font le plus souvent usage comme d’amorce vivante et assez résistante, pour prendre les poissons carnivores; quelques-uns le coupent en morceaux pour capturer l’Anguille.

On a trouvé quelques Helminthes parasites, particulièrement les Lifjula digramma et L. monogramma de Creplin, dans sa cavité abdominale.

Petromyzon * (jluviaiilis) major, ( Fluviatüis , auctorum).

1 &ÎS. LA LAMPROIE DE RIYIÈRE Fluss-Neünaüge.

Petkomyzon floviatilis, Lit, né.

Bouche armée d’ un cercle de plaques dentées : une grande plaque maxillaire supérieure très largement creusée au milieu et relevée de chaque coté en une forte dent conique ; une grande plaque maxillaire inferieure découpée en sept dents acuminées , les externes les plus fortes; trois plaques beaucoup moindres, ovales et transverses, avec un, deux ou trois petits cônes dentaires, à droite et à gauche dans la joue; deux rangées plus ou moins régulières de plaques moindres encore sous la lèvre supérieure, les externes les plus petites. Pas de plaques dentées à la lèvre inférieure. Les deux dorsales franchement séparées, quoique plus ou moins rapprochées ; la seconde souvent légèrement anguleuse vers son premier tiers.. — Manteau, en dessus, d’un gris olivâtre ou verdâtre immaculé, souvent à reflets bleu d’acier. — (Taille d’adultes et de vieux 0m,30 — 40 à 0m,50J.

Petromyzon floviatilis, Linné, Syst. Nat., éd. 12, p. 394. — Bloch , Fisclie Deutsclil. III, p. 41, Taf. 78, tig. 1. — Schranh , Fauna Boica, p. 304. — Pallas , Zoog. Ross. As. III, p. 66. — Holandre , Faune de la Moselle, p. 263. — Hartmann , Helv. Ichthyol., p. 32. = Yarrell , Brit. Fishes, II, p. 604. — Schinz.r Fauna Helv., p. 164. — De Selys-Longchamps , Faune belge, p. 226. — Günlher , Fisclie des Neckars, p. 134 (358); Catal. of Fislies, VIII, p. 502. — Heckel et Kner, Süsswassertische, p. 3/7, tig. 202. — De Siebold , Süsswasserfische, p. 372. — De Betta , Ittiol. veron., p. 123. — Canestrini , Prosp. crit., p. 141, juv. — Blanchard , Poissons de France, p. 515. — Moreau , H. N. Poissons de France, III, p. 604. — Mêla, Vert. Fenuica, p. 370, tig. 213. — Mô-

1 Toutes les mesures et les différents rapports de proportions que je donne ici, pour cette Lamproie, ont été relevés sur des individus adultes moyens du Rhin suisse, malheureusement depuis quelque temps à l’alcool.

PETROMYZON FLUVIATIL1S. 513

bius et Heincke, Fiscke der Ostsee, p. 161 et fig. — Benecke, Naturg. und Lebea der Fiscke, p. 193, kg. 197.

» Pricka, Lacépède, I, p. 18.

Lampetra fluviatilis, Gi'ay, Ckondropt., p. 140.

Noms vulgaires : Perce-pierre , à Neuckâtel, — Généralement Neunauge, dans la Suisse allemande ; assez souvent aussi, comme la petite Lamproie, Steinbrecher ou Steinbisser.

Corps long, subcylindrique, de plus en plus comprimé dans sa moitié postérieure, et couvert, d’une peau nue, souvent plus ou moins plissée, sur laquelle on ne distingue pas de ligne latérale, mais quelques petits pores devant et derrière l’œil. La hauteur maximale, sur les derniers trous branchiaux, ou un peu en arrière, à la longueur totale, comme 1 : 13—15, souvent = 1 : 13,50 — 14,50 chez des adultes moyens ; à la longueur du corps, du museau à l’anus, souvent comme 1 : 9,60 — 10,20. L’épaisseur à peu près égale à a/3 de la hauteur. — Anus un peu en arrière des 3/z de la longueur totale.

