‹ Faune des vertébrés de la Suisse (volume 4)Chapitre 144 sur 144 · BATRACIENS · texte numérisé non relu

BATRACIENS

Rana esculenta, Linné.

(Vol. III, p. 312.)

M. Fischer-Sigwart a remarqué, comme d’autres, que les larves de la Grenouille verte se développent plus ou moins rapidement, quoique de même ponte et dans un même milieu. Il a vu plusieurs de celles-ci passer l’hiver sous la forme larvaire, pour ne se transformer qu’au printemps. Les raisons de cette inégalité de croissance seraient pour lui : insuffisance de nourriture, de lumière et de chaleur, ainsi que faiblesse de constitution. Il croit que souvent des larves du Crapaud accoucheur ont été prises pour gros têtards tVEsculenta. (Terrarium, p. 49, et in liü.) — Voir, au sujet de l’influence de la lumière, du milieu et de l’alimentation : E. Yung , Influence des lumières colorées sur le développement des animaux ; Archiv. Sc. phys. et nat.,

Genève, 1879; et, De l’influence des milieux physico-chimiques sur les êtres vivants; Influence des différentes espèces d’aliments sur le développement de la Grenouille verte (R. esculenüt), ibid., 1S82. — L. Camerano : Antibi Ànuri italiani, Torino, 1883, reconnaît dans les variétés de la R. esculmta cinq sous-espèces : viridis, Lessonœ, cachinnans, Bedriagœ et Latastii.

Rana temporaria, Linné.

(Vol. III, p. 321.)

Le développement de la larve de la Grenouille rousse, de la ponte à la tin des métamorphoses, a duré généralement 82 à 90 -* jours dans le terrarium de M. Fischcr-Sigwart. Cet observateur a constaté, dans les mêmes conditions de réclusion, la formation par accommodation d’une variété presque noire. Il a trouvé par contre, parmi ses élèves, le 15 avril 1885, quelques petites larves albinos, comme des aiguilles blanches mêlées dans une forte couche de larves ordinaires présentant l’aspect de velours noir. Enfin, il signale que cette espèce ne mange jamais sous l’eau et qu’elle est réfractaire à la piqûre des abeilles, guêpes et frelons. (Terrarium, p. 32.) — Rappelons en passant qu’il a été parlé de l’hivernation des larves de cette espèce dans les Alpes, dans notre vol. III, p. 280 et 332.

Rana agilis, Thomas .

(Vol. III, p. 333.)

La Rana agilis, après avoir donné lieu à de nombreuses discussions entre divers naturalistes en différents pays, a été définitivement reconnue espèce bien distincte et bien caractérisée, se distinguant en particulier de la R. temporaria par l’absence de sacs vocaux internes.

Deux nouvelles espèces européennes, du même groupe et assez voisines de Y Agilis, ont été décrites sous les noms de Rana ïberica d’Espagne et de Portugal, et de Rana Latastei d’Italie, par Boidenger (Études sur les Grenouilles rousses; Bull. Soc. zool. de France, 1879, p. 177 et 180.)

Rana oxyrhina, Steenstrap.

(Yol. III, p. 344.)

Cette Grenouille, relativement septentrionale, que j’avais décrite comme géographiquement assez voisine et pouvant se trouver peut-être un jour sur notre sol, a été signalée dans les environs de Bâle, sur notre frontière nord, en 1887, par le Dr F. Mtiller, qui lui conserve le nom de Itana arvalis (Nilsson). D’abord découverte à Neudorf (Alsace), à une lieue au-dessous de Bâle, sur la rive gauche du Rhin, en 1885 et 1886 (Nachtrag Y, p. 252), l’espèce a été ensuite trouvée, mais peu commune semble-t-il, sur sol suisse, au delà du Rhin, sur la rive droite, non loin de la frontière badoise (Millier, in lût).

Alytes obstetricans, Laitr.

(Yol. III, p. 358.)

