GANOÏDES
G AN O l DE l '
Squelette plus ou moins ossifié ou cartilagineux. Peau tantôt nue, tantôt armée de plaques ou de boucliers osseux, ou couverte d’écailles généralement ganoides. Branchies libres, avec un appareil protecteur externe. Nerfs optiques pas ou partiellement entre-croisés. Bulbe aortique musculeux, avec nombreuses valvules. Intestin avec une valvule spirale. Vessie aérienne en communication avec l’extérieur.
Les Granoïdes peuvent être répartis dans deux ordres, Holostei et Chonclrostei, selon qu’ils ont le squelette osseux et le corps couvert d’écailles, ou le squelette cartilagineux et la peau nue o;i armée de boucliers osseux.
Les premiers étant propres à l’Afrique et à l’Amérique, nous n’avons à nous occuper que des seconds, dont plusieurs remontent dans les eaux douces de notre continent,
1 J’ai dit plus haut que, se basant surtout sur des homologies du cœur, de l’intestin et des nerfs optiques, quelques auteurs ont récemment rapproché dans une même sous-classe, sous le nom de Pàlæichthyes, les Dipneusti, les Ganoidei et les Selachii. Les Ganodci , auxquels nous conservons ici le rang de sous-classe, avec Agassiz, Millier et bien d’autres, ne constitueraient plus alors, avec les Dipneustij que le premier de deux grands groupes intermédiaires entre l’ordre et la sousclasse.
ACIPENSÉRIDÉS. 489
mais dont une seule espèce, l’ AcÀpenser Sturio, est parvenue parfois jusqu’à nos frontières, dans le Rliin.
Ordre des CHONDROSTÉENS
CHONDROSTEI
Les poissons de cet ordre ont le squelette en partie cartilagineux, la peau plus ou moins couverte de boucliers osseux ou nue, et la queue hétérocerque, soit prolongée dans un lobe supérieur beaucoup plus long que l’inférieur, avec une couverture antérieure de plaques épineuses.
Ils habitent les mers et les cours d’eau des régions tempérées et arctiques de l’hémisphère nord. On les partage généralement en deux familles, selon qu’ils ont la bouche petite, transverse et inférieure, ou grande et fendue sur les cotés.
Famille des ACIPENSÉRIDÉS
ACIPENSERIDÆ
Les Acipenséridés ont le corps allongé, subcylindrique ou pentagonal, avec des rangées de boucliers osseux, et la tête couverte de plaques osseuses. Leur museau est prolongé, subspatulé ou conique. La bouche est dépourvue de dents, petite, inférieure, transverse et protractile. Ils ont des narines doubles, devant les yeux, et quatre barbillons en travers de la face inférieure du museau. Les nageoires verticales ne présentent qu’une série de fulcra en avant; la dorsale et l’anale sont voisines de la caudale, qui est hété-
FAUNE DES VEHTËBHÉS.
rocerque. Les membranes de l’ouïe se réunissent au gosier et sont attachées à l’istlnne ; il n’y a pas de rayons branehiostèges. Ils ont quatre branchies, plus deux accessoires. Leur vessie à air est simple, grande, et communique avec la paroi dorsale de l’oesophage. Leur estomac ne forme pas de cul-de-sac.
Les Acipenséridés habitent, avons-nous dit, les mers tempérées et arctiques de l’hémisphère nord, d’où ils entrent dans les fleuves pour s’y reproduire. Quelques-uns paraissent demeurer dans les eaux douces.
Les Esturgeons de différentes espèces composent la presque totalité de la famille
Genre ESTURGEON
ACIPENSER, Artedi.
Bouche inférieure, transverse et sans dents; quatre barbillons, bien en avant de celle-ci, en travers du museau. Tête enveloppée de plaques osseuses. Pièces operculaires fermant incomplètement la cavité branchiale; de chaque côté me ouverture en évent au-dessus de l'opercule. Cinq rangées de boucliers osseux, non réunies sur la queue; la peau plus ou moins couverte, entre celles-ci, déplus petites plaques ou granulations osseuses. Nageoires soutenues par des rayons articulés et souples ; l’extrémité caudale entourée par les rayons ; les pectorales seules avec un premier rayon osseux, fort et rigide.