Tête allongée, subconvexe en avant, un. peu pincée et comme projetée en large groin oblique, plus cylindrique en arrière, avec sept orifices branchiaux en boutonnières ovales et à peu près équidistants derrière l’œil. Sa longueur, du museau au dernier trou branchial, vis-à-vis de la longueur totale du poisson, comme 1 : 4,60—4,90, chez des adultes moyens. — Bouche en ventouse arrondie ou subovale, entourée d’une lèvre circulaire frangée sur le bord, et d’une largeur très variable, souvent un quart environ de la longueur céphalique. — Œil arrondi, recouvert par la peau du corps, d’un diamètre, vis-à-vis de l’espace préorbitaire (au bord supérieur de la lèvre) souvent comme 1 : 3,35 — 3,80; vis-à-vis de la tête au premier trou branchial, volontiers comme 1 : 5,90—6,20. — Orifice nasal simple, en avant entre les yeux.

Dents semblables en nombre et distribution à celles du P Plctneri adulte, mais généralement plus acuminées sur les différentes parties de la bouche : les deux majeures, maxillaires supérieures, plus saillantes et coniques, quoique aussi largement séparées; les sept maxillaires inférieures plus

étroites et pointues, les externes les plus fortes; les labiales latérales, également sur trois plaques ovales, à droite et à gauche, par une, deux ou trois ; les labiales supérieures suides plaques souvent un peu plus ovales et plus régulièrement sur deux rangées que chez le Planer i. Comme chez ce dernier, une petite barre mamelonnée et dentelée entre la pièce maxillaire inférieure et la langue; celle-ci découpée en croissant et finement dentelée. Enfin de très petits tubercules cornés dans une rainure circonlabiale. — Généralement pas de plaques dentées sur la lèvre inférieure.

Chez un de mes sujets du Rhin, de 0m,370, j’ai trouvé des dents beaucoup moins pointues que celles décrites et figurées par de Siebold1, qui semblent de forme intermédiaire entre celles du P. Plan&ri et celles du P. fluviatilis (Voy. PL IV, fig. 24).

Nageoires : deux dorsales assez voisines, mais bien distinctes, et une caudale soutenues par un grand nombre de petits rayons mous ; l’anale représentée par une légère carène membraneuse, prolongation de la caudale en dessous.

lre dorsale à tranche subarrondie, naissant à peu près au milieu de la longueur totale, parfois légèrement en avant, et occupant un espace, vis-à-vis de la longueur totale, volontiers comme 1 : 6,70—7, avec une élévation, vers son premier tiers ou au milieu, selon les sujets, V4 ou V5 de sa base.

2mo dorsale franchement séparée de la première, mais naissant plus ou moins près de celle-ci, et se confondant avec la caudale en arrière, après un affaissement bien accentué; souvent un peu plus conique ou moins arrondie au sommet que chez le Planeri ; volontiers 1 3/4 à 1 4/s fois aussi longue que la précédente, avec une hauteur passablement plus grande dans sou tiers antérieur, soit à peu près égale aux 2/3 ou aux 4/5 de la hauteur maximale du tronc.

Caudale lancéolée, embrassant l’extrémité du corps, mais dépassant peu celle-ci en arrière; d’une longueur, en dessus, depuis l’affaissement dorso-caudal, variant entre un

1 Süsswasserfisclie, p. 373 fig. 62.

PETROMYZON FLUVIATILIS.

peu plus ou un peu moins clu tiers de la seconde dorsale, et se prolongeant toujours plus basse, en dessous, jusqu’en face de l’affaissement supérieur ou un peu plus loin, pour se fondre dans une légère carène semi-charnue simulant une très faible anale non rayonnée.

Coloration des faces supérieures d'un vert olivâtre, souvent à reflets bleu d’acier, ou d’un gris olivâtre, sans taches ni marbrures; les côtes du corps d’un gris jaunâtre sale; les faces inférieures blanchâtres; les nageoires grisâtres.

Dimensions dépassant rarement 0m,45 à Om,oO; les mâles volontiers, dit-on, un peu plus petits que les femelles. Les individus adultes du Rhin, a, Bâle, que j’ai examinés variaient entre 0ra,350 à 0m,375 de longueur totale.

Ovaire et testicule simples, sur la ligue médiane; le premier plissé ou multilobé; le second feuilleté ou segmenté. — Reins s’étendant sur toute la longueur de la cavité viscérale et embrassant de droite et de gauche les précédents. — Tube digestif droit. — Une papille uro-génitale chez l’adulte. — Pas de vessie natatoire.