De nouvelles observations ont considérablement étendu l’habitat du Crapaud accoucheur en Suisse. La présence de l’espèce dans des lieux où je ne l’avais pas signalée a été constatée par divers, depuis 1872 : à Belle, par Merian, Leuthner et Millier (Mitth. ans der herpet. Samml. des Basler Muséums, von F. Millier, p. 32, 1877) ; à Laufenbourg, ainsi que sur divers points dans les cantons de Lucerne, Soleure et Argovie, particulièrement en très nombreuses colonies, dans une colline de grès, sur le versant sud de la forteresse d’Aarbourg (Fischer-Sigwart ; Terrarium, p. 61, et in litt.) ; dans le même canton d’Argovie, à Mellingen, Rohrdorf, Remetschwyl, Bellikon et Unter-Kulm, selon le Dr J. Hofer, 4 mars 1890, in litt . ; à Trogen, en Appenzell (Naturhist. Skizzen aus dem Appenzellerlaïul, von Stefan Wanner, Trogen, 1874); dans le Val Misocco, aux Grisons, par le prof. Ch.-G. Brügger (in litt.) ; enfin près de Genève, oii j’en avais déjà soupçonné l’existence (Ier suppl.), par M. A. Vaucher, qui l’a retirée du sable de la rivière l’Arve, rive gauche, dans la localité dite Iles-d’Arve, à une heure de Genève, sur sol savoyard, mais à deux pas de la frontière (Vaucher, in litt.).

L’espèce se trouve donc un peu partout en Suisse, non seulement en plaine, mais encore dans les montagnes, même audessus de 1500 mètres dans les Alpes bernoises, ainsi que je l’ai déjà indiqué (vol. III, p. 362).

L’époque de l’accouplement paraît être quelquefois un peu plus tardive que ne l’avais indiqué ; cependant, cela semble varier assez avec les années et les conditions. On me cite des mâles trouvés avec des œufs autour des jambes en mai et juin, mais sans parler de l’état des œufs ; or, M. Fischer-Sigwart a vu, dans son terrarium, des mâles portant des œufs (20 à 30) pendant cinq semaines environ. Du reste, j’ai déjà dit qu’une femelle trouvée par moi à 1500 mètres environ n’avait point encore pondu vers le milieu de juin.

D’après M. Fischer-Sigwart, les larves n’abandonneraient l’œuf qu’après avoir perdu les branchies externes, et le développement, de la ponte à complète métamorphose, durerait 15 à 16 mois. Nées avec une longueur de 16mm à 17mm, elles présenteraient au printemps suivant une taille de 55,mn à 60mm, ayant peu augmenté durant l’hiver, et atteindraient ensuite jusqu’à S0mm ou 100ram, avant les métamorphoses qui durent trois semaines environ, jusque dans la première moitié de juillet. (Terrarium, p. 61).

Les observations de M. Fischer-Sigwart viennent à l’encontre de l’idée de Thomas, qui croyait à une double ponte annuelle, pour avoir trouvé des têtards d’Alyte au mois d’avril.

Bombinator igneus, Laur.

(Vol. III, p. 368.)

M. Gr.-A. Boulenger a récemment signalé, dans les représentants du Bombinator en Europe, deux espèces différentes. (On two European Species of Bombinator, 1886 S et : Sur la synonymie et la distrib. géograph. des deux Sonneurs européens, 1888“.) LTine, Bombinator igneus (Linné), plus élancée, avec

1 Proceedings of the Zoological Society of London ; nov. 16, 1886, p. 499, PI. L. fig. 1 et 2.

2 Bull. Société zoologique de France, t. XIII, n° 7, p. 173, juillet 1888.

des sacs vocaux internes, un museau plus acuminé, de petites glandes parotidiennes et des taches inférieures rouges, serait plus orientale, s’étendant du sud de la Suède et du Danemark à la Hongrie ; l’autre, successivement nommée Bombinator bombinus (Linné), puis B. pachypus (Fitzinger), plus trapue, sans sacs vocaux, comme sans véritables glandes parotidiennes, avec un museau plus rond et des taches inférieures jaunes, serait propre par contre à l’Europe centrale et méridionale, venant en contact avec la précédente en Autriche.

L’espèce qui habite la Suisse et à laquelle j’ai attribué, en 1872, le nom de B. if/neus (Laurenti) serait donc le Bombinator pachypus (Fitzinger). Il serait intéressant de rechercher si la première de ces espèces se trouve peut-être aussi dans le pays.

M. Fischer-Sigwart taxe de B. bombinus , soit B. pachypus, le Sonneur des environs de Zofingue, et donne, pour la localité, les mois d’avril à juillet comme époque du rut, avec 75 à 77 jours de développement, de la ponte à la fin des métamorphoses. (Terrarium, p. 69.)