Des poissons de ce genre, assez riche en espèces, se trouvent dans les eaux des deux mondes. Ils habitent en particulier l’Océan et les diverses mers d’Europe, du Nord, Méditerranée, Noire, etc., d'où ils remontent par les fleuves
ACII'ENSElî STUK10.
dans le continent, pour y frayer, sans cependant s’avancer aussi loin que d’autres poissons migrateurs, les Aloses et les Saumons par exemple. La rencontre exceptionnelle de quelques rares individus de l 'Esturgeon commun , remontés de temps à autre dans le Rhin jusqu’à Bâle, a seule motivé ici l’introduction de cette sous-classe, autrement étrangère à nos eaux.
Les œufs des Esturgeons, désignés dans le commerce sous le nom de Caviar, constituent un mets très estimé.
l’esturgeon commun
Gemeiner Stôr. — Storione comune.
Acipenser Sturio, Linnt*.
Plaques osseuses bien développées, plus ou moins pincées en arête, selon V âge; les dorsales médianes plus fortes que les antérieures et les postérieures; les latémles plus petites , triangulaires et juxtaposées . Museau conique, aplati en dessous, d’ une longueur à peu grès moitié de la tête, chez l’adulte; avec quatre barbillons simples, non frangés, à peu près à égale distance du bec et de la bouche, ou un peu plus près du premier, les externes, volontiers les plus longs, mesurant près de deux à trois diamètres oculaires. Peau semée de granulations osseuses, souvent assez jori.es et en séries obliques chez les vieux . Dorsale très reculée, plutôt petite et fortement échancrée ; anale un peu en arrière de l’origine de celle-ci. — Manteau jaunâtre; ventre blanc. — (Taille 'moyenne d’adultes et de vieux : lm — 2m à 6 mètres) .
Plaq. clors. 11-15; Plaq. lut. (26). 29-35 (37); Plaq. vent. 11-12 juqu'aua ; ventrales 1 ; Nag. D. 37-44 2.
1 Chez des individus du Muséum à Paris, déterminés A. Sturio par Duméril, j’ai compté : 14-15 plaques dorsales ; 37 plaques latérales jusqu’au bout du pédicule caudal, les dernières très petites, et 11 ventrales jusqu’à la nageoire ventrale.
2 Selon Günther (Catal.), qui dit que le nombre des plaques latérales peut n’être que de 26 ou 27, chez de jeunes individus.
Acipenser Sturio, Linné , Syst. Nat. t. I, éd. 12, p. 403. — Bloch , Lacépède , Hartmann , cZe Selys , Heckel et Kner , Siebold, Griinther , etc.
» latirostris, Parnell , Fisli. Firth of Forth, p. 245.
Huso oxyrhynchus, Duméril , Nouv. Archiv. Mus. III. p. 150.
L’Esturgeon commun, qu’il 11e faut pas confondre avec le Sterlet qui reste bien plus petit, habite aussi bien l’Océan et la Mer du Nord que la Méditerranée et l’Adriatique, d’où il remonte dans les principaux cours d’eau du continent, dans le Rhin inférieur eu particulier.
11 est rare déjà dans le Rhin moyeu, en Allemagne, de sorte que son apparition dans les eaux de ce fleuve, en Suisse, peut être considérée comme purement accidentelle.
Bien que Hartmann ait décrit ce poisson comme espèce suisse, dans son Helvetische Iehthyologie, p. 38, je ne saurais le considérer comme appartenant véritablement à notre faune, et, si j’en ai dit ici un mot, ce n’est que pour rappeler quelques captures exceptionnelles faites à diverses époques dans le Rhin, près de Bâle. — Leuthner, dans sa Mittclrheinische Fischfauna, p. 15, rapporte les captures suivantes : Un individu fut pris dans le Rhin bâlois, le 8 juin 1586 \ Un autre, de 5 */2 pieds, le 21 juillet 1625, près Bâle. Un, le 21 juillet 1680, près delstein1 2. Un de 5 pieds, en 1810, près Bâle. LTn, le 27 juin 1814. Un, en été 1815, du poids de 70 livres, entre Bâle et x\ugst 3. Enfin, un de près de 7 pieds de long, capturé en été 1854, près de Rheinfelden, au-dessus de Bâle.
Ogérien, dans son Histoire naturelle du Jura, III, p. 373, cite la capture d’un sujet de plus de 2 mètres dans le Doubs, au-dessus du pont de Neublans.
1 Chronolog. Manuscr. III.
2 Diarium N. Brombachii. Œffentl. Bibl. manuscr. >, IV, 12.
3 Citation unique de Hartmann et de Schinz.