Nous venons de voir que les dents du P. fluviatilis , généralement pointues, peuvent être aussi quelquefois assez obtuses, un peu comme chez la petite Lamproie (Voy. PI. IV, fig. 23 dentition du Planeri et fig. 24, dents anormales du Fluviatilis) \ En rapprochant cette observation de celle que nous avons faite chez le P. Planeri, relativement à l’inconstance de l’union des deux nageoires dorsales qui devrait censément caractériser l’espèce, nous ne pouvons manquer, comme Schneider et Waygel, de mettre en doute la valeur de la distinction spécifique de ces deux poissons.

La différence de taille ne peut avoir ici une bien grande importance; car, en comparant les proportions attribuées par divers auteurs aux deux espèces, en différents pays, il est aisé

1 II ne peut être question, dans ce cas, de dents arrondies par usure, avant leur remplacement; car elles sont encore trop hautes et trop larges.

(te constater qu’il n’y a pas à cet égard de saut entre les plus grands sujets du Planeri et des individus de taille moyenne du Fluviatilis .

On ne sait presque rien du développement du P. fluviatilis , et on ne lui connaît pas de larve spéciale1; serait-ce que ses œufs donnent naissance en eau douce à VAmmocœtes branchialis qui, après s’être transformé en P. Planeri , deviendrait, avec le temps et dans des conditions d’habitat différentes, le P.fluviatilis. Il n’y aurait alors là qu’une question (Page et de migrations dépendant de celui-ci , des petits cours d’eau aux plus grands, ou aux lacs, ou à la mer.

La disparition dans tes ruisseaux de la majorité des individus transformés du Planeri, après leur premier accouplement, et les extensions comparées des aires géographiques des deux espèces paraissent à l’appui de cette hypothèse. Toutefois, l’échelle des transitions morphologiques du Planeri au Fluviatilis, et tes allures de ce dernier en toutes circonstances n’ont pas, je crois, été jusqu’ici suffisamment étudiées, pour qu’il soit permis de décider encore si la même larve deviendra d’abord Planeri, puis Fluviatilis, ou si des larves anatomiquement semblables, et souvent développées dans 1e même milieu, donnent naissance, suivant la taille de leurs parents , les unes, plus petites, au Planeri , les autres, plus grandes, au Fluviatilis ; si, en d’autres termes, ces deux Lamproies doivent être plutôt considérées‘comme formes constamment parallèles, sinon espèces, du moins variétés biologiques ou sous-espèces à habitats en partie différents.

Les dimensions comparées de l’œil à la tête ou au museau, dans nos deux Lamproies, paraissent militer jusqu’à un certain point en faveur de cette dernière supposition, contre l’hypothèse déjà formulée ci-dessus, soit en faveur de l’idée de deux races constantes, ou sous-espèces, l’une propre surtout aux eaux douces, l’autre frayant dam les mêmes conditions , mais vivant en partie dans la mer . Nous avons vu jusqu’ici, chez tous nos poissons, que le diamètre comparé de l’œil va diminuant avec l’âge,

1 Muller (1. c.) a seulement dit, sans grands détails, qu’il aurait vu une larve de Fluviatilis très semblable à celle du Planeri.

PETROMYZON FLUVIATILIS. 517

vis-à-vis des dimensions croissantes de la tête et surtout de l’espace préorbitaire. Une différence de moitié dans la taille de l’individu suffit généralement à changer énormément les rapports de grandeur de l’œil et du museau; tandis qu’ici nous trouvons des rapports quasi-semblables, ou très peu différents, chez des adultes moyens du Planeri et chez des représentants du Flaviatïlis deux ou trois fois plus grands.

J’ai indiqué ci-dessus, chez des individus parfaits du P. Planeri, de Om,115 à 0m,160 : œil, vis-à-vis de l’espace préorbitaire, comme 1 : 2,90 — 3,50 — 4,50, le plus souvent = 1 : 3 — 3,50; œil, à la tête au 1er trou branchial, comme 1 : 5,50 — 6,50.

Chez des adultes taille moyenne du P. ftuviatïlis, de 0m,350— Om,375: œil, à l’espace préorbitaire, comme 1 : 3,35 — 3,80; œil, à la tête au 1er trou branchial, comme 1 : 5,90 — 6,20.

Le P Omalii, décrit par van Beneden, en 1875 \ n’est pour Günther qu’une forme du Muviatïlis. Faute de matériaux suffisants, je ne saurais émettre d’opinion sur cette nouvelle Lamproie des côtes de Belgique qui aurait le corps plus comprimé et la bouche un peu différemment disposée, avec une taille moyenne de 15 à 32 centimètres.