Bufo vulgaris, Laur .

(Yol. III, p. 387.)

Durée du développement 85 jours environ, selon Fischer-Sigwart (Terrarium, p. 40).

Salamandra maculosa, Laur .

(Yol. III, p. 491.)

Bien que n’avant pas pu surprendre l’accouplement, M. Fischer-Sigwart dit que la femelle, grosse depuis l’automne, ne met bas qu’au printemps et qu’elle passe, en état de gestation, tout l’hiver plus ou moins profondément engourdie, rappelant un peu en cela ce que j’ai décrit pour la Salamandra atra de nos Alpes, chez laquelle le développement, tout interne, s’opère généralement de l’été d’une année au printemps ou à l’été de l’autre, durant 10 à 11 mois. (Faune, III, p. 503 à 508.)

Selon cet observateur, la Salamandre tachetée ou marbrée mettrait bas, suivant les cas, en février, mars ou avril, de 14 à 25 petits, de 25,um à peu près, qui parfois semblent être entraînés de dessous terre dans de petites sources par des filtrations souterraines, et, après trois à quatre mois, les jeunes Salamandres perdraient les branchies, pour quitter alors les eaux et se répandre sur le sol, avec une taille de 5ümm environ. — Une lettre que j’ai reçue, le 17 janvier 1889, de M. H. -G. Stehlin, à Bâle, semble prouver que les choses ne se passent pas toujours ainsi et que, comme je l’avais supposé (vol. III, p. 496), les époques de l’accouplement et de la mise au monde peuvent varier passablement avec les circonstances. M. Stehlin a trouvé, dans les premiers jours d’octobre 1886, à Bèpp, sur un point élevé du Jura bernois, une femelle de la même Salamandre qui portait alors environ 50 petits prêts à naître, de 27 à 29 millimètres.

La Salmmndra muculosa émettrait un petit cri qui, bien qu’un peu plus lent, rappellerait assez celui du Crapaud accoucheur.

Enfin, une des plus intéressantes observations de M. Fischer- Sigwart est celle ayant trait à une femelle de Salamandre tachetée qui, après avoir mis au monde l’année précédente un nombre normal de larves ordinaires, émit de nouveau, le 21 avril 1889, sans avoir été en contact avec un mâle, slx petits albinos, dont l’un vécut 75 jours. (Terrarium, p. 73.) Cette curieuse donnée rappelle, en effet, l’observation déjà signalée par Brehm (Thierleben, V, p. 414) d’une femelle qui pondit des œufs mûrs pour l'éclosion, « larvenreife Eier, » cinq mois après avoir été séparée du mâle, et semble accréditer l’hypothèse de cet auteur de la possibilité qu’un même accouplement puisse porter parfois sur des œufs à différents développements, et donner par là lieu à deux pontes successives plus ou moins espacées.

Salamandra atra, Lawr.

(Vol. III, p. 498.)

Se trouve dans les bois et les prairies des montagnes du Doubs (Jura), selon Olivier; Faune du Doubs, p. 47, 1883.

Triton cristatus, Laitr.

(Yol. III, p. 520.)

La larve quitte l’œuf après 20 jours, croît jusqu’à 35mm environ et perd les branchies après trois mois. (Fischer-Sigwart, Terrarium, p. 80.)

Triton alpestris.

(Yol. III, p. 541.)

Neotenicv.

Depuis la rencontre par De Filippi, dans un petit lac du Val Formazza, en 1861, de grandes larves du Triton alpestris qui présentaient en même temps des branchies et des organes de reproduction bien développés (Sulla larva ciel Triton alpestris ; Archiv. per la Zoologia, déc. 1861); et depuis la trouvaille que je fis, un an plus tard, au commencement de juin 1862, de larves hivernées de la même espèce dans un petit lac du Saint- Gothard, à 2050 mètres s/m environ (Reptiles et batraciens de la Hte-Engadine ; Arc hiv. Sc, phys. et nat, nov. 1864 , et Faune des Vertébrés de la Suisse, vol. III, p. 541, 1872), on s’est beaucoup occupé de la persistance de l’état larvaire chez quelques batraciens, persistance plus ou moins durable qui a reçu de Kollmann le nom de Neotenia , (Das Ueberwiniern von europ . Frosch und Triton Larve , and die Umwandlungen des rnexikcinischen Axolotl ; Verh. natarf . GeselL Basel , VII, 1883.) — Plusieurs naturalistes ont peu à peu accumulé des faits qui établissent aujourd’hui la possibilité, en certaines circonstances, d’une persistance plus ou moins longue des branchies et d’un développement complet des organes de la génération, même de la repro-

duction du Triton dlpestris sous la forme larvaire encore pourvue de branchies, créant par là un parallèle intéressant entre cette espèce et l’Axolotl du Mexique (Ambh/stoma Axolotl).