La Lamproie de rivière habite, comme l’espèce marine, les eaux salées de différentes mers, d’où elle passe chaque année dans les fleuves et rivières, pour y frayer et y séjourner plus ou moins. On la rencontre dans les eaux douces de l’Europe presque entière, au nord comme au midi 2. Elle voyage souvent en assez nombreuse compagnie et se fait volontiers remorquer par d’autres poissons migrateurs, au corps desquels elle s’attache par sa ventouse buccale ; elle pousse généralement bien plus loin que la Lamproie de mer, beaucoup plus grande, ses pérégrinations dans les cours d’eau de notre continent.

En Suisse, oii elle arrive par le Rhin, on la trouve dans plusieurs des tributaires de celui-ci ; assez souvent en particulier à l’embouchure des rivières dans les lacs. Elle paraît aujourd’hui

1 Van Beneden; Bull. Acad. Belg. 1875, II, p. 549, fig. 1-3.

‘l Ainsi que, sous des formes très voisines, dans le nord de l’Amérique et au Japon.

plus rare qu’autrefois; cependant on la signale clans la Thour, l’Aar, la Reuss, la Limmat et quelques-uns de leurs affluents, à Soleure, à Neuchâtel, à Zurich et particulièrement au lac des Quatre-Cantons, où elle aurait surtout abondé naguère, du côté d’Uri, selon Hartmann. La chute du Rhin semble empêcher ce poisson de remonter dans le lac de Constance, puisque les divers ichthyologistes qui ont étudié les espèces de ce lac ne le citent en générai pas; cependant Kollbrunner, dans sa Thurgauische Fischfauna \ paraît croire que la chute du lieuve ne l’arrête pas plus que l’Anguille, et qu’on le verrait parfois au débouché du Rhin de l’Untersee. Je ne l’ai, quant à moi, jamais reçu du Rhin au-dessus de la chute. La perte du Rhône oppose à cette espèce, comme à la petite Lamproie, une barrière infranchissable; car, pas plus que Jurine et Lunel, je ne l’ai trouvée dans les eaux du Léman, bien que Hartmann et Schinz l’aient à tort' attribuée aux rives savoyardes de ce lac. Pavesi ne la cite point parmi les poissons du canton du Tessin où, comme dans bien d’autres endroits, on ne trouve que la petite Lamproie de Planer.

Les allures de ce poisson sont encore assez mal connues pour que les auteurs, même les plus récents, soient souvent en contradiction les uns avec les autres, non seulement sur ce qui coucerne l’époque et la durée de ses migrations, mais même sur la question de son habitat constant en eaux douces, en certaines conditions.

Pour Heckel et Kner1 2 et pour Günther3, comme pour Hartmann, la Lamproie de rivière serait un véritable poisson d’eau douce; pour de Siebold4, elle quitterait la mer au printemps et y retournerait en automne. Pour Môbius et Heincke5 6, ainsi que pour Benecke G, ce serait plutôt dans cette dernière saison que le P. fiuviatilis abandonnerait la mer, et il périrait, comme l’ont déjà avancé quelques auteurs, bientôt après avoir contribué, au

1 Thurgauische Fischfauna, 1879, p. 24 et 55.

2 Süsswasseriiscke, p. 379.

3 Fische des Neckars, p. 358.

4 Süsswasserfische, p. 374.

6 Fische der Ostsee, p. 162.

6 Naturg. und Leben der Fische, p. 195.

PETROMYZON FLUVIATILIS.

printemps, à. la multiplication de son espèce. L’époque du frai serait, suivant les uns, en mars et avril, suivant les autres, en avril et mai1. Les œufs seraient déposés entre les pierres près du rivage. A. Millier2 dit avoir reconnu une forme larvaire de cette espèce très semblable à celle du P. Planeri . Je ne connais pas d’observations faites en Suisse qui permettent de résoudre péremptoirement ces diverses questions ; cependant, la citation de captures en arrière-automne semble venir à l’appui de l’idée d’un stage hivernal de cette Lamproie, de quelques représentants au moins de l’espèce dans nos lacs, et d’une incursion au printemps en vue du frai dans les rivières.

Cette seconde Lamproie paraît se nourrir à peu près de la même manière que la précédente; elle absorbe principalement des vers, des crustacés, de petits insectes et leurs larves, ainsi que du frai de poisson et de menus débris animaux noyés dans la vase. Elle se fixe aussi par sa ventouse buccale sur le corps de divers poissons migrateurs, des Aloses et des Saumons en particulier, dont elle suce le sang et dont elle semble se servir comme moyen de transport. Elle s’attache même de semblable façon an corps animaux submergés, dont elle ne dédaigne pas d’extraire aussi des sucs nourrissiers. On la voit souvent fixée par la bouche contre les pierres, le corps flottant au gré de l’eau, ce qui lui a valu, comme au P. Planeri, les noms de Perce-pierre et de Stembisser. D’autres fois, on la rencontre serpentant à la manière de l’Anguille contre le courant.

L’espèce n’est pas, de nos jours, assez abondante en Suisse pour y faire l’objet d’une pêche spéciale. On la prend cependant de temps à autre dans les filets et dans les nasses destinés à d’autres poissons; jamais elle ne touche au hameçon. Sa chair passe pour bonne et agréable, selon les uns, pour difficilement digestible, suivant les autres.

Millier a trouvé, dans le quatrième ventricule du cerveau de ce poisson, un parasite helminthe qu’il a nommé Diplostomum Petr. fluviatïlïs.

1 Selon Martin-Saint-Ange (Étude de l’appareil reproducteur dans les cinq classes d’animaux vertébrés, 1850, p. 151, pl. XV), les organes générateurs seraient déjà bien développés dès février.

2 Ueber die Entwickelung der Neunaugen : Müller’s Archiv. 1856, p. 328.

LA LAMPROIE DE MER Seelamprete.

Petromyzon marinüs, Linné.

Tout V intérieur de la bouche garni de plaques dentées sur 'plusieurs rangs et décroissant en dimension du centre vers le bord de la lèvre circulaire, aussi bien sur la lèvre inférieure que sur la supérieure et sur les joues . La plaque maxillaire supérieure formant une seule grosse dent médiane à deux pointes aiguës l; la plaque maxill. inférieure découpée en sept ou huit dents coniques. Les deux nageoires dorsales largement séparées . — Manteau marbré de brun olivâtre ou de noirâtre sur fond gris jaunâtre. — (Taille moyenne df adultes et de vieux : Onï,ôÜ — lm.J

Petromyzon marinüs, Linné , Syst. nat, éd. 12, p. 394. — Bloch , Fische Deutsclil., III, p. 38, Taf. 77. — Hartmann , Helv. lchthyol. p. 27. — Yarrell, Brit. Fish. éd. 2, II, p. 598. — Schinz, Fauna helvetica, p. 164. — De Selys ; Gray ; Heckel et Kner ; de Siebold ; Giïnther ; etc....

» Lampetra, Pallas , Zoog. Ross. As. III, p. 66.

» maculosus, Gronov. Syst., éd. Gray , p. 2.

La Lamproie de mer, généralement marbrée de brun ou de noirâtre sur fond clair, jaunâtre ou grisâtre, et qui peut atteindre jusqu’à un mètre de longueur, se rencontre également en Europe, dans le nord de PAmérique et dans l’ouest de l’Afrique ; elle habite à peu près toutes les mers qui baignent notre continent, d’où elle remonte annuellement dans la plupart des fleuves de celui-ci. Cette grande et belle espèce ne parvenant que tout à fait exceptionnellement dans le Rhin jusqu’à nous, je n’en eusse rien dit ici, si Hartmann n’avait, en 1827, raconté que, quelques années auparavant, un individu capturé près de Rheinfelden avait été promené dans le pays et montré pour de

1 Yoy. pl. IV, fig. 25.

PETROMYZON MARINUS.

l’argent en divers lieux 1 — Leuthner, dans sa Mittelrheinisclie Fischfauna, en 1877, ne peut enregistrer aucune nouvelle capture dans le Rhin suisse, depuis celle dont parle Hartmann et qui a motivé, en 1837, l’acceptation de l’espèce par Schinz, dans sa Fauna helvetica.

Les quelques Lamproies qui, de Bâle, m’ont été envoyées comme Pet. marimis appartenaient toujours incontestablement à l’espèce du P. jluviatüis.

On ne peut pas, je crois, considérer ce poisson comme appartenant réellement à la faune suisse.

1 Helv. Ichthyologie, p. 29.

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