Les grandes larves que j’ai trouvées en 1862, à 2050 mètres, et que j’ai décrites, dès 1864, comme ayant hiverné et conservé un an leurs branchies, n’avaient point encore les organes de la génération aussi développés que celles, plus grandes encore, signalées par I)e Filippi, probablement parce qu’elles n’étaient pas aussi âgées que ces dernières. Cependant, plusieurs des auteurs qui ont, depuis lors, écrit sur le sujet paraissant n’avoir pas eu connaissance, ou ayant tout au moins négligé de citer les observations que j’avais antérieurement laites, à un niveau relativement très élevé, je ne crois pas inutile de rappeler ici que j’avais proposé déjà quelques explications, soit du phénomène de Phivernation des larves de batraciens dans les Alpes, sous l’influence de la brièveté exagérée de la saison propice aux amours et au développement, soit d’un cas contraire, de l’accélération des transformations et du retrait des branchies, par dessèchement prématuré des petites mares temporaires où se développent les larves, peut-être même d’une production ovovivipare du Triton àlpestris , dans certaines circonstances. (Voyez : Rept. et Bat. d’Engadine, p. 283-288, et surtout : Faune Vert, de la Suisse, III, p. 459 et 55 1-554 L)

Le Dr Lor. Camerano, qui a publié sur le sujet divers mémoires intéressants depuis 1883 -, et que je me bornerai à citer ici, comme ayant tout dernièrement résumé les observations relatives à l’espèce qui nous occupe, a proposé successivement diverses causes probables de la persistance des branchies et du défaut d’équilibre entre les développements des différents organes de la larve. (Ulteriori osservazioni intorno alla Neotenia negli Antibi, 18891 2 3.) Après avoir attribué à une nécessité d’adaptation à des conditions particulières la persistance des

1 Voyez aussi Phivernation des larves de la JRana temporaria dans les Alpes : Faune des Vertébrés, III, p. 280 et 332.

2 Richerche intorno alla vita branchiale degli Ànfibi, Torino, 1883, etc.

8 Bolletino dei Musei di Zoologia ed Anatomia comparata délia R.

Universita di Torino, n° 56, vol. IV, marzo 1889.

branchies, parfois pendant près de trois années, cet auteur conclut à un phénomène d’hérédité, du fait que des adultes branchiés peuvent donner naissance à des individus les uns conservant les branchies, les autres normaux ou perdant bientôt celles-ci. — Je crois, quant à moi, que les deux causes peuvent être également enjeu; c’est-à-dire que le Triton alpesiris tient d’héritage la faculté de conserver plus longtemps ses branchies, ou de les rétracter plus rapidement, suivant les cas, et que ce sont les circonstances qui font appel à ces latitudes opposées , en faveur de la conservation de l’espèce dans différentes conditions. On peut aller chercher peut-être bien loin les parents qui ont légué ces précieuses facultés à leurs descendants dans nos Alpes ; mais il est difficile de comprendre l’origine de celles-ci sans une nécessité première d’adaptation.

On a observé des cas de Neotmia plus ou moins prononcés chez quelques autres Batraciens anoures et urodèles, soit des larves ayant hiverné et acquis parfois un développement plus ou moins avancé des organes de la génération. Toutefois, ces cas sont relativement rares, vis-à-vis de leur fréquence chez le Triton alpestre et du dimorphisme normal que présente l’Axolotl.

Triton lobatus, Otth .

(Vol. III, p. 557.)

Trouvé à Saint-Gingolph, rive sud du Léman. (H. Gysin ; Müller’s zweiter Nachtrag, p. 3, 1882.)

Triton palmatus, Schneider.

(Vol. III, p. 570.)

Selon Fischer-Sigwart, les têtards seraient libres après 26 à 28 jours, pour terminer leurs métamorphoses en automne. Quelques-uns hiverneraient parfois sous l’état larvaire. (Terrarium, p. 81.)